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I can't live in a fairy tale

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Ellenwen
Dirigeante de l'Equilibrium
Message Sujet: I can't live in a fairy tale | Mer 8 Fév 2012 - 19:48


L'arbre Menoa. Le seul endroit où ses conseillers ne viendraient pas la déranger. Le seul endroit où elle ne serait pas entourée d'une cohorte d'elfes inquiets et tristes. Ellenwen poussa un long soupir. Elle était dissimulée entre deux énormes racines qui émergeaient du sol près du temps. Blottie contre le tronc, les jambes ramenées contre la poitrine, son menton reposait sur son genoux. Ses longs cheveux noirs balayaient le sol devant elle. Sa robe simple, aux couleurs de l'automne la couvrait toute entière : les longues manches évasées couvraient ses mains et le col montait cachait son cou. Contre son dos, elle sentait pulser la sève de l'arbre, comme une respiration lourde et caverneuse. Son esprit, entrouvert, percevait les pensées de l'arbre, reposantes d'indifférence aux tumultes extérieurs. La reine rejeta la tête en arrière, imaginant qu'elle se fondait entièrement dans le tronc, comme une elfe l'avait fait avant elle. Elle y serait bien. En sécurité. Elle n'aurait pu à se soucier des guerres en cours, plus à s'enquiquiner à combattre des ombres. Bien sûr, il était fort probable que si elle laissait tomber, elle finirait un jour où l'autre rongée par des flammes qui dévasteraient la forêt, réduirait les elfes à néant.

Elle était déprimée. Et épuisée. Il lui semblait qu'elle était revenue du royaume des morts depuis une dizaine d'années, et non quelques malheureux mois. Quelques mois qui avaient vu le soulèvement de dragons sauvages, l'alliance - presque contre nature - des divers clans. Et pendant ces malheureux mois, elle avait combattu, inlassablement, pour empêcher le Du Weldenvarden de brûler comme un simple bois trop sec. Elle n'avait pu profiter d'aucun moment de répit pour profiter de son compagnon, Laïaga. Elle n'avait pas pu fêter le retour, et la non-mort, d'un de ses plus vieux amis, Kellran. Elle n'avait même pas pu profiter de raconter à Charlie combien son dragon était fantastique. Elle n'avait pas pu profiter des splendeurs d'Ellesméra et de sa douceur de vivre. Elle avait combattu pour sa vie, pour les elfes. Tant d'entre eux étaient morts. Elle frissonna au souvenir des corps déchirés de ses guerriers. Elle avait à porter le poids de leur mort. A porter leur souvenir et leur mémoire. Et même si son peuple entier était en deuil, elle ne pouvait qu'affronter seul le choix de chacun de ses actes. Même Finwë était loin, trop loin pour qu'il puisse lire ses pensées et la consoler. Pour qu'il puisse partager sa peine. Elle enroula une mèche de cheveux autour de son doigt et la regarda devenir blanche pour redevenir noire. Même son corps trahissait sa fatigue et, pour une fois, son âge. Elle rit amèrement. Depuis quelques jours, elle avait les traits d'une femme d'une quarantaine d'années - elle qui avait plus d'un millénaire.




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Mer 8 Fév 2012 - 22:22


Kellran volait à tire-d’aile, dominant les cimes des arbres innombrables qui composaient Du Weldenvarden. Ou plutôt, Delva volait et dominait, et lui était gentiment assis sur sa selle, à profiter du bon vouloir de la dragonne. A son âge actuel, la créature ne ressentait plus aucune fatigue de transporter un passager. Voler seule ou accompagnée de son Dragonnier lui était du pareil au même. Mais elle aimait bien rappeler qu’ELLE volait, et non lui. Et Kellran de grommeler qu’il ne l’oubliait jamais.
« J’espère bien. Sinon tu goûteras de nouveau aux joies de la marche à pied. »
Kellran haussa des épaules. Il profita des heures de voyage pour se reposer, plongeant dans un demi-sommeil teinté de rêves décousus. Iliani, Loki, les Matayans, Ketsueki, et du sang, des flots de sang. Il avait l’habitude de ces cauchemars, qui ne l’empêchaient plus de dormir. Il se réveillait malgré tout d’assez mauvais poil, mais cela passait vite. Oui, les horreurs de son passé s’estompaient peu à peu, principalement grâce à la présence réconfortante et à l’amour inconditionnel de Delva.

Lorsque l’Elfe se réveilla, la dragonne amorçait sa descente en direction d’Ellesméra, la capitale. Elle survolait les rues de la cité, attirant l’attention des badauds qui levaient la tête pour la regarder passer. Certains, principalement des guerriers, les reconnaissaient et leur adressaient des signes amicaux de la main. Kellran avait combattu à leurs côtés lors de la bataille du Hadarac, transmettant les ordres de Charlie et dirigeant les troupes lorsque le bras-droit de la Reine s’avérait trop occupé pour s’en occuper. Delva se posa sur une plaine réservée aux entraînements, parmi les mannequins servant au tir à l’arc. Elle sourit de tous ses crocs, mettant au défi les Elfes présents de la prendre pour cible, ce à quoi ils répondaient en blêmissant de terreur. Kellran rit et sauta, atterrissant au sol avec la souplesse d’un chat. Le poids familier du fauchard ne se balançait pas dans son dos, car il n’avait pas jugé opportun de le porter pour aller parler à la Reine. Ellenwen, la Reine des Elfes…
Malgré tous ces mois passés depuis qu’il avait appris la nouvelle, Kellran n’en revenait toujours pas. Il souriait souvent de ce tour du destin qui avait placé son amie sur le trône d’Ellesméra.
Une main sur les manches de ses poignards, qui ne le quittaient jamais, il quitta la plaine pour s’engager dans une des allées fleuries d’Ellesméra. Tous les regards se tournaient vers lui, pour différentes raisons. Certaines le saluaient, d’autres le regardaient avec curiosité. La plupart étaient féminins, et l’admiraient en ayant des pensées soudain volages. Les Elfes n’avaient pas encore eu l’occasion de s’accoutumer à son habillement léger. En effet, Kellran était torse nu, seuls des bijoux argentés tranchaient sur sa peau légèrement bronzée. Un pantalon de lin et des bottes de cuir se révélaient les seuls vêtements qu’il avait daigné revêtir pour l’occasion. Il ne portait pas ses protections d’acier, sagement rangées dans le havresac qui pendait à sa hanche droite. Les deux ceintures de cuir s’entrecroisaient sous son nombril, formant un X allongé qui retenait son pantalon et supportait le fourreau unique de ses armes jumelles.
Un sourire éclatant aux lèvres, le Fils du Soleil traversa Ellesméra et laissa un souvenir impérissable à de nombreux Elfes des deux sexes. Il n’était pas le plus beau des mâles elfiques, mais il savait se faire remarquer.
« Frimeur. » jugea Delva avec amusement, provoquant l’hilarité du Dragonnier.
« Tu peux parler. » rétorqua celui-ci.
Car Delva, loin d’être discrète, arborait avec fierté ses sublimes écailles d’or, et ne se gênait pas de faire les yeux doux à certains dragons mâles qu’elle trouvait à son goût. Sur le chemin de sa destination, Kellran repensa aux derniers mois. La guerre contre Nuit, le retour des Elfes à Ellesméra. Il se demanda comment allait Charlie. La dernière fois qu’il avait vu le Caithdein de la Reine, ce n’était pas dans un très bon état. Depuis, il n’avait pas eu le temps d’aller rendre visite à l’Elfe Noir. Il avait soigné ses blessures, avait profité d’une journée de repos, puis était parti rencontrer Myad pour avoir une discussion. En chemin, il avait retrouvé son vieil ami et premier élève, Shadow. Leur duel avait été un spectacle et un défi impressionnants.
Kellran ramena ses pensées au présent et étendit sa conscience. Il recherchait la présence d’Ellenwen, mais le souvenir qu’il avait d’elle était bien différent de ce qu’elle était devenue depuis. Ils avaient tous changé. Il lui fallut un certain temps pour fouiller mentalement les moindres recoins d’Ellesméra. Finalement, il trouva sa trace près de l’arbre Menoa, et ne s’en étonna qu’à moitié. D’après ce qu’il avait entendu, c’était là qu’avait eu lieu l’enterrement d’Islanzadi.
Il ressentit brièvement la fatigue intense qui accaparait l’énergie de la Reine, et grimaça. Ellenwen avait certainement été particulièrement touchée par la mort des Elfes ayant combattu au Hadarac. Et par tous les événements horribles qui avaient plongé l’Alagaësia dans le chaos depuis.

Lorsqu’il arriva à proximité de sa vieille amie, le Fils du Soleil pensa amèrement que le mot était bien choisi. Car Ellenwen semblait bel et bien avoir vieilli de plusieurs années. Les soucis et l’épuisement pesaient sur elle comme un fardeau, lui donnant une apparence vulnérable qui poussait à la réconforter. Kellran s’avança :
- Ma Reine, salua-t-il en employant le protocole qui était d’usage depuis des millénaires.
Il fit le signe de respect, sa main tournée sur son torse en s’inclinant, puis plongea son regard d’ambre chaud dans les yeux de sa première véritable amie, une femme qu’il avait toujours respecté et aimé.
- Tu n’as pas bonne mine, fit-il remarquer, faisant montre de son manque de tact habituel.
Mais le sourire qu’il affichait, un sourire doux et aimable, rattrapait facilement cette imperfection. Il s’assit à côté d’Ellenwen et posa une main sur celle de la Reine. Le geste ne pouvait pas être plus clair : Kellran était là pour la soutenir si elle le désirait.


Dernière édition par Kellran le Sam 14 Avr 2012 - 14:45, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Jeu 9 Fév 2012 - 21:30


J’étais las et fatigué. Usé par les combats, pour moi, ce vieux chien de guerre, c’était un comble non ? Le Tourmenteur, m’appelait-on parfois encore. Et pourtant j’en avais assez. Des dragons par milliers qui combattaient les hommes, cela encore aurait passé. Ces dragons-là, ils n’étaient que des bêtes sauvages, des monstres sous les traits de vieux amis.
Mais les hommes combattaient les hommes aussi. Ces petites luttes intestines et mesquines.
J’avais tué des dragons, j’avais tué des impériaux ensuite, d’abord pour rentrer à Ellesméra, puis pour retourner prévenir les armées restées dans le désert, j’avais été partout à la fois, je m’étais battu jusqu’à l’épuisement, nous avions tous fait ce que nous avions pu... et même plus...
Et tout ça pour quoi ? Ellen’ était triste, déprimée, depuis la fin des hostilités, comme si elle portait tous les malheurs du monde sur ses épaules, nous n’avions même pas eu un instant à nous depuis l’épisode du royaume des morts, et je ne me souvenais pas de la dernière fois où je l’avais entendue rire. Le peuple des elfes me regardait toujours d’un œil mauvais, comme si tout cela n’était qu’une farce dont ils faisaient l’objet, et que j’attendais simplement qu’ils m’acceptent pour me retourner contre eux. Au demeurant, qui pouvait les en blâmer ?
Mais cela ne changeait rien : j’étais las. A quoi est-ce que ça avait servi de se battre, merde ? Est-ce qu’on n’avait pas mérité mieux que ça ? Bon, peut-être pas moi, mais elle ? Pourquoi est-ce qu’il y avait toujours un problème, quelque part en ce monde, dont il fallait que l’on s’occupe ? Et pourquoi rien n’était jamais simple d’ailleurs ?
Je dépassai les dernières maisons-arbres de la capitale des elfes. Je sentais encore quelques regards peser sur ma nuque... un mince sourire sans joie sur les lèvres, je stoppai le temps, fis quelques pas de côté pour disparaître dans des fourrés qui semblaient rechigner à s’écarter pour me laisser passer, et le laissai reprendre son cours. Je n’étais peut-être pas un elfe, et je n’étais certainement pas chez moi dans cette forêt, mais si je voulais être tranquille, bien malin qui saurait me suivre.
C’est ainsi que je pris la direction de l’arbre Menoa, pas très loin de la capitale. Je connaissais la légende de cet arbre, même si, à la différence d’à peu près tous les elfes, je n’aurais pas juré qu’elle fût vrai, après tout, je n’en avais jamais eu de preuve. De toute façon, je n’y allais pas pour trouver le réconfort, j’y allais plutôt pour le prodiguer, je savais que j’y trouverais Ellenwen. Quoi que j’imaginasse mal lui redonner le sourire, ce n’était pas comme si je n’avais pas déjà essayé, mais... Oh et puis, ne serait-ce que pour moi, j’avais envie de passer un peu de temps avec elle. D’arracher, rien qu’un tout petit peu, la reine des elfes à son devoir.
Je fus un peu déçu en arrivant en vue de l’arbre séculaire d’y trouver quelqu’un en compagnie de ma chère et tendre. Un elfe blond que je ne reconnaissais pas. Il était torse nu, il avait un tatouage qui lui décorait la moitié du torse, et était couvert de bijoux divers qui n’avaient pas l’air d’être de la camelote. J’eus un petit sourire que je dissimulai bien vite devant sa dégaine pour le moins originale, ravalant mes pensées un peu égoïstes. Les amis d’Ellen’ étaient mes amis, non ? Enfin, je n’avais pas encore rencontré beaucoup d’amis d’Ellenwen que je ne connaisse pas déjà, mais ce serait sans doute le cas ! Je m’approchai des deux elfes en lissant mon surcot de soie noire, le nettoyant des petits débris de branches et de feuilles qui s’y étaient accrochés.

-Salut.

Difficile de trouver quoi dire, dans ce genre de situations. Je touchai, tendrement, l’esprit d’Ellen’. De la tristesse, une certaine confusion, de la fatigue aussi, et de la mélancolie, mais au milieu de ça le bonheur de retrouver cet ami. Je souriais en m’asseyant près des deux elfes, jetant un regard énamouré... euh non pas à ce point... un regard attendri disons à Ellen’.
Qui que soit cet inconnu aux longs cheveux blonds, je sentais que j’allais bien l’aimer.



   
L'heure de la faux a sonné
On n'arrête pas la grande horloge
Le vent divin l'a emporté
Pourtant cela t'interroge
N'as-tu rien à regretter ?

Spoiler:
 
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 10 Fév 2012 - 11:32


La reine se redressa légèrement, les sens en alerte. Quelqu'un arrivait. Elle l'entendait, sentait son esprit se rapprocher, lentement. Elle le sentait fier, amusé et un brin trop sûr de lui. Un esprit qu'elle reconnaissait, non sans mal. Cela faisait si longtemps qu'elle ne l'avait pas côtoyé. Si longtemps qu'elle l'avait presque oublié. Si longtemps qu'il avait changé. Profondément changé. Elle peinait à y retrouver le gardçon timide, dépassé par la naissance de son dragon, perturbé par ses hormones - et ses deux femmes. Elle avait quitté un jeune homme, elle retrouvait un homme mûr. C'était perturbant. Elle avait du mal à s'y retrouver. Mais, malgré tout, tant de choses n'avaient pas changé. Il était toujours aussi fanfaron. Toujours aussi tape à l'oeil – à croire qu'il se prenait pour une étagère de bibelot ambulante. Et cette manie de se promener torse nu !

Le souvenir des retrouvailles avec son vieil ami lui arracha un sourire. Elle n'arrivait pas à croire qu'il ai osé arriver devant la reine des elfes à demi vêtu, la bouche en cœur et les yeux en étoiles. Comme s'ils s'étaient vus la veille. Alors qu'il était censé être mort depuis une dizaine d'années ! Il n'avait vraiment pas changé, toujours aussi crétin. Lorsqu'elle le vit paraître juste à côté d'elle, elle leva les yeux vers lui et lui offrit un embryon de sourire. Elle aurait aimé lui sauter au cou, pleurer de joie et de soulagement de voir qu'il n'avait pas disparu à nouveau dans la guerre. Mais le salut officiel de son ami lui rappela son propre statut officiel, sa fatigue et son manque d'envie total de passer brusquement du statut de larve affalée contre un tronc à celui de jeune fille toute mignonne et heureuse. Ce qu'elle n'était pas.


- Kellran elda. Je suis heureuse de te revoir.

Elle lui sourit. C'était tout de même bon de ne plus être seule à se morfondre. Les ombres qui occupaient son esprit, le gémissement des morts et le fracas des armes reculèrent dans son esprit, lui offrant un court répit. Elle se décala légèrement pour laisser de la place au dragonnier. Lorsqu'il posa sa main sur la sienne, elle lui retourna un regard surpris. Depuis quand était-il aussi prude ? Sans vergogne, la reine le poussa d'une pichenette contre le tronc et se blottit dans ses bras, posant la tête contre l'épaule de l'elfe.

- Crétin ! Si j'avais bonne mine, tu crois que je me serais réfugiée dans un coin paumé pour le plaisir ?

Elle soupira de contentement et, pendant quelques secondes, savoura le silence. L'elfe lui avait manqué. Sa bêtise, son ironie. Elle se laissa aller, profitant du moment de repos qui lui était accordé. Jusqu'à ce que... Elle se redressa légèrement, un nouveau sourire fleurissant sur ses lèvres. Un autre esprit venait à leur rencontre. Un esprit que, cette fois, elle connaissait bien. Intimement même. Sans quitter les bras de son ami, elle chercha du regard le nouveau venu. Qui, si elle en croyait son instinct, venait encore de s'amuser à manipuler le temps. Juste pour le plaisir.

- Laïaga, souffla-t-elle avec gratitude.

Elle se décala à nouveau légèrement, tassant Kellran contre le tronc, pour laisser de la place à son compagnon. Lorsqu'il fut assis, elle posa la tête sur son épaule. Maintenant, elle était bien. Entre le deux hommes de sa vie... ou plutôt, entre l'homme de sa vie et son plus vieil ami, elle était bien. Mieux. Tout était relatif. Si elle parvenait à oublier que c'était l'Empire créé par son compagnon qui venait de tenter envahir et de détruire son peuple. Si elle oubliait que tous les elfes ne l'oubliaient pas, eux. Elle rendit la caresse mentale de son compagnon, sentant son soulagement et sa surprise. S'étirant légèrement, elle dévisagea les deux hommes.


- Je ne crois pas que vous vous connaissiez. Laïaga, je te présente Kellran. Un très vieil ami. Qui a été marié deux fois, a divorcé deux fois, a eu un fils avec une illustre inconnue. Il est mort une première fois, a réapparu, est mort une deuxième fois, et vient de réapparaitre. Il doit toujours m'expliquer ce miracle, d'ailleurs.

Elle se retourna vers le dit Kellran et lui lança un regard à la fois interrogatif, moqueur et franchement inquisiteur. Un jour elle lui ferait payer toutes les peurs qu'elle avait ressenti pour lui. Lui qui était presque autant qu'elle un catalyseur à emmerdes.

Kellran, je te présente Laïaga, mon compagnon.

Elle sourit, avec fierté, savourant ce simple mot. Son compagnon. Elle adorait ce mot.




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 10 Fév 2012 - 15:25


La langue acérée d’Ellenwen n’avait pas disparu. Preuve en était la réponse qu’elle lui donna concernant sa mauvaise mine. Elle s’était cependant calmée, car à en croire les souvenirs de Kellran, autrefois elle lui aurait rétorqué une phrase du style : « Tu t’es regardé avant de parler ? ».
A moins que ses souvenirs n’aient embelli avec les années, ce qui était bien possible.
Le sourire de l’Elfe s’agrandit. Cela lui faisait un bien fou de retrouver celle qui avait illuminé ses premiers pas dans le monde réel, lorsqu’il avait quitté la Crête et les Urgals qui l’avaient recueilli pour assouvir sa vengeance. Il espérait avoir assez de temps pour profiter de ces retrouvailles, désormais. Car leur premier face-à-face depuis toutes ces années s’était produit dans un contexte qui ne prêtait pas vraiment aux réunions joyeuses. Ellenwen venait de revenir d’on ne sait où, Kellran avait échappé par hasard à l’attaque contre la réunion diplomatique. Il était rentré à Ellesméra, porteur de nouvelles graves. Il avait en quelque sorte annoncé les événements qui menèrent Ellesméra sur le chemin de la guerre. Le parcours chaotique entre Du Weldenvarden et le Hadarac n’avait pas offert plus d’opportunités aux deux vieux amis. Ellenwen était trop occupée à réfléchir au moyen d’amener les dragons sauvages libres dans leur camp, tandis que Kellran et Charlie supervisaient les troupes qu’ils mèneraient au combat.

Mais ici, près de l’arbre Menoa, ils avaient enfin l’occasion de se retrouver. Et malgré l’étiquette, la Reine ne s’était pas gênée de se glisser dans les bras du Fils du Soleil, faisant fi de toute tradition. Un geste qui réchauffa le cœur de l’Elfe presque au point de le faire pleurer. Sauf que… après quelques minutes de cette amitié restaurée, une autre présence vint s’approcher de l’arbre Menoa. Kellran leva les yeux, quittant du regard celle qui était à la fois sa souveraine et son amie pour tomber sur un homme habillé avec goût, aux déroutants yeux couleur d’émeraude et à la chevelure noire de jais. Un homme qu’il avait déjà vu, au côté d’Ellenwen lorsque Kellran était venu prévenir la Reine de ce qui se passait il y a quelques mois. Un Dragonnier. Et bien plus que cela.
Des bribes d’émotions chaleureuses passèrent entre son amie et l’homme, mais le regard de l’Elfe se fit glacial. Kellran savait qui était cet humain. Kellran savait ce qu’il était AVANT d’être redevenu humain. Et Kellran n’aimait pas cela.
Ellenwen fit les présentations après avoir carrément écrasé le Fils du Soleil contre l’arbre pour fournir une place à son compagnon. Un mot qu’elle annonça avec délectation, avec un tel bonheur que Kellran fut pris d’un frisson indéfinissable. Elle l’aimait vraiment, cela sautait aux yeux.
Les yeux de l’Elfe étincelèrent comme l’acier lorsqu’elle le présenta à son compagnon, résumant sa vie au nombre de ses femmes, à ses miraculeux retours en Alagaësia… et à son fils. Un fils qui n’était plus de ce monde, mais cela personne ne pouvait le savoir ici. Il se débarrassa bien vite de toute expression émotionnelle visible sur son visage, et réussit à sourire à la souveraine lorsqu’elle tourna vers lui un regard inquisiteur, le sommant de s’expliquer sur ses « résurrections ».
- Le monde des Morts ne doit pas avoir envie de m’accueillir.
Ne sachant pas que Laïaga et Ellenwen avaient par chance échappé à ce royaume, sa remarque était totalement innocente. Il tendit son esprit vers Delva et lui demanda de venir près de lui. Il avait d’abord espéré rester seul avec Ellenwen, mais la présence de Laïaga changeait la donne.
- Il faut bien quelqu’un pour mettre un peu de désordre dans ta vie quand le destin ne s’en charge pas, rajouta-t-il après coup, affichant un sourire parfaitement innocent.
Le bruit caractéristique des ailes fouettant l’air annonça l’arrivée de Delva. La dragonne aux écailles d’or se posa, puis se faufila agilement entre les branches épaisses de l’arbre Menoa pour s’approcher le plus possible du petit groupe. Un ronronnement joyeux fit vibrer sa gorge lorsqu’elle posa ses yeux sur Ellenwen. Les sentiments de son Dragonnier se répercutaient chez elle, la faisant déjà apprécier la Reine.
- Je vous présente Delva. Inutile de vous expliquer ce qu’elle est pour moi, je suppose ?
Les ronronnements de la créature redoublèrent d’intensité. Elle se roula en boule sur le sol, ses larges prunelles rouges ne quittant pas le groupe. Cette arrivée devait avoir fait naître bon nombre de questions dans la tête d’Ellenwen, questions que Kellran s’empressa de stopper en levant la main.
- Je t’expliquerai, la rassura-t-il. Mais ce sera… en privé.
Il afficha un rictus peu rassurant au compagnon de sa Reine. Laïaga. Il connaissait ce nom, il connaissait le personnage. Myad lui avait tout dit de lui. Kellran ne comprenait pas comment sa vieille amie pouvait tomber amoureuse de lui, pas avec un passé aussi chargé, aussi noir.
« Calme-toi. » le tempéra Delva. « N’oublie pas que ton passé n’est pas tout blanc non plus. »
Le Fils du Soleil faillit faire remarquer qu’il n’avait jamais été un Ombre, lui, mais cela aurait été une remarque stupide. Il avait commis des actes aussi terribles que ceux d’un Ombre. Un soupir jaillit de ses lèvres, le forçant à se calmer. Il avait d’autres problèmes à résoudre pour l’instant. Comme celui de raconter à Ellenwen son parcours, son passé, ce qu’il avait vu et fait depuis toutes ces années loin du pays. Expliquer pourquoi Iliani n’était plus à ses côtés, remplacée par Delva. Et tant d’autres événements. Son corps se crispa. La lumière dans ses yeux s’atténua légèrement, le vidant d’une partie de sa vie. Ellenwen risquait de ne pas vouloir éloigner Laïaga, de lui demander de s’expliquer devant cet homme dont il se méfiait. Vraiment, ces retrouvailles ne se passaient pas du tout comme prévu !
« Calme-toi… » répéta la dragonne en lui transmettant un peu de sa chaleur et de sa vitalité. « Tout va bien se passer. »
Kellran acquiesça vaguement. Il se tourna vers son amie et le compagnon de celle-ci, et attendit les inévitables questions.


Dernière édition par Kellran le Sam 14 Avr 2012 - 14:46, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 10 Fév 2012 - 19:38


Ellenwen semblait heureuse. J’aurais pu me contenter de cela. Plus détendue qu’elle ne l’avait été depuis un moment. Nous étions assis, elle moi et ce Kellran que je ne connaissais pas, au pied d’un arbre plusieurs fois millénaire dans une forêt qui l’était tout autant, et il se dégageait un tel calme de cette scène, qu’elle aurait aussi bien pu rester ainsi. Figée dans le temps. Quelques rayons de soleil crevaient la frondaison. Je sentais même ma gedweÿ ignasia palpiter doucement, et les cheveux d’Ellen’ qui chatouillaient ma joue. Je pris sa main dans la mienne. Quelle importance si son âge avait l’air de la rattraper ? Si elle avait le visage d’une femme de quarante ans plutôt que vingt ? Moi, je m’en fichais.
Et pourtant cet instant ne dura pas. Ce calme inattendu qui volait en éclat, je me demandai quelques instants pourquoi. Quand mon regard croisa celui, couleur d’ambre et aussi froid que les pierres, de Kellran, je compris. Mais qu’est-ce que j’avais pu te faire, mon grand ?
Quelle question stupide, Laïaga, pensai-je avec un amusement un peu masochiste. La même chose qu’à tous les autres, bien sûr. J’étais simplement là. J’avais aidé à bâtir un empire de mal et de noirceur, j’avais porté la guerre et la mort jusqu’aux portes de leur domaine, j’avais été leur fléau et maintenant j’étais là, au bras de leur reine, guéri de mes vieilles blessures comme si rien ne s’était passé, comme si j’avais tout bêtement droit au bonheur alors que ceux que j’avais tués ne reviendraient jamais.
Est-ce que c’était de la jalousie, mes amis aux oreilles longues ?
Je vous avais trouvé dans les bras l’un de l’autre, Kellran, est-ce que c’était une mesquine jalousie derrière ce regard de glace ?
Qui est-ce que tu pouvais bien être pour me juger ? C’est tellement simple, cela, juger...

-Kellran, je te présente Laïaga, mon compagnon, acheva Ellen’.

Je souris doucement en l’entendant prononcer ces mots. C’était toujours aussi agréable. Tout particulièrement en la voyant les prononcer avec plaisir. Kellran pouvait bien penser ce qu’il voulait.

-Tout le plaisir est pour moi, Kellran, dis-je à l’elfe avec un clin d’œil, d’un ton chaleureux.

Je ne savais pas exactement ce qu’il me reprochait. Lui-même n’en avait peut-être pas une idée trop précise. Mais autant ne pas partir sur une trop mauvaise base, non ? Si ce type était un vieil ami d’Ellen’, il devait bien avoir un bon fond, quelque part. Et puis, inutile de faire gagner quelques autres rides d’inquiétude à ma jolie elfe millénaire.

-Le monde des morts ne doit pas avoir envie de m’accueillir, répondit Kellran à la question d’Ellen’. Il faut bien quelqu’un pour mettre un peu de désordre dans ta vie quand le destin ne s’en charge pas.

Je me fis intérieurement la remarque que le destin, que j’avais peut-être un tout petit peu aidé de temps en temps, s’en était plutôt bien tiré jusque là, et qu’il n’avait pas forcément besoin de plus de renforts, mais je me dis que c’était le genre de petites piques qui risquaient de ne pas vraiment détendre une situation qui, elle, en aurait eu bien besoin. Alors je me tus.
Un petit dragon arriva, aux écailles ambrées, de la même couleur, ou presque, que les yeux de Kellran. Ainsi donc Kellran était dragonnier. Depuis peu apparemment, un an tout au plus, si la dénommée Delva avait un rythme de croissance normal. Yarrock n’avait atteint sa taille qu’après une quinzaine de mois... mais il était un peu petit, comme dragon, mon Yarrock. Le dragon ambré se roula en boule non loin de nous, son regard vermeil braqué sur notre petit groupe, mais sans la moindre animosité. Moins froid que celui du dragonnier. C’était bon à savoir.

*Salut à toi, jolie dragonne, lançai-je à Delva d’un ton courtois.*

Si le dragonnier avait une dent contre moi, autant mettre sa dragonne dans de bonnes dispositions, pensai-je avec un certain amusement devant ces petites manipulations qui n’en étaient pas vraiment. Amusement que chassa assez brusquement le rictus que l’elfe m’adressa. Un long frisson me parcourut.
Finalement, je n’allais peut-être pas tant l’aimer que ça, ce type. Voire pas du tout. Ce rictus-là ne m’inspirait vraiment, vraiment rien du tout. Ce genre de rictus un petit peu méprisant, un petit peu haineux...Mais non Laïaga, tu te fais des idées, tu es à cran mon vieux, arrête de monter sur tes grands chevaux. Facile à dire. Je poussai un soupir discret.

*Dis-moi, demandai-je pour Ellen’ seule, tu lui fais confiance à ton vieil ami ? Parce que...*

Parce qu’il m’a tout l’air d’être un connard ? Parce que j’aime pas ses petits rictus ? Parce que, bon sang, quelque chose allait de travers avec ce type. Une intuition.

*Non rien excuse-moi, me repris-je, pas très sûr de moi. Il doit juste me voir d’un mauvais œil, comme tous les autres elfes.*

Je m’en voulais un peu de gâter son plaisir. Après tout, elle l’avait bien mérité, non ? Une fois de temps en temps. C’était pour ça que j’étais venu la retrouver ici. Pour essayer. Profiter que l’on soit loin de la capitale, de ses conseillers et ses obligations pour lui remonter un peu le moral. Pas pour ajouter mes intuitions à ses soucis. Si ce Kellran avait décidé qu’il ne m’aimait pas, hé bien soit, c’était son problème. Comme pour tous les autres, je m’y ferais. Ou pas. Disons que j’essaierais.

*Enfin en tout cas, tu as un peu meilleure mine depuis qu’il est là, je trouve, constatai-je avec amusement. Tu veux que je vous laisse à vos retrouvailles ? proposai-je.*

Je n’avais pas spécialement envie, d’autant que j’étais curieux d’en apprendre plus sur ce dragonnier qui se baladait avec cette allure si spéciale pour un elfe, et qui semblait connaître Ellen’ de longue date. Mais je n’avais pas envie non plus de voir la situation tourner au vinaigre, ce qui était déjà arrivé quelques fois plus ou moins mémorables. Il n’y avait pas encore eu de morts, ni même de blessés, mais ce n’était que par respect pour Ellen’ et parce que je n’avais pas eu d’accrochage avec qui que ce soit de trop dangereux.
Là, on parlait d’un dragonnier, et un dragonnier qui me tapait sur les nerfs qui plus est.



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 11 Fév 2012 - 11:39


Quelque chose clochait. Et quelque chose clochait même sérieusement. Aucune parole n'avait encore été échangé entre les deux hommes, qu'Ellenwen sentit une tension s'installer. Contre elle, Kellran s'était raidi et son esprit ne débordait pas d'une franche et amicale camaraderie. Quant à Laïaga il avait de toute évidence ressenti la même gêne qu'elle et se tenait sur ses gardes. Elle leur jeta un regard en coin et retint un profond soupir. Ils n'allaient tout de même pas porter le ridicule jusqu'à être jaloux ? Et jaloux de quoi d'abord ? A moins que Kellran ne lui reproche la naissance de l'Empire et toutes ses choses qui ennuyaient tant les elfes ? Il serait devenu stupide au point de ne plus lui faire confiance ? Comme si elle pouvait avoir choisi comme compagnon quelqu'un d'indigne de confiance. De demeuré. Ou de stupide.

Sans compter que, vu la tête de Kellran, elle avait dit une bêtise en parlant de son fils. Comme si son sourire allait la tromper, elle qui excellait dans l'art de dissimuler ses émotions. Et elle qui le connaissait depuis si longtemps. Elle passa la main dans ses cheveux, admirant leurs volutes noires qui blanchirent lentement. Elle se sentait fatiguée et usée. C'était à se demander si elle allait vraiment connaitre un instant de repos et de tranquillité. La paix qui l'habitait quelques instants plus tôt venait de voler en éclats, ses soucis, ses craintes, sa tristesse se rappelant à elle brusquement. Même dans un instant qui aurait dû être parfait - n'était-elle pas entourée de son compagnon et de son meilleur ami revenu du royaume des morts - quelque chose clochait. A croire qu'elle attirait définitivement les emmerdes. Sans aucun besoin que le destin ou que Kellran s'en mêle. Déjà choisir Laïaga comme compagnon... Elle eut un sourire radieux :


- Imagine la gueule du destin que je dois me taper pour que tu en sois réduit à venir jouer les emmerdeurs !

Ce qui ne répondait absolument pas à comment il pouvait à la fois être mort et vivant. Mais elle commençait à avoir l'habitude. Les elfes n'étaient-ils pas les champions de la dissimulation ? La preuve en fut lors de l'arrivée de la petite dragonne dorée. Elle arqua un sourcil, avant même de la voir, et se retourna vers Kellran, l'interrogeant du regard. Elle avait connu le dragon de son ami et il ne produisait pas un bruit soyeux de petites ailes. Il était plutôt... il produisait plutôt une petite tornade à chacune de ses arrivées. Et il ne ressemblait décidément pas à un petit chat tout heureux et ronronnant. Amusée par la joie qu'elle ressentait de la dragonne - enfin une personne qui ne tirait pas la gueule ! - elle porta deux doigts à ses lèvres et la salua.

*Bienvenue parmi nous, Delva, couleur de soleil.*

Visiblement, elle n'était pas choquée par la présence de Laïaga... contrairement à son dragonnier. Ellen ouvrit de grands yeux devant la rebuffade de celui-ci. Ah, il n'acceptait de ne lui parler qu'en privé ! C'était ce qu'on allait voir ! Il aurait tout à fait pu lui raconter tout mentalement, sans se mêler de dire à voix haute ce qui était blessant et inutile. Sans compter le long regard haineux qui lança à son compagnon et qui réussit à le faire frissonner. Ellen sentit la moutarde lui monter au nez. Plus sèchement qu'elle ne l'avait voulu, il n'avait rien fait dans l'histoire, Ellen répondit.

*Bien sûr que je lui fais confiance ! Sinon tu crois vraiment que je me serais assise à côté de lui ?* Elle soupira. *Pardon. C'est juste que je ne comprend pas. Il se comporte comme un abruti fini. Il n'est pas du genre à t'en vouloir pour des broutilles et il est bien placé pour savoir que je n'accorde jamais ma confiance, et à plus forte raison mon amour, à quelqu'un qui n'en est pas digne.*

Elle se sentait triste et un peu déboussolée, perdue entre deux hommes qui se haïssait instinctivement. Laïaga ne faisait pas confiance à son ami et celui-ci aurait souhaité voir l'autre disparaitre. Elle se dandina entre les deux, gênée de servir de séparation entre les deux. Gênée de devoir le faire. Et gênée par tous les non-dit de Kellran. Qu'était devenu son dragon ? Pourquoi parler de son fils le gênait autant ? Pourquoi ne voulait-il pas parler devant Laïaga ? Elle posa la main sur le genoux de ce dernier.

*Reste s'il te plait. Je vais mieux depuis qu'il est là, mais aussi depuis que tu es là. Je n'ai pas envie que vous partiez.*

Puis, doucement et avec un peu de crainte, elle interrogea Kellran.

*Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi es-tu aussi tendu ? Tu ne l'aimes pas beaucoup, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?*

Elle le dévisagea, les yeux grands écarquillés, une moue inquiète sur les lèvres. Puis, pour meubler le silence qui lui faisait froid dans le dos, elle demanda à voix haute :


- Alors Delva, comment trouves-tu Ellesméra ?




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 11 Fév 2012 - 15:24


Il y avait dans l’air comme une sensation d’orage naissant. Des éclairs invisibles entouraient le Dragonnier, décidément incapable de se calmer malgré les paroles apaisantes de sa dragonne. Il se forçait à rester immobile, crispant à l’extrême les muscles de tout son corps. Rester assis à côté de lui était insoutenable, peu importe qu’il y ait Ellenwen entre eux. Chaque seconde qui s’écoulait voyait l’aversion de Kellran augmenter en conséquence. La partie raisonnée de son cerveau lui dictait de ne pas juger le passé de l’homme. Elle lui hurlait qu’un être mauvais n’aurait pas pu séduire sa meilleure amie. L’autre partie, les instincts, répliquait violemment qu’un Ombre restait un Ombre. Et Kellran haïssait les Ombres, oh oui, chacune de ces créatures était une cible parfaite pour son fauchard, pour ses poignards, pour sa rage aveugle. Ce Laïaga avait certainement piégé Ellenwen, il l’avait aveuglée avec de beaux discours, de mielleux sourires, de belles actions sans fondement. Les os de l’Elfe craquèrent discrètement lorsqu’il serra les poings. Il en savait assez pour se méfier de Laïaga, et plus encore. Avant de séduire Ellenwen, n’était-il pas en couple avec la nièce de celle-ci ? Pas mal, comme conquêtes amoureuses.
Il sentit Ellenwen se tendre à son tour, ayant perdu la joie qu’elle ressentait d’être entre deux hommes qu’elle aimait. Un vague sentiment de culpabilité gonfla la gorge du Dragonnier, bien vite étouffé. Il n’en pouvait rien, si le compagnon de son amie était un homme au passé si noir qu’il lui hérissait les poils.

La crainte teintait les pensées d’Ellenwen lorsqu’elle lui demanda pourquoi il réagissait ainsi. De la crainte ! Depuis quand Ellenwen ressentait-elle de la crainte à lui poser une question ?
« Kellran ! »
Le cri de Delva arracha le Dragonnier à sa colère. Il ne lui avait pas fallu dix minutes pour devenir paranoïaque, à croire qu’il retombait dans les mauvais excès de sa jeunesse. Un soupir vibrant fit trembler ses lèvres, alors qu’il retrouvait la contenance qui était désormais la sienne. Le sang-froid était l’un des fondements de sa vie actuelle. Heureusement que sa dragonne était là pour le lui rappeler en temps voulu. D’ailleurs, la Reine des Elfes ne pouvait pas vraiment nier la masse d’écailles couleur d’or qui trônait à quelques pas d’eux. La question fit sourire – sincèrement cette fois – le Dragonnier qui connaissait déjà la réponse.
« En comparaison d’Equina ou de mon propre Dragonnier, les Elfes d’Ellesméra sont particulièrement hautains. Je serais bien tentée de leur apprendre l’humilité. »
La créature secoua la queue, ses crocs dévoilés en un sourire capable d’effrayer même le plus valeureux des hommes. Kellran riait, inondé de l’amusement de sa compagne de cœur et d’esprit. Il savait que Delva blaguait, pour la leçon d’humilité en tout cas, mais imaginait parfaitement le sentiment d’une personne entendant ces paroles sans savoir qu’il ne s’agissait que d’humour.
Le rire de l’Elfe s’éteignit, même s’il garda un léger pétillement au fond de ses yeux. Il remercia silencieusement sa dragonne d’avoir détendu un peu l’atmosphère, et surtout de l’avoir détendu lui. Car ce qu’il s’apprêtait à faire allait se révéler éprouvant pour lui. Confirmé dans l’hypothèse que Laïaga ne quitterait pas cet endroit, il se prépara à raconter son histoire. Finalement, ce n’était pas plus mal, car ainsi, Ellenwen et son compagnon comprendraient tous deux pourquoi il était tendu.
Le Fils du Soleil se leva, s’approcha de sa dragonne et posa une main sur son flanc, sentant l’air gonfler ses poumons. Elle l’encouragea d’un clignement d’œil, l’assurant de tout son amour.
- Vous êtes les premières personnes avec qui je vais partager ce qui m’est arrivé, annonça-t-il calmement, sa maîtrise de lui retrouvée.
Il laissa libre accès à ses souvenirs, en forma une impressionnante série d’images vivantes, et étendit sa conscience vers Ellenwen et son compagnon. Sa mémoire à nu, il frissonna, car il se rappela avec une limpidité parfaite tout ce qu’il avait vécu durant plus d’une décennie.

Les fragments de mémoire défilaient, amalgame de visions, de sentiments, d’odeurs, de sons, et de tout un tas d’autres choses. La Guerre des Phénix, où Kellran assista à la mort d’Iliani, sa première dragonne, tuée d’une flèche en plein cœur. La traversée du Hadarac, où il avait eu la chance de camper une nuit au bas des murailles de Sil’Arn, la cité des Nomades. Il avait franchi les frontières du pays, plongé dans un pèlerinage douloureux visant à se détacher de l’Alagaësia. Sa rencontre avec les Matayans, un peuple de fiers guerriers à la peau brune, maniant des armes semblables à son fauchard. Ils l’avaient adopté, l’appelant Vagabond du Désert, et initié à leurs coutumes. Les nombreuses batailles qu’il avait menées à leurs côtés, contre les Kamayans, de lointains cousins versés dans la sorcellerie noire. Une vaste série de souvenirs liés aux Ombres qui menaient l’armée des Kamayans surgit de l’esprit de Kellran, teintés de la haine farouche que l’Elfe ressentait pour ces créatures viles. Les images disparurent, remplacées par la méditation hypnotique dans laquelle les Spirites Matayans l’avaient plongé. Ellenwen et Laïaga virent ce qu’avait vécu Kellran ce jour-là, les illusions du passé qui avaient surgi de terre pour le damner, le rendre vulnérable. Il avait résisté, laissant libre cours à ses émotions, puis avait scellé toute cette faiblesse à l’intérieur de lui.
Le serment prononcé à cet instant résonna longuement dans son esprit.
- Je suis le monstre qui fait trembler les monstres. Je suis le fléau du mal sous toutes ses formes, car j'ai embrassé chacune d'elles pour en revenir plus fort que jamais. Je suis le gris impitoyable d'un monde en noir et blanc. Je dicte aujourd'hui ma destinée pour les jours à venir, jusqu'à ma fin.
Ce serment trouvait un écho dans les fondements qui dictaient désormais sa vie. Mais l’histoire ne s’arrêtait pas là, bien au contraire. D’autres souvenirs jaillirent, l’apparition d’un Dragonnier inconnu soutenant les Kamayans. Le Dragonnier qui enlevait son casque, dévoilant le visage de Loki, le fils de Kellran. La haine aveugle qu’exprimait Loki en lui parlant. Le combat terrible qui s’ensuivit. Kellran laissé pour mort par son descendant, et récupéré par les Matayans. Kellran avait alors dérivé durant plus d’un an sur les rives du coma, où s’étaient alternés les cauchemars et les rêves. Il s’était éveillé dans la cité originelle du peuple Matayan, en état de siège. Dehors, sous les hauts murs de la ville, se pressaient des milliers de visages noirs, en armures de peau, de cuir, ou de fer. Et les cheveux rouges des généraux Ombres riant aux éclats du meurtre et de la destruction. Et le rugissement du dragon noir de Loki dans les airs. Un siège éprouvant, qui ne se comptait plus en jours ou en semaines mais en blessés, en morts et en vivres perdus. La dernière bataille devant la porte principale. Le face-à-face entre père et fils. Loki, dont la confiance vacillait face à la nouvelle puissance de son père. Sa tentative d’invoquer les esprits, un pouvoir dont il avait appris les fondements auprès de ses maléfiques alliés. Des esprits noirs qui brisèrent son esprit et prirent possession de lui. Kellran criait, incapable d’empêcher l’inéluctable. Devant lui, son seul fils devenait un Ombre. Le geste instinctif qui poussa l’Elfe à décapiter la chair de sa chair avant qu’il ne devienne un monstre. Le hurlement du dragon, déchiré par la mort de son Dragonnier, et lentement possédé à son tour par les esprits. La fuite de la créature, pourchassée par Kellran sur des lieues et des lieues. Visions terribles de paysages dévastés, couverts de flammes et de bâtiments incendiés, de corps carbonisés. L’Elfe devait en finir avec la folie de Ketsueki, devenu moins qu’une bête. Le piège tendu à l’intérieur de la caverne où le dragon avait fait son nid. Nouveau combat terrible, flots de sang déversés, chaleur insoutenable. Et le dragon qui, au bord de la mort, enfin libéré des esprits qui le poussaient à tuer, implorait la promesse de son assassin de veiller sur l’œuf de dragon qu’il cachait depuis tout ce temps. Un œuf couleur d’ambre, strié de noir. L’œuf de Delva. Les Matayans fêtèrent sa victoire, le nommèrent Fils du Soleil, à l’instar des dragons de légende. Ketsueki fut dépecé, ses os et ses écailles broyés pour fournir l’encre ayant servi à tatouer le dragon sur son torse. Un souvenir ineffaçable de ce que Kellran avait vécu. Et enfin le retour en Alagaësia par le même chemin, la reprise de possession de sa maison dans la forêt, l’éclosion de Delva lorsque l’Elfe se sentit prêt.


Le flot de souvenirs s’arrêta brusquement. Des larmes amères roulaient sur les joues du Fils du Soleil dont les yeux restaient pourtant ouverts, fixes et voilés par la charge de son passé. A ses côtés, Delva le félicita d’un ronronnement puissant. Kellran secoua la tête et sécha ses larmes, puis il acquiesça gravement.
- Voilà le résumé de ma mort, clama-t-il ironiquement. Le terme de résurrection est parfaitement adapté aux sombres années que j’ai vécues.
Il fixa Ellenwen un long moment, la mettant au défi de le contredire. Puis il se détourna et toisa Laïaga. Il n’y avait plus de haine dans le regard de Kellran, plus rien de cette futile émotion qu’est la colère. L’Elfe avait un regard d’acier, implacable et accusateur, inflexible, dangereux.
- Durant plus de dix ans, j’ai lutté pour libérer un peuple du joug de la tyrannie des Ombres. J’ai tué mon fils pour l’empêcher de devenir un Ombre. Comment pourrais-je t’apprécier, toi qui te tiens au côté d’une femme que j’aime plus que tout, en ayant été un Ombre ?
La sentence implacable de cette question pesait de tout son poids, d’une fureur juste et objective. Les mains de Kellran étaient proches des manches de ses poignards. Il valait mieux pour Laïaga que sa réponse lui convienne, sans quoi l’ancien Ombre apprendrait ce que signifiaient les mots de pouvoir gravés sur ses lames.


Dernière édition par Kellran le Sam 14 Avr 2012 - 14:46, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 11 Fév 2012 - 18:15


Spoiler:
 

Souvenirs souvenirs le flot de souvenirs me prit et m’emporta. J’étais resté, comme me l’avait demandé Ellenwen, et je ne savais pas si cela avait été une très bonne idée. Pourquoi me montrait-il ces souvenirs, tous ses souvenirs, la même chose que ce qu’il montrait à Ellenwen, cet ahuri ? Alors qu’il ne pouvait pas m’encadrer, de manière assez claire ?
Il devait vouloir en venir quelque part, et je sentais un petit pincement d’anticipation. Si Kellran était entrain de me manipuler, je me laissais faire avec toute la complaisance d’un mouton qu’on emmène à l’abattoir.
Pourtant, aussitôt happé dans le flot de ces instants révolus, je ne pus m’en détacher. Ces odeurs, ces images, ces sons, la chaleur du désert sur ma peau, le soleil brillant, ces instantanés acérés d’une vie maintenant passée, tout cela était si vivant, je me prenais au jeu, le flot se déversait, chaotique,
Je suis le monstre qui fais trembler les monstres.
de temps en temps je reconnaissais des émotions ou des actes qui me rappelaient mon propre passé ; est-ce qu’on était semblables ? Certainement pas. Mais je reconnaissais le sang, je reconnaissais la guerre, la trahison, tout cela... Ellen’ aussi devait connaître, est-ce à dire
Je suis le fléau du mal sous toutes ses formes, car j'ai embrassé chacune d'elles pour en revenir plus fort que jamais.
que c’était banal ? Non, c’était une histoire triste et poignante que nous montrait la Kellran, le genre d’histoire que l’on n’avait pas envie de vivre, même si elles faisaient de belles légendes, mais
Je suis le gris impitoyable d’un monde en noir et blanc.
quelque chose me dérangeait dans cette histoire, cette impression d’être emmené où on voulait me voir, et en même temps j’observais cet ultime combat entre un Kellran remis et son fils, les elfes qui semblaient danser dans le sable, silhouettes insaisissables, et moi je cherchais à comprendre. Est-ce que ça avait à voir avec les Kamayans ? Les Kamayans étaient mauvais, Kellran décapitait son fils, il n’avait pas le choix, il poursuivit le dragon maléfique, il n’avait pas eu le choix parce que les Kamayans étaient mauvais parce que... parce que... parce que...
Je dicte aujourd'hui ma destinée pour les jours à venir, jusqu'à ma fin.
c’étaient des Ombres. De fichus invocateurs qui mettaient des Ombres à leurs têtes, un peuple qui avait suffisamment périclité pour se soumettre à cette engeance ; ça me rappelait un certain Empire pas si loin que ça ; bon sang qu’est-ce que j’avais fait ; le coup viendrait de là, c’était plus clair maintenant, c’était là que tu voulais m’emmener pas vrai ?
Mais cet Empire que j’ai aidé à bâtir, Kellran, ce n’est pas ton peuple Kamayan, tu te...

-Voilà le résumé de ma mort, fit l’elfe, et ses mots, après tant d’images transmises par la pensée, coupèrent le fil de ma réflexion. Le terme de résurrection est parfaitement adapté aux sombres années que j’ai vécues.

L’elfe me fixa d’un regard froid, qui m’accusait, et une fois encore j’eus ce sentiment que quelque chose clochait. Cela semblait coller pourtant, comme tous les autres elfes, il me reprochait l’Empire, mais... Je soutins son regard en haussant un sourcil. Il m’inquiétait, ce dragonnier, il m’inquiétait vraiment, mais je ne lui donnerais pas la satisfaction de se rendre compte que je le prenais au sérieux.

-Durant plus de dix ans, j’ai lutté pour libérer un peuple du joug de la tyrannie des Ombres. J’ai tué mon fils pour l’empêcher de devenir un Ombre. Comment pourrais-je t’apprécier, toi qui te tiens au côté d’une femme que j’aime plus que tout, en ayant été un Ombre ?

C’était donc ça. Je me sentis soulagé que l’elfe ait dit ce qu’il avait sur le cœur. Et je m’étais effectivement fourvoyé. Sa voix vibrait de fureur. Ses mains reposaient près des manches des dagues à sa ceinture ; il était prêt à passer à l’attaque. Décidément, cette journée qui n’avait pas eu l’air trop mal, à peine quelques minutes plus tôt, qui m’avait donné de l’espoir, devenait vite désagréable.
Je ne me rendis pas compte, quand Kellran prononça ces mots, de l’impact qu’ils allaient avoir sur Ellenwen. Je ne l’imaginais même pas. Pour moi mon passé d’Ombre était fini, et bien fini. Il n’avait jamais été un secret, mais il relevait de ces souvenirs désagréables dont on évite de parler.
Pourtant cet elfe haïssait les Ombres, il me détestait comme si j’en étais encore un, comme si je portais encore une tare en moi, une contamination qui serait restée malgré la mort de Séïnna, l’esprit qui m’avait habité.

-Comment, tu demandes ? susurrai-je d’une toute petite voix en repoussant doucement la main d’Ellen’ de mon genoux. Comment pourrais-tu m’apprécier ?

Je me sentais un peu plus vide, et un peu plus froid, que quelques instants auparavant. Kellran rouvrait sans pitié une plaie que j’avais refermé.

-Et toi comment peux-tu me juger, petit elfe ? continuai-je sur le même ton. Sont-ce tes dix années de combat qui te le permettent ? La grande science que tu as dû acquérir à te battre et tuer ?

Un mince sourire sans joie se dessina sur mon visage :

-Ne me fais pas rire, à se battre on n’apprend qu’à le faire un peu mieux, et toi tu n’es personne pour me juger ainsi !

J’avais parlé d’une voix plus forte, incisive et sèche. Kellran n’avait aucune idée, de ce que ça avait été, qu’est-ce qu’il pouvait bien imaginer ? Il n’avait pas été un Ombre. Il ne pouvait pas comprendre, pas avec ces opinions déjà toutes faites sur moi. J’aurais aussi bien pu lui jurer en ancien langage que je n’avais plus rien d’un Ombre qu’il ne m’aurait pas cru.
Je me relevai brusquement, bondissant presque sur mes jambes et détendis mon bras pour attraper le poignet de l’elfe blond, mes yeux toujours plongés dans les siens, et nous étions maintenant beaucoup plus proche, et je lui dis :

*Tu veux savoir ?*

J’avais parlé directement dans sa tête, et de même qu’il nous avait transmis ses souvenirs, j’ouvris mon esprit, et je me plongeai dans ces moments lointains et désagréables.
Nu dans une forêt de la campagne de Teirm et des runes sur tout le corps, la douleur la douleur la douleur les éclairs de douleurs qui n’arrêtaient jamais qui le déchiraient et l’esprit qui susurrait ses promesses de pouvoir et de plus de pouvoir encore Laïaga avait mal, il découvrait la douleur pour la première fois de sa vie, ce jeune corps presque un enfant, ce jeune esprit qui se faisait détruire, qui voyait le monde virer au noir, qui perdait le contrôle et sombrait dans la folie d’une souffrance à nulle autre pareille, la douleur de l’anéantissement
C’était ça être un Ombre.
Les combats, les meurtres, les machinations, toujours plus de sang des rivières de sang, des fleuves de sang, les cris en cacophonie qui jamais ne se terminait, Séïnna, l’Ombre, terrible, qui traçait un sillon de douleur dans le monde des siècles plus tôt, les meurtres, les viols, les tortures, les exactions sans nom, Laïaga qui vivotait spectateur impuissant horrifié et acteur principal qui n’arrivait pas à décider s’il préférait mourir ou pas mais quel intérêt de mourir ? Qu’est-ce que ça aurait changé ? Il n’y arrivait même pas !
Et ça aussi, ça a été ça pendant huit cent putain d’années, où je n’ai rien pu faire, pas une seule fois, pas un petit geste de pitié, je me suis regardé être un monstre pendant huit cent ans.
La remontée, presque aussi douloureuse que la descente, reprendre des forces, doucement, ne plus être qu’un esprit quasiment dévasté par celui de l’Ombre, mais doucement gagner en force, comme on s’agrippe à une aspérité de la falaise qu’on vient de manquer dévaler. Au milieu de la tempête de neige, des bourrasques qui vous fouettent et vous lacèrent, les mains en sang, on a envie d’abandonner, mais il ne faut pas, il y a une petite lueur là-haut, c’est peut-être le soleil, peut-être une elfe de mille cinq cent ans que l’on aime beaucoup ou peut-être juste un effet de l’imagination, mais il y a une petite lumière qui brille et cette fois-là, Laïaga s’accroche et remonte doucement. Même s’il a mal. Même s’il est fatigué. Jusqu’à ce jour sur la Crête...
...et j’ai fini par reprendre le contrôle, glacé, épuisé, mais j’avais chassé Séïnna. Les places s’étaient inversés. Séïnna était devenu le parasite qui vivotait, et moi j’avais repris le contrôle de mon corps ce jour-là. Depuis Séïnna était mort ; je n’avais pas commis la même erreur que lui.

-Voilà le résumé de ma vie, fit-je sur un ton d’ironie mordante, reprenant les mots de l’elfe un peu plus tôt. Ma lutte à moi, elle a duré huit siècles... Qu’est-ce que t’en penses, tu crois que je suis nostalgique, Kellran ? Tu crois vraiment qu’il reste quoi que ce soit de cette époque ?



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 11 Fév 2012 - 22:07


Ellenwen vit Kellran trembler de rage. Elle sentit son esprit se refermer sur lui-même, devenant inaccessible à la peur qu'elle ressentait, à la tristesse de le voir dans cet état. Elle se recula doucement, cherchant le réconfort des bras de son amant. Elle n'avait pas vu Kellran ainsi depuis des années et découvrir qu'il était encore capable de se mettre dans des états pareils la fit frissonner. Ses oreilles se couchèrent. Elle gronda doucement, inquiète. Elle posa une main sur l'épaule de son ami et la pressa, tentant de lui communiquer un peu de calme. Mais, avant qu'elle n'ait pu agir, elle le fit se détendre. L'éclat qu'elle perçut dans les yeux de la dragonne la renseigna. Si son ami s'était calmé, elle n'y était pour rien. Et ils avaient failli passer bien près de l'accident. Elle frissonna à nouveau. Quelque chose lui disait qu'elle n'allait pas aimé la suite. Ses doigts fourmillaient légèrement, comme devant une catastrophe. Elle esquissa un pâle sourire aux paroles de la dragonne, les mâchoires toujours contractées. Elle tentait désespérément de lutter contre son instinct qui lui hurlait de prendre une position de défense.

- Ils sont hautains parce qu'ils ont peur. Et parce que le deuil les accable. Mais il y a peu, la forêt résonnait de leurs rires et de leurs chants. Je suis désolée qu'ils t'aient fait une si mauvaise impression, Delva.

Elle-même n'avait pas été épargnée. Au lieu de sauter dans les bras de son ami, elle ne l'avait accueilli que d'un sourire. Elle n'avait même pas pu organiser de réjouissances... Elle eut un sourire las... avant de se crisper violemment lorsque l'elfe se releva pour leur apprendre son histoire. Elle se réfugia plus encore dans les bras de Laïaga. Cela ne sentait pas bon. Cela ne sentait vraiment pas bon ! S'ils étaient les premiers à qui il en parlait ? Et d'abord, pourquoi voulait-il en parler à Laïaga, après l'avoir envoyé promener ? Et pourquoi posait-il ainsi la main sur les flancs de sa dragonne, comme pour retrouver du courage ? Et pourquoi, nom d'un elfe bourré, Iliani n'était-elle pas là ? Delva était gentille mais... Elle grinça des dents lorsque les premières images l'atteignirent. Ses genoux remontèrent le long de son corps. Elle les entoura de ses bras. Elle gémit lorsqu'elle sentit la douleur de son ami à la mort de sa dragonne, elle gronda devant sa haine des tribus. Elle ne parvenait à se détacher de ses pensées, à prendre le recul nécessaire. Toutes les images lui venaient comme un choc, un coup qui l'empêchait de respirer et l'oppressait. Elle cherchait la main de son compagnon, et ne la trouvait pas. Des larmes emplirent ses yeux. Elle était seule. Entièrement seule face à ce déchainement de sons, d'images et d'odeurs. Elle voulut se redresser pour consoler Kellran, ou peut-être lui dire d'arrêter, le supplier de ne plus la submerger de ses souvenirs, mais elle ne put esquisser le moindre mouvement.


- Je suis le monstre qui fait trembler les monstres. Je suis le fléau du mal sous toutes ses formes, car j'ai embrassé chacune d'elles pour en revenir plus fort que jamais. Je suis le gris impitoyable d'un monde en noir et blanc. Je dicte aujourd'hui ma destinée pour les jours à venir, jusqu'à ma fin.

C'était grandiloquent. C'était digne d'une mauvaise épopée, celle où le héros ne peut que mourir à la fin. C'était un serment complètement fou. Mais c'était un serment en ancien langage. Un serment qui ne pourrait être délié. Un serment qui cachait trop de peur, de douleur, et de haine. Ellen gémit devant sa force et se rencogna contre l'arbre, cherchant asile et protection. Tout cela touchait bien trop à la folie. Tout n'était que folie. Un tel serment. En ancien langage. Une telle dévotion. Grandiloquent et fou. Kellran avait du perdre la raison. Et à ses côtés, elle devinait Laïaga qui ne bronchait pas, indifférent à toutes les forces qui s'étaient mises en place, indifférent à toutes les implications d'un tel choix pour un elfe, inconscient de l'ironie du destin. Lorsque le flot d'images cessèrent, Ellenwen regarda son amie, pétrifiée, les larmes aux yeux. Une résurrection ? Tu parles ! Il ne s'agissait que d'un suicide par procuration. Un suicide lent et douloureux dans lequel il allait entrainer sa dragonne, et toutes les personnes qui le suivraient. Elle ouvrit la bouche, pour dire quelque chose. N'importe quoi. Quelque chose qui lui donnerait une issue. Qui les sortirait de la folie. Mais Kellran conclut. Comment pouvait-il l’apprécier, lui qui se tenait au côté d’une femme qu'il aimait plus que tout, en ayant été un Ombre ?

QUOI ?!

Ellen ouvrit de grands yeux et se tourna vers son compagnon. Un ombre ? Un vrai ombre ? Avec des yeux rouges et un esprit malfaisant ? C'était une blague. C'était forcément une blague. Ou une erreur. Oui, Kellran avait dû confondre...

Ou pas...

Laïaga se leva, un sourire froid et cruel sur les lèvres. Un sourire qu'Ellen ne lui avait connu que lorsqu'il combattait une personne qu'il haïssait. Et il ne niait pas. IL. NE. NIAIT. PAS. La tension qui régnait toucha l'elfe de plein fois, recourbant ses doigts comme des serres, coupant son souffle, ses jambes et sa volonté. Comme dans un rêve, elle vit son compagnon repousser sa main pour défier l'elfe qui avait porté ses mains à ses dagues. La reine ferma les yeux quelques secondes, priant pour que l'horrible vision ne s'efface. Ils allaient bientôt tomber dans les bras l'un de l'autre en poussant des grands éclats de rire et en se moquant d'elle. Non ? Non. Une partie détachée et lointaine de son esprit lui déclara que Laïaga gagnait. Ses arguments étaient incontestables. Pour le moment. Mais un ombre ? Il était un ombre ?

*A été un ombre !*

Mais c'était pareil, non ? Ombre un jour, ombre toujours ? Elle le connaissait sorcier, elle le connaissait magicien, elle le connaissait sans coeur et sans sentiments, mais elle ne le connaissait pas corrompu. La femme était tendue comme un arc, les doigts enfoncés dans la terre. Il lui semblait qu'un mouvement, un infime tressaillement, aurait poussé ses deux meilleurs amis à se déchirer et se tuer devant ses yeux. Aussi, lorsque Laïaga se redressa d'un mouvement souple et fluide, son instinct prit le dessus. Elle sauta instantanément sur ses pieds, en position de défense, avant de sauter sur une branche haute de l'arbre, à demi-dissimulée, à demi-éloignée. Elle tremblait de tous ses membres. Laïaga. Un ombre. Laïaga. Un ombre. Laïaga. Et ses parents. Morts. Un ombre. Laïaga. Une vie passée à les tuer. Laïaga. Une vie à les traquer. Son amour ? Laïaga. Un mensonge. Elle claquait de dents. Gelée. Les souvenirs de son amant la touchèrent de plein fouet, à nouveau. Son esprit était resté trop proche du sien et les images qu'il destinait à Kellran lui revenaient en ricochet. Elle ne suivait pas tout. Ne comprenait pas tout. Mais l'essentiel n'était que trop clair. Des flots de sang. Des flots de douleur. Des siècles de massacre. Une conscience, quelque part. Perdue. Etait-ce Laïaga, cet homme qu'elle voyait tuer sans vergogne. Etait-ce l'homme qui était venu la chercher, dans un monde mort ? Qui avait bravé pour elle la mort et les propres ombres de son passé. Etait-ce le même qui tuait et torturait ? L'arrêt des images la laissa grelottante, les yeux écarquillés, des larmes roulants sur les joues, sa robe déchirée, en position de défense. Elle était repliée sur elle-même et haletait. Le résumé de sa vie. Elle n'aurait pas voulu le connaitre. Pas ainsi. Elle poussa un long gémissement de peur, de douleur et de regret, fermant totalement son esprit à son compagnon.


- Laïaga.

Un chuchotement. Ses pensées tournaient follement dans son esprit, lui donnant le vertige. Elle ne savait plus si elle avait envie de vomir, de pleurer ou de hurler. Peut-être les trois à la fois, si elle ne parvenait pas à trouver une autre solution. Les ongles enfoncées dans les paumes, elle se souvenait du royaume des morts. Elle se souvenait de la haine de l'ombre, de sa propre envie de le tuer, de déchirer son corps de ses griffes, de voir couler son sang. Elle se souvenait de ses parents, de leurs corps mutilés. De sa dague. Des urgals. Des dizaine d'urgals et des centaines de pattes. Des pattes velues, toujours plus nombreuses. Le monde était fou. Définitivement fou. Elle voyait ses deux amis prêts à se tuer, à se déchirer. Les deux personnes qui comptaient le plus pour elle. L'un avait tué son fils - son fils qu'elle avait protégé et éduqué - l'autre était un ombre. Avait été un ombre.




Devant l'indifférence générale, demain est annulé
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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Dim 12 Fév 2012 - 10:17


Laïaga n’avait pas aimé les paroles du Fils du Soleil. Cela se voyait. Il y avait d’abord eu du soulagement, une sorte de contentement muet, sans doute parce que Kellran était le premier Elfe à lui reprocher d’avoir été un Ombre, au lieu de l’habituelle insulte. Car oui, Laïaga avait aussi fondé l’Empire actuel par ses actes, et cela était sujet à polémique. Kellran ne pourrait pas vraiment lui reprocher cela, lui qui se balançait au bout d’une corde faite de sentiments oscillant entre amour et respect pour la nouvelle Impératrice. Mais malgré tout cela, la tension s’épaississait entre eux, devenant un mur de fureur.
Petit Elfe… petit Elfe… les mots résonnèrent dans sa tête comme un tourbillon. Des insultes implicites volaient sur les ailes des paroles de l’ancien Ombre, portées par sa suffisance. Il rejetait en bloc toutes ces années de combats incessants, ces années où Kellran avait risqué sa vie pour éradiquer un peuple corrompu par la sorcellerie des Ombres. Il osait le traiter de haut, comme si le Fils du Soleil n’était rien de plus qu’un gamin à rabrouer. Il osait…
La détresse d’Ellenwen le percuta aussi violemment que les questions de Laïaga. Du coin de l’œil, il voyait sa Reine, celle à qui il avait juré allégeance avant de partir se battre au Hadarac, complètement retournée par la situation. Elle ne savait pas. Kellran fronça les sourcils ; Ellenwen ne savait pas que son amant était autrefois un Ombre. Et le Dragonnier savait, du moins en partie, les ténèbres du passé de sa meilleure amie. Il savait qu’elle aussi avait tout perdu à cause d’un Ombre.
Sa fureur augmenta, le faisant sourire. Finie, la colère incontrôlable ressentie auparavant, cette fois il bridait ses émotions comme il avait appris à le faire durant toutes ces années, et goûtait lentement à la force prodiguée par une juste fureur. Qui menaça d’exploser lorsque Laïaga s’approcha brusquement, et osa poser ses doigts sur le poignet du Dragonnier, dans un geste clair. Ainsi, il lui ordonnait de ne pas tirer les armes.
Voulait-il savoir ? Voulait-il savoir ce que cela faisait de devenir un Ombre ?
« Bien sûr ! » rétorqua Kellran, le visage sombre.
Et comme avec les souvenirs du Dragonnier, ceux de l’ancien Ombre surgirent en vagues incessantes, agressant son esprit d’images toutes plus sanglantes. Une âme mise à nu, brisée, volant en morceaux. La sensation d’être écrasé, pressé comme un citron et caché dans un recoin terriblement sombre de son propre corps, à peine vivant, juste prisonnier. L’envie irrésistible de meurtre, de sang, de sexe, de débauche. Une cruauté sans bornes, indéfinissable, la cruauté d’un monstre invaincu. La souffrance de Laïaga, spectateur impuissant de ses propres actes. Et lentement, lentement, trouver le courage de combattre, gagner en force, se battre contre soi-même, contre la partie sombre de son âme, éveillée au travers d’un esprit extérieur, malfaisant.

Les souvenirs refluèrent. Kellran n’avait pas bougé, toujours inexpressif. La lutte avait duré huit siècles, lui annonça Laïaga, croyant affirmer ainsi la terrible supériorité de son passé face à celui du Dragonnier. Huit siècles durant lesquels l’Ombre avait agi, avant que l’humain en lui ne trouve la force de lutter.
Kellran leva les yeux et fixa l’ancien Ombre. Ils brûlaient d’un feu intérieur, dévorant. Levant les mains, le Fils du Soleil applaudit bruyamment, puis sourit, de ce sourire qui faisait froid dans le dos.
- Félicitations. Tu es un véritable héros. Que d’épopées seront chantées sur la magnifique victoire de l’homme contre l’Ombre. Vraiment, je suis impressionné.
Sa remarque suintait l’ironie, prononcée avec des mots qui se voulaient volontairement insultants sans être grossiers. Du coin de l’œil, il vit Ellenwen perchée sur l’une des branches de l’arbre, recroquevillée, effrayée, par le duel entre son amant et l’ami récemment retrouvé. Ce n’était pas l’idéal, question retrouvailles joyeuses. Mais Kellran s’en moquait bien, car il devait régler la question ici et maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Il devait le faire pour lui-même, pour Ellenwen, pour le peuple des Elfes tout entier.
- Huit siècles passés à lutter contre un seul Ombre. Tu te sens fier, je suppose ? Supérieur à un pauvre petit Elfe qui a passé à peine dix ans de sa vie à combattre un peuple tout entier ?
Il s’avança, s’approchant dangereusement de Laïaga, sans jamais le quitter du regard. Il avait les muscles tendus, gonflés à l’extrême, et même si ses mains étaient désormais éloignées de ses armes, il exsudait le danger et la menace. La dragonne dorée, perdue dans ce débat, était pour la première fois depuis sa naissance dépassée par les événements. Elle ressentait clairement que son Dragonnier ne pouvait plus être ramené en arrière, et ne pouvait pas véritablement lui donner tort. Il se sentait insulté, bafoué dans tout son être, par un humain qui se jugeait supérieur uniquement parce qu’il avait vécu plus longtemps que lui. Il se sentait trahi.
- Tu as passé huit siècles de ta vie à vouloir réparer tes erreurs, siffla le Fils du Soleil. Huit siècles durant lesquels ta faiblesse a coûté bien des vies, a provoqué trop de malheurs.
Il ricana, dégoûté par ce qu’il allait dire, dégoûté de devoir dévoiler une autre parcelle de son passé à ce résidu de monstre qui trônait devant lui.
- Ne crois pas que je ne sache pas ce que ça fait. Moi aussi, j’ai commis des actes horribles. Tu n’as jamais entendu parler de Whedon le Sanglant, je suppose ?
Il sourit.
- Non. Pourtant ce fut mon nom durant un temps. J’ai failli déclencher une guerre, et amener la mort sur des milliers de vivants. Et pourquoi ne parle-t-on pas de moi dans les histoires terrifiantes ? Parce que, contrairement à toi, ma faiblesse n’a été que passagère. Contrairement à toi, ma lutte ne s’est pas comptée en siècles, mais en jours.
Il se tourna vers Ellenwen. Elle savait de quoi il parlait, elle avait eu un aperçu de ce dont il avait été capable lors de cette période noire de sa vie. Il se balançait déjà entre lumière et ténèbres bien avant de quitter l’Alagaësia. Sa lutte contre le mal datait de ses débuts, presque depuis sa naissance. Maintenant qu’il avait restauré son équilibre vital, et réparé ses propres erreurs, il cherchait à réparer celles des autres. Malgré tout ce qu’il avait vécu, il restait un idéaliste, convaincu de pouvoir – à force d’espoir et de vaillance – amener un peu de bonheur et de sécurité sur ce monde qui l’avait vu naître.
- Tu sembles fier de m’annoncer que tu es resté faible pendant huit siècles. Mais réponds à cela, ô glorieux héros. Même si la vie t’a offert un sursaut de force pour vaincre ton esprit corrompu, rien ne me prouve que tu ne redeviendras pas faible. Rien ne prouve qu’un jour, tu ne te laisseras pas corrompre à nouveau. Car même si tu n’es plus un Ombre désormais, tu n’es plus tout à fait humain, n’est-ce-pas ?
Il s’approcha encore, auréolé d’un bref éclat noir et or, ses iris devenus blancs.
- Il y a encore de l’Ombre en toi.
Le Fils du Soleil se détourna, son aspect habituel retrouvé, et partit rejoindre sa dragonne paralysée, presque tétanisée par le duel verbal qui opposait Kellran et Laïaga. Au passage, il leva la tête vers Ellenwen, et son visage exprimait toute une foule de sentiments. Accusation, tristesse, déception. Il s’en voulait d’agir ainsi. Il se détestait de devoir faire du mal à une personne qu’il aimait, il se détestait même d’agir ainsi envers Laïaga. S’il avait su que de renouer des liens avec Ellenwen le forcerait à se dresser à nouveau comme rempart envers ce qu’il estimait être une injustice, il serait resté chez lui, seul avec ses potagers et sa dragonne.
« Non… tu te mens à toi-même. »
Il acquiesça. D’une manière ou d’une autre, il aurait agi. Il était destiné à cela désormais, être le rempart entre la lumière et les ténèbres, le gris impitoyable d’un monde en noir et blanc. L’espace d’un instant, il fut tenté de grimper sur le dos de Delva et de partir loin d’Ellesméra. Qu’Ellenwen se débrouille avec son compagnon, qu’elle paie les conséquences de son ignorance. Que Laïaga se pavane donc comme un paon glorifié par son combat. Une part de lui hurlait de rejeter tout cela. Ce n’était pas à lui de réparer les erreurs du monde.
« J’en ai fait la promesse. Rien ne me détournera de la voie que je me suis tracée, ni l’amour, ni la haine, ni la tristesse, ni le désespoir. »


Dernière édition par Kellran le Sam 14 Avr 2012 - 14:46, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Lun 20 Fév 2012 - 22:37





-Ellen’...

Un froid insidieux m’envahit quand l’elfe sépara brusquement son esprit du mien, tapie dans les branches de l’arbre Ménoa. Je me fichais, en dernier lieu, de ce que penserait Kellran que moi. J’acceptais mal de me faire insulter et mépriser par un elfe qui croyait tout savoir sur tout... mais Ellenwen, c’était une autre histoire.
Est-ce que vous avez déjà eu ce sentiment tenace, cette impression que le monde va s’effondrer ? Je veux dire, vraiment. Que les arbres, les gens, tout cela n’était qu’un décor de théâtre, que derrière il n’y avait qu’un grand vide noir et que tout allait bientôt tomber ? Les applaudissement de Kellran faisaient trembler ce monde faux et gauche et me vrillaient les tympans.
Moi oui. A chaque fois que je me sens seul, abandonné et trahi. Et je me sentais seul, abandonné et trahi... A en oublier d’être en colère.

-Félicitations. Tu es un véritable héros. Que d’épopées seront chantées sur la magnifique victoire de l’homme contre l’Ombre. Vraiment, je suis impressionné.

Les mots étaient acides. Je me détournai de Kellran. Qu’il parle et parle autant que ça lui chantait ; je m’en fichais. Je m’en fichais...

-Je ne suis pas un Ombre, Ellen’, repris-je d’une petite voix que j’abhorrais.

Je m’étais tourné vers elle, ignorant l’elfe blond.

-Huit siècles passés à lutter contre un seul Ombre. Tu te sens fier, je suppose ? Supérieur à un pauvre petit Elfe qui a passé à peine dix ans de sa vie à combattre un peuple tout entier ?

L’ignorant parce que ses mots fourrageaient dans les plaies qu’il avait réveillées, parce qu’il visait diablement bien.

-Tu as vu mon esprit, Ellen’, je n’ai rien dissimulé, je ne t’ai rien caché.

Et c’était vrai, je ne lui avais jamais rien caché, bon sang je n’avais même jamais imaginé qu’elle vivrait comme une trahison d’apprendre que j’avais été un Ombre... C’était du passé !

-Tu as passé huit siècles de ta vie à vouloir réparer tes erreurs. Huit siècles durant lesquels ta faiblesse a coûté bien des vies, a provoqué trop de malheurs.

Rien que du passé... Je jetai un regard étonné à Kellran, par-dessus mon épaule, pourquoi s’écharner ? Qu’avait-il à gagner à agiter ainsi la vase de mon existence ? Qu’est-ce que tu cherches à obtenir, Kellran, mon vieux ? Ellenwen ? Un nouveau trophée à accrocher à ton tableau de chasse ? Une sorte d’accomplissement personnel ? Mon regard se retourna vers Ellenwen, je m’avançai vers l’arbre Ménoa.

-Ne crois pas que je ne sache pas ce que ça fait. Moi aussi, j’ai commis des actes horribles. Tu n’as jamais entendu parler de Whedon le Sanglant, je suppose ?

Au ton de sa voix j’imaginais son sourire. Envie fugitive de frapper ce sourire. De détruire ce visage. Il faisait froid, la lumière était celle d’un triste soleil d’hiver faiblard. Je me sentais faiblard moi aussi, les membres en coton, comme quand on a trop bu. Saoule-moi de ton verbe assassin, Kellran, allons donc, va jusqu’au bout !

-Non. Pourtant ce fut mon nom durant un temps. J’ai failli déclencher une guerre, et amener la mort sur des milliers de vivants. Et pourquoi ne parle-t-on pas de moi dans les histoires terrifiantes ? Parce que, contrairement à toi, ma faiblesse n’a été que passagère. Contrairement à toi, ma lutte ne s’est pas comptée en siècles, mais en jours.

J’aurais pu lui rétorquer qu’il n’y avait pas d’histoires terrifiantes sur moi non plus, j’aurais pu mettre son argumentation idiote en pièces, il était plus fort que moi ? A ce petit jeu personne ne me battait. Les Ombres étaient le mal absolu ? J’en connaissais un qui avait sacrifié sa vie, sombré dans l’oubli, pour sauver non seulement moi mais aussi Ellenwen. Il l’avait fait pour rien et il n’y avait plus que moi pour me souvenir de son nom. Il savait ce que cela faisait ? Sa seule réaction prouvait déjà le contraire.
Mais à quoi bon discuter ? Je levai les yeux vers Ellenwen. J’étais au pied de l’arbre Ménoa. Une main sur l’écorce.

-Je ne t’ai jamais menti.
-Tu sembles fier de m’annoncer que tu es resté faible pendant huit siècles. Mais réponds à cela, ô glorieux héros. Même si la vie t’a offert un sursaut de force pour vaincre ton esprit corrompu, rien ne me prouve que tu ne redeviendras pas faible. Rien ne prouve qu’un jour, tu ne te laisseras pas corrompre à nouveau. Car même si tu n’es plus un Ombre désormais, tu n’es plus tout à fait humain, n’est-ce-pas ?

J’avais parlé en même temps que Kellran. J’aurais dû continuer, couvrir ses mots qui franchirent la distance que j’avais mise entre lui et moi. Je pâlis tandis que mes doigts se crispaient sur l’écorce de l’arbre. Ce qui s’approche le plus d’un Ombre ici ça doit bien être toi mon bon Kellran, toi et ta suffisance, toi et ta perfidie, toi et ta méchanceté.

-Il y a encore de l’Ombre en toi.
-NON !

J’avais crié, en ancien langage, me retournant brusquement vers lui, je sentais la magie affleurer au bout de mes doigts, juste sous ma peau, et me retins. J’avais la main gauche crispée, comme une serre, il aurait suffit d’un tout petit rien pour basculer. Point d’Ombre ici, juste un humain irascible. Plus dangereux à sa façon que Séïnna ne l’avait jamais été. Étrange non ? Est-ce que Kellran s’en rendait compte ? Mais...

*Ellen’...*

Mes doigts se détendirent un peu.

*Je t’aime et...*
-Il n’y a plus d’Ombre en moi, plus la moindre trace, plus jamais ! continuai-je dans la même langue.
*...je n’ai jamais voulu te mentir ou te faire du mal...*
-Plus maintenant...
*... fais-moi confiance, une fois de plus. fis-je mentalement, d'une voix douce.*

Et dire que je ne savais même pas si mes mots informulés atteignaient son esprit !



   
L'heure de la faux a sonné
On n'arrête pas la grande horloge
Le vent divin l'a emporté
Pourtant cela t'interroge
N'as-tu rien à regretter ?

Spoiler:
 
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Mar 21 Fév 2012 - 22:01


Elle avait envie de fuir. Les doigts crispés jusqu'à blanchir, les dents serrés et les yeux écarquillés, elle regardait la scène de haut. Elle devait fuir. Elle devait échapper à ses miasmes se haine, de rancœur et de peur qui montaient jusqu'à elle. Elle devait échapper à ses souvenirs qui la talonnaient, essayer de les prendre de vitesse, les voir louper un virage, et s'éteindre doucement. Elle voulait aller panser ses plaies, cachée dans une tanière de loup. Mais, malgré les milliers de pattes d'araignées qui démangeaient son esprit, un brin d'inconscience la retenait. La persistance, devant ses yeux, de deux visages qu'elle aimait le plus au monde. Deux visages déformés par la haine et le mépris l'un pour l'autre. Laïaga, son compagnon, son presque amant, qui venait de libérer plus de souvenirs douloureux qu'un esprit humain ne pouvait en contenir d'ordinaire. Kellran, son vieux compagnon de fou-rire, qui semblait plus empli de venin qu'une vipère à la saison des amours. Distraitement, elle se demanda comment cela allait finir. Allaient-il ravager Ellesméra ? Détruire l'arbre Menoa ? Se combattre jusqu'à ce que l'un des deux se tiennent sur le cadavre de l'autre ? Et elle ? Allait-elle survivre ?

Une envie sourde de hurler monta en elle, manquant de faire céder les fragiles barrières qui protégeaient son esprit. Mais qu'avaient-ils donc ? Ils ressemblaient à deux coqs en position de combat, chacun prêt à tout pouvoir battre l'autre. Pour voir quelques plumes. Ou peut-être à deux chiens. Deux molosses, tentant de déterminer à qui elle revenait. Peut-être allaient-ils lever la jambe pour marquer leurs territoires ? Ou sauter à la gorge de l'autre ? Et Kellran qui lui lançait à peine un regard, qui se désintéressait de son amie. Elle se ramassa sur elle-même, prête à bondir et partir. Un regard de Laïaga la cloua sur place. Ses damnés yeux émeraude, auxquels elle ne pouvait pas résister. Bouleversés. Plus préoccupés par elle que par tout ce que pouvait dire Kellran. Elle se recroquevilla, frissonnante. Il n'était pas un ombre. Non. Cela elle le savait. Elle ne le savait que trop. Comment des yeux pareils auraient-ils pu être ceux d'un ombre ? Il ne lui avait jamais menti. Non. Il avait oublié de dire la vérité. Il ne lui avait jamais rien dissimulé. Non. Il avait soigneusement évité de lui laisser voir ces souvenirs là. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et tomber, une à une, sur ses joues.


- Mais tu n'as rien dit ! Elle avait crié. Tu n'as rien dit. Elle avait chuchoté.

Elle ne savait ce qui la dérangeait le plus. Cette semi-trahison, qui n'avait aucune importance, ou d'apprendre la vérité de quelqu'un d'autre, ce qu'elle n'arrivait pas à croire. Ou peut-être est-ce juste le poids suffocant de ses propres souvenirs. Des souvenirs dont ils semblaient tous se moquer. Kellran, persuadé de la justesse et de la justice de ses paroles, Laïaga persuadé qu'elle ne pouvait qu'être blessée par ces cachotteries. Comme si le monde ne tournait qu'autour d'eux. Comme si leur rage ne pouvait pas suffire à la troubler. Comme si elle ne pouvait avoir ses propres faiblesses. Les inepties de Kellran souillaient l'air, sans discontinuer, sans que Laïaga ne semble s'apercevoir que, quelques instants auparavant, il avait fait de même. Whedon le Sanglant, elle l'avait connu. Elle avait connu Loki. Elle connaissait Laïaga, connaissait ses pouvoirs de sorcier. Elle connaissait la valeur de huit siècles de combat et elle connaissait la difficulté de dix ans de guerre. Et elle connaissait Serkëlunëa.

Ce fut l'affirmation du guerrier elfe et le sursaut qu'elle provoqua chez son compagnon qui la fit sortir du cercle infernal de ses souvenirs. Elle les dévisagea longuement, un rictus de tristesse sur les lèvres. Ils étaient encore si jeunes. Si cons. Elle ferma les yeux et essuya ses larmes d'un geste de la main. Puis doucement, elle descendit de l'arbre. Elle sentit l'esprit de Laïaga toucher le sien, y recueillit son amour, sa détresse. Elle se dirigea vers lui, lentement, lui effleura le visage du bout des doigts.


- Je t'aime, souffla-t-elle en ancien langage.

Elle se recula, se détourna et posa les yeux sur Kellran. Elle posa la main sur son bras et le serra brièvement.

- Kellran elda, tu es un ami précieux.

Puis elle les dévisagea, un à un, les dents serrés, et le visage fermé. Sa voix ne s'élevait pas au de-là du murmure mais, si une voix avait eu le pouvoir de casser une brique, elle aurait eu le potentiel pour casser un mur.

- Mais vous êtes aussi cons l'un que l'autre ! Laïaga tu ne peux donc pas faire preuve d'un peu de compassion ? Dix ans de combat acharné ne sont donc pas assez biens à tes yeux ? Ne peux-tu arrêter de riposter chaque fois qu'on t'attaque ? Tu n'as rien à me prouver, rien à prouver au monde ! Si le monde ne t'aime pas, qu'en as-tu à faire ? Et toi, Kellran ? Tu es sur que tu n'es pas devenu totalement fou ? Alors, sous prétexte qu'un jour, quelqu'un a fait une erreur, il doit être tué ? Tu ne veux pas commencer à tuer tout l'Alagaësia ? Juste au cas ou, quelqu'un, un jour, détruirait le monde ? En commençant par te suicider toi-même, au cas où une part d'ombre se cacherait en toi ? Et en me tuant au passage, moi et Serkëlunëa. Ne peux-tu donc me faire confiance ? Crois-tu vraiment que je l'aurais choisi comme compagnon s'il n'était pas digne de confiance ! Bon sang ! Elle commença à crier. Vous ne pourriez pas avoir confiance en mon jugement, juste pour une fois ? Laïaga est venu me sauver dans le royaume des morts, bordel ! Il est même venu juste pour récupérer mon corps, persuadé que j'étais morte ! Il a risqué sa vie, son esprit et plus encore, juste pour pouvoir me ramener dans ce monde ! Il a résisté à sept ombres ! Et tu crois vraiment qu'il a encore une part d'ombre en lui, Kellran ?! Quant à toi, crétin, tu crois que c'est si anodin que ça d'apprendre que ton compagnon a été un ombre quand tu as failli mourir de la main d'un ombre ? Et tu ne peux pas te demander ce que je trouve à Kellran et ne pas le rejeter en bloc sous prétexte qu'il a agit comme un petit crétin prétentieux, ET QUE TU AS FAIT PAREIL !

Elle fit une brève pause, reprenant sa respiration. Elle s'essuya à nouveau furieusement les yeux et acheva :

- Ce devait être un moment de repos et de bonheur après huit mois d'horreur ! Vous n'aviez donc rien d'autre à faire ? Vous n'en aviez donc rien à faire de respecter mon deuil ?

Cette fois, elle pleurait sans retenue et, puisque apparemment, ils étaient partis dans une épreuve de force, où chacun tentait de prouver à l'autre que ses valseuses dansaient mieux que celles de l'autre, elle entra dans la danse. Elle ouvrit son esprit et laissa enfin jaillir les souvenirs qui la harcelaient.

Une forêt. L'odeur d'un feu de bois. Un seau d'eau au bras, sans arme, une ronde de routine. Juste au cas où. Et deux corps sans vie, au centre de la clairière. Ses parents qui n'avaient pu se défendre et survivre à l'ombre qui se tenait face à elle. La fuite éperdue. Les urgals, qui la retrouvaient. Qui la retrouvaient. Des hurlements et des milliers de pattes, l'odeur du sang, dans sa bouche, dans son nez, partout sur son corps. Et puis être bannie, comme ça, sans avoir eu le temps de faire son deuil après les longs mois de coma. Des mois à lutter pour reprendre conscience et ne pas se laisser envahir par les ténèbres. Oui, elle connaissait cela. Les souvenirs de Laïaga qui étaient entrés en résonance avec les siens. Des souvenirs qu'elle avait pourtant travaillé à enterrer. Et Serkëlunëa qui prenait le dessus. Une folie destructrice qui la poussait à tuer, à se venger, à détruire tout être autour d'elle. Elle avait manqué de tuer Pierrot. Avait presque tué chacun de ses amis après les avoir traqué. Peut-être devrait-elle être tuée ? Peut-être risquait-elle un jour de ressombrer ? Mais cette fois, elle serait reine des elfes, et bien plus puissante qu'elle ne l'avait été. Peut-être un jour risquait-elle de détruire le monde ? Et alors ? Et Loki, fils de Kellran, qui venait la voir. Qui lui racontait la mort de son père. Qu'elle avait élevé quelques mois, avant qu'il ne reparte et qu'il ne se fasse tuer par son propre père. Alors qu'elle l'avait élevé, quelques mois, comme son fils. Alors qu'elle n'avait jamais pu lui dire au revoir. Mais peut-être que cela non plus, ce n'était rien ?

Elle se crispa, dans un sursaut, lorsque le flot tarit, la laissant seule et désemparée. Elle regarda les deux hommes qui lui faisaient face, bloquant leurs émotions. Un instant, elle balança. Rester. Se blottir dans leurs bras. Pleurer avec eux sur tous les morts, sur la destruction du Du Vanyali, sur la révolte de dragons, sur la folie des hommes. Mais eux-mêmes étaient devenus fous. Et ils avaient quelque chose à finir. Elle ne pourrait pas les en empêcher.


- Crétins.

Elle caressa la joue de Kellran, posa un baiser sur les lèvres de Laïaga et sauta. Le premier bond la porta dans les hautes branches de l'arbre Menoa. Le deuxième la fit disparaitre. Plus haut. Là où elle pourrait voir sans être vue.




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Mer 22 Fév 2012 - 19:40


Laïaga niait en bloc les accusations formulées par l’Elfe. Il n’était cependant pas très convaincant, pas très convaincu non plus. Kellran avait fait mouche sur certains points, des points importants concernant le sujet en cours. Le Fils du Soleil avait visé juste, il en était certain, lorsqu’il avait annoncé que Laïaga n’était plus tout à fait humain. Habitué à la présence caractéristique des Ombres depuis plus de dix ans, il sentait encore sur le compagnon d’Ellenwen des fragments de ténèbres. Faibles, certes, ces fragments ne constituaient pas la menace pesante formée par l’esprit d’un Ombre. Mais il y avait quelque chose chez cet humain qui poussait Kellran à se méfier. Bien sûr, le Dragonnie savait pertinemment que Laïaga n’était plus un Ombre, sans quoi il n’aurait pas perdu son temps en vaines paroles. S’il avait cru avoir affaire à un véritable ennemi, il aurait directement dégainé ses poignards, et aurait mis sa vie en jeu pour supprimer la menace. Tout cela n’était qu’un test, un défi cruel et blessant visant à sonder le caractère de Laïaga. Il y avait bien des façons de comprendre l’esprit d’un être vivant, tant de manières de trouver réponse à ses questions. Il avait fallu longtemps pour que l’humain perde son sang-froid, brisé par des failles de peur et de colère. Là où d’autres auraient vu de la faiblesse, Kellran y voyait une grande force, une preuve indubitable de la sensibilité d’un véritable être de cœur. Non, Laïaga n’était pas un Ombre.
Cependant…
Ellenwen réagit enfin à l’éclatante vérité. La pauvre ne savait pas que son amant était autrefois un Ombre. Pour cela, Kellran mettrait encore plus de temps à pardonner à Laïaga. Le Fils du Soleil connaissait, du moins en partie, le passé douloureux de sa meilleure amie. Elle avait passé des épreuves terribles, à cause d’un Ombre. Sa volonté, son esprit avaient été brisés par cet Ombre.
« Je hais les Ombres ! » grogna mentalement l’Elfe en se souvenant leurs discussions si lointaines, le regard hanté d’Ellenwen, ce beau visage troublé par le malheur. Kellran était un jeune guerrier à l’époque, déjà marqué par les tragédies, mais toujours naïf de croire qu’il pourrait redresser les torts. Etait-il différent aujourd’hui ? Pas vraiment, il avait juste appris à être plus dur, plus ferme, impitoyable. Il avait appris que certaines injustices ne pouvaient pas être réparées. Désormais, il s’arrangeait pour prévenir ces tragédies avant qu’elles n’arrivent, ou faire payer les instigateurs de ces malheurs le prix fort de leur cruauté.
La Reine aussi semblait se souvenir de leur vieille amitié, le qualifiant d’ami précieux. Il ne pensait pas être si précieux que cela, ayant disparu depuis plus de dix ans, loin de tout, loin d’elle surtout. Elle aurait aussi bien pu mourir sans qu’il soit là pour veiller sur elle. Voilà qui n’était pas digne d’un ami précieux. Cependant, il espérait bien se rattraper, racheter son absence. Et que faisait-il pour son retour ? Il agressait verbalement le compagnon de sa meilleure amie, dans le simple but de vérifier qu’il était fiable. L’ironie de la situation l’aurait fait sourire si Ellenwen n’avait pas choisi cet instant pour déballer ce qu’elle avait sur le cœur.

D’abord calmement, puis sur un ton montant crescendo, elle annonça leurs quatre vérités aux deux hommes, révélant des informations jusque-là inconnues de l’Elfe, comme ce voyage dans le royaume des Morts qui avait bien failli tourner au désastre. Le royaume des Morts… depuis quand quelqu’un pouvait-il voyager dans le monde des esprits sans être décédé ? Sérieusement, qu’est-ce qui avait bien pu arriver à l’Alagaësia pour qu’elle change autant ? Bientôt, il apprendrait que les Ombres dansent le ballet classique, que les dragons se creusent des terriers comme les lapins et que les Elfes chient sur les arbres en riant. Tout cela pour conclure qu’ils étaient tous une belle bande d’idiots infantiles et immatures. Ellenwen en tout cas n’avait pas changé. Ses sermons, toujours aussi effrayants, percutèrent le Fils du Soleil avec toute la force requise. Il garda le silence, la tête baissée, ses yeux cachés par de longues mèches blondes. Delva aussi semblait avoir le bec – ou plutôt la gueule – clouée par le discours de la Reine.
« Tu as des amies… terrifiantes. » déclara-t-elle timidement à son Dragonnier, qui se retint une nouvelle fois de sourire. Kellran avait subi la présence écrasante d’Ellenwen et de Lilie, deux femmes avec des caractères solides comme l’acier. Avoir réussi à survivre à cela était un exploit.
Certaines données intéressaient particulièrement l’Elfe, comme le fait que Laïaga ait risqué sa vie pour aller rechercher Ellenwen dans le royaume des Morts. Voilà qui avait le mérite d’impressionner Kellran, de lui ouvrir enfin le chemin de l’acceptation et d’un début de confiance. La répulsion instinctive de l’Elfe se trouva réduite, atténuée par la naissance d’un respect envers Laïaga. Il acquiesça brièvement, comprenant qu’il avait jugé trop hâtivement l’humain et son passé noir. Et il se sentit mal, coupable et triste d’avoir si vite détruit un moment qui aurait dû être celui de la détente, de la joie des retrouvailles et d’un repos bien mérité. Le regret s’afficha sur son visage, un regret profond né d’avoir une nouvelle fois été excessif lors de ses réactions. La colère qu’il avait ressentie lorsque Myad lui avait révélé que Laïaga était autrefois un Ombre aurait pourtant dû lui donner cette leçon.
« Tu n’apprendras donc jamais ? » se morigéna l’Elfe en lui-même, les dents serrées, contemplant les larmes de sa meilleure amie se déverser de ses yeux emplis de tristesse. Il avait l’art, ce crétin, de faire pleurer ceux qu’il aimait alors qu’il désirait juste les voir rire et être heureux.

Un flot d’images se déversa soudain aux limites de sa conscience, défilant comme un mauvais film en noir et blanc jusqu’à ce qu’il reconnaisse les souvenirs d’Ellenwen et ne leur laisse libre accès à son esprit. Le passé lointain de la nouvelle souveraine des Elfes, la mort de ses parents, sa fuite éperdue dans l’immense forêt. Les Urgals, des bandes isolées de pilleurs sans honneur, qui la capturent et lui font subir mille tortures. Les Elfes qui la rejetèrent, alors qu’elle se réveillait à peine d’un long coma. Ces terribles moments où elle s’était sentie abandonnée, trahie par les siens, en quête de son destin. La part d’elle-même qui criait vengeance, en appelait à la violence et au meurtre pour extraire toute la haine qu’elle portait dans son cœur.
Kellran connaissait tout cela. Il n’avait pas été victime des accès de destruction d’Ellenwen, et s’en félicitait. Il doutait de survivre face à son amie, se sentait incapable de la vaincre, ou de la tuer s’il y arrivait. Même pour défendre sa vie, il ne pourrait pas prendre celle d’Ellenwen. Il avait pourtant tué son propre fils.
« Je l’ai fait pour lui éviter le tourment d’être un Ombre. »
Sachant désormais ce que cela faisait, grâce aux souvenirs de Laïaga, il était d’autant plus heureux d’avoir épargné ce destin à son défunt héritier.
L’image de son fils ressurgit, cette fois au travers des souvenirs d’Ellenwen. Loki, racontant la mort de son père. Un Loki fou de rage, abandonné par un géniteur qui n’avait pas eu le courage de lui avouer la vérité. Anéanti de se savoir une nouvelle fois orphelin. Un Loki qui, en retrouvant son père vivant dans les Terres Lointaines, traverserait la dernière frontière sur le chemin de la folie meurtrière. Et Ellenwen, qui l’avait élevé quelques mois comme son propre fils avant de le voir disparaître à son tour.
« Pourquoi ? »
Kellran se sentit flancher. Ses jambes lâchèrent, le laissant s’affaisser mollement contre le flanc de Delva. Pourquoi, pourquoi le destin était-il si cruel, si compliqué ? L’Elfe n’avait pas seulement assassiné son fils, il avait également tué le protégé d’Ellenwen, une sorte d’enfant adoptif, sur qui elle avait veillé en souvenir de Kellran. Pourquoi fallait-il qu’il en soit ainsi ?

Avant que Kellran ne puisse se remettre, Ellenwen disparut loin au-dessus des branches de l’arbre Menoa, sa douce caresse brûlant la joue de l’Elfe désemparé. Comment pourrait-il assez remercier son amie pour tout ce qu’elle avait fait ? Serait-il seulement possible qu’il lui rende un centième de ce qu’elle lui avait donné ? Il se sentait bien bête d’avoir agi si impatiemment, dans le seul but de « veiller » à la sécurité d’Ellenwen. Elle, si sage, si intelligente et si forte, face à un Elfe si jeune en comparaison. Il soupira. Un long silence suivit, uniquement brisé par le souffle du vent sur l’herbe rase, et le chant des oiseaux invisibles dans la forêt.
- Pauvre de moi, s’entendit-il murmurer alors qu’il sentait les dernières digues de son cœur se briser, libérant l’amour sans limites qu’il vouait à Ellenwen.
Il ne l’aimait pas comme il aimait Myad, il s’agissait toutefois d’un amour aussi puissant, aussi infaillible. Il aimait Ellenwen comme il aimait Delva, comme il avait aimé Iliani, telle une sœur, une mère, une amie. Elle était l’un des fondements de sa vie. Le Fils du Soleil leva les yeux vers le sommet de l’arbre Menoa, cherchant sans le trouver le regard de la Reine d’Ellesméra. Il se releva ensuite et fit face à Laïaga, le détaillant d’un regard neuf, moins hostile qu’auparavant. Un nouveau soupir s’échappa de ses lèvres.
- Je te remercie. Merci d’avoir veillé sur Ellenwen, et de l’avoir sauvée lorsqu’elle en avait besoin.
Il se retourna, posa une main sur le tronc épais de l’arbre millénaire comme s’il y puisait la force d’articuler la suite.
- Je me rends compte de mon erreur, et je te prie d’excuser mon emportement. Il y a des leçons que je n’ai pas encore assimilées, alors que je devrais.
Satisfait de cet aveu, il haussa des épaules, retrouvant le regard déterminé et impitoyable qu’il avait auparavant.
- Ellenwen a confiance en toi, je ferai donc de même. Sache toutefois que si cette confiance est trahie, je n’hésiterai plus jamais. Même elle ne pourra plus te protéger.
Kellran retomba alors dans un parfait mutisme, savourant la beauté paisible d’Ellesméra, dans l’ombre imposante de l’arbre Menoa. Delva lui toucha doucement le bras de son museau, ronronnant joyeusement la fierté qu’elle ressentait devant son Dragonnier.


Dernière édition par Kellran le Sam 14 Avr 2012 - 14:47, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Jeu 23 Fév 2012 - 1:42


Mais je ne veux pas que le monde ne m’aime pas ! clamait une petite voix, un peu enfantine, au fond de mon esprit, elle aurait voulu la clamer haut et fort, mais je me tus. Je me tus et j’écoutai, Ellenwen était entre nous deux, comme une barrière destinée à nous protéger de notre propre aversion mutuelle, et elle parlait, d’un ton tranchant, puis criait, sa peine, sa colère... Je ne savais plus que dire, que faire ou que penser, perdu que j’étais, j’aurais voulu m’excuser, m’expliquer, ou une banalité dans ce goût-là, j’aurais voulu lui dire qu’elle ne comprenait pas, elle non plus, que si, j’avais peut-être quelque chose à prouver, aussi forte que soit ma confiance en elle... j’aurais voulu la prendre dans mes bras et essuyer ses larmes, lui répéter que je l’aimais, retrouver un peu de ce calme que Kellran avait brisé... que nous avions brisé. Un peu de cette sérénité.
Mais je n’en eus pas le temps. Le flot de souvenir m’atteignit de plein fouet comme l’avaient fait ceux de Kellran, se déversant dans mon esprit comme s’ils étaient les miens, des souvenirs odieux, des souvenirs obscurs, un Ombre, celui que nous avions vu dans le royaume des morts, le même visage et les mêmes yeux fous, presque aussi cadavérique mille cinq cent ans en arrière que quand je l’avais rencontré dans l’autre monde, mais quel Ombre ne l’était pas ? Cadavérique et effrayant. Effrayant comme les araignées et leurs pattes innombrables, les tortures, la souffrance, ne pas sombrer, s’accrocher, émerger petit à petit, je reconnaissais mes souvenirs en ceux d’Ellen’, je reconnaissais la peine, et la colère, je reconnaissais le désir de vengeance, je reconnaissais tout cela, les souvenirs se tarirent enfin et je pus reprendre mon souffle.
Je me sentais pantelant. J’avais toujours cette impression tenace d’un monde en décors de théâtre, qui allait et venait, je me sentais fatigué, et triste, je m’en voulais, de faire pleurer Ellen’, de ne pas avoir pensé à elle, de ne pas avoir compris que j’aurais dû prendre le temps de lui parler de mon passé, j’aurais voulu que cette journée se termine, ou mieux, qu’elle n’ait jamais eu lieu, revenir en arrière et la faire disparaître, la recommencer qui sait, en mieux, et qu’importe si ça n’était pas honnête ? Qui aurait pu me reprocher ça ? A part moi-même, bien sûr...

-Crétins, fit Ellenwen.
-Désolé, répondis-je d’une voix éteinte.

Ses lèvres se posèrent sur les miennes, brièvement. Je fermai les yeux, j’aurais voulu que cela dure, au moins un peu, mais un instant après Ellenwen s’écartait de moi, et disparaissait dans les branches de l’arbre Ménoa. Impression d’un monde creux
Reviens-moi!
mais contrairement à ce que je craignais, le faux arbre ne s’effondra pas, les ténèbres glaciales restèrent enfermées, cantonnées à l’envers du décor. On a évité la catastrophe, pensai-je stupidement, sans raison. Quant à moi je me sentais vide. Je rouvris les yeux sur Kellran, qui regardait le sol, ses mèches blondes masquant son visage. Qu’est-ce que tu me réserves encore ? me demandai-je en le fixant, ni vraiment inquiet, ni curieux.

-Pauvre de moi, murmura-t-il, et je décidai que je n’avais plus rien à craindre.

Cette simple pensée me fit frissonner. Plus rien à craindre... Comme si j’étais en terre hostile, entouré d’ennemis, et que je pouvais enfin me détendre à nouveau, bon sang, je détestais cela. Je me retournai une fois de plus vers l’arbre. Il paraît que tu apportes le réconfort et la paix intérieure, vieil arbre... Hé bien, si ce ne sont pas des conneries, je crois que j’en aurais bien besoin, me dis-je en avançant d’une démarche incertaine.

-Je te remercie. Merci d’avoir veillé sur Ellenwen, et de l’avoir sauvée lorsqu’elle en avait besoin, commença Kellran.
-Tout le plaisir était pour moi, grinçai-je, toujours sur mes gardes malgré moi.

Il était tout près maintenant, cet elfe blond, si impétueux, je m’adossai au tronc séculaire, non loin de là où il avait posé sa main, je lui jetai un regard éteint.

-Je me rends compte de mon erreur, continua-t-il, et je te prie d’excuser mon emportement. Il y a des leçons que je n’ai pas encore assimilées, alors que je devrais.

Je me laissai glisser au sol, je regardais dans le vague, des arbres, une infinité d’arbres, rien que la forêt du Du Weldenvarden à perte de vue. J’aimais Ellen’. Je lui avais promis que tout irait bien, que je me ferais à la vie ici, que je m’habituerais aux elfes. Je m’étais peut-être trompé. J’écoutais Kellran d’une oreille attentive, même si je n’en montrais rien. Il avait perdu sa causticité et ses excuses semblaient sincères, mais son ton laissait entendre qu’il n’avait pas fini. Je ne dis rien. J’attendis.

-Ellenwen a confiance en toi, je ferai donc de même. Sache toutefois que si cette confiance est trahie, je n’hésiterai plus jamais. Même elle ne pourra plus te protéger.

Je poussai un long soupir, fermai les yeux, renversai la tête en arrière :

-Excuses acceptées et...

Je haussai les épaules.

-Je ne trahirai pas Ellen’.

Je me tus quelques secondes, cherchant mes mots, hésitant sur quoi dire, ravalant ma fierté, je pouvais bien faire ça pour elle, une fois de temps en temps...

-Et je m’excuse d’avoir réagi ainsi, continuai-je de la même voix douce et basse.

Je ne fis pas de remarque sur le fait qu’il me menaçait, ni que j’avais de sérieux doutes sur cette confiance qu’il prétendait m’accorder.

-Restons-en là d’accord ?

J’avais juste envie qu’il parte, ou de partir moi-même, d’être seul en tout cas...



   
L'heure de la faux a sonné
On n'arrête pas la grande horloge
Le vent divin l'a emporté
Pourtant cela t'interroge
N'as-tu rien à regretter ?

Spoiler:
 
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 24 Fév 2012 - 21:26


Accroupie sur une branche, blottie contre l'énorme tronc, la reine des elfes soufflait. Sa longue tirade l'avait épuisé. Elle n'avait pas explosé ainsi depuis bien longtemps. A vrai dire, depuis que Pierrot et Kellran s'étaient éclipsés de sa vie. Elle y avait mis tout son coeur, et une bonne partie de son énergie, pour paraitre crédible, sans pour autant les foudroyer sur place. Même si cela semblait marcher, vu l'état de choc dans lequel elle avait laissé les deux hommes et la surprise qu'elle avait vu dans leurs yeux. Elle avait même obtenu des excuses de Laïaga. Son coeur se serra et elle sentit un frisson remonter le long de son dos, au souvenir de l'air désespéré de son compagnon. Elle n'avait pas voulu lui faire du mal. Ni à Kellran d'ailleurs. Même si lui avait l'habitude. Mais elle leur avait cloué le bec, même Delva avait semblé momentanément tétanisée, c'était ce qu'elle avait voulu, non ? Mais leurs regards, à la fin de son discours... Cela valait-il vraiment le coup ?

*Et pourquoi non ? Ils allaient se tuer ?*

Mais elle n'était pas mieux qu'eux... Ses souvenirs, qui s'étaient tus, l'espace de quelques secondes, lorsqu'ils avaient filé envahir d'autres esprits que le sien, revinrent en force. Elle retint un sanglot, en se remémorant Serkëlunëa. En se souvenant de ses instants de destruction où plus rien ne comptait que l'odeur du sang. Elle les sentait se lever en elle, paisiblement, pour frapper son calme. Une mer de souvenirs, une marée de cauchemar. Prévenant une crise de désespoir, l'elfe inspira profondément et laissa son esprit s'ouvrir, le plus largement possible. Elle toucha d'abord Laïaga, senti ses regrets. C'était bon de le retrouver. De sentir son contact. De savourer sa présence. Il était là. Il serait toujours là.

*Je te reviendrais, mon ami. Je te reviendrais toujours. Laisse moi juste du temps.*

Kellran était à la fois amusé, dévasté avec une pointe de culpabilité. Un cocktail typique de son ami.

*Pardonne moi pour ces souvenirs. Je partage ta douleur.*

Quand à Delva...

*Je ne voulais pas t'effrayer, noble dragonne. Désolée.*

Elle soupira à nouveau, tentant d'effacer l'angoisse qui lui tordait le ventre. Après tout, elle avait réussi. Des paroles étaient venus jusqu'à elle, portées par le vent. Des excuses. Des regrets. Elle avait réussi. Elle avait réussi. Elle avait réussi. Ses lèvres formaient ces mots, silencieusement, comme un mantra pour se convaincre soi-même. Puis, fatiguée, elle se roula en boule et laissa son esprit se dérober. Elle fondit sa conscience avec celle de l'arbre qui palpitait doucement. Elle se laissa bercer par les milliers de conscience qui l'entourait. Elle n'était plus qu'une entité parmi tant d'autres, à peine conscience d'elle-même et de son corps, perché à une dizaine de mètres du sol. Ses souvenirs refluèrent, se fondant dans la masse alentour. Des pattes d'araignées ? Quelle importance quand un lièvre se trouve face à un renard ? Elle sourit dans sa transe.

Lorsqu'elle émergea, quelques minutes, quelques heures ou quelques mois plus tard, elle se redressa en s'étirant. Son corps était ankylosé par la pause inconfortable qu'elle avait prise. Ses deux amis n'avaient pas bougé. Elle sentait leurs esprits, près d'elle. Une vague d'amour, de regret et de culpabilité la submergea. Elle les avait fui. Elle les avait abandonné. Sans prendre beaucoup de précaution, elle se laissa tomber de l'arbre, s'égratignant sur quelques branches. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, elle évita de justesse de s'affaler par terre. Elle dévisagea les deux hommes et regretta de ne pouvoir les serrer dans ses bras en même temps. Elle secoua la tête et murmura.


- Vous êtes beaucoup trop protecteurs.

Elle étreignit mentalement Kellran et se dirigea vers Laïaga. A le regarder, elle sentit son coeur se serrer. Affalé contre le tronc, les yeux fermés, il ressemblait à un vieux guerrier vaincu. Elle s'approcha doucement de lui et caressa sa joue du bout des doigts. Elle effleura ses paupières, ses lèvres et l'attira doucement à elle.

*Pardonne moi, Elderi. Je ne voulais pas te blesser, ni te faire peur. Je t'aime.*

Elle se détacha lentement, résistant à l'envie de se blottir dans ses bras et de ne plus en bouger. Elle esquissa un sourire timide. Une idée lui était venue à l'esprit. Une petite idée pour détendre l'atmosphère et pour pouvoir enfin souffler un peu. Une idée qui, elle le savait, ne déplairait à personne.

- Il me semble qu'on a un concours à finir, non ? On a même un dragon pour se mesurer à elle.

Son sourire devint légèrement malicieux, espérant que son compagnon comprendrait. Puis, se retournant vers Kellran et Delva, elle proposa :

- Ca vous dit de boire un coup ? Juste pour se remettre de nos émotions ?




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 25 Fév 2012 - 10:28


Kellran s’était bien rendu compte que ses dernières paroles avaient été perçues comme des menaces. Effectivement, la manière dont il les avait formulées ne laissait rien présager d’autre. Ce n’était pas plus mal, du point de vue de l’Elfe, qui savait pourtant avoir énoncé des faits, bruts et précis. Il veillerait, constamment à l’affût, jusqu’à ce qu’une confiance totale s’installe entre eux, ce qui pourrait bien prendre des années, voire des siècles. Et s’il passait pour le mauvais dans cette histoire, peu lui importait. Mieux valait un excès de prudence qu’un excès de confiance.
Malgré cela, Laïaga accepta ses excuses et lui présenta également les siennes, avant de mettre fin à la conversation sur un assentiment muet de l’Elfe. Ils n’avaient plus grand-chose à se dire désormais, et ne pouvaient qu’attendre le bon vouloir d’Ellenwen. La Reine n’avait certainement rien raté de la conversation, perchée dans les hauteurs invisibles de l’arbre Menoa. Des vagues de réconfort apaisaient les tourments du Fils du Soleil. Ellenwen s’en voulait de lui avoir transmis des images de son fils encore vivant, un acte pour lequel Kellran ne lui en tiendrait jamais rigueur. Savoir que Loki avait passé du temps avec Ellenwen après la « mort » de son père était une bonne nouvelle. Pour cela, il ne la remercierait jamais suffisamment.

Les minutes se changèrent en heures. Le matin laissa place à l’après-midi, dans un silence lourd et tenace. Insensible à la faim, le Fils du Soleil admirait la course de l’astre du jour dans le ciel, adossé contre l’une des pattes de Delva, elle-même lovée contre le tronc de l’arbre millénaire. Ils discutaient parfois mentalement, profitant du simple fait d’être ensemble. Puis Kellran laissait vagabonder son esprit, et se surprenait à penser à Myad. Leur rencontre au bord du lac Leona était un phare qui guidait ses pensées, amenant des images de la sublime elfe aux cheveux noirs et aux yeux si particuliers, inoubliables. Delva se coupait alors de son Dragonnier, sa queue fouettant l’air pour exprimer sa gêne. Elle aussi repensait à ce jour pas si lointain où elle avait goûté aux plaisirs de l’amour, avec Yenlui. Et dire qu’ils étaient partis pour transmettre un message, soi-disant. Depuis cet instant, Kellran ne pouvait tout simplement plus cesser de penser à l’Impératrice. Il s’inquiétait pour elle, pour sa sécurité, désirait la voir chaque jour. L’instant d’après, il se trouvait stupide, affirmait que la demi-drow n’était pas une faible enfant incapable de se défendre. Et s’inquiétait dix fois plus, imaginant partout des ennemis tapis dans l’ombre autour de la souveraine de l’Empire. Même les récoltes de son potager ne l’occupaient pas suffisamment pour qu’il oublie Myad. Delva était un peu plus calme, tempérée par son esprit rationnel de dragonne. Malgré tout, l’idée de revoir Yenlui aiguisait son impatience. La pauvre dragonne, qui avait taquiné son Dragonnier et l’obsession qu’il vouait à l’Impératrice, était désormais également torturée par le dragon de cette même Impératrice. Coïncidence ? C’était un peu gros, mais ils n’y pouvaient rien. Le destin avait fait que Yenlui et Delva se ressemblent presque comme des jumeaux, cela les avait rapprochés.
Kellran sourit dans le vide, se rappelant le choc qu’il avait eu en voyant sa compagne de cœur et d’esprit agir comme n’importe quelle dragonne amoureuse, jouer de son corps pour séduire le mâle qui la regardait en se retenant à grand peine de baver. L’Elfe avait senti la jalousie gonfler sa gorge, car Iliani ne l’avait pas préparé à ce genre d’expérience. Mais il avait accepté le fait qu’un Dragonnier ne pouvait garder sa dragonne pour lui seul, et se sentait beaucoup plus heureux maintenant qu’il sentait le bonheur de Delva. Ils avaient eu une longue conversation par la suite, ainsi qu’un entraînement très poussé pour apprendre à fermer leurs esprits aux violentes émotions découlant de relations sexuelles. Une précaution élémentaire, au vu du calvaire vécu par Kellran lors de l’accouplement de sa dragonne.
« Tu es obligé d’y repenser ? » marmonna ladite dragonne en soufflant un nuage de fumée noire qui vint planer au-dessus de l’Elfe comme une épée de Damoclès. Ce souvenir réveillait chez Delva la furieuse envie de s’envoler pour rejoindre Yenlui, un besoin qu’elle devait combattre à chaque instant.
« Pardonne-moi. Mon esprit s’égare. »
Il se laissa dériver sur de nouvelles eaux, hors d’Alagaësia. De retour dans les Terres Lointaines, il revisita les nombreux décors de son épopée, les déserts brûlants et secs, les savanes sauvages, les rivières déchirant la terre comme des cicatrices, la cité des Matayans, la montagne de Ketsueki. Il se focalisa sur l’instant où les Matayans l’avaient nommé Fils du Soleil, le Tueur de Dragon, lors d’une cérémonie longue de plusieurs jours, faite de chants, de danses et de discours adressés aux esprits. Il se rappela les os broyés de Ketsueki, ses écailles réduites en une pâte épaisse, puis mélangés à une encre noire destinée à marquer la chair à jamais. Inconsciemment, sa main vint caresser le tatouage courant sur son pectoral, le symbole de son rang chez les Matayans, la marque de son titre. Fils du Soleil, comme les dragons. S’ils le voyaient maintenant, en compagnie de Delva. Elle était une véritable fille du soleil, rayonnante, magnifique et chaleureuse comme l’astre sacré. Elle représentait le feu dans toute sa force, à la fois paisible et destructrice. Lui, il était plutôt tourné vers le bienfait du soleil sur la nature, la croissance des plantes, la culture des fruits et légumes, la pousse des graines. Son feu intérieur entretenait la vitalité de la terre et de ses habitants. Oui, il se voyait parfaitement dans cette image.

Vous êtes beaucoup trop protecteurs.
Kellran sursauta, arraché brusquement de ses pensées. Il cligna des yeux, pour remarquer qu’enfin Ellenwen s’était décidée à descendre de son perchoir. Leur attente touchait donc à sa fin, semblait-il. Aux contreforts de son esprit, il sentit la présence de la Reine venir l’étreindre, comme autrefois lorsqu’ils étaient tous deux engagés dans une lutte de vengeance envers des ennemis connus d’eux-seuls. Il était tellement heureux de la connaître, qu’il n’hésita pas à lui rendre son étreinte mentale, réconforté par l’idée qu’elle ne lui en voulait pas – du moins, pas trop – d’avoir insulté son amant.
Peut-être avait-elle compris les raisons cachées de cet acte en apparence agressif et gratuit.
L’Elfe se redressa légèrement, posa une main sur le flanc de sa dragonne qui s’était laissé aller à dormir, ses ronflements résonnant dans toutes les directions avec la puissance d’un soufflet de forge en pleine action. Elle grognait, perdue dans les rêves de retrouvailles joyeuses avec Yenlui, arrachant un rire discret de son Dragonnier. Rire qui s’éteignit lorsqu’il vit l’étreinte, bien physique cette fois, offerte par Ellenwen à Laïaga, lequel semblait avoir vieilli d’un coup. A croire qu’ils avaient attendu là, non pas des heures mais des années. L’amour que se portaient les deux personnages était indéniable, à la fois merveilleux et effrayant. Merveilleux, car Kellran savait que sa meilleure amie méritait tout ce bonheur. Merveilleux pour Laïaga également, qui avait besoin de cette force après tout ce qu’il avait vécu. Effrayant, car ils provenaient de deux mondes si différents, séparés par leur race, leur culture, leur nation. Kellran frissonna, voyant dans ce couple le reflet de celui qu’il aspirait avec Myad. Il avait bien failli détruire cela avec des mots dictés par la peur et l’empressement d’y voir plus clair.
« Tu t’inquiètes trop. » le rassura Delva. « Ce qui ne les a pas détruit les rendra plus forts que jamais. Maintenant, ils n’ont plus de secret l’un pour l’autre, et ça c’est bien. »
Kellran acquiesça. Une fois remis sur ses jambes, il épousseta la poussière collée à sa peau et se prépara à prendre congé. Manifestement, il devait bien au couple le droit de rester dans l’intimité, après ce qu’il avait failli provoquer. La voix d’Ellenwen l’empêcha d’annoncer sa décision. Elle parla de concours à terminer, puis expliqua au Fils du Soleil qu’il s’agissait de boisson. Il en aurait presque senti sa mâchoire se disloquer sous la surprise, même s’il sentit ses lèvres s’orner d’un sourire bien digne de lui, mélange d’innocence et d’humour.
- Depuis quand la Reine d’Ellesméra incite-t-elle ses sujets à s’enivrer ?
Delva émit un rire parfaitement draconique. Elle poussa Kellran du bout du museau, l’incitant à accepter la proposition. Après tout, il était venu pour renouveler cette amitié qui le liait à Ellenwen.
- Je suis partant. Mais il faudra que tu m’expliques cette histoire de concours.
L’Elfe récupéra ses affaires, haussa des épaules et se tourna vers Delva qui semblait également concernée par la proposition. La dragonne grogna.
« Je vous tiendrai compagnie, mais rien de plus. »
Sans explications complémentaires, la dragonne s’envola, laissant les trois bipèdes atteindre à pied le lieu du « concours ».


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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Mar 28 Fév 2012 - 19:22


Finalement je fermai les yeux, et laissai le temps passer. Je n’avais plus envie de rien faire, je n’avais même pas la volonté de me lever et m’en aller, je fermai juste les yeux, et me laissai aller à divaguer. Je sentis l’esprit d’Ellen’ toucher le mien, loin au-dessus de nous, invisible dans l’arbre Ménoa, un toucher que ne ternissait ni peur ni rancœur, j’eus un petit soupir de plaisir. La tension qui m’habitait, doucement, se dissipa, tandis que je me laissais aller.
Je te reviendrai toujours.
Et moi donc... Je la sentais s’ouvrir, divaguer, un mince sourire naquit sur mes lèvres. Finalement, en guise de moment de calme et de tranquillité, ce n’était pas si mal que ça, pensai-je dans mon demi-sommeil. Pas parfait loin de là, mais disons juste, bien mieux que tout ce à quoi nous avions eu droit depuis un bon moment.

-Vous êtes beaucoup trop protecteurs.
-Désolé de m’inquiéter pour toi, répondis-je d’un ton amusé.

Difficile de ne pas avoir envie de protéger quelqu’un qu’on aime, Ellen’, pensai-je à part moi. Je sentis la reine des elfes caresser mon visage, j’embrassai ses doigts qui glissaient sur mes lèvres avant de lui rendre son étreinte. Comme à chaque fois qu’elle prononçait mon vrai nom un frisson étrange me parcourut l’échine. Une sorte de délectation indéfinissable. C’était agréable.

*La vérité est toujours bonne à dire, non ? Tu n’as rien à te faire pardonner.*

J’ouvris les yeux sur son visage, tout près du mien, tandis qu’elle se redressait, et lui rendis son sourire. L’orage était passé. Je ne me sentais toujours pas tout à fait à l’aise, et je n’aimais toujours pas vraiment Kellran, et cela risquait de prendre un moment à changer, mais au moins ne régnait plus ce climat de tension envahi de souvenirs de souffrance de plus tôt. Quand je regardais autour de moi je ne voyais plus ces décors de théâtre prêts à s’effondrer.

-Il me semble qu'on a un concours à finir, non ? fit Ellen’ d’un ton malicieux. On a même un dragon pour se mesurer à elle.

Je haussai un sourcil, intrigué par ces paroles mystérieuses. Elle me regardait comme si je devais comprendre. Un concours ? Je sentais que ça aurait effectivement dû me faire penser à quelque chose, mais impossible de mettre le doigt dessus.

-Ça vous dit de boire un coup ? continua-t-elle. Juste pour se remettre de nos émotions ?

La lumière se fit tandis que je me souvenais cette soirée, presque un an plus tôt, enfin. Avec ce que j’avais bu ce soir là, pas étonnant que j’aie du mal à m’en rappeler !

-Je suis partant, mais il faudra que vous m’expliquiez cette histoire de concours !
-Se bourrer la gueule tous ensemble, toujours un bon moyen de nouer des liens, approuvai-je en me levant.

Même si j’imaginais très mal des elfes entrain de se saouler. Il y avait bien des tavernes à Ellesméra, mais on n’y rencontrait pas les pochards que j’avais croisé d’innombrables fois à la Pause du Marin.

*Moi je vous tiendrai compagnie, et je compte bien participer ! fit la voix de Yarrock pour nous tous.*

Il nous arrivait de passer de longues périodes sans nous parler – de toute façon, le lien qui nous unissait faisait que les mots n’étaient souvent pas nécessaires – et il n’avait rien dit tout le temps qu’avait duré notre dispute, mais il semblait maintenant en grande forme.

*Ellesméra va pas pouvoir suivre... le taquinai-je.
-Je t’emmerde !*

J’eus un petit rire en entendant la réponse du dragon. Je n’étais pas d’une maturité exemplaire pour un type de huit siècle, même si à ma décharge on m’en avait dérobé une bonne partie, mais Yarrock lui était parfois un vrai gamin.

-Alors, où est-ce que tu prévois de faire ça, ô reine décadente des elfes ? lui demandai-je en riant.



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 9 Mar 2012 - 20:10


Ellenwen eut un rire malicieux. Son coup avait visiblement porté. Kellran avait la mâchoire qui menaçait de tomber, Delva semblait intrigué... et Laïaga parfaitement motivé. Une opération réussie en somme. Soulagée d'avoir dissipée toute tension et de sentir l'esprit de ses deux amis détendus et vidés de toute leur colère, la reine des elfes se sentait plus optimiste. Avec un peu de chance, elle était même sûre de pouvoir faire cohabiter les deux idiots qui l'accompagnaient. Voire même arriver à ce qu'ils s'apprécient - avec un peu d'alcool dans le sang même nains et elfes pouvaient s'apprécier. Elle se redressa vivement et tendit les mains à ses deux amis pour les aider à se relever. Elle fit un clin d'oeil amusé à Laïaga et dédia un large sourire machiavélique à Kellran. Elle était sûre de pouvoir le choquer à vie, lui qui gardait d'elle une image de jeune femme innocente.

- Depuis que Laïaga n'est pas mon sujet, et que toi tu ne comptes pas. Tu es mon ami avant d'être mon sujet. Par conséquent, l'honneur est sauf. A moins bien sur, que tu n'es peur de perdre, très cher Kellran.

Elle sentit, plus qu'elle n'entendit, la réponse de Yarrock. A force de côtoyer l'esprit de Laïaga, elle commençait à développer un sixième sens sur les réponses du dragon. Mais même s'il continuait à la mettre mal à l'aise, elle commençait à apprécier les réparties du dragon, surtout quand elles touchaient son compagnon.


- Ca tu l'as pas volé !

Elle passa son bras sous le sien et l'entraina. Elle ne savait pas trop où aller. Les elfes, contrairement à ce que pensaient de nombreux humains, étaient de joyeux fêtards. Si elle demandait plusieurs fûts d'hydromel, tout Ellesméra, et probablement toutes les autres cités, se lanceraient dans une longue fête pour oublier les horreurs de la guerre. Mais elle n'était pas sûre de vouloir être au centre de l'attention, de présider un banquet avant que la nuit ne dégénère enfin en bacchanales. Non, elle avait plus envie de se souler en toute intimité... même si jamais elle ne pourrait réunir assez d'alcools pour souler en un dragon sans faire appel à quelqu'un. Et mettre deux dragons dans une seule maison elfique... elle n'avait aucune chance. Ou alors... un sourire naquit sur ses lèvres. Cela ne ferait peut-être pas de mal aux elfes de voir leur reine légèrement joyeuse.


- Hé bien je propose d'aller chercher un peu d'alcool dans ma demeure familiale. Si je me souviens bien mon père y gardait de vieux fûts d'hydromel parfaitement adaptés à la situation. Pour le reste, je pense que les elfes seraient bien heureux d'ouvrir d'autres fûts et de faire la fête, pendant que nous fêterons nos retrouvailles dans notre coin.

Sans perdre de temps, elle se pressa vers le centre de la ville. Puis, mentalement, elle joignit Delva.

*Tu nous vexerais, noble dragonne, en ne te joignant pas à nos libations. Ne dit-on pas que l'on doit toujours découvrir les coutumes du peuple que l'on visite ?*


- Laïaga, Kellran, pas trop effrayés de vous faire battre par une femme ?




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 10 Mar 2012 - 16:50


Kellran n’arrivait pas à y croire. Ellenwen osait le défier, lui, à un concours de boisson. Sérieusement, où allait le monde à présent ? Avait-il changé de dimension durant ces dix années loin d’Alagaësia ? Ou bien était-il réellement mort, tout cela n’étant qu’un rêve issu de la folie de son âme à l’agonie ? Oui, ça devait être cela, une folie, une illusion, un délire d’avant la mort, son corps secoué par les derniers spasmes du rire qu’il se retenait à grand peine de laisser éclater.
La Reine d’Ellesméra trouva l’excuse idéale pour sauvegarder sa réputation de souveraine sérieuse, prétextant qu’elle boirait en compagnie d’amis, non avec des sujets de son royaume. La belle blague ! Et elle le menaçait de défaite, pour couronner sa tirade.
« Les femelles seront toujours supérieures aux mâles. » balança Delva à brûle-pourpoint, son rire draconique grondant comme un orage lointain.
« Merci de ta loyauté, traîtresse indigne ! »
Yarrock, le dragon de Laïaga, assura au petit groupe sa participation à la beuverie, une réponse qui n’étonna pas vraiment Kellran. Il avait connu beaucoup de dragons attirés par les ripailles et les fêtes, ne manquant jamais de démontrer dans le domaine un talent hors du commun pour engloutir des tonneaux et des tonneaux entiers d’alcools divers. Delva elle-même, depuis qu’elle était assez « grande » pour boire autre chose que de l’eau, ne se privait pas d’un petit tonneau de temps à autres pour se détendre le gosier. A entendre son refus, Kellran se posait des questions sur sa dragonne et les pensées étranges qui parasitaient parfois son esprit, relents d’un amour dirigé vers personne, mélange de bonheur, de tristesse et d’inquiétude mêlées qui étonnaient le Dragonnier. Patient et respectueux, il attendait que Delva décide de lui parler, car il ne voulait rien brusquer.

Ils quittèrent la clairière de l’arbre Menoa, se dirigeant vers une destination encore inconnue. Ellenwen réfléchissait sûrement au meilleur endroit pour leur petit concours, et sembla vite avoir une idée. Elle proposa sa demeure familiale, un lieu que Kellran n’avait jamais visité, ou alors il ne s’en souvenait plus. Il avait toujours reçu Ellenwen chez lui, dans la maison arboricole loin d’Ellesméra, ou la rencontrait à l’école des Dragonniers. Se contentant de suivre le couple, le Fils du Soleil repensa à cette idée de rêve éveillé. Une théorie pas si stupide que cela, quand on pensait à ce qu’il avait vécu, principalement aux derniers événements en date. Avait-il jamais eu la chance d’entrer dans les bonnes grâces d’une Impératrice ? Un tel événement était digne du miracle inconcevable, non ? Son regard tombant sur la chevelure d’Ellenwen, devant lui, il sourit et imagina sa réaction si elle savait. Elle ouvrirait de grands yeux, sans doute, et lui demanderait par quel hasard un crétin dans son genre avait-il réussi à séduire une femme comme Myad. Par chance, l’esprit de Kellran était trop bien protégé pour qu’elle perçoive quoi que ce soit, cette partie de sa vie soigneusement cloisonnée derrière des murailles mentales imperméables à toute fuite.
« Peut-être, mais ton air béat quand tu penses à elle te trahit, idiot ! » piqua la dragonne.
« Tu peux parler. » marmonna l’Elfe en envoyant une image de Yenlui à sa compagne qui se sentit frémir.
Depuis ce fameux jour au lac Leona, il ne se passait pas une heure sans qu’ils s’asticotent mutuellement avec leurs passions respectives. Un passe-temps à la fois amusant et désespérant.
Ellenwen intervint pour inciter Delva à réviser sa réponse à la proposition. La dragonne, douce mais ferme, répondit :
« Je ne manquerai pas de me faire pardonner une autre fois, mais aujourd’hui, je préfère refuser. »
Elle souffla un nuage de fumée, marquant son amusement.
« Je serais triste de devoir t’infliger une défaite cuisante devant tout le monde. »
Les yeux brillants de fierté, le Fils du Soleil eut un sourire éclatant pour sa vieille amie, et haussa les épaules, l’air de dire : Elle est très forte à ce jeu-là.

Ils arrivèrent aux abords du centre de la cité, plein de vie et d’activité. Plusieurs forgerons s’activaient à la fabrication du matériel nécessaire aux soldats elfes, tandis que les passants oisifs se tournaient au passage du petit groupe, saluant respectueusement leur reine. Kellran comprenait en quoi un concours de boisson serait bénéfique à Ellenwen. Il pariait que son amie ne s’était pas encore totalement habituée à être le centre de l’attention, à recevoir tant de marques de respect et d’adoration de la part d’un peuple qui l’avait d’abord rejetée. Passer un bon moment, à une activité innocente et amusante, lui ferait le plus grand bien et la sortirait des tracas de la royauté et de la guerre. En réponse au défi d’Ellenwen, il se promit de lui montrer ce qu’il en coûtait de sous-estimer un Elfe ayant vécu parmi les Urgals, les Humains et les Nains. Sa culture du lever de coude était à ce point aiguisée que si elle permettait de tuer des ennemis au combat, il possèderait le continent entier en juste conquête.
« Et encore, tu te battrais les yeux bandés. » souffla Delva en souriant de tous ses crocs.
« J’aime quand tu es de mon côté, tu sais ? »
Ils partirent tous deux d’un fou rire mental.

L’idée d’Ellenwen d’inviter les autres Elfes à s’amuser également avait un côté subtil qui ne manqua pas d’impressionner Kellran. En agissant ainsi, la Reine s’assurait qu’il y ait boisson à profusion, et se ménageait également une intimité avec ses amis. S’ils s’étaient lancés seuls dans le concours, il y aurait d’office eu quelqu’un pour remarquer leur petit jeu et venir gâcher la fête. Vraiment, l’intelligence sans bornes de la Reine ne manquait pas de faire sourire le Fils du Soleil, qui retrouvait bien là son amie.
- Elles vont être belles, les rues d’Ellesméra ce soir.
Kellran imagina le peuple elfique plongé corps et âme dans une soirée de fête et de concours de boissons, et il eut peur, car il avait là une vraie vision de l’apocalypse. Au moins mourrait-il le rire aux lèvres !


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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 16 Mar 2012 - 1:37


Je me laissai complaisamment entraîner par Ellen’, bras dessus-bras dessous, dans la direction de la ville, sans savoir exactement où nous nous rendions. Elle n’avait pas l’air de le savoir encore elle-même, jusqu’à ce qu’un grand sourire se dessines sur ses lèvres. Je me demandai avec un certain amusement ce qui avait pu lui traverser l’esprit.

-Hé bien je propose d'aller chercher un peu d'alcool dans ma demeure familiale. Si je me souviens bien mon père y gardait de vieux fûts d'hydromel parfaitement adaptés à la situation, commença la reine des elfes.

Je haussai un sourcil ; jusque là, cette idée n’avait rien de bien originale.

-Pour le reste, je pense que les elfes seraient bien heureux d'ouvrir d'autres fûts et de faire la fête, pendant que nous fêterons nos retrouvailles dans notre coin, continua mon aimée.

J’eus un petit rire en me tenant à peu près la même réflexion que Kellran au même moment, bien que je n’en sache rien : ainsi, nous serions tranquille sans que l’on vienne nous déranger, et en plus il y aurait assez d’alcool pour que même Yarrock et la dragonne de l’elfe blond s’en donnent à cœur joie.
Même si pour ma part, Kellran m’avait laissé une impression désagréable qui faisait qu’en fin de compte, je ne me sentais toujours pas vraiment à l’aise avec lui, j’étais ravi de pouvoir partager un peu de temps avec Ellenwen loin de ses obligations de reine. Ça n’arrivait pas si souvent que ça, après tout...

-Elles vont être belles, les rues d’Ellesméra ce soir, fit Kellran.
-Ça veut dire qu’on verrait des elfes saouls, ça... la taquinai-je. Quelle bonne idée, je suis totalement pour !

Je lui fis un clin d’œil ; elle avait eu l’occasion de me dire déjà que les elfes n’étaient pas cette société fade et sans reliefs qu’on imaginait trop facilement, mais jusque là la situation ne s’était pas trop prêtée à ce que le beau peuple ne me montre son exubérance.
Il fallait croire que ça allait changer aujourd’hui. J’étais très curieux de la suite des événements tandis que nous entrions dans Ellesméra, j’imaginais des elfes déambulant d’un pas chaloupé entre les maion-arbres et parlant de cette voix si particulière aux gens bourrés, s’effondrant les uns sur les autres et rigolant pour rien... Non, vraiment, définitivement, ce n’était pas la vision que l’on avait des elfes.

-Laïaga, Kellran, pas trop effrayés de vous faire battre par une femme ?
-Avec tes soixante kilos toute mouillée hum ? lui rétorquai-je sur un ton ironique. J’aimerais bien voir ça.

Ce qui, au fond, était un peu prétentieux comme réplique dans la mesure ou je n’avais jamais particulièrement bien tenu l’alcool et qu’Ellen, pour mince et fragile qu’elle aurait pu paraître, n’en était pas moins une elfe. Les elfes avaient tendance à être plus résistants que les humains dans beaucoup de situations. Est-ce que ça s’appliquait à ça aussi ?

-Mais au fait, qu’est-ce qu’ils vont en penser, tes sujets, de voir leur reine saoule ? questionnai-je avec un certain amusement. Déjà que tout le monde ne vit pas bien le fait que je sois ton compagnon... Si en plus je te dévergonde et te pousse à la débauche !

Alors que naturellement c’était elle qui nous avait entraînés, Kellran, Delva, Yarrock et moi-même, dans cette histoire de concours de boisson, mais bien naturellement, les gens avaient tendance à entendre et comprendre ce qui les arrangeait le mieux, et ça, j’étais sûr que ça marchait aussi bien pour les elfes que leurs cousins aux oreilles rondes.



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Ven 16 Mar 2012 - 15:05


- Mais oui elles vont être belles ! Un peu de distraction, de bonne humeur et d'alcool, c'est toujours bon pour le moral. Depuis huit mois que nous sommes en guerre, je pense qu'on peut s'offrir une petite pause dans la déprime et dans la mauvaise humeur.

Toute joyeuse d'être parvenue à trouver un terrain d'entente entre les deux hommes - elle n'avait qu'à voir leur regard ébahi pour savoir qu'elle avait tapé juste - Ellenwen accéléra le pas pour rejoindre sa demeure familiale. Elle pouvait presque les sentir imaginer tous les moyens de la battre à plat de couture. Elle. Elle à qui Pierrot avait fait tester tous les alcools les plus infâmes produits par le Surda... De l'alcool de lin... Ce jour-là, elle avait bien cru y passer. De l'alcool de lin... un jour ils arriveraient à produire de l'alcool avec des betteraves ou des patates vu l'imagination débordante des Surdains. Elle était sûre qu'ils rouleraient sous la table avant elle, surtout Laïaga. Elle ricana en imaginant son compagnon, complètement déchiré, tentant de tituber pour rejoindre ses appartements. Des fairth allaient circuler pendant un bout de temps, elle le sentait bien... Quant à Kellran... Il comptait sur son expérience, lui qui avait à peine deux siècles d'expérience. Et il ne connaissait probablement pas la meilleure combinaison de l'ancien langage pour purger son sang de l'alcool. Un amateur.

- Tu sais ce qu'ils te disent mes soixante kilos tout mouillés, hein ? Grand dadais !

Comme si c'était malin de lui rappeler qu'elle était probablement la plus petite et la plus fine des elfes de tout son royaume. Comme si au quotidien elle n'était pas lassée de côtoyer de grandes perches qui, souvent, la dépassaient d'une bonne tête. Elle pinça légèrement les hanches de son compagnon et lui fit une grimace. Non loin, un elfe éclata de rire... La reine poussa un soupir... si seulement il avait pu rire de la plaisanterie et non pas espérer une prochaine séparation entre Laïaga et elle. Mais c'était déjà un progrès.

- Il n'y a aucune honte à être soul. C'est bien un truc d'humains ça. Je pense qu'ils seraient plutôt heureux de me voir oublier mes soucis. Et puis c'est pas qu'ils ne t'aiment pas, personnellement ils s'en foutent de toi. Ils ne digèrent juste pas notre relation, c'est tout.

Comme Kellran... tous de grands idiots.

- Il n'y a aucun risque qu'ils t'imputent quelque chose qu'ils savent que je ferais par moi-même. Et qu'eux-même seraient très heureux de faire. Vont être très heureux de faire d'ailleurs. Ils seront trop occupés pour se préoccuper de mon état.

Arrivés dans les grandes rues de la capitale, de nombreux elfes s'attroupaient autour d'eux, saluaient leur reine de sourires, de grands gestes de la main. Tous semblaient légèrement surpris de la bonne humeur de la jeune femme, et surveillaient ses deux compagnons du coin de l'oeil. Ouvrant son esprit, la reine leur transmit des bribes d'information sur leurs projets. Des sourires ravis naquirent à son passage pendant que plusieurs elfes se précipitaient pour mettre des tonneaux en presse. Une dizaine de minutes plus tard, des airs de flûte, de percussions résonnaient dans la forêt. Ellenwen esquissa un pas de danse, ravie. La soirée était prometteuse. Peut-être l'occasion de réconcilier Laïaga avec les elfes... Ou d'apaiser des tensions... Ou juste de profiter de quelques instants, loin de ses trop nombreuses occupations habituelles.

- Alors Kellran, heureux d'être de retour ?

Un petit sourire, un clin d'oeil. Ellesméra était et resterait à jamais le sanctuaire des elfes. Elle-même se sentait légèrement nostalgique à l'idée de revenir, pour la première fois depuis trop longtemps, à sa demeure familiale. Arrivée devant l'arbre-maison, elle s'arrêta un instant, contemplant le long escalier qui gravissait à une porte finement taillée. Puis, rejetant sa mélancolie, elle se retourna, nargua ses compagnons d'un petit rire moqueur et entreprit de grimper, en courant. Elle poussa la porte, huma l'air légèrement poussiéreux, et se dirigea sans hésitation vers la cuisine. Ouvrant l'un des nombreux placards dissimulés dans le bois, à peine visibles, elle découvrit avec joie une dizaine de fûts, couverts de poussière.

- Je crois que nous avons de la réserve ! On commence ici pour narguer Yarrock et Delva et se garder les meilleurs fûts ?




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Kellran
Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Sam 17 Mar 2012 - 9:51


La bonne humeur d’Ellenwen était contagieuse. Maintenant qu’elle avait lancé ses deux compagnons sur un chemin de fête, toutes ses inquiétudes s’étaient envolées, fuyant vers le ciel de leurs ailes sombres. Partout, des Elfes saluaient, s’inclinaient, ou faisaient des signes de la main. Certains s’approchaient pour cueillir un sourire sur le visage de leur reine, d’autres regardaient d’un air méfiant les deux hommes qui la suivaient. Ceux qui reconnaissaient Kellran – ils faisaient partie de la troupe ayant combattu aux côtés du Fils du Soleil et de Charlie – ne manquaient pas d’exprimer leur respect par un sourire ou une inclinaison de tête. Les autres, plus méfiants, le fixaient malgré tout avec moins d’agressivité que Laïaga, qui devait subir devant et derrière lui des regards menaçants, hostiles ou hautains. L’humain qui avait osé voler le cœur de leur reine ne jouissait pas d’un bon accueil auprès des sujets d’Ellenwen, loin de là. Certains Elfes devaient savoir qu’il avait fait partie de l’Empire, ce qui expliquait une part de leur agressivité. Pour le reste…
Kellran imaginait la réaction qu’il aurait eue s’il n’avait pas su que Laïaga était autrefois un Ombre. Il imagina, et il fronça les sourcils, comprenant qu’il n’aurait jamais agi ainsi sans cette information. Que Laïaga soit un humain, il s’en moquait totalement. Qu’il ait fait partie de l’Empire, encore plus. Après tout, le Fils du Soleil n’avait rien trouvé de plus stupide que de tomber amoureux de l’Impératrice.
« Rien que ça ? » le taquina la dragonne, en lui ébouriffant les cheveux de son souffle brûlant.
« Rien que ça ! » affirma Kellran en hochant de la tête, comme si cela expliquait tout.
Bref, l’Elfe ne concevait pas vraiment les raisons pour lesquelles le compagnon de la reine était si mal accueilli alors que son passé était resté secret. S’il n’était cette méfiance tenace, le Dragonnier aurait tapé sur l’épaule de son homologue humain pour lui exprimer son soutien. Peut-être dans quelques années, quand toute trace de méfiance et d’inquiétude aurait disparu. Peut-être alors pourraient-ils être amis.

Laissant une légère distance entre le couple et lui, il ne manquait aucune de leurs paroles, et sourit discrètement des efforts de l’humain pour taquiner Ellenwen. Il ne manquait pas de talent en la matière, jouant sur la taille frêle de la reine pour la faire réagir et riposter. La pauvre se plaignait souvent d’être entourée de géants, de vivre dans une forêt de mauvaises herbes incapables de s’arrêter de pousser. Kellran ne manquait pas de s’en amuser, car il savait qu’il ne fallait pas juger la dame sur son corps. L’idiot qui s’y aventurerait risquait bien d’être surpris, et mort la seconde d’après.
Lorsque Laïaga parla de voir Ellenwen saoule, l’Elfe se rapprocha, intéressé par la réponse. Effectivement, elle eut de quoi le faire rire même s’il s’en abstint. Il était vrai que les Elfes se moquaient bien de paraître saoul. Lorsqu’ils étaient décidés à faire la fête, rien ne les en privait. Même pleins comme des ballons, ils gardaient une grâce toute elfique, bien loin des démarches zigzagantes et déséquilibrées humaines. Mais leurs langues se déliaient, leurs manières hautaines disparaissaient totalement, remplacées par les rires, les chants et les danses, de merveilleux spectacles hauts en couleur. Kellran préférait de loin ce visage d’Ellesméra à celui, sérieux, grave et solennel qu’il voyait habituellement.
« Ça risque de coûter cher si tu veux fournir suffisamment d’alcool pour qu’ils soient comme tu le souhaites. » commenta Delva de son rire grondant.
Le Fils du Soleil haussa des épaules.

Après plusieurs minutes, Ellenwen lui posa une question qui le prit au dépourvu. Clignant des yeux, il lui fallut quelques secondes pour comprendre précisément le sens de la question. Tant d’événements s’étaient déjà produits depuis son retour qu’il avait l’impression de n’être jamais parti. Aussi, après cette déstabilisation temporaire, il eut un sourire :
- On peut dire cela.
Ellesméra et Du Weldenvarden ne lui avaient pas réellement manqué, bien qu’il ait aspiré à retrouver les forêts verdoyantes de son pays natal durant ces dix années loin d’Alagaësia. Il ne se sentait heureux qu’en étant entouré de plantes, d’arbres et de fleurs, toutes ces sublimes créations de la nature nourries par les rayons du soleil. Il avait visité un pays où l’astre du jour était si puissant et la terre si avare d’humidité que rien ou presque ne poussait, et cela avait formé un vide béant dans son cœur. Désormais, il respirait. Il était heureux d’être rentré chez lui, dans la zone orientale de Du Weldenvarden, son foyer. Principalement, il était heureux de retrouver peu à peu ses vieux amis, les véritables fondations soutenant son cœur et son âme.
Ils s’arrêtèrent finalement devant une maison arboricole, semblable à beaucoup d’autres, mais unique par sa conception et sa forme. Comme un arbre, semblable à son voisin, et pourtant unique au monde. La demeure familiale d’Ellenwen, devina Kellran en suivant la reine sur le raide escalier menant à une porte gracieuse trouant l’écorce. De là, ils partirent dans la cuisine où les attendaient des fûts par dizaines, sans indications sur leur contenu. Le Fils du Soleil sourit de nouveau, caressant de la main les courbes d’un des tonneaux, récoltant une belle couche de poussière. Il éclata de rire lorsqu’il entendit l’idée d’Ellenwen.
« Dis-lui qu’elle fasse attention à son derrière. Irriter un dragon n’est jamais une bonne idée. »
L’Elfe redoubla d’hilarité, se força à se calmer, jeta un regard interrogateur à sa Reine et, après une invitation muette, dégaina l’un de ses poignards pour mettre proprement en perce l’un des tonneaux. Une bonne odeur d’hydromel aux épices monta aux narines du Dragonnier, le faisant saliver.
- Voilà qui est parfait pour débuter la soirée !
Il se retourna vers son amie, attendant qu’elle leur donne le feu vert. Etant son invité dans cette demeure, il ne pouvait pas faire comme chez lui, question de savoir-vivre.


Dernière édition par Kellran le Sam 14 Avr 2012 - 14:50, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Mar 27 Mar 2012 - 23:32


Ils ne digèrent juste pas notre relation... J’avais comme un doute là-dessus, il me semblait, à moi, qu’ils m’en voulaient un peu plus que ça. Ils me... Oh, et puis zut, je traversais une magnifique ville elfique bras dessus bras dessous avec la femme que j’aimais, je pouvais sentir sa joie, toute peine et toute colère envolées. Alors, qu’ils aillent donc tous se faire voir, pensai-je avec un grand sourire intérieur.

-Alors Kellran, heureux d’être de retour ?
-On peut dire ça, répondit l’elfe dans un sourire.

Dix années loin de chez soi, c’était long ; d’autant plus long quand son chez soi ressemblait à Ellesméra. Le genre de ville qu’on ne doit pas avoir trop envie de quitter, même quand on vit quinze millénaires. Tandis que nous avancions vers la demeure familiale d’Ellen’, l’ambiance semblait se détendre dans les rues de la cité sylvestre, on entendait des airs de musiques emplir le crépuscule, des musiques gaies et dansantes portées par la brise. La fête ne battait pas encore son plein mais cela approchait. Finalement, la race elfique n’avait peut-être pas fait vœu d’austérité jusqu’à la fin des temps... à se demander si cet endroit ne pourrait pas devenir le mien, de foyer. Ça faisait longtemps que je n’avais plus de chez moi.
Nous finîmes par arriver devant un grand arbre-maison, auquel conduisait un escalier taillé dans le bois. Ellenwen resta silencieuse quelques instants, ainsi que Kellran, avant de me lâcher le bras et de partir gravir les degrés en riant comme une enfant. Je restai à la suivre d’un regard étonné pendant une seconde, avant de partir à sa poursuite en riant aussi. Ellen’, d’une certaine façon, me faisait retomber en enfance, fallait-il croire.

-Je crois que nous avons de la réserve!

Je venais de rejoindre la reine des elfes dans la cuisine de sa demeure familiale, et elle désignait un alignement de fûts en bois, si poussiéreux qu’on les imaginait ici depuis des années à attendre que quelqu’un décide de venir leur faire leur fête.

-On commence ici pour narguer Yarrock et Delva et se garder les meilleurs fûts?

Kellran éclata de rire. Je transmis à Yarrock avec un petit sourire en coin. Il me répondit du tac au tac qu’il irait partager l’alcool des elfes, dehors, ils avaient l’air de bien l’apprécier, eux.
*Donc en gros je m’en fous, conclut-il dans mon esprit.*
Tu parles... Il avait essayé de se donner un ton sérieux, mais je le connaissais depuis bien assez longtemps pour savoir que ce n’était pas vrai.

-Tu es un vrai génie du mal dis donc, me moquai-je gentiment tout en posant un baiser au coin de sa bouche.

Kellran, de son côté, planta son couteau dans le flanc rebondi d’un des fûts. L’odeur douce et épicée de l’hydromel se répandit dans la pièce en même temps que quelques gouttes ambrées suintaient le long de la lame.

-Voilà qui est parfait pour débuter la soirée !

J’acquiesçai du chef et, faisant preuve de moins de retenue que lui, j’attrapai des choppes vides au milieu d’une vaisselle aussi poussiéreuse que les fûts l’étaient. Je les regarderai d’un œil critique, avant de souffler distraitement dessus. Mon souffle, plutôt que de bêtement se dissiper, s’amplifia, tournoya, gronda et quand enfin il suivit sa voie, les choppes étaient propres et brillantes. J’eus un petit sourire content de moi avant de retirer la dague de Kellran du fût où elle était fichée, et de laisser couler l’hydromel dans les trois choppes.

-Tout à fait d’accord, lui répondis-je en leur tendant leurs choppes. A notre santé !

Mon sourire s’agrandit un peu :

-Et aux gens qui rentrent chez eux !

Il était effectivement délicieux, cethydromel. Je n’en avais pas bu de si bon depuis bien longtemps...



   
L'heure de la faux a sonné
On n'arrête pas la grande horloge
Le vent divin l'a emporté
Pourtant cela t'interroge
N'as-tu rien à regretter ?

Spoiler:
 
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: I can't live in a fairy tale | Jeu 29 Mar 2012 - 15:15


L'odeur de l'hydromel monta jusqu'aux narines d'Ellenwen. Une odeur riche, capiteuse, sucrée... Cela lui rappelait tant de souvenirs. Des fêtes passées, lorsqu'elle n'était encore qu'une jeune elfe et qu'Islanzadi n'avait pas encore accédé au trône. Une fête en particulier, dont elle ne gardait que quelques souvenirs épars, légèrement floutés par la quantité d'alcool ingurgité. Des soirées où son père ouvrait ses précieux fûts pour quelque invité de marque. Elle eut à nouveau un petit pincement au coeur. Décidément, son retour à Ellesméra remuait plus de choses qu'elle ne l'aurait cru possible. Elle avait cru pouvoir tout enterré, en partant. Lorsqu'elle était devenue reine, elle avait accumulé suffisamment d'émotions, de travail et d'occupation pour ne plus y penser. "Voilà qui est parfait pour débuter la soirée !" la phrase lui parvint avec un peu de retard. Elle releva la tête, un instant perdue, et se retrouva nez-à-nez avec les sourires idiots de ses deux compagnons.

- Commencer la soirée... Tu en as de bonne toi ! Tu vas te souler avec le meilleur hydromel d'Ellesméra. A l'exception des quelques autres rares fûts conservés et oubliés dans une cuisine depuis près d'un millénaire. Ce qui ne doit pas courir les rues.

Elle sourit malicieusement, décidant une bonne fois pour toute de bannir le passé en dehors de ses pensées. Là, maintenant, elle était près de fûts d'alcool, accompagnée de son amant et de son meilleur ami. Autour d'elle, les sons de la fête montaient doucement, quelques airs de musique lui donnaient envie de danser. Il ne lui manquait rien pour être heureuse. Le reste n'était que du détail. Elle rendit son baiser à Laïaga, un peu plus fougueusement - quitte à être dans la démesure... - et tenta de grimacer une mimique diabolique.

- Que crois-tu ? Je ne suis pas la reine des elfes pour rien. Tu as encore beaucoup à apprendre, jeune homme.

La fin de sa phrase se perdit dans une quinte de toux incontrôlé. Les yeux rouges, une larme à la paupière, elle tenta de fusiller du regard l'inconscient qui venait de provoquer une petite tornade de poussière dans une demeure. Comme s'il avait oublié que tout souffle de vent, ayant une petite tendance à tourner sur soi-même, projetait tout ce qu'elle soulevait sur plusieurs mètres autour d'elle... aspergeant copieusement les personnes alentour.


- Crétin, coassa-t-elle, repoussant d'un mot l'air vers une fenêtre.

Le coupable lui adressa un grand sourire satisfait et fier de lui. Mais avant qu'elle ait pu continuer sa tirade, il lui tendit une chope remplie, un petit air angélique sur le visage. L'elfe le regarda, envisagea un instant tout ce qu'elle pourrait lui dire, et rendit les armes. Elle saisit la chope, volant au passage celle de Kellran et trinqua à son tour.


- A nous, plus simplement ! Aux deux crétins qui m'accompagnent et sans qui je serais malheureuse...

Elle but une longue gorgée, sentait l'alcool fort lui brûler la gorge et lui piquer les yeux. Elle émit un petit hoquet et un grand sourire naquit sur ses lèvres. C'était bon ! Elle se laissa tomber sur le sol plus qu'elle ne s'assit et tenta d'adopter une position confortable.

- Franchement, si on m'avait dit, un an plus tôt, que je finirais par me souler dans la cuisine familiale avec mon neveu, devenu mon compagnon, et mon meilleur ami pas si mort que ça, après les avoir empêché de s'entretuer comme des crétins je me demande comment j'aurais réagi...




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I can't live in a fairy tale

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