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La Vérité se cache au fond du Verre [PV]

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Abysse Yclette


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La Vérité se cache au fond du Verre [PV] Vide

Abysse Yclette
Représentante de l'Equilibrium
Message Sujet: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mar 3 Avr 2012 - 22:11


Poussant un soupir, Abysse s’étira longuement, appréciant le craquement de chacune de ses articulations. Elle s’entraînait depuis quelques heures déjà. Ce soir, elle jouerait dans une taverne de Dras. Il y avait quelques années qu’elle n’avait pas endossé sa couverture de ménestrelle et elle devait bien avouer qu’elle avait fini par rouiller. Au terme de plusieurs heures d’acharnement et à un rythme bien trop lent à son goût, elle avait fini par retrouver son habileté naturelle à la musique. Autrefois, elle parcourait l’Alagaësia armée de sa flûte traversière, de sa voix et de ses danses. Les ménestrels sont généralement bien accueillis dans les cours de seigneurs. Ils étaient rarement mal traités et pouvaient bénéficier de l’indiscrétion que l’on accordait à leur métier.

Une couverture des plus idéales pour une informatrice donc. Néanmoins, ces dernières années, Abysse s’était rangée sur l’espionnage et l’observation, délaissant la musique. Au retour de la guerre, elle n’avait pas même songée à reprendre son rôle d’artiste itinérante. Les évènements en avaient cependant décidé autrement. En effet, quelques semaines plus tôt, elle déambulait tranquillement dans les rues de la Capitale Léonienne lorsqu’elle avait faire une rencontre pour le moins troublante. Son attention avait été attirée au plein cœur du marché par l’étale d’un commerçant qui présentait des produits rares et exotiques. Parmi l’un d’eux, elle reconnut une minuscule broche qui n’appartenait à aucune peuplade de l’Alagaësia. Cela elle le savait que trop bien puisque cette proche était originaire de son peuple.

Intriguée, elle s’était discrètement approchée de l’étale pour détailler la broche. Aucun doute n’était possible, elle représentait l’emblème de l’Ordre de Rlyeh. Abysse chercha aussitôt du regard le commerçant et rencontra son sourire affable. Il s’exprimait avec un fort accent mais qui n’avait rien à voir avec les peuplades du désert profond. Perplexe, la jeune femme lui demanda l’origine de la broche. Il la dévisagea un instant sans quitter son éternel sourire puis il lui fit signe d’approcher. Lentement, Abysse se pencha non sans jeter un préalable un regard circonspect autour d’elle. Le tour que prenaient les évènements ne la rassurait guère. Et ce fut avec les propos les plus sibyllins du monde que le commerçant lui répondit.

Abysse jeta un regard perplexe à son interlocuteur. Celui-ci s’était prestement emparé de la broche et lui avait remise dans les mains. Sans s’attarder davantage, il l’avait remercié puis salué, visiblement gêné avant de s’en retourner à ses tâches. Nouvellement affairé, il n’accorda pas un regard supplémentaire à la jeune femme et ne prit pas la peine de répondre à ses autres questions. Déroutée, Abysse finit par hausser les épaules et s’en retourner. La balade dans la cité était terminée pour aujourd’hui. Le commerçant venait de lui poser une énigme trop précieuse pour qu’elle perde son temps en déambulations. Serrant la broche dans ses mains jusqu’à s’en blanchir les jointures, Abysse rejoignit rapidement sa chambre d’auberge.

Le soir même, elle la quittait pour trouver une nouvelle taverne qui l’accueillerait. L’étui de sa flûte pendait mollement à son épaule. D’un pas décidé, Abysse comptait bien reprendre son activité de ménestrelle. Rlyeh l’avait convoquée et lui avait donné de nouvelles instructions. Désormais, elle devrait espionner les agissements de l’Empire. Quoi de plus efficace que de se rentre dans une taverne animée de la Capitale pour y récolter de précieuses informations ? Elle pourrait même rencontrer un soldat et lui soutirer ce qu’elle souhaitait savoir…

*
**

- C’est à toi de jouer !

La porte s’ouvrit en grinçant et dévoila un visage ridé, fripé par le temps. La femme du tavernier extirpa Abysse de ses réflexions. Elle la remercia d’un sourire aimable et la suivit dans la salle principale. Cette dernière commençait à se remplir. La soirée était déjà bien entamée et le précédent groupe de ménestrels s’était démené en d’agréables chansons d’ivrognes. Abysse se dirigea vers l’estrade aménagée pour les artistes, trouva une chaise et s’y installa rapidement. Elle déroula le précieux vélin qui protégeait sa flûte traversière puis la porta à sa bouche. La jeune femme ferma les yeux, fit le vide en elle, posa ses doigts agiles sur l’instrument et poussa son premier soupir. Le reste ne répondait plus d’elle.

Ses doigts dansaient sur le bois de la flûte et en extirpait une joyeuse mélodie. Elle invitait les clients à taper du pied en rythme et à égailler les conversations. Abysse sentit de nombreux regards se poser sur elle mais les ignora, trop absorbée par la musique. Entraînante, la chanson fournit une atmosphère agréable à la Taverne. Aussitôt son premier morceau achevé, la jeune femme enchaîna sur une chanson où elle s’appuyait parfois sur sa flûte. Sa voix claire s’éleva paisiblement, emplissant la salle. Bien que ne possédant pas une voix extraordinaire, Abysse chantait juste et bien. Le chant n’était guère sa spécialité mais il lui permettait d’observer les personnes présentes avec plus d’attention.

Par deux fois, Abysse sentit un regard plus insistant se poser sur elle. Elle l’ignora la première fois et ne put le surprendre qu'à la seconde tentative. Terminant son dernier couplet sur un sourire, elle enchaîna sur un morceau de flûte doux et lancinant. Elle racontait un soldat qui avait perdu amour, famille et argent au retour de la guerre. Le nouveau morceau imposa un ton de conversation plus calme et Abysse eu le loisir de détailler chacun des clients présents. Cette fois-ci, elle put croiser les yeux qui la fixaient intensément. Fronçant les sourcils, Abysse lui rendit son regard. Il s’agissait d’un jeune homme portant une livrée propre mais usée. Elle le vit rougir légèrement devant la réprimande de son regard et tourner rapidement la tête.

Abysse n’avait pu l’apercevoir qu’une fraction de seconde mais elle ne pouvait l’oublier. Tandis qu’elle jouait, elle cherchait dans sa mémoire un nom à poser sur ce visage. Elle avait dû le croiser à quelques reprises mais était certaine de n’avoir jamais adressé la parole à cet homme. La jeune femme se souvint alors d’avoir rencontré un homme de l’Empire proche de l’Impératrice. Il lui avait dépeint son quotidien au sein de la demeure Impériale avec un humour qui l’avait beaucoup amusée. Sans parvenir à trouver le nom du jeune homme qui la fixait, Abysse décida qu’elle irait l’observer de plus près une fois sa prestation terminée.

Tandis qu’elle achevait son dernier morceau, ballade de sa composition, Abysse reçut quelques applaudissements. Sa prestation avait été bonne mais guère excellente. Après tout, ses pensées s’échappaient ailleurs. La jeune femme salua rapidement la salle et descendit prestement de l’estrade. Il n’était pas rare qu’un ménestrel, aussi pitoyable soit sa représentation, se fasse inviter par quelques habitués de la Taverne. Avisant du regard deux hommes solidement charpentés qui l’incitaient à s’assoir à leur côté, Abysse recroisa le regard de l’homme qui l’intriguait. A nouveau, il la fixait intensément. Son regard, cependant, paraissait étrangement lointain.

Esquivant habilement les deux hommes du comptoir, la jeune femme décida de rejoindre le jeune homme. Elle s’approcha d’une démarche sûre, rangeant sa flûte dans son étui. Une fois parvenue à sa hauteur, elle lui décocha son plus beau sourire.

- Vous me semblez bien seul, souhaiteriez-vous la compagnie d’une ménestrelle pour vous divertir ?

Sans attendre sa réponse, elle tira la première chaise qui se présentait et s’assit en face du jeune homme. Celui-ci lui décochait un regard surpris, brutalement extirpé de ses rêveries. Abysse voulut se justifier lorsqu’un serveur effleura son bras et lui demanda poliment ce qu’elle commandait. La jeune femme lui commanda alors une bière tandis qu’elle s’excusait du regard auprès du jeune homme encore abasourdi. Désormais, elle n’avait plus le choix. Elle se tourna ensuite vivement vers lui et planta son regard azur dans le sien.

Il devait approcher la vingtaine et possédait le hâle sombre des hommes qui évoluent en extérieur. Ses mains étaient couvertes de cales mais pas de celles d’un travail d’artisan. Non, Abysse connaissait trop bien ses marques là. Il maniait l’épée. Instinctivement, elle posa elle-même ses mains à plat sur ses cuisses pour en dissimuler les cales. Le jeune homme paraissait clairement humain. Pourtant, l’on pouvait percevoir une prestance et un charisme qui n’étaient pas tout à fait naturel. Ce n’était pas la première fois qu’Abysse rencontrait de telles caractéristiques. Il devait sans doute s’agir d’un homme versé aux arts magiques.

Aussitôt, une pointe de méfiance naquit chez la jeune femme. Elle ne pouvait que redouter ce qu’elle ne maîtrisait pas elle-même. Tout à coup, alors qu’elle se demandait encore ce qui avait pu attirer son attention chez cet homme, elle le reconnu. Il s’agissait de l’apprenti de Myad, l’Impératrice. On racontait ses exploits au cours de la guerre contre les dragons sauvages. D’après les récentes rumeurs, bénéficiant de la plus grande confiance de l’Impératrice, il avait été envoyé à la tête d’une expédition du côté de la Crête. Fronçant imperceptiblement les sourcils, Abysse ne parvenait à se remémorer son nom.

Elle se rejeta légèrement en arrière, s’appuyant sur son dossier. Une fois de plus, un sourire éclatant vint étirer ses lèvres tandis que l’apprenti de Myad reprenait ses esprits. Quelques secondes s’étaient déroulées depuis qu’elle l’avait extirpé de ses rêveries. Se mordant légèrement la lèvre inférieure, Abysse fit mine de chercher ses mots. Elle avait entendu son nom quelque part. Dans un recoin de sa mémoire, elle savait qu'elle le détenait.

Oryon. Oui, c’est cela, Oryon.

- Enchantée, Messire. Abysse, artiste itinérante.

Plissant les yeux, elle empruntait un air avenant et à la fois amusé de son manque de réaction.

En matière d’engagement, on avait fait plus original, songea-t-elle

Mais déjà le jeune homme reprenait ses esprits et s'apprêtait à lui répondre.


La Vérité se cache au fond du Verre [PV] 227434116v211
Spoiler:
 


Dernière édition par Abysse Yclette le Mer 30 Mai 2012 - 18:33, édité 2 fois
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Oryon

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Oryon
Dirigeant de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Jeu 5 Avr 2012 - 0:04




    Ils étaient trente lorsque, dix jours plus tôt, ils avaient quitté Gil Ead en direction de Therinsford. Trente soldats d'âges divers, plus ou moins expérimentés, dirigés par un sage et courageux capitaine et escortés de la meilleure manière qui soit par un dragonnier et sa puissante monture. Un convoi qui ne pouvait faillir, en somme. Et si tous savaient la mission dangereuse, si tous craignaient l'assaut, tous avaient montré le même courage, la même confiance. Celle qui les avait porté de l'avant, jusqu'au combat, jusqu'aux larmes, jusqu'à la mort.

    Oryon le jeune dragonnier, l'élève de l'impératrice, et son frère d'arme Yäwé, le puissant dragon, avaient lamentablement échoué. Qui aurait put y croire ? L'annonce de leur expédition avait fuité. C'était à croire que toute la Crête avait eu vent de leur prochain passage. À Gil Ead, des têtes tomberont, les mauvaises très probablement. Marek, chef des renégats, était en personne intervenu, et ainsi avait transformé une simple victoire en un combat acharné et sanguinaire.

    Morts, sans exception. Il n'en restait pas même un pour raconter la bataille. Pas un pour témoigner du courage dont avait fait preuve le dragonnier. Et toutes ces familles qui, depuis, damnaient le noms de ce jeune homme pour avoir laissé prendre la vie de leurs enfants. Un tel fiasco ne pouvait rester secret longtemps. Déjà les histoires en saturaient les oreilles des curieux. Et déjà Oryon sentait planer sur lui ces regards qui le portaient six mois plus tôt, lorsque son dragon s'en était allé, loin, sans lui, et que doucement la vie avait perdu sa saveur. Que, lentement, il s'était vu flétrir.

    Aujourd'hui, c'était différent. Yäwé était à ses côtés, comme si rien ne pouvait arriver, mais le reptile peinait à comprendre les états d'âme des humains. Oryon et ses hommes avaient porté un coup dur à la résistance. Trente hommes ne représentaient qu'une broutille dans les rangs du Saint Empire. Les vingt soldats tombés dans les rangs adverses étaient, par contre, une lourde perte. Mais ça, personne ne s'en rappellerait. Ça, il n'y aurait pas un seul témoin pour le conter, ce qui laisserait aux commères et espions malfaisant le soin d'inventer ce que bon leurs sembleraient pour entacher l'honneur du dragonnier. Lâcheté, trahison, le doute planait chez les soldats et leurs familles comme dans le coeur du jeune homme. Car au fond, lui même ne pouvait s'empêcher d'y croire un peu. Et tout le monde avait oublié la manière avec laquelle il avait terrassé un dragon il y a peu.

    Myad s'était montrée, ces derniers jours, particulièrement occupée. La nouvelle de son échec lui était parvenue, bien sûr, et elle avait eu pour lui les mêmes paroles rassurantes que son dragon, mais son travail ne lui laissait guère de temps libre. Fatiguée, d'une humeur dévastatrice, elle semblait préoccupée... Cela n'avait pas échappé au jeune homme. Elle préparait quelque-chose, mais refusait d'en parler.

    J'ai besoin de réfléchir, avait-il dit à son dragon, en substance, avant de se rendre dans l'une des taverne de Dras Leona. Réfléchir... Ils savaient tout deux ce que cela pouvait vouloir dire. Et ce fut à contre coeur que Yâwé accorda au jeune dragonnier les quelques heures de solitude qu'il réclamait. Quelques heures à perdre, penser... Boire. Oryon avait besoin de souffler, seul. Son dragon, dont les pensées semblaient bien trop différentes, ne pouvait pas l'aider. Ce n'était pas en niant la vérité ou en insufflant en lui une vague de bien être à chaque fois qu'il penserait à cet épisode que les choses s'apaiseraient. Il devait faire face, et avait besoin de temps. Car s'il avait déjà vu des morts, ceux ci étaient les premières vies perdues dont il était directement responsable.


    Alors il se rendit en un lieu qu'il connaissait bien et où on avait depuis quelques temps déjà l'habitude de le recevoir. L'auberge en question n'était guère des plus réputée. Elle n'était pas très chic non plus, et n'était de loin pas la plus proche du palais impérial, bien au contraire. Mais l'accueil y était chaleureux et la bière fraiche. L'aubergiste ne s'épandait pas en de longues formules de politesses qui fatiguaient le dragonnier. Lui qui avait, des années durant, supporté le regard suspicieux qu'on porte aux miséreux, lui qui n'avait connu longtemps que le dédains et le dégout des honnêtes gens, ne pouvait guère ressentir que de la haine et du mépris envers tout ces gens qui, aussitôt qu'il était devenu quelqu'un, n'avaient put s'empêcher d'aligner les formules de politesse ne lui porter que de simples et vides paroles.

    Il n'était qu'un homme, après tout, en bien des points différent de ce qu'il fut il y a peu... Mais en tant de points semblable aussi. Bien sûr, ces vêtements étaient propres. La claire tunique qu'il portait se soir là ne laissait que peu de doutes sur ses finances. La bière au miel qu'il dégustait, boisson au prix élevé dont il n'aurait put profiter, même en rêve, un an plus tôt. Et l'épée qu'il portait encore à sa ceinture... Des plus simple au regard des lames de dragonnier, mais à la facture exceptionnelle comparée à celles que maniaient les soldats impériaux. Il ne pouvait se le cacher, après tout, il était devenu quelqu'un, et jouissait sans compter de la situation qui lui était offerte. Mais il gardait un souvenir nostalgique des années passées, un souvenir simple et respectueux de ce qu'il fut. Comme une promesse de ne jamais vraiment devenir un autre.

    Le groupe qui joua ce soir là n'attira guère l'attention du jeune homme. Il était bien trop occupé à ressasser, revoir et réinventer la suite d'événements qui avaient coûté la vie à chacun de ses soldats. Le nez au fond de son verre, culpabilisant de ne pouvoir d'écrire avec précision la mort de la moitié de ceux qui avaient donné leur vie en croyant pouvoir sauver celles de leurs camarades, il n'avait guère l'humeur à chanter les airs heureux et paillards que leur proposaient le groupe de fougueux ménestrels. Alors dans la salle on riait, on chantait, on tapait du pied, mais ce monde n'était pas le sien. Seul à sa table que personne n'osait rejoindre en raison de son grade, il était comme dans un bulle, isolé. Une bulle qui éclata soudain lorsque le son d'une joyeuse mélancolie parvint à ses oreilles de quart-elfe.

    Le son de la flûte s'élevait au travers de la foule bruyante, soulevait le coeur du jeune homme de sa douce et paisible mélodie. Hypnotique, apaisante, il se sentait comme rassuré par une force en bien des points semblable à celle de son dragon lorsque ce dernier usait de ses pouvoir pour calmer ses chagrins. Sauf que son dragon était absent... Et que cette flûte n'avait rien de magique... À sa connaissance.

    Levant les yeux, il découvrit le visage de la jeune femme, et celle-ci troqua le son de l'instrument pour celui de sa voie. Intrigante... Étonnante. Pensa-t'il simplement à la vue de cette parfaite créature et de son regard dont il n'osa capter l'intensité qu'une fraction de seconde. Jamais il n'avait vu de telles cristaux. Bien plus profonds que ses propres yeux qui, pourtant, étaient d'un bleu pur. Ceux de la jeune femme, de véritables gemmes incrustées à son visage, semblaient être le résultat du plus génial des orfèvres. Comme si dieu lui même s'était mêlé à la création du personnage. Ou bien peut-être avait-il simplement trop bu...

    De son spectacle le jeune homme ne rata pas un son et de chaque son il tira la substance pour en ressentir le plaisir. Le temps et la sagesse de ses tuteurs l'avait initié à l'usage de la magie et à la compréhension du monde qui l'entourait. Mais le monde magique n'était guère limité aux art martiaux, bien au contraire. La vie, la magie et la mort n'étaient qu'une infime partie de ce que ses nouveaux sens lui donnaient l'occasion de percevoir. La beauté, l'harmonie, lui parurent soudain comme tant d'autres univers dont il ne connaissait que trop peu. Mais cela avait-il vraiment un lien avec la magie ? Ces sons qu'il sentait monter et envahir son corps pouvaient-ils être ressenti par quiconque de la même manière ? Oryon n'avait pas attendu l'enseignement de ses tuteurs pour apprendre et comprendre la forêt comme nul autre. Cette jeune inconnue maitrisaient-elle une forme de magie qui lui était inconnue ?

    Après un temps qui lui sembla trop court, la musique se tût en une longue et suffocante blanche pointée. Un point d'orgue qui le ramenait au dernier soupir d'un de ses soldats tombé. La note s'éleva dans les airs et mourut à la manière d'un esprit qui s'éteint. Et lorsque ce fut fini, il ne put que souhaiter que cela puisse continuer... Mais il n'y pouvait rien. Et lorsqu'il releva les yeux, elle était en face de lui.

    Était-ce réel ?! Pensa-t'il immédiatement, incrédule à la vue de cette étrange créature. Était-ce donc son regard qui se portait sur lui ?

    - Vous me semblez bien seul, souhaiteriez-vous la compagnie d’une ménestrelle pour vous divertir ?

    Et était-ce bien à lui qu'elle s'adressait ? Était-ce bien à sa table qu'elle s'installait ! Oryon, dont l'esprit n'était encore complètement libéré de la rêverie dans laquelle la musique d'Abysse l'avait laissé sombrer, resta silencieux un moment. Le plaisir était trop grand et le rêve trop parfait pour qu'il se laisse retomber sur le plancher des vache sans tirer profit de l'étonnant état dans lequel il se trouvait. La dernière fois qu'il avait expérimenté une telle sensation, c'était avec Yäwé lorsqu'ils montèrent si haut dans le ciel que l'air sembla moins dense et que l'eau gela sur son visage. C'était lorsque, de nuit, ils observèrent les lumières de la ville loin sous leurs pieds. Lorsqu'à la suite d'un combat il s'était retrouvé mourant, mais victorieux... Lorsque le dragon avait éclôt.

    Levant les yeux à nouveau, le jeune homme devina que le regard de l'inconnue se portait sur ses mains. Instinctivement, timidement, il les joint pour en masquer les paumes. La marque argentée qui faisait état de son statut de dragonnier y était bien visible. Il en était de même pour les marques et cales que le combat à l'épée engendrait. Et on devinait à l'extrémité de ses doigts de la main droite les marque ancienne que laissaient la corde d'un arc dont on aurait trop souvent fait usage. Un art dans lequel il excellait mais qu'il avait dut délaisser au profit de techniques plus nobles. Les flèches ne pouvaient blesser ceux que la magie protège.

    - Enchantée, Messire. Abysse, artiste itinérante.

    Et voilà qu'on lui parlait comme à un vieux noble. Messire... Le jeune homme soupira doucement, but une gorgée de bière, et plongea un regard inquisiteur dans celui de la jeune femme. Ses yeux, son visage, ses cheveux, formaient un tout d'une surprenante harmonie. Était-elle belle ? Ou bien juste différente. Il était difficile d'en juger, mais Oryon voulait en savoir plus, beaucoup plus. Et son regard lui semblait comme la porte ouverte à son esprit. Un esprit neuf, jeune, qu'y trouverait-il ? C'était comme si, de ses yeux bleus, il avait souhaité envahir ses pensées. Non, ce n'était pas comme si ! Réalisant soudain ce que son subconscient s'apprêtait à faire, le dragonnier rétracta son esprit et évita que celui-ci ne force le passage d'un être dont, finalement, il ne savait rien.

    Sans que ses yeux ne quittent ceux de la jeune femme, un léger sourire s'étira sur son visage. Un sourire amusé, joueur, défiant, comme celui qu'il aimait tant porter aux inconnus. Un sourire qui ne voulait rien dire sinon "tu aimerais bien savoir pourquoi je ris". Un sourire amical, ou bien dédaigneux. À vrai dire, chacun y voyait ce qu'il voulait, et Oryon lui même n'était pas certains du sens de ce sourire qui, irrémédiablement, masquait ce qu'il ressentait vraiment.

    - Alors j'ai vraiment l'air d'un de ces stupides nobles à l'accent insupportable et aux poches bien pleines ? Demanda-t'il d'un air un peu déçu. La prochaine fois j'irais me rouler dans la boue avant de venir boire un verre... Ça m'évitera les politesses.

    À nouveau il but une mince gorgée de sa peinte, presque vide, profitant de l'instant pour observer le haut du corps de la jeune femme. Il ne manquait pas d'élégance, lui non plus, mais Oryon préféra revenir au visage pour, encore, observer ces yeux au bleu si intriguant. Le dragonnier ne craignait en rien de supporter le regard des gens, au contraire, il s'amusait du défi et baissait rarement les yeux à moins qu'il ne l'ai décidé lui même.

    - Ta musique était magnifique. Ta voix aussi. Tu as vraiment du talent. Dit-il amicalement avant de marquer une courte pause, hésiter une seconde, puis reprendre. Mais si c'est à ma bourse que tu t'intéresse, il n'y a rien pour une ménestrelle. Sinon... Bun... Je m'appelle Oryon, noble grognon et profiteur aguerri, enchanté.

    Et son sourire s'élargit un peu plus.



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Abysse Yclette


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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Jeu 5 Avr 2012 - 20:46


Il y avait quelque chose d’étrange dans ce jeune homme. Abysse ne savait pourtant en deviner la nature. Elle le sentait revenir lentement à lui, oublier ses songes pour lui répondre. C’est alors qu’elle remarqua une présence étrange, non loin de sa conscience. Enfin, elle fut surtout surprise de son absence. Elle comprit presque aussitôt. Le jeune homme avait tenté d’approcher ses pensées des siennes et elle ne l’avait vu venir. Tout à coup suspicieuse, elle l’accusa un moment de l’avoir lui-même attiré à sa table par quelques tours de magie. Après tout, l’inexplicable curiosité d’Abysse l’avait poussée à le rejoindre et à désirer faire sa connaissance. Sans pouvoir en expliquer les raisons, la jeune femme éprouvait une aversion totale pour tout ce qui touchait à la magie et de cessait de s’en méfier.

Abysse plissa les yeux. Sortant de ses rêveries, le jeune homme dissimula prestement le dos de ses mains. Son attention fut alors attirée par un détail qu’elle n’avait jusque-là pas remarqué, au dos de sa main droite luisait faiblement une marque. Elle suintait la magie par tous les pores. La faible énergie qu’elle diluait lui rappelait les propres lignes qui parcouraient son corps, vestige d’un enchantement ancien. La jeune femme se maudit de n’avoir remarqué cette tâche luisante plus tôt, c’était pourtant si évident. Il s’agissait de la marque d’argent des dragonniers. Elle l’avait vu luire sur la peau sombre de Djenka. Oryon, l’apprenti de Myad, était dragonniers. Tous le savaient et ce détail ne faisait que confirmer l’identité du jeune homme.

Lentement, le regard d’Abysse dériva ensuite sur la lame qui pendait mollement à son côté. Bien que relativement sobre, la garde était joliment ouvragée. Il s’agissait non pas d’une arme d’apparat mais d’une épée de combat et qui de toute évidence avait déjà bien servi à en juger par les formes imprimées dans le cuir de la poignée. C’était une épée de bonne facture que peu de soldats pouvaient s’offrir. Abysse elle-même n’avait pas la chance de posséder aussi bonne lame. Et puis, bien que n’étant guère partisane des combats, la jeune femme savait se débrouiller pour éliminer ceux qui l’importunaient sans l’aide d’une quelconque arme. Lâchant ses yeux de l’épée, Abysse reposa un regard attentif au jeune homme. Ce dernier paraissait soudain d’une humeur relativement maussade.

- Alors j'ai vraiment l'air d'un de ces stupides nobles à l'accent insupportable et aux poches bien pleines ? La prochaine fois j'irais me rouler dans la boue avant de venir boire un verre... Ça m'évitera les politesses.

La remarque du jeune homme lui arracha un sourire. Ainsi, il l’autorisait à se permettre quelques familiarités. Oh il ne savait pas ce dans quoi il s’était engagé. Une étincelle farouche brillait dans le regard d’Oryon tandis que les lèvres d’Abysse s’étiraient en un sourire empli d’ironie.

- Pour cela il vous aurait fallu aussi vous défaire de votre épée. Des hommes ainsi armés, ça ne cours pas tant les rues.

Son regard scrutateur se perdit un instant dans l’azur de celui de son interlocuteur. Assurément, l’éclat pâle de ses yeux contrastait avec le hâle de sa peau et ses cheveux sombres. Il était jeune, fringant et ne manquait pas de charme. Et il savait en user, à voir dont il jouait de mimiques à la fois amusées et défiantes.

- Excusez mes manières mais l’on m’a aiguillonnée les côtes pour moins que ça, ainsi je préfère me montrer relativement aimable.

Sarcastique au possible, ses propos ne reflétaient pas l’ombre d’une vérité et Oryon devait le savoir. Abysse, cependant, empruntait avec conviction un air réellement désolé. Bien décidée de jouer avec l’amertume momentanée de son interlocuteur, Abysse s’amusait à vouloir le déstabiliser. Alors qu’elle gardait son regard fixement posé sur le jeune homme, elle perçut un mouvement à sa droite. Un serveur arrivait. Son visage aimable et avenant était constellé de taches de rousseur. Il était jeune mais démontrait d’une remarquable agilité. Il posa la chope devant Abysse et introduit habilement la pièce qu’elle lui offrit dans son tablier. Il s’éclipsa rapidement et la jeune femme eu tout juste le temps de le remercier d’un sourire.

- Ta musique était magnifique. Ta voix aussi. Tu as vraiment du talent. Il marqua une pause, hésitant. Mais si c'est à ma bourse que tu t'intéresses, il n'y a rien pour une ménestrelle. Sinon... Bun... Je m'appelle Oryon, noble grognon et profiteur aguerri, enchanté.

Abysse porta la chope pleine à ses lèvres pour dissimuler le sourire qui y naissait. Elle avala une brève gorgée. L’amertume de la bière coula lentement dans sa gorge. Elle passa sa langue rapidement sur ses lèvres humides. La jeune femme reporta son attention sur Oryon. Elle murmura un vague remerciement pour les compliments qu’il venait de lui apporter. Ainsi, il s’était octroyé le droit de la tutoyer. Ne s’attachant guère aux formules polies, la jeune femme n’y voyait guère de mal. Avec une pointe de défi, toutefois, elle décida de continuer à le vouvoyer. C’était également une manière pour elle de marquer la nette différence qui les séparait. Abysse haussa un sourcil et lui décocha un nouveau sourire. Ce dernier était clairement provocateur.

- Allons bon, je ne suis pas autant désespérée que vous le croyez. Je tenais simplement à trouver bonne compagnie pour entamer cette soirée. Nouveau sourire carnassier. En revanche, plutôt que de défendre votre bourse, apprenez-moi comment vous vous y êtes pris, pour vous élever aussi vite et bien dans la société.

Il n’était un secret pour personne l’ascension formidable du jeune apprenti de l’Impératrice. Issu d’un milieu modeste, c’était crevant presque la misère qu’il avait rejoint les rangs de l’Empire. Quelques années plus tôt, la guerre faisait rage entre le Surda et l’Empire. Oryon brilla par son âpreté au combat et sa rage de vivre. L’impératrice s’était intéressée à lui peu après et en avait fait son apprenti avant qu’il ne soit choisi pour devenir dragonnier. En soi, l’ascension précoce du jeune homme avait participé à forger un rêve pour tous les enfants miséreux de l’Empire. Eux aussi rêvaient un jour de s’élever en rejoignant les rangs de l’Empire.

Les lèvres du jeune homme s’étiraient en un sourire chaleureux alors qu’il achevait de se présenter. Abysse lui rendit son sourire visiblement amusée par l’autodérision dont il faisait preuve. Bien que rapidement hissé au sommet de l’Empire, il avait su conserver une certaine discrétion et humilité si l’on se fiait aux rumeurs. Cela, c’était sans compter les derniers mois qui avaient suivi la fin de la guerre contre les dragons. Les bruits qui courraient à son propos se faisaient alors moins élogieux, plus sombres. Il est des images de carnages que la mémoire n’efface jamais vraiment. Abysse aussi avait été hantée par les morts.

L'ignorance a ses avantages.

Balayant ces dernières pensées d’un geste désinvolte, la jeune femme replaça une mèche de cheveux derrière une oreille. Se sentant d’humeur massacrante, Abysse était bien décidée à soutirer quelques secrets à ce fringant jeune homme.

- Hé bien Oryon, buvons à cette soirée qui commence admirablement bien !

Et elle porta la chope à ses lèvres sans le lâcher du regard.


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Oryon

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Oryon
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Ven 6 Avr 2012 - 10:52




    Sur l'estrade, un homme était passé récupérer la chaise. Il n'y aurait plus de musique ce soir. Derrière Oryon, un groupe de gens sous se levaient et s'apprêtaient à partir bruyemment. Un peu plus loin, deux jeunes hommes riaient à l'échange de quelques ragots et histoires de mauvais goût. Au comptoir, un autre client s'apprêtait à partir, et Oryon ne put s'empêcher, un instant, de détourner le regard en sa direction. Il venait de tirer la bourse de son voisin à l'oeil et à la barbe de toute la clientèle. Personne ne l'avait remarqué. Ou plutôt personne ne disait rien. D'un pas rapide, on devinait son coeur haletant, l'individu s'en alla vers la porte. Son regard balayait la salle d'un air inquiet et, un court instant, il capta l'oeil du dragonnier. L'homme, pauvre, risquait la mort à tout instant...

    L'année semblait s'être écoulée si vite. Un an pour grandir, pour tout changer, une année pour sortir de la misère tandis que beaucoup d'autres vivaient encore du vol et de la peur. C'était injuste, pensa-t'il, mais il n'y pouvait rien. Pas même distribuer l'argent de l'empire aux pauvre ne pourrait régler la question. Pas même abandonner l'épée pour aider les pauvres gens. Peut-être si la paix venait à régner... Peut-être si son combat finissait par aboutir...

    Il voyait tout, ou presque. Du détail au cheval fou, du voleur au simple badaud. Lui qui n'avait ni l'esprit ni la mémoire pour en assimiler chaque détail s'épuisait à trier tant d'informations. Fatiguant... Les pouvoirs du dragon et l'entraînement qu'il avait reçu lui avaient ouvert les porte d'un nouveau monde. Un monde de savoirs, de sens et de lumières. Par le passé, déjà, à la chasse notamment, ses talents d'observateurs lui avaient été d'une toute particulière aide. Bien souvent ils lui avaient sauvé la vie. Aujourd'hui, il buvait pour faire taire cette part de lui. Buvait pour redevenir, un temps, le minable qu'il avait été et que, sans doute, il serait toujours, pour faire taire ce sixième sens qui l'épuisait.

    De retour à l'inconnue, Oryon s'amusa de voir son regard le scruter attentivement. Les deux jeunes gens s'observaient, se découvraient, et si le dragonnier comprenait que son oeil puisse être intrigué par une si particulière créature, il peinait à deviner en quoi sa personne pouvait être d'un quelconque intérêt à cette étrangère.

    - Pour cela il vous aurait fallu aussi vous défaire de votre épée. Des hommes ainsi armés, ça ne cours pas tant les rues.

    Le jeune homme esquissa une petite moue et haussa les épaules en guise de réponse. Son dragon, déjà, n'appréciait guère le voir se promener seul. Mais sans arme, c'est Myad qui lui serait tombé dessus. Il pouvait se tartiner de boue à souhait, personne ne lui en voudrait, mais sortir sans protection était hors de question. Myad s'était montrée très claire. Des gens cherchaient à la tuer, et à défaut d'y parvenir, Oryon deviendrait leur nouvelle cible. Un moyen détourné d'atteindre l'impératrice, une vie ôtée qui suffirait à lui faire baisser sa garde. Ces gens étaient prêts à tout.

    - Excusez mes manières mais l’on m’a aiguillonnée les côtes pour moins que ça, ainsi je préfère me montrer relativement aimable.

    Le dragonnier sourit à l'insinuation d'un passé douteux. Avait-elle jamais vécu d'autres manière qu'en chantant ? Il est vrai que, souvent, les troubadours étaient sujet de méfiances, préjugés et rumeurs. Mais le ton de sa voix était ironique. Alors comment savoir ? Il ne pouvait pas. Peut-être plus tard. Cela avait peu d'importance, mais cette femme l'intriguait.

    - Allons bon, je ne suis pas autant désespérée que vous le croyez. Je tenais simplement à trouver bonne compagnie pour entamer cette soirée. En revanche, plutôt que de défendre votre bourse, apprenez-moi comment vous vous y êtes pris, pour vous élever aussi vite et bien dans la société.

    Elle souriait, et Oryon ne put s'empêcher d'élargir un peu plus celui qui marquait son visage. Un grand et large sourire, sourire de joie qui masquait avec peine le doute qui le hantait. Il n'était qu'une façade décrépie, arrachée pour moitié, qui d'une couleur vive ne pouvait complètement masquer le terne de ses réflexions profondes. Son avenir ne l'inquiétait en rien, seul son passé lui semblait lourd.

    Au derniers mots de la jeune femme, néanmoins, il ne put masquer sa surprise et rit doucement. Il n'était pas du genre à exploser de joie de toute façon. Même ses retrouvailles avec Yäwé n'avaient été le moment de joie qu'il avait espéré. Le destin s'était assuré de ne lui laisser trop de bonheur auquel s'accrocher. À croire que sa vie n'était qu'une succession de chance et de tragédies. Mais y avait-il seulement des gens dont la vie était différentes.

    - Alors ça... Ce n'est pas une question facile. Avoua-t'il, encore surpris, avant de plonger dans ce qui semblait être une intense reflexion. Il n'y avait aucune bonne réponse à une telle question. Il n'avait rien fait pour en arriver là. Alors que dire ? Quelques secondes durant il plongea son regard en direction de sa peinte, quasiment vide, et son sourire s'effaça. De la moussa... Pensait-il. Et un petit condensât de miel. Le fond du verre, là où le sucre tombait, était toujours le plus exquis des plaisirs. Mais cela ne l'aidait pas vraiment à trouvait une réponse. Alors il bu de bon coeur, cul-sec, avant de relever les yeux pour plonger dans ceux d'Abysse.

    Impatiente, amusée, elle l'observait. Et Oryon, à la simple vue de son visage curieux, ne put s'empêcher d'éclater de rire, manquant de peu de recracher ce qu'il venait tout juste d'avaler.

    - Ha ! Désolé. Je pensais à autre chose. Dit-il, amusé de sa propre inattention. Hmmm... Disons. Il réfléchit à nouveau, sans quitter Abysse des yeux, cette fois, et répliqua assez rapidement. Disons que la vie a inventé n'importe quoi pour se débarrasser de moi. Mais que la mort s'est montrée encore plus créative pour ne pas m'accueillir.

    Cela ne voulait pas dire grand chose, pensa-t'il. Mais la question avait-elle vraiment un sens ? Il n'avait jamais rien fait pour en arriver là. Survivre ? Suivre un Ombre ? Tomber d'un dragon en plein vol pour survivre miraculeusement ? Trouver un oeuf de dragon... Il avait été chanceux, voilà tout. Ce genre de questions n'avait pas lieux d'être.

    - Hé bien Oryon, buvons à cette soirée qui commence admirablement bien !
    - Oui ! Répliqua-t'il sans attendre en saisissant sa chope, tout sourire, avant de réaliser qu'elle était vide. Déception... Il fronça les sourcils exagérément alors qu'Abysse fixait son regard avec insistance. Ha mais non, ça ne va pas le faire comme ça !

    Il se tourna en direction du comptoir et y observa le tavernier qui s'y affairait. Le pauvre homme, inondé de commandes, n'avait pas un regard pour le dragonnier. Alors, après quelques secondes d'une attente qui lui sembla déjà trop longue, le jeune homme murmura un mot en ancien langage. Un mot qui voulait dire "Regarde moi". Mais Abysse, quand bien même elle l'aurait discerné dans le bruit ambiant, ne pouvait savoir de quoi il s'agissait. Oryon l'espérait en tout cas.

    Un geste de la main et le tavernier apporta une nouvelle peinte de bière au miel. Je vous la met sur vot' compte Dit-il avant de repartir aussitôt.

    Voilà un défi à la hauteur de mon estomac, pensa le jeune homme en se demandant s'il n'aurait pas mieux fait de commander quelques-chose de plus... Petit. L'effet de l'autre bière se faisait déjà sentir. Un second demi-litre de cette boisson et... Bof. Tant pis.

    Souriant, il leva la peinte et fixa le regard de la belle créature qui lui faisait face. Mais si ce n'était pas l'argent qui la motivait, que faisait-elle là ? Se dit-il, bien conscient que, de part son statut, il ne pouvait plus faire une confiance aveugle aux gens qui l'abordaient.

    - Santé ! Dit-il, un sourire au lèvres, avant de les plonger dans la blanche mousse de sa bière d'ambre, d'en boire quelques goulues gorger, et de reposer la chope en expirant bruyamment.

    - Ma vie n'intéresse que les commères, tu sais. Ils racontent n'importe quoi parce que la vérité n'intéresserait personne. Mais toi. Il haussa les sourcils, amusé, l'oeil brillant. Toi... Si tu me disais d'où tu venais. Tu n'as pas l'air d'ici... Alors d'où viens-tu ? Et pourquoi tu es venu traîner dans un pays en proie à la guerre depuis des générations ? Il se tut une seconde et, avant même qu'elle ait eu le temps de répondre, ajouta.
    Et comment as-tu appris à jouer de la flute ?



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Abysse Yclette


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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Ven 6 Avr 2012 - 11:51


La première question d'Abysse n'en était pas réellement une, Elle l'avait lancé, rapidement, afin de changer le cours de la discussion. Elle ne tenait pas à ce que le sujet en vienne sur ses propres motivations et avait préféré interroger Oryon sur son incroyable ascension. Pensant que ce dernier éviterait soigneusement de construire une réponse, Abysse fut surprise de le voir se plonger dans ses pensées. Il contemplait son verre presque vide d'un œil morne. Nul doute que la jeune femme avait su éveiller quelques mauvais souvenirs. Les fantômes du passé avaient la fâcheuse manie de se manifester lorsque nous nous y attendions le moins. Abysse songea un instant à tout ce qu'elle avait décidé d'oublier et d'enfermer dans un recoin de sa formidable mémoire. Ses précepteurs avaient eu la sagesse de lui apprendre à faire taire les cauchemars du passé.

Alors ça... Ce n'est pas une question facile, concéda le jeune homme.

Elle acquiesça, silencieuse, Abysse ne tenait pas à interrompre la soudaine mélancolie qui l'avait emporté. Au terme de quelques secondes de réflexion, Oryon releva finalement la tête, plongea son regard dans le sien, s'y perdit un instant et formula enfin ce qui ressemblait à une réponse.

- Hum disons que la vie a inventé n'importe quoi pour se débarrasser de moi. Mais que la mort s'est montrée encore plus créative pour ne pas m'accueillir.

Abysse haussa les épaules, un sourire énigmatique sur les lèvres. Elle devinait que trop bien où il voulait en venir. Souvent, alors qu'elle réchappait miraculeusement à quelques désastres, une question revenait sans cesse. Pourquoi moi ? Et puis, avec le temps, elle avait laissé ses remords et ses peurs derrière elle. Pourquoi pas moi ?

Cherchant à oublier la soudaine léthargie qui l'envahissait, Abysse invita le jeune homme à boire avec elle. Il fut si prompt à porter le verre à ses lèvres qu'il en oublia presque qu'il était vide. La jeune femme lui tira un sourire narquois et le défia du regard. Aussitôt, Oryon voulut commander un nouveau verre. Hélas, le tavernier semblait débordait et n'accordait guère son attention au jeune dragonnier. Abysse n'esquissa pas un seul geste pour l'attirer à leur table. Curieuse, elle souhaitait voir comment le jeune homme s'en sortirait. Il devait sans doute être habitué à se qu'on lui obéisse rapidement.

Abysse ne s'attendait pourtant pas à une telle réaction de sa part. Oryon quêta un moment le regard du tavernier avant d'user d'un artifice dont la jeune femme ne comprenait pas la réelle nature. Il prononça tout bas quelques mots, intelligibles et inconnus aux oreilles de la jeune femme. Elle reconnu pourtant le ton qu'avait utilisé Djenka dans le désert pour soigner les plaies de Dark. Imperceptible, la jeune femme crut deviner un flux léger d'énergie autour d'Oryon. Il usait de la magie. Abysse ignorait toutefois dans quel but et ne put éprouver qu'une méfiance nouvelle. Cet homme pouvait être terriblement dangereux. La jeune femme caressa inconsciemment le manche de son poignard, habilement glissé sous son pourpoint. Elle espérait qu'elle n'en aurait pas recours.

Abandonnant sa nouvelle méfiance, Abysse regarda le tavernier s'approcher d'un pas alerte et s'enquit de la commande d'Oryon, ignorant les autres clients. La jeune femme plissa les yeux mais conserva son mutisme. Oryon fut servi et porta aussitôt le verre à ses lèvres. Il avala de longues rasades et Abysse ne chercha pas à dissimuler son amusement. Il posa un nouveau regard sur elle, Il brillait d'une lueur farouche, presque défiante. Abysse le lui rendit. Ses yeux ne le quittèrent pas une seconde. Forcée de reconnaître sa beauté, la jeune femme devinait cependant une grâce qui n'avait rien d'humaine. Un instant, elle songea qu'il pouvait posséder du sang elfique. Parfois, les elfes mettaient leur mépris de côté et se mêlaient aux humains. Il s'agissait là de faits rares mais bien réels. Si tel était le cas pour les origines d'Oryon, alors elle devait remonter loin puisque ses oreilles n'évoquait en rien celles des elfes.

Ma vie n'intéresse que les commères, tu sais. Ils racontent n'importe quoi parce que la vérité n'intéresserait personne. Mais toi. Il haussa les sourcils, amusé, l'oeil brillant. Toi... Si tu me disais d'où tu venais. Tu n'as pas l'air d'ici... Alors d'où viens-tu ? Et pourquoi tu es venu traîner dans un pays en proie à la guerre depuis des générations ? Il marqua une pause, trop brève qu'Abysse ait le temps de répondre. Et comment as-tu appris à jouer de la flute ? 

- Beaucoup de questions, et peu de réponses à offrir, répondit-elle du tac-au-tac avec un sourire indéchiffrable.

Il s'agissait de la réplique habituelle de ses précepteurs lorsque la jeune femme posait trop de questions à la fois. Elle avait pourtant fini par apprendre que chaque réponse arrivait en son temps. Ainsi, elle s'amusa à conserver le silence. Son regard quitta celui d'Oryon pour s'aventurer dans la salle. Beaucoup de clients étaient partis mais d'autres les avaient remplacés. Un instant, Abysse songea à son véritable passé. Elle ne pouvait guère en toucher mot à cet inconnu. Alors elle finit par se plonger dans l'invention d'un mensonge convaincant.

- J'ai appris enfant. Il est toujours agréable qu'une jeune fille apprenne la musique et les lettres. Mais j'ai développé un réel talent et l'on a fait venir les maîtres les plus doués pour m'enseigner la musique. Ils disaient que je possédais l'Oreille parfaite, elle marqua une pause et darda un regard brûlant sur le jeune homme, une oreille capable de percevoir le moindre mot murmuré dans un souffle.

Elle s'était exprimée d'une voix blanche, dénuée de toute expression comme intensément plongée dans ses souvenirs. Ses derniers mots, en revanche, avaient été formulé en une parodie d'accusation. Elle avait senti Oryon user de magie et ne s'en cachait pas. Non pas qu'elle voulait lui instiller un soupçon de méfiance, au contraire, elle souhaitait épaissir le mystère sur sa réelle identité. Dédaignant jusque là les premières questions d'Oryon, la jeune femme se décida d'y répondre. Elle garda son regard perdu au loin, évitant soigneusement celui du dragonnier. Elle emprunta une moue légèrement nostalgique pendant qu'elle tissait son mensonge.

- Je suis originaire de la petite noblesse Surdienne. Mon père était maître d'arme, ma mère femme de compagnie. La Dame de maison s'était entichée de moi, petite enfant née albinos. En soi, cela peut représenter une tare mais pour elle j'étais simplement un objet original, un accessoire intéressant. Elle voulut m'apprendre ce que devait savoir une dame de haute naissance et comme je te l'ai confié, je me révélais surtout douée pour la musique.


Elle soupira, marquant une pause. Abysse n'aimait pas parler d'elle, même lorsqu'il s'agissait de purs mensonges. Elle posa un instant son regard sur le jeune homme, à l'affut de ses réactions. Se montrant évasive mais relativement convaincante, Abysse ne doutait pas une seconde qu'il la croyait. Elle repris sur un ton plus dur, comme si évoquer ses souvenirs lui provoquait une quelconque douleur.

- Mais ce que j'aimais, c'était prendre les armes et m'entraîner auprès de mon père. Tout le reste me paraissait futile. Je voulais me battre. Et le destin m'a réservé mon lot de combats. Le Surda s'est trouvé vite menacé et la guerre a éclaté. La maison noble où nous vivions a été ravagée, ma mère y perdit la vie et mon père un bras. Il ne pouvait plus se battre et mourut rapidement de ses blessures. Eprise d'un désir de vengeance, je me suis engagée dans cette guerre, moi qui n'avait combattu qu'avec des épées de bois. Je ne sais par quel miracle je suis restée en vie. Abysse marqua une nouvelle pause, légèrement hésitante. Alors qu'un clairon sonnait la fin de la bataille, je m'éveillai couchée auprès des cadavres de mes compagnons d'armes, maculée de sang et de boue. Je ne me souviens même plus des hommes que j'ai tué, ni même comment je les ai tué. Ce que je savais, c'est que j'avais voulu mourir et que j'étais vivante.

Abysse haussa les épaules, chassant ces mauvaises images d'un geste de la main. L'espace d'un instant, elle semblait réellement touchée. A présent, elle affichait une indifférence totale. Elle marquait une distance nette en ces souvenirs factices et l'instant présent.

- J'ai erré un moment avant de comprendre pourquoi j'avais été épargnée et dans quel but. J'ai repris la musique et suis devenue ménestrelle, ne trouvant rien de mieux pour vivre de mes talents. Ce qui explique donc ma présence ici.

Cette fois-ci, son regard brillait d'une lueur farouche. Elle s'autorisa un sourire où l'on sentait percer l'ironie avant de poser ses yeux sur Oryon.

Et pour répondre à votre première question, je m'intéresse à vous pour trouver la vérité dans ces rumeurs qui vous concernent. Je cherche la prospérité à travers une chanson qui traversera les peuples et les époques. Quoi de plus intéressant que l'apprenti miraculé de l'Impératrice ?

Et son ton était d'une ironie mordante. Oryon la croirait-il ? Elle dévoila ses dents immaculées en un sourire radieux avant de porter la chope à ses lèvres. Cette fois-ci l'alcool lui parut plus amer. Elle grimaça puis reposa son verre calmement.

- Ceci répond-il à vos questions ?


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Oryon

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Oryon
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Ven 6 Avr 2012 - 23:19




    Son corps, ses cheveux, étaient d'un clair semblable à celui de la lune. Son regard un abime dans lequel le dragonnier mourrait d'envie de sombrer à corps perdu. Elle était de celles qu'on ne peut oublier, de celles qu'on ne peut rencontrer que par miracle, celles dont la présence vous paralyse avec d'avantage de force qu'aucun sortilège.

    Qu'il l'aime, rien n'était moins sûr. Oryon avait déjà connu l'amour, mais le coup de foudre lui était inconnu. Il soutenait son regard et sentait son coeur s'enfler. Elle lui faisait face et il aurait souhaité figer le temps. Le sentiment était étrange, mais ce n'était pas de l'amour. Peut-être pas. Il n'en savait rien. Qui pouvait prétendre comprendre de toute façon.

    - J'ai appris enfant. Il est toujours agréable qu'une jeune fille apprenne la musique et les lettres. Mais j'ai développé un réel talent et l'on a fait venir les maîtres les plus doués pour m'enseigner la musique. Ils disaient que je possédais l'Oreille parfaite

    À sa grande surprise et joie, le jeune homme constata qu'elle se livrait à lui avec une aisance déconcertante. Chose bien étrange, pensa-t'il, qu'une troubadour concède à se livrer ainsi. Peut-être n'en voulait-elle pas à sa bourse finalement. Ou bien mentait-elle avec grand talent. Possible, il ne put y réfléchir d'avantage tant le regard qu'elle lui jeta annihila le chemin de ses raisonnement. Ces yeux bleus, devenus glace, et le ton de sa voie, le foudroyèrent d'un inquisiteur reproche. Cette femme, qui qu'elle soit, maniait les traits de son village avec une étonnante et rarissime adresse. Un pouvoir qui ne pouvait être sous-estimé. une oreille capable de percevoir le moindre mot murmuré dans un souffle.

    Loin de se sentir coupable d'un moindre délit, le jeune homme sourit d'un air fier et fronça les sourcils en réponse au regard réprobateur qu'elle lui avait adressé. Un mage aux strictes moeurs l'aurait sans doute réprimandé pour son petit tour, mais le dragonnier n'était guère du genre à écouter leurs sermons de toute façon. La véritable question était de savoir à quel point cette jeune femme pratiquait la magie et surtout pourquoi avait-il sentit son esprit rôder auprès du siens lorsqu'il avait lancé son sortilège. Talentueuse, ouverte au monde qui l'entourait, cachotière simplement, la prudence était de mise.

    - Je suis originaire de la petite noblesse Surdienne. Le pays du roi fou, pensa le jeune homme. Mon père était maître d'arme, ma mère femme de compagnie. Et le dragonnier prit note pour lui même de ne pas laisser à cette inconnue le loisir de sortir la lame qu'elle portait... Même pour s'amuser. La Dame de maison s'était entichée de moi, petite enfant née albinos. Et sur ce dernier terme il ne put retenir sa surprise. Elle n'était pas albinos, pensa-t'il. Les albinos ont les yeux rouges. Alors quoi... Il demanderait plus tard. Elle ne lui avait laissé le moindre instant pour réagir. En soi, cela peut représenter une tare mais pour elle j'étais simplement un objet original, un accessoire intéressant. Elle voulut m'apprendre ce que devait savoir une dame de haute naissance et comme je te l'ai confié, je me révélais surtout douée pour la musique.

    - Très. Dit-il doucement. Très douées. En plus d'être belle, hésita-t'il à ajouter avant qu'une instinctive et puissante timidité ne l'en empêche.

    - Mais ce que j'aimais, c'était prendre les armes et m'entraîner auprès de mon père. Tout le reste me paraissait futile. Je voulais me battre. Et le destin m'a réservé mon lot de combats. Le sourire sur ses lèvres s'en était allé et ne tarderait pas à emporter celui du jeune homme avec lui. Avec un temps de retard sur elle, il sentait son coeur s'alourdir, son âme s'en aller un peu plus loin. Elle se livrait à lui sans retenue aucune. Bien sûr, cela aurait dût lui mettre la puce à l'oreille. Mais la suite de son histoire le tira loin, loin, vers un fond de souvenirs qu'il n'aurait souhaité voir ressurgir. Empathie, on pouvait y croire, mais il n'en était rien. Cette douleur était la sienne et la sienne uniquement. Ce qu'elle comptait, il l'avait traversé. Ce mensonge... Était sa vie.

    Le Surda s'est trouvé vite menacé et la guerre a éclaté. Les armées en marches, les levées de mercenaires, la peur de se retrouver embrigader et la haine qui corrompait les gens. La maison noble où nous vivions a été ravagée, ma mère y perdit la vie et mon père un bras. Il ne pouvait plus se battre et mourut rapidement de ses blessures. La fumée et le sang. Les maisons de paille et les corps qu'on enterrait. Les pleurs de leurs familles. Eprise d'un désir de vengeance, Douce vengeance qui vous rend fou je me suis engagée dans cette guerre, Celle qui vous tue moi qui n'avait combattu qu'avec des épées de bois. Je ne sais par quel miracle je suis restée en vie.

    La jeune femme se tut mais le dragonnier n'y tint aucune attention. Ses paroles n'étaient plus pour lui que le guide de ses pensées perdues, le guide de ces douleurs qui jaillissaient devant ses yeux, au devant de la table qu'il fixait désormais pour ne plus avoir à supporter l'intensité de ceux de l'inconnue.

    Alors qu'un clairon sonnait la fin de la bataille Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent et soudain il lui sembla entendre ce clairon à nouveau. Victoire... Il était au sol , je m'éveillai couchée au milieu d'une armée de morts , auprès des cadavres de mes compagnons d'armes, mourant , maculée de sang et de boue. Je ne me souviens même plus des hommes que j'ai tué, ni même comment je les ai tué. Ce que je savais, c'est que j'avais voulu mourir et que j'étais vivante.,

    Le jeune homme était immobile. Le visage baissé, il souffrait, mais n'en laissait rien paraître. Muet, il ne pouvait rien ajouter à ce qui se déroulait devant ses yeux. Cette histoire, ce compte, venait de frapper le guerrier avec plus de justesse qu'un mot haineux. Cette flèche, lancée en l'air par Abysse avec innocence, venait de se ficher dans son coeur... Par le plus injuste des hasards.

    - J'ai erré un moment avant de comprendre pourquoi j'avais été épargnée et dans quel but. J'ai repris la musique et suis devenue ménestrelle, ne trouvant rien de mieux pour vivre de mes talents. Ce qui explique donc ma présence ici.

    Doucement, le dragonnier releva la tête et observa la blanche demoiselle alors qu'elle terminait sur une note positive. On ne pouvait deviner, extérieurement, tout ce qui avait traversé son esprit. On ne pouvait deviner à quel point la jeune femme venait de raconter avec justesse l'une de ses propres expérience les plus douloureuses. Mais il ne souriait plus... Ce qui, pour lui, voulait dire beaucoup.

    Il ne souriait plus et, doucement, le rictus revint, s'élargissant. Comme ça... Comme ça. Sourire quant même, pour ne pas paraître faible.

    - Et pour répondre à votre première question, je m'intéresse à vous pour trouver la vérité dans ces rumeurs qui vous concernent. Je cherche la prospérité à travers une chanson qui traversera les peuples et les époques. Quoi de plus intéressant que l'apprenti miraculé de l'Impératrice ? Ceci répond-il à vos questions ?

    Elle souriait encore. Une si grande joie... Comment cela se pouvait-il après ce qu'elle venait de raconter ? N'avait-elle donc pas ces mêmes fantômes ? Le jeune homme doutait. Comment pouvait-elle avoir oublié ? La musique, peut-être, l'avait-elle sauvée. Lui, il avait eu Yäwé, mais contrairement à elle, cela n'avait en rien mit un terme à guerrière éxistence.

    - N'importe quoi d'autre. Dit-il sèchement. La vérité n'est pas plus belle que leurs mensonges et ne mérite pas de prospérer.

    Le jeune homme parlait sans violence, mais avec un sérieux qui, comparé à son air d'il y a quelques secondes, semblaient glaciales. On aurait dit un autre homme, un homme plus triste qui, observant la jeune femme avec attention, englouti plusieurs gorgées de sa bière avant de continuer sur un ton plus touchant encore.

    - Je ne les ai pas oubliés. Sa gorge était serrée, comme un signal qui l'invitait à n'en dire plus, mais il voulait continuer. On ne peut pas les oublier. Tout va si vite... On les voit à peine, mais le visage de ceux qu'on a vu ne disparait jamais. Les cris de ceux qu'on a pu voir non plus.

    Il commençait à douter de ce que l'inconnue venait d'affirmer. La question était désormais de savoir jusqu'à quel point elle avait enjolivé l'histoire. Peut-être avait-elle fuit, pensa-t'il, et préférait mentir que d'avouer son déshonneur.

    - Désolé, ce n'est pas un sujet de conversation très agréable. Dit-il en étirant sous ses yeux tristes un sourire franc. Donc tu savais depuis le début qui j'étais... Il marqua une courte pause et repris un ton plus bas. Il n'y a rien à chanter sur moi. Vaudrait mieux chanter les belles choses plutôt que les horreurs. Les dragons sont des merveilles... Toutes les races s'y accordent. Mais il n'y a qu'une raison pour cela: La peur. Il n'y a que les dragonniers pour voir en ces créature ce qui les rend vraiment sublimes. Il n'y a pas que la puissance ou la cruauté... Si tu veux chanter, trouve les mots pour raconter leur vraie beauté, tu te trouveras digne des elfes et de leur poésie.

    Il éleva sa chope et y but quelques nouvelles gorgées. Un sourire apaisé aux lèvres, le douloureux souvenir qu'elle avait éveillé en lui semblait s'en être allé à l'endroit d'où jamais il n'aurait dût sortir. Et il put aborder le sujet qui lui mordait les lèvres.

    - Tu es une personne d'exception. Et si ce que tu dis es vrai, cela peut expliquer ce que... Il cherchait ses mots. Tu as déjà essayé de faire de la magie ? Je veux dire... De la vraie magie, pas celle que font les ménestrels. Tout à l'heure, quand j'ai attiré l'attention de l'aubergiste, j'ai senti ton esprit. Cela ne veut pas dire que tu saurais utiliser la magie. N'importe qui peut contrôler son esprit... Mais c'est plus naturel chez certaines personnes que chez d'autres. Et peut-être que toi...

    Il hésita un moment, afficha un plus large sourire et ajouta avec entrain. Tu veux essayer ?

    Après un court instant à chercher quelque-chose du regard, il s'abaissa pour ramasser une brindille qui trainait au sol et la présenta à la jeune femme. Elle était suffisamment sèche pour rendre l'exercice facile. Un des premier sort qu'on apprend, c'est pour faire du feu. Comme il ne s'agit que d'énergie pure, ou presque, c'est l'un des plus simples... Le mot c'est... Brisingr.

    Et de l'extrémité de la brindille naquit une timide flamme. Oryon avait les moyen de faire bien mieux, bien sûr, mais le but n'était pas de réduire la brindille en poussières. Aussi s'empressa-t'il de l'éteindre avant de la poser au devant de la jeune femme pour qu'elle tente par elle même.

    - Tu la prend en main, tu focalise tes pensées sur le bout de la brindille. Tu te convainc de la possibilité d'y mettre feu, et tu dit "Brisingr"



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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Dim 8 Avr 2012 - 22:51


Oryon l’écoutait en silence. Abysse, quant à elle, observait attentivement le jeune homme tandis qu’elle brodait avec habileté son mensonge. Elle vit pourtant naître en lui davantage d’empathie qu’elle ne l’avait imaginé. Se basant sur les connaissances qu’elle avait du passé d’Oryon, elle avait décidé d’inventer le sien en écho. La jeune femme y voyait avant tout l’occasion de tisser une proximité factice. Elle n’avait pourtant imaginé susciter autant d’émotions douloureuses chez lui. L’alcool devait sans doute rendre ses chimères du passé encore plus terribles. En d’autres circonstances, Abysse aurait pu trouver un plaisir pervers à créer autant d’émotions chez son interlocuteur. Seulement, cette fois-ci, elle ne tirait aucune satisfaction à lire la détresse du jeune homme. Il refoulait tant bien que mal les images qui l’assaillaient, ressuscitées par les paroles d’Abysse.

Le silence retomba entre les deux jeunes gens. Abysse se mordit légèrement la lèvre inférieure, ne dissimulant pas la gêne qui l’envahissait. Ses doigts effleuraient machinalement les aspérités de sa chope et en suivait les profonds sillons. La jeune femme s’était montrée inconsciemment cruelle. Et, pour la première depuis bien des années, elle en éprouvait un profond remord. S’était-elle réellement prise d’affection pour ce jeune homme qu’elle n’avait jamais croisé auparavant ? Un instant, Abysse se surprit à vouloir le rassurer, démentir son passé inventer et même lui révéler sa véritable identité. Fronçant les sourcils, elle chassa ses pensées. De légers plis creusèrent ses joues tandis qu’elle serrait les mâchoires. Elle se maudissait intérieurement et refoulait avec violence l’empathie qui l’avait éprise. L’alcool l’avait-elle rendue aussi faible ?

- N'importe quoi d'autre. La vérité n'est pas plus belle que leurs mensonges et ne mérite pas de prospérer.

Après un bref silence, Oryon lui avait répondu d’un ton sec, sans appel. Abysse le dévisagea. Son sourire éclatant s’était estompé. Elle fronça les sourcils, légèrement mal à l’aise, elle oscillait sur sa chaise. Elle n’avait pas espéré inspirer aussi profonde amertume. Abysse n’aurait certainement pas du l’attaquer aussi durement. Cherchant quelques paroles réconfortantes, elle se mordit à nouveau la lèvre inférieure. Oryon ne lui laissa pourtant pas le temps de formuler quelques politesses apaisantes. Parfois, le silence valait mieux que plusieurs discours.

- Je ne les ai pas oubliés. Il peinait réellement à prononcer ces mots. On ne peut pas les oublier. Tout va si vite... On les voit à peine, mais le visage de ceux qu'on a vu ne disparait jamais. Les cris de ceux qu'on a pu voir non plus.

Abysse serra ses mains l’une contre l’autre pour les empêcher de trembler. Une violence sans pareille l’étreignait. Il ne savait pas à quel point ses paroles venaient de l’atteindre. Les rôles s’inversaient. Elle détourna rapidement son regard, dissimulant son trouble. Des visages d’hommes mourant, elle en avait contemplé des dizaines, non, des centaines. Et elle n’avait pas esquissé le moindre geste, elle s’était contentée observer fixement, sans ciller. Elle était condamnée à regarder les hommes s’entre-tuer sans pouvoir agir. Tout ce qu’elle pouvait faire pour eux, c’était graver leur visage dans sa mémoire et ne jamais les oublier. Tel était son rôle d’historienne. Et, à présent, Abysse ne s’était jamais sentie aussi proche de ce jeune homme. L’idée de l’effleurer, saisir sa main la traversa. Un contact dans l’espoir de seller cette fragile compréhension. La solitude, le poids de ces visages morts ne lui avaient jamais parus aussi lourds. Pouvaient-ils simplement partager ce fardeau ? Oryon brisa cet instant d’un revers de main. Une nouvelle distance s’installa entre eux tandis qu’il ébauchait un sourire.

- Désolé, ce n'est pas un sujet de conversation très agréable. Donc tu savais depuis le début qui j'étais...

Abysse secoua doucement la tête et s’enfonça dans le dossier de sa chaise. Elle fuyait toujours le regard du jeune dragonnier. Elle venait de perdre une occasion inestimable de lui soutirer des informations. Oryon reprit sur un ton plus bas.

- Il n'y a rien à chanter sur moi. Vaudrait mieux chanter les belles choses plutôt que les horreurs. Les dragons sont des merveilles... Toutes les races s'y accordent. Mais il n'y a qu'une raison pour cela: La peur. Il n'y a que les dragonniers pour voir en ces créatures ce qui les rend vraiment sublimes. Il n'y a pas que la puissance ou la cruauté... Si tu veux chanter, trouve les mots pour raconter leur vraie beauté, tu te trouveras digne des elfes et de leur poésie.

Et ces nouvelles paroles lui arrachèrent une profonde amertume. Non, évidemment, personne ne pouvait concevoir la beauté, la majesté de ces créatures. Quand bien même aurait-elle essayé, peu aurait pu en saisir la profondeur. Abysse resongea alors à la guerre contre les dragons sauvages. Des souvenirs marqués au fer rouge dans sa mémoire. Elle se souvint du dragon qu’elle avait achevé de ses propres mains et de l’ultime don qui lui avait fait. Alors qu’il aurait pu balayer sa conscience dans un souffle, il avait effleuré son esprit et lui avait offert tous ses souvenirs de dragon. Une richesse inestimable. Et la jeune femme n’avait jamais pu saisir la raison d’un tel geste. Oryon avait-il raison ? Etait-ce pour qu’elle chante la majesté de ces créatures ?

- Seul un dragonnier le peut, tu l’as dit toi-même, souffla-t-elle.

Tant pis pour les bonnes manières. Abysse avait pris la décision de tutoyer le dragonnier. Elle n'était pas capable de chanter les louanges des dragons. L’idée même de s’y essayer l’effrayait. Tandis que le ton de la discussion se faisait plus lourd, plus douloureux, Oryon changea brusquement de sujet. Il semblait avoir balayé les songes qui l’ennuyaient et s’exprimait avec entrain.

- Tu es une personne d'exception. Et si ce que tu dis es vrai, cela peut expliquer ce que... Tu as déjà essayé de faire de la magie ? Je veux dire... De la vraie magie, pas celle que font les ménestrels. Tout à l'heure, quand j'ai attiré l'attention de l'aubergiste, j'ai senti ton esprit. Cela ne veut pas dire que tu saurais utiliser la magie. N'importe qui peut contrôler son esprit... Mais c'est plus naturel chez certaines personnes que chez d'autres. Et peut-être que toi...

Abysse plissait les yeux, stupéfaite. Elle considérait le jeune homme sous un nouvel angle. La première surprise passée, elle ne put que deviner la suite de la conversation et recula davantage dans son siège. Elle ne pouvait expliquer la profonde méfiance que lui inspirait la magie. Elle fronça les sourcils, légèrement mécontente du tour que prenait la situation. Oryon s’amusait avec elle et détournait habilement chacune de ses tentatives pour en apprendre davantage sur lui.

- Tu veux essayer ?

Elle le dévisageait d’un regard circonspect, les bras croisés sur sa poitrine. Le visage fermé, elle considérait sa nouvelle proposition. Pouvait-elle seulement accepter ? Abysse ne s’était jamais aventurée dans les arcanes de la magie. Elle en éprouvait une aversion inexplicable. Elle n’y avait été confrontée qu’une seule fois par le passé et le souvenir n’en était guère agréable. On l’avait enchantée et lié sa vie à celle d’un ordre ancien et oublié de tous : l’Ordre de Rlyeh. Dès lors, son espérance de vie avait été prolongée dans l’unique but d’observer les humains et d’écrire leur histoire. Abysse savait que le pacte qui la liait à l’Ordre était extrêmement puissant et ancien. Elle ignorait ce qui pourrait lui arriver si elle s’essayait à la magie.

- Un des premiers sorts qu'on apprend, c'est pour faire du feu. Comme il ne s'agit que d'énergie pure, ou presque, c'est l'un des plus simples... Le mot c'est... Brisingr.

Oryon lui tendait une brindille ramassée par terre. Son visage se fendait en un sourire franc et amical. La jeune femme aurait voulu le lui rendre. Sa méfiance pour la magie l’en empêchait. Elle observa longuement la brindille qu’il lui tendait. Elle était sèche. La moindre étincelle l’aurait enflammée. Elle finit par la saisir d’une main timide avant de plonger ses yeux dans ceux d’Oryon.

- Je ne peux pas…

Ses mots n’étaient qu’un murmure, à peine audible. Oryon l’encourageait de son sourire le plus radieux. Il était évident que si elle refusait, il l’interrogerait et se méfierait davantage. Elle devait le convaincre qu’elle en était incapable. Et puis, elle voulait s’en convaincre également. Abysse posa la fragile brindille devant elle, n’osant la toucher. Elle écarta sa chope d’un geste absent et posa ses deux mains à plat sur la table. Son regard quitta celui d’Oryon pour se poser sur cette ridicule brindille qu’elle était sensée enflammer.

- C’est ridicule, murmura-t-elle avec davantage d’assurance dans la voix, cherchant à se convaincre elle-même.

Lentement, elle ouvrit les sens et répandit sa conscience tout autour d’elle. Elle percevait le souffle de chacun des clients, leurs gestes lui paraissaient bruyants et extrêmement ralentis. Elle sentait également la présence d’Oryon. Plus lumineuse, elle irradiait une chaleur inexplicable. Sans même le regarder, Abysse pouvait percevoir le moindre de ses mouvements. Elle sentait également sa conscience, à la lisière de la sienne. Il lui suffisait de tendre ses pensées pour tenter de les percevoir. Elle se ravisa brusquement et reporta son attention sur la brindille. Ses yeux s’appliquaient à en décrire les moindres détails. Son odorat en percevait les effluves délicats tandis que ses oreilles pouvaient imaginer le bruit qu’elle faisait une fois brisée dans ses doigts.

- Brisingr.

Elle souffla ses mots sans grande conviction, attendant une réaction quelconque de la part de la brindille. Cette dernière n’oscilla pas d’un souffle. Inerte, elle la fixait d’un air moqueur. Se sentant ridicule, Abysse aurait voulu balayer cette brindille et darder un regard accusateur sur Oryon. Il se moquait d’elle. Inspirant profondément, elle calma la colère qui naissait en elle et garda son regard fixement posé sur la table. Elle se devait d’essayer à nouveau pour lui prouver qu’elle n’avait absolument aucun talent. Elle ne désirait plus qu’une chose : oublier cette histoire de magie. La jeune femme se força donc à essayer de nouveau. Empruntant un air sérieux et concentré, elle ferma les yeux. Elle concentra son attention sur la brindille. Alors que cette dernière était morte et séchée depuis longtemps déjà, Abysse parvenait à en sentir une légère énergie. Imperceptible, elle semblait osciller au grès de son propre souffle. La jeune femme se concentra sur cette nouvelle impression et y insuffla toute la conviction qui lui restait.

- Brisingr.

Son ton s’était fait léger mais elle l’avait l’impression de l’avoir prononcé avec une force inouïe. Abysse n’eut même pas à ouvrir les yeux pour savoir que la brindille s’enflammait. Alors même qu’elle réalisait ce qu’elle venait de faire, une profonde douleur lui perça le cœur et se répandit rapidement dans tous ses membres. Retenant un cri, Abysse se renversa en arrière. Dans un réflexe incontrôlé, elle porta sa main à son pourpoint, là où se trouvait son poignard. Elle crispait ses mâchoires pour contenir la douleur qui la transperçait. Elle dévisagea Oryon avec horreur.

- Que m’as-tu fais ?

Son visage n’exprimait plus qu’une profonde méfiance tandis que son ton s’était fait accusateur. Elle savait que ce n’était guère de la faute d’Oryon. Elle cherchait pourtant prétexte à déverser sa colère sur lui. La douleur s’estompait rapidement. Au bout de quelques secondes, il ne restait plus qu’une vive sensation de brûlure au niveau de son omoplate. Abysse n’eut pas besoin de l’examiner pour savoir qu’une nouvelle ligne s’y était gravée. Témoignages de son pacte, les lignes de vie s’allongeaient et parcouraient son corps à mesure que les années défilaient. Lorsque tout son corps sera recouvert de ces lignes, alors Abysse mourra. Le sort qu’elle avait essayé de lancer n’avait fait que raccourcir davantage son espérance de vie.

Lentement, Abysse chassa la douleur qui persistait dans son épaule et jeta quelques regards autour d’elle. Quelques personnes s’étaient retournées, visiblement surprises par son sursaut. Reprenant vite contenance, elle se composa à nouveau un visage avenant. Ignorant les regards qui se posaient sur elle, la jeune femme se redressa et se rapprocha de la table. La brindille avait disparu. Abysse remarqua alors qu’elle gardait toujours sa main gauche posée sur son pourpoint, là où elle avait dissimulé son poignard. Elle l’enleva rapidement comme si elle venait de se brûler et la posa sur sa cuisse. Cette dernière était parcourue d’un léger tremblement qu’elle calma aussitôt. Elle ramena ensuite son regard sur Oryon qui semblait aussi surprise qu’elle. Il fallait qu’elle reprenne vite la situation en main avant d’amplifier ses soupçons. Abysse lui décocha un sourire désolé.

- Je...je crois que je ne devrais pas m’aventurer plus loin de ce côté-là, fit-elle, désolée. Elle reprit sur un ton plus engageant, en revanche, peut-être pourrais-tu m’apprendre à me protéger de la magie ? Elle hésita à nouveau, pour éviter…par exemple, de me faire manipuler comme le tavernier.

Abysse lui jeta un léger regard, se rappelant comment Oryon avait réussi à le faire venir en prononçant quelques mots à peine perceptibles. Ses yeux revinrent ensuite sur le jeune homme. Encore légèrement troublée par le tour qu'avaient pris les évènements, elle peinait à se composer une expression calme. Elle était désormais à l’affût des réactions d'Oryon, prête à essayer de se rattraper.


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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Lun 9 Avr 2012 - 23:05




    Face à face, yeux dans les yeux, le dragonnier scruta la jeune femme et chercha à deviner aux traits de son visage le cours que pouvaient suivre ses pensées. Il y devina un refus alors que, les bras croisé, elle sembla jeter à la brindille et au jeune homme un regard déconcerté. Elle trouva la situation ridicule, ensuite, et adressa au jeune homme un léger sourire que ce dernier ne put s'empêcher de lui renvoyer plus large encore, pour l'encourager.

    La magie, pour les humains, était un don rare et effrayant. Accomplir un premier sort avait toujours été, pour ces créatures, un saut dans l'inconnu, comme la certitude d'une nouvelle vie, de ne plus jamais être vu de la même manière. Oryon, plus que d'autres, garderais à jamais gravé en lui le souvenir du premier contact qu'il avait eu avec le monde magique. La première fois qu'un être avait exigé de lui qu'il use de son nouveau don. Une chance que cela ne l'en ai pas dégoûté à jamais. Yäwé, par contre, gardait de cette période une rancune intacte.

    - C’est ridicule dit-elle à un jeune homme qui, de toute évidence, savait pertinemment qu'elle réagirait ainsi. Elle n'était en rien différente des autres, après tout. Pour avoir entendu le témoignage de quelques mages impériaux qui, souvent, parcouraient le territoire à la recherche de nouveaux talents, il savait bien qu'aucun humain ne pouvait s'imaginer capable, de prime abord, d'un talent qui leur semblait si lointains et sur-humain.

    Alors, un sourire, un silence, il l'admira secrètement, son visage, ses yeux, et jouit finalement d'un plaisir non feint au moment où, enfin, elle se saisit de la fragile brindille. La jeune femme, comme les autres, acceptait le défi. Le contraire l'aurait étonné. Le moment de vérité se présentait enfin, un moment qui faisait tant de déçu et si peu d'élus... Une situation face à laquelle Rasapa, son premier tuteur, n'avait jamais mis son élève. Peut-être en avait-il deviné l'issue... Peut-être Oryon n'avait-il jamais eut le don de la magie avant que Yäwé n'éclose pour lui, ou bien était-ce l'inverse. Sans doute ne le saurait-il jamais. Cela importait peut aujourd'hui. C'était au tour d'Abysse d'affronter l'obstacle, et alors qu'elle lui fit enfin face, le jeune homme ne put que constater avec plus de force encore ce qu'il avait pressenti un peu plus tôt.

    Envahissant l'espace comme l'effluve d'une fleure tropicale, l'esprit de la jeune femme s'étendit dans la pièce jusqu'en ses moindres recoins. Sidéré par l'exploit dont elle fit la démonstration, avant même de chercher à lancer un sort, le jeune homme ne put s'empêcher de lui offrir un sourire étonné. Était-elle seulement consciente de l'étendue que prenait son esprit ? Elle qui, de toute évidence, n'avait jamais eut les conseils d'un mentor, faisait dors et déjà démonstration d'un talent rare, un instinct qui ne pouvait que rendre admiratif. Un détail de plus qui, alors qu'Oryon arrivait à la moitié de sa seconde peinte, faisait-d'elle aux yeux du jeune homme une personne d'exception.

    Un instant, l'esprit d'Abysse effleura celui du dragonnier qui, conscient du contact, n'osa faire le moindre mouvement de peur de l'éffaroucher. Cette présence, qu'il aurait en temps normal repoussée de la plus brutale des manière, était comme un oiseau dont il aurait aimé voir le plumage de plus près, comme un papillon dont, immobile, admiratif, il aurait souhaité deviner le mouvement. Ouvert, accueillant et passif, il aurait souhaité la voir s'enfoncer au travers des grilles qu'il gardait, pour elle, grandes ouverte. Mais comme le gibier effarouché par quelque imperceptible danger, elle rétracta son esprit de la pièce pour le diriger en direction de la brindille, créant ainsi un large vide qui pesa sur le coeur du jeune homme. La chaleur de son esprit, avec la douceur de sa compagnie, s'en étaient soudain allés et il ne resta plus au dragonnier que son regard volontaire, ces yeux auxquels il s'était jusqu'alors accroché avec plaisir mais qui lui semblaient si peu de chose soudain comparé à ce qu'elle venait de lui montrer.

    -Brisingr.

    Une première tentative et un premier échec. Le jeune homme observa, amusé, mais ne dit rien. Il aurait put la guider, lui asséner un premier conseil, mais elle ne semblait guère prête à abandonner. Il choisit donc de la laisser persévérer en silence. Myad ne s'était guère montrée plus généreuse en conseils la première fois... Bien que, sur le moment, ce n'aurait sans doute été plus mal.

    - Brisingr.

    Seconde tentative et, avant même que la brindille ne s'enflamme, Oryon sentit naître en elle le flux de magie nécessaire au sort. En une fraction de seconde à peine, la brindille se fit cendres, le jeune homme laissa éclater sa joie, et la jeune femme tomba à la renverse, prise d'une fulgurante douleur à la poitrine.

    - Ça va ? S'écria le jeune homme, de toute évidence inquiet du mal qui torturait l'inconnue. Un sort ! Pensa-t'il. Quelqu'un s'en prenait à elle, et ce quelqu'un n'était pas lui.

    - Que m’as-tu fais ?

    Son corps n'avait encore touché le sol qu'Oryon se leva d'un mouvement brusque, inquiet, et chercha à la retenir. De même, de la plus instinctive des manière, son esprit s'étendit jusqu'au sien, l'entoura d'une étreinte protectrice et s'y introduire avec force. Si quelqu'un cherchait à la blesser, il n'avait d'autre possibilité pour en protéger l'esprit. Quitte à l'effrayer, il devait chasser le danger de son vulnérable psyché, mais de ce qu'il vit il ne distingua aucun danger. Personne ne s'en prenait à son esprit...

    * Rien ! Ce n'est pas moi ! * S'exclama-t'il, sans même se rendre compte qu'il le fit par la pensée. Et alors qu'il vit la main de l'inconnue se porter sur son arme, il se trouva contraint de la laisser se débrouiller. Cette femme faisait penser à une louve, se dit le dragonnier. Belle, fascinante, il ne pouvait s'en approcher, même pour la soigner. Car on ne peut aider un loup blessé sans risquer de se faire mordre.

    Alors elle se releva et, aussi discrètement que possible, le jeune homme retira son esprit du siens. N'avait-elle rien remarqué ? Le dragonnier craignait et doutait de ce qui pourrait être sa réaction. Peut-être l'avait-elle sentie sans pouvoir en deviner la raison, il l'espérait. Quoiqu'il en soit il n'était pas revenu les mains vide. C'était flou, très flou, mais il avait une certitude. De l'esprit troublé de l'inconnue s'était dégagé une idée claire, une idée qu'Oryon n'avait eut aucun mal à percevoir, Abysse savait pertinemment quel mal était la cause de cette malédiction... Une chose qui faisait naître en elle une terrible tristesse. Une chose qu'elle ne voulait pas dire... Et les pensées qui étaient les siennes étaient celle d'une personne qui mentait.

    - Je...je crois que je ne devrais pas m’aventurer plus loin de ce côté-là. En revanche, peut-être pourrais-tu m’apprendre à me protéger de la magie ? Pour éviter…par exemple, de me faire manipuler comme le tavernier.

    La jeune femme s'était rassise et masquait péniblement sa gène. Oryon, l'observant d'un air inquiet, avait du mal à comprendre la raison qui pouvait la pousser à minimiser ainsi la douleur dont elle venait d'être la proie. Devait-il lui dire ce qu'il avait vu ? Devait-il la questionner ? Ou bien faire comme elle: Faire comme si de rien était, changer de sujet, tout comme il avait changé de sujet il y a quelques secondes lorsque ses paroles avaient éveillé en lui quelques vieux et douloureux souvenir.

    - Tu... Tu dois... Commença-t'il à la recherche de ses mots. Il voulait répondre à la question qui lui était faite, mais ne parvenait pas à oublier le funèbre spectacle auquel il venait d'assister.

    - Tu dois te concentrer et... Le jeune homme termina en grognant, comme si quelque-chose n'allait pas, et but quelques goulues gorgées de sa bière. Il était ivre, sans doute, il le savait et on le devinait à ses mouvement, mais cela n'avait que peu d'incidence sur ses pensées... Pour le moment.

    - Tu me dis ce que tu cache et je t'apprends à protéger tes pensées Lâcha-t'il d'un air sérieux, conscient du choc que cela pourrait représentait. Et alors qu'il s'abreuvait avec bonheur de la réaction de la jeune femme, un sourire joueur se dessina naquit à la bordure de ses lèvres. Tu me dis tout où je viens le découvrir par moi même.

    Une menace des plus claires qui n'était pour lui, à l'image du sourire qu'il arborait, qu'un simple jeu. Peut-être n'oserait-il même pas mettre sa menace à exécution. On devinait trop bien quel genre d'admiration il portait à l'inconnue. L'admiration d'un homme pour une femme d'exception, ou bien celle d'un fou qui aurait choisi une nouvelle proie. Qui sait ce qui pouvait passer par la tête d'un jeune homme à la gueule d'ange ? Qui sait combien d'hommes un dragonnier avait-il put tuer de sang froid pour se hisser à l'une des plus hautes marches de l'empire ? Qui sait combien son passé avait-il put le rendre fou ? Qui sait jusqu'à quel point il avait put manipuler cette petite espionne... Celle qui s'était crue capable d'avaler un poisson bien plus gros qu'elle. Qui sait ?



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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mar 10 Avr 2012 - 19:48


* Rien ! Ce n'est pas moi ! *

La pensée transperça son esprit, déchirant les derniers voiles d’intimité. Abysse ne put contenir un grognement de douleur. A peine, la jeune femme s’était jetée en arrière qu’Oryon se levait et se précipitait vers elle. Ce ne fut pourtant pas son geste qui la tétanisa mais bel et bien ce qu’elle sentit à la frontière de sa conscience. Alors qu’il cherchait à l’aider à se relever, il insinuait avec une habileté déconcertante son esprit aux abords de sa conscience.

Etait-elle encore trop déstabilisée par la douleur fulgurante qui l’avait traversée ou était-il trop puissant pour qu’elle ne puisse le repousser ? Ou bien peut-être avait-elle songé l’espace d’un instant ouvrir les portes de son esprit, partager ses peines et sa solitude ? Abysse n’aurait eu aucune réponse à apporter mais elle sut à l’instant même où la conscience d’Oryon se retirait qu’il avait vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Elle ne pouvait jurer ce qu’il avait réellement perçu mais elle savait qu’il ne pouvait plus la croire, pas entièrement du moins. Ses doutes étaient désormais bels et bien fondés. Oryon s’était éloigné, regagnant sa chaise. Abysse l’imita mais ne put s’empêcher de l’observer avec méfiance. Elle l’avait sous-estimé.

La jeune femme peinait à retrouver son sang-froid. C’était à peine si elle contrôlait le tremblement nerveux de sa jambe gauche. Son visage, cependant, commençait à recouvrir une expression calme et maîtrisée. Alors que la sensation de brûlure dans son épaule s’estompait, son angoisse ne faisait qu’accroitre. La douleur palpitante lui rappelait sans cesse sa propre vanité, sa mortalité. Elle avait vécu impunément pendant près d’un demi-siècle sans souffrir les caprices du temps et enfin, elle commençait à entrevoir la fatalité de la mort. Bien entendu, elle avait été confrontée plus d’une fois à un danger mortel et frôler la mort durant un combat, une bataille ou une guerre n’était qu’une simple éventualité à ses yeux. En revanche, elle avait fuis durant tout ce temps l’idée que la mort pouvait l’emporter autrement. Elle n’avait jusque-là jamais considéré le caractère éphémère de sa propre existence.

La mort est toujours au bord de maintenant. La mort nous guette et elle est toujours assurée de sa prise. Il ne sert à rien d’y songer sans cesse, mais, dans nos entrailles et dans nos os, nous savons tous qu’elle est là. Tous sauf les humains.

La voix s’était infiltrée vicieusement de son esprit, lui rappelant une leçon d’un de ses précepteurs. Abysse remâchait ces pensées avec amertume. Evidemment, elle en reconnaissait le bienfondé mais ne pouvait s’empêcher de le rejeter avec aigreur. Elle avait honte d’avoir succombé aussi facilement à ses peurs. La jeune femme se ressaisit avec plus de fermeté, calmant rapidement les tremblements presque imperceptibles de sa jambe gauche. Elle parvint même à esquisser un sourire qui se voulait plus assuré, plus confiant. En d’autres circonstances, en proie à ses peurs, Abysse serait réfugiée dans la solitude et le silence. Elle aurait sans doute passé sa journée à se replonger dans le passé, ressassant tous ses souvenirs. Seulement, ce soir, elle ne le pouvait pas. Elle faisait face au jeune apprenti de l’Impératrice et comptait ne pas le laisser filer entre ses doigts.

Le considérant sous un nouvel angle, les sentiments d’Abysse pour ce jeune homme se durcirent. Bien qu’il n’en ait pas réellement eu conscience, Oryon avait su la déstabiliser et la mener au bord de ses propres faiblesses. Il était plus dangereux qu’il ne le laissait entendre. Implacable, Abysse se promit de se montrer moins empathique à l’avenir. Elle comptait bien tirer des renseignements de ce jeune homme et n’aurait aucun remord à se servir de lui. La partie commençait enfin. Allons jouons, songea Abysse. Son regard brillait d’un nouvel éclat, farouche.

- Tu... Tu dois...

Oryon hésitait, peinait à trouver ses mots. L’épisode semblait l’avoir également ébranlé dans ses certitudes. Il ne devait sans doute plus savoir à qui il avait affaire. Au moins, ils étaient deux. Désormais sur ses gardes, Abysse comptait bien renverser la situation à son avantage. Blessée dans son amour-propre, elle se devait de le briser.

- Tu dois te concentrer et...

Alors qu’Oryon continuait à chercher ses mots, une étincelle inquiétante éclaira son regard. Son visage se fendit en un sourire provocateur.

- Tu me dis ce que tu caches et je t'apprends à protéger tes pensées.

Un grondement sourd ébranla la conscience de la jeune femme. Elle mourrait d’envie d’achever cet homme sur le champ. Ainsi, elle n’aurait aucun besoin de protéger ses pensées de lui. Tandis qu’elle voyait la gorge d’Oryon, écarlate, ouverte par sa lame, Abysse se contint au calme. Son visage n’exprimait aucune émotion. Son regard, quant à lui, semblait ailleurs. Il transperçait le jeune homme sans le voir. Imperceptiblement, Abysse serra sa main autour de son genou. Une rage sans nom l’intimait de tuer cet homme. Pourtant, son devoir lui imposait d’agir rationnellement. Elle devait encore lui soutirer de précieuses informations.

- Soit mais je devrais te tuer ensuite, elle lui coula un regard de loup, ce serait dommage.

Et sur ces derniers mots, elle s’arrangea pour qu’y sonne seulement le mensonge. Elle ne devait en aucun cas lui faire croire qu’elle lui trouvait un intérêt. Abysse s’accouda sur la table, se rapprochant légèrement d’Oryon et soupira. Ses yeux se perdirent sur sa droite. Elle semblait soudainement ennuyée par la situation. Son esprit, quant à lui, analysait toutes les alternatives qui s’offraient à elle. Elle imaginait tous les moyens qu’elle aurait pour se débarrasser proprement de lui. Elle pouvait le tuer ici, en cet endroit. Elle possédait seulement son poignard pour cette tâche. Abysse regretta sa poche emplie de poison qui était restée dans sa chambre d’auberge. Elle pouvait également l’y mener et trouver quelques poisons qui sauraient lui délier la langue. Elle pouvait encore le tuer au détour d’une ruelle sur le chemin de l’auberge. Tant de possibilités s’offraient à elle et aucune de la satisfaisait. Elle comptait bien jouer avec sa proie.

- Ma foi, tout le monde a quelque chose à cacher. C’est ce qui fait le charme de chacun, elle appuya sur ses derniers mots d’un regard provocateur. Il va falloir que tu te montres plus explicite si tu veux que je satisfasse ta demande.

Et sur ces derniers mots, elle lui décocha un clin-d’œil. Elle se redressa et regarda autour d’elle d’un œil vif. Elle ajouta plus bas, sur le ton de la confidence.

- Mais pour cela, il va falloir que l’on quitte cette taverne. J’ai bien peur d’avoir trop attiré l’attention autour de nous.

Elle lui adressa un sourire sincèrement navré. Il est clair qu’en matière de discrétion, elle avait été plus douée. Abysse fronça légèrement les sourcils et se concentra. Elle envoya sa pensée contre celle d’Oryon.

* Et si tu crains pour ta vie en sortant, je suis certaine de faire un bon repas pour ton dragon. *

En soi, cela n’avait rien de rassurant. Abysse préférait cependant déposer toutes les cartes. Le jeu commençait enfin. Elle rajouta enfin.

* Tu m’es encore trop précieux pour que je songe à t’éliminer. *

Et sur ces entrefaites, elle se leva. Elle avait conscience que cette dernière pensée était lourde de sens. Qu’il se fasse les dents là-dessus, songea-t ’elle. Et elle déposa quatre pièces de bronze sur la table, non loin de la chope à moitié vide.


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Oryon

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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mar 10 Avr 2012 - 23:33




    Une maladresse de la part du jeune dragonnier et le rêve tout entier s'était effondré sur ses propres bases. L'histoire de la jeune fille de Surda partie à la guerre pour venger son père, celle de la ménestrel au coeur lourd d'un passé sanglant, celle de l'agréable et curieuse jeune femme qui n'avait eu pour seule arrière pensée que de discuter avec un proche de l'impératrice lorsqu'elle avait quitté la scène... Tout le scénario s'était soudain trouvé bouleversé, les certitudes ébranlées, et leur toute nouvelle relation écorchée vive.

    Oryon, dont le sang était dors et déjà saturé d'une trop grande quantité d'alcool pour que ses idées soient claires, était en proie au doute. Où était donc passée la merveilleuse créature qui l'avait approchée ? Bien-sûr, elle était resté la même, mais le masque était soudainement tombé pour laisser place à un visage plus énigmatique que jamais... Plus mensonger encore. Il ne savait plus guère que croire de ce qu'elle avait dit et caché. Il ne savait plus que dire ou penser, ni même s'il devait forcer les portes de son esprit à nouveau. Le vrai du faux s'entremêlait dans jusqu'à broyer les quelques certitudes qu'il s'était faite jusque là. Et quelque-part, alors qu'il observait le nouveau visage qui s'offrait à lui, celui qui ne trahissait de ce qui lui passait par la tête qu'une vague expression d'hésitation, il regrettait que tout ceci ai eu lieu. La belle, l'adorable, avait laissé place un instant à une toute nouvelle chose... Qui aussitôt s'était évaporée. La première semblait de retour, si cela pouvait seulement être elle ! Et face au visage surpris du dragonnier, elle ne semblait savoir comment agir à son tour.

    - Soit mais je devrais te tuer ensuite, ce serait dommage. Dit-elle d'un air énigmatique, indéchiffrable, et Oryon ne put même seulement sourire à cette plaisanterie. Il repensa soudain à la mise en garde de Myad. Elle ? Un assassin ? Cela ne se pouvait ! Il ne pouvait l'admettre, pas elle, elle qui... Sa compagnie lui était si agréable que, malgré tout, il ne pouvait s'y résoudre. Et il afficha avec beaucoup de retard un petit sourire amusé sous des yeux pleins de compassion. La douleur s'en était finalement allée des traits de d'Abysse. Était-ce seulement son vrai nom, se demanda le jeune homme. Probablement pas... Ou si. Il n'avait pourtant vu que si peu de ses pensées. Il y avait perçu l'expression vague du mensonge, et tout semblait à refaire.

    Quelques instants elle lui sembla pensante, hésitante. C'était la première fois qu'une brèche lui était apparue au travers de son si parfait personnage. La première fois qu'une hésitation avait laissé craindre qu'elle n'oublie le texte de sa si parfaite tragédie. Mais très vite un nouveau sourire apparu sur son si parfait visage et le nouvel être qu'elle se construit lui apparut, aussi adorable que le précédent. Elle avait effacé d'un coup de crayon ce qui venait d'arriver.

    - Ma foi, tout le monde a quelque chose à cacher. C’est ce qui fait le charme de chacun. Il va falloir que tu te montres plus explicite si tu veux que je satisfasse ta demande.

    Un clin d'oeil, un sourire, peut-être n'avait-elle pas tant à cacher que cela ? Oryon, en écho au sourire provocateur qu'elle lui avait adressé, leva un sourcil, amusé. Il aimait jouer... Mais cela était-il encore un jeu ? Un simple jeu, un pari, ou bien du genre à décider de ceux qui vivent et ceux qui meurent ?

    - Mais pour cela, il va falloir que l’on quitte cette taverne. J’ai bien peur d’avoir trop attiré l’attention autour de nous.

    Ces intentions auraient été mauvaise qu'elle ne s'y serait certainement pas prise autrement, pensa le jeune homme, avant qu'une lutte au sommet de son crâne ne débute pour savoir ce que devait être sa réaction.

    Y aller, pensait-il, et prendre le risque de se trouver la gorge tranchée au coin d'une rue. La manière dont elle s'était défendue, la rapidité avec laquelle sa main s'était naturellement déposée sur son arme alors qu'une vive douleur aurait dût terrasser toute volonté en elle. Il semblait perdu, pensif, et n'essayait même plus de s'en cacher.

    * Et si tu crains pour ta vie en sortant, je suis certaine de faire un bon repas pour ton dragon. *

    Une légère expression de surprise naquit sur son visage alors que l'inconnue, pour la première fois, s'exprimait par les pensées. À nouveau, il sentit le doux contact d'un esprit amical et familier. À nouveau il aurait souhaité ne la quitter qu'après avoir sut d'elle tout ce qu'il y avait à savoir... Et plus encore. Il ne voulait plus la quitter.

    * Tu m’es encore trop précieux pour que je songe à t’éliminer. *

    Ces derniers mots, lancés par pensées alors que les regards des deux individus cherchaient à percer les secrets de celui qui leur faisait face, fit frissonner le dragonnier. Était-elle sérieuse, se demanda le jeune homme, incrédule face à l'énigmatique expression que lui présentait l'artiste... Cette comédie...

    Ainsi elle se leva et, sans attendre, se dirigea vers la porte. Cela ne faisait guère de doutes, elle était dangereuse, mais à quel point ? Un dragonnier pourrait très bien s'en sortir, pensa-t'il, confiant de ses propres forces au delà du raisonnable, avant de se lever d'un bond pour suivre les pas de l'inconnue.

    Oryon, le ventre plein d'un litre de bière au miel et vide de toute pitance, se sentit vaciller doucement. Il n'aurait dut se laisser aller à tant d'excés, pensa-t'il, surtout après ce qui s'était passé au cours de la campagne contre Nuit. Si Myad le trouvait dans un tel état, et bien... Il ne se souvenait de la dernière fois que ça lui était arrivé que des courbatures qui, deux jours durant, l'avaient cloué au lit. Pour sûr qu'il ne comptait pas traîner du côté du palais ce soir là...

    Se dirigeant vers la porte dans les pas de l'inconnue, le dragonnier sentit se poser sur lui les regards amusés et complices de bon nombre des clients. Abysse avait pensé se faire discrète en quittant l'auberge. S'aurait sans doute été vraie si l'élève de l'impératrice ne l'avait pas suivie d'un pas maladroit. D'ici quelques heures, la rumeur de leurs glorieuses galipettes viendraient gonfler les ragots de Dras Leona. Oryon pourrait s'en enorgueillir, mais Abysse, sans doute, se serait passée de tels racontars.

    Passant la porte, le jeune homme esquissa un léger sourire. L'air était frais et la nuit belle. Le brouhaha de la taverne s'estompa soudain lorsque la porte se referma derrière eux. Ils étaient seuls, enfin presque.

    Il la suivit un peu plus loin, encore, quelques mètres, avant de l'inviter à se retourner d'une main délicatement posée sur son épaule. Il souriait. À nouveau, il semblait conquis par sa si curieuses et envoutante beauté. À nouveau, il semblait joueur.

    - Ce serait dommage, en effet. Dit-il d'une voix amicale en cherchant de son regard celui de la jeune femme. Tu m'as mentis, alors ? C'est dommage. Dit-il d'un air sincère, comme s'il n'avait put retenir les mots plus longtemps.

    - Je n'ai pas peur des assassins, tu sais. Et comme tu l'as dit, s'il m'arrivait malheur, tu survivrais pas longtemps à la colère de mon dragon. Dit-il d'une manière étonnement amicale. Il n'osait croire, après tout, que cette femme puisse être autre chose que ce qu'elle lui avait avoué. Ou plutôt il ne voulait pas croire. Mais il se devait d'être prudent... Une menace ne coûtait pas grand chose après tout. Une menace en l'air, d'ailleurs, puisque Yäwé était loin, ce soir... Par delà les murailles, dans la forêt. Il n'avait souhaité avoir le moindre contact avec Oryon tant qu'il serait sou.

    D'un geste amical mais ferme, le jeune homme saisit le bras de l'inconnue pour l'inviter à continuer leur route dans une direction qui l'éloignerait du palais. Myad, parfois, aimait sortir la nuit. Yenlui pourrait même, sans doute, le voir depuis les cieux.

    - Si j'ai pénétré ton esprit, c'était pour te protéger, rien d'autre. Mais ce n'est pas la première fois que ça t'arrive, hun ? Tu m'as menti pour ça aussi. Il marqua une courte pause et soupira d'un air désolé. C'est vraiment dommage. J'aurais aimé que tu sois réelle. Et maintenant, je ne suis plus sûr de rien... J'étais prêt à te faire confiance, et... Enfin. C'est vraiment dommage.

    Ils étaient désormais eu pied de la muraille, sous un préau qui protégeait quelques bottes de paille. Le jeune homme s'y assis avec maladresse, chercha du regard celui de l'inconnue, esquissa un large sourire lorsqu'enfin il le capta puis rit doucement.

    - Sachez, ma chère, que je vous suis très reconnaissant de bien vouloir me laisser la vie sauve. Dit-il à la manière d'un riche bourgeois de la capitale avant d'éclater de rire. Le ton du jeune homme n'était décidément pas celui de la noblesse, après tout. Il n'était pas difficile, en le voyant, de deviner ses origines. Moins difficile encore, en voyant la brûlure au fer rouge qu'il portait au coup, de porter sur son passé des soupçons justifiés. Il était un jeune homme comme tant d'autre, et ne pouvait s'empêchait de voir en la jeune femme l'espoir d'une amitié sincère.

    - Et que tu me tutois aussi d'ailleurs. Ajouta-t'il en riant avant de continuer sur un ton plus sérieux, joueur. Je sais très bien que tu mentais en disant que c'était parce que j'était trop... Heu... Précieux... Mais pour te remercier, je ne vais pas te tuer non plus... Tu m'es bien trop précieuse... Aussi.

    La différence, qui ne pouvait être plus clair, tenait dans le fait que nul n'aurait osé le mettre en prison pour cela... Il jouissait, aux yeux de la justice, de l'immunité. Bien sûr, Myad n'aurait accepté un meurtre gratuit. Mais il aurait bien put trouver une explication, une excuse.

    - Nous sommes partis sur de mauvaises bases. Enfin, surtout toi à vrai dire. Alors commençons par les questions simples. Il marqua une petite pause, se donna un air sérieux, et dit d'un ton un peu plus autoritaire que celui dont il avait usé jusque là.

    - Tu t'appelles vraiment Abysse ? Et ce que tu m'as dis, c'est vrai ? Et... Pourquoi es tu venue me voir ? Pourquoi m'as tu parlé ? Pourquoi m'as tu fait sortir de l'auberge ?

    À mesure qu'il parlait, le jeune homme semblait de plus en plus sur ses gardes. Assis, ses pieds ne quittaient la terre, comme s'il s'était tenu prêt à bondir. Sa main gauche caressait le pommeau de son épée.

    - Je saurais si tu mens.



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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mer 11 Avr 2012 - 15:20


Alors qu’Abysse se dirigeait vers la porte de la taverne, elle sentie Oryon la suivre d’un pas hésitant. Elle n’eut pas besoin de se retourner pour le deviner tituber entre les tables jusqu’à la sortie. La jeune femme fit volte-face et le rejoignit à grand pas. Elle esquissa un sourire gêné aux clients de la taverne tandis qu’elle glissait un bras sous celui d’Oryon. Elle le saisit d’une main ferme et l’aida à se redresser. Abysse lui jeta un regard oblique. Il la dépassait de quelques centimètres. Ses doigts fermés sur son bras pouvaient sentir sous le tissu ses muscles entraînés au maniement de l’épée. Cependant, ce n’était tant pas la carrure du jeune homme qui la troublait mais la chaleur qu’il dégageait. Elle était non seulement physique mais aussi mentales. Abysse percevait avec trop de facilité son esprit. Il semblait presque tendu vers elle. Elle le repoussa fermement.

- Laissez, messire, je vais vous aider à sortir.

Elle s’était exprimée d’un ton suffisamment haut pour que les buveurs les plus proches puissent clairement l’entendre. Oryon paraissait assez soul pour que leur comédie soit convaincante. Abysse, quant à elle, possédait encore un esprit clair et limpide. Elle n’avait pas autant bu que le jeune homme. Ignorant les regards qu’on lui coulait, Abysse se dirigea rapidement vers la porte en maintenant Oryon. Il ne s’appuyait pas réellement sur elle et elle l’en remercia secrètement. Elle poussa ensuite la porte et y poussa avec douceur Oryon avant de sortir à son tour. Demain, quelques bruits courraient à propos d’une nouvelle conquête pour le dragonnier de Myad. Abysse ne put s’empêcher d’esquisser un sourire à cette idée. Elle devrait faire preuve de beaucoup d’habileté pour réussir à détourner de telles rumeurs.

Oryon s’était arrêté sur le pas de la taverne. Abysse lui lâcha à regret le bras mais ne s’écarta pas totalement de lui. Elle voulait apprécier encore quelques instants la chaleur rassurante qu’il dégageait. Craignant de s’attarder et de perdre le fil de ses décisions, Abysse reprit son chemin. Oyron lui emboita le pas. Elle s’éloigna légèrement de lui et carra les épaules. Serrant les mâchoires, Abysse peinait à ne pas s’écarter de ses motivations premières. Elle devait avant tout soutirer des informations à l’apprenti de Myad. Seulement, elle hésitait à présent. Elle sentait la douleur qu’Oryon contenait. Elle lui avait menti et il s’en sentait blessé. Abysse éprouvait quelques remords à servir ainsi de lui. Abysse contempla un instant le ciel étoilé. La nuit s’annonçait fraiche. Trouvant du réconfort dans la pâle lueur des étoiles, la jeune femme écarta ses doutes. Cet homme avait très bien pu jouer la comédie depuis le début. Peut-être était-ce lui qui se jouait d’elle ?

- Ce serait dommage, en effet. Tu m'as mentis, alors ? C'est dommage.

Abysse fut parcourue d’un frisson lorsque la main du dragonnier se posa sur son épaule. A travers le tissu de sa chemise, elle sentait la chaleur que dégageait sa main. Se rappelant soudainement la brûlure qui l’avait frappé à l’épaule, Abysse fit volte-face. Elle jeta un regard interrogateur au jeune homme. Il n’attendait pas de réelles réponses. Elle se contenta donc de le fixer, perplexe, attendant la suite.

- Je n'ai pas peur des assassins, tu sais. Et comme tu l'as dit, s'il m'arrivait malheur, tu survivrais pas longtemps à la colère de mon dragon.

Abysse ne put retenir un léger rire sarcastique. Il semblait si naïf et pourtant il avait le don d’entamer franchement les discussions. La jeune femme devait bien avouer qu’elle appréciait son caractère direct. Elle haussa un sourcil puis détourna son regard. Dans la pénombre ambiante, elle lui offrit un profil rieur.

- Si j’avais bel et bien été un assassin, je n’aurais certainement pas pris la peine de me faire connaître de toi, elle se retourna vivement et fixa ses yeux dans les siens, avec ce que tu as bu, un poison aurait très bien fait l’affaire.

Elle haussa les épaules et lui décocha un sourire amusé. Elle cherchait à le convaincre qu’elle ne lui voulait aucun mal, pas physiquement du moins.

- Et puis, il y a ton dragon. Je ne m’y risquerais pas, elle hésita puis ajouta plus bas, j’ai vu ce dont ils étaient capables pendant la guerre…

Ses dernières paroles se perdirent en un murmure. Abysse effaça rapidement les images du passé qui l’assaillaient. Elle avait commis une grave erreur en participant à cette guerre contre les dragons sauvages. Mieux valait qu’elle n’y songe plus. Tandis qu’Abysse chassait ses sombres pensées, elle sentit le dragonnier la saisir doucement par le bras. Elle se laissa faire et il invita à poursuivre sa marche. Oryon prenait la direction de l’extérieur de la ville, laissant le palais impérial derrière lui. La jeune femme ne put s’empêcher d’esquisser un léger sourire. Ainsi, il ne voulait pas être vu en sa compagnie. Les bruits de débauche qui courraient autour de l’apprenti de Myad depuis le retour de la guerre devaient être fondés.

- Si j'ai pénétré ton esprit, c'était pour te protéger, rien d'autre. Mais ce n'est pas la première fois que ça t'arrive, hun ? Tu m'as menti pour ça aussi, il semblait réellement peiné, c'est vraiment dommage. J'aurais aimé que tu sois réelle. Et maintenant, je ne suis plus sûr de rien... J'étais prêt à te faire confiance, et... Enfin. C'est vraiment dommage.

Abysse considéra le jeune homme d’un air grave. Disait-il la vérité ? Il semblait tout à coup si faible, si ouvert. La jeune femme s’écarta légèrement de lui, médusée par la naïveté dont il faisait preuve à présent. Il jouait avec elle. Elle lui rendit un regard noir.

-Je suis réelle, fit-elle, dédaigneuse, Et je sais très bien me défendre toute seule, tu l'as constaté toi-même. Et oui, ce n’était pas la première fois qu’on cherchait à percer mes défenses mentales. C’est devenu une habitude chez les hommes…et les dragons aussi.

Cette dernière remarque renvoya encore une fois la jeune femme à ses souvenirs de la guerre. Elle se rappelait comment le dragon avait pénétré son esprit avec une facilité déconcertante. Il avait eu le pouvoir de la détruire, de balayer tous ses espoirs mais il n’en avait rien fait. Il était mort, elle l’avait tué. Abysse haussa une nouvelle fois les épaules.

- Je ne vois pas pourquoi je t’aurais avoué savoir protéger mon esprit. Si tu l’as appris, c’est que tu as cherché toi-même à le savoir, fit-elle d’un ton dédaigneux. Elle rajouta rapidement, Et puis l’on m’a appris à ne jamais faire confiance aussi facilement, tu devrais faire de même.

Elle croisa les épaules sur sa poitrine, son regard s’était fait plus dur. La sensibilité soudaine dont faisait preuve le jeune homme la repoussait. Sous l’emprise de l’alcool, sa langue se déliait et sa méfiance s’émoussait dangereusement. En d’autres circonstances, Abysse aurait su saisir l’occasion de lui tirer des informations. Seulement, maintenant, elle cherchait à retrouver le jeune homme qu’elle avait croisé dans la taverne, celui qui était sûr de lui et qui la défiait sans cesse du regard. Abysse soupira. Ils étaient parvenus au pied du rempart de la cité. Oryon s’assit maladroitement sur une botte de paille qui gisait là. Restant debout, la jeune femme le fixait d’un regard morne.

- Sachez, ma chère, que je vous suis très reconnaissant de bien vouloir me laisser la vie sauve.

Et il éclata d’un rire franc. Abysse leva les yeux au ciel, ses lèvres s'étirèrent en un sourire amusé. Elle retrouvait enfin le jeune homme de la taverne, fringant et prompt à la plaisanterie.

- Et que tu me tutoies aussi d'ailleurs, fit-il, toujours d’un ton rieur. Je sais très bien que tu mentais en disant que c'était parce que j'étais trop... Heu... Précieux... Mais pour te remercier, je ne vais pas te tuer non plus... Tu m'es bien trop précieuse... Aussi.

Elle le dévisagea un instant. Dans la position présente, elle le dominait de toute sa hauteur. Nul doute que l’idée de la tuer avait traversé l’esprit du dragonnier. Abysse ne doutait pas qu’il aurait très bien pu y parvenir. Elle ne possédait sur elle aucune arme en dehors de son poignard et avait laissé tous ses poisons à l’auberge. Le dragonnier était armé d’une épée, plus fort qu’elle physiquement et bénéficiait de l’appui d’un dragon. Abysse plissa les yeux et chassa cette dernière pensée. L’heure n’était plus aux affrontements.

- Je ne mentais pas, avoua-t-elle dans un souffle. Elle lui offrit une moue boudeuse puis détourna le regard.

- Nous sommes partis sur de mauvaises bases. Enfin, surtout toi à vrai dire. Alors commençons par les questions simples, il marqua une pause et reprit d’un ton plus autoritaire. Tu t'appelles vraiment Abysse ? Et ce que tu m'as dit, c'est vrai ? Et... Pourquoi es-tu venue me voir ? Pourquoi m'as-tu parlé ? Pourquoi m'as-tu fait sortir de l'auberge ?

Abysse soupira. Trop de questions s’enchaînaient et elle n’avait que peu de réponses à lui offrir. Elle dévisagea le jeune homme en silence. Que pouvait-elle lui répondre à tout-ceci ? Il valait mieux sans doute opter pour des demi-vérités plus convaincantes que de purs mensonges. Et puis, ce soir, Abysse ne se sentait plus vraiment le cœur à mentir.

- Je saurais si tu mens.

Il la fixait d’un air grave, une main posé sur la garde de son épée. Abysse lui renvoya son regard et ne put contenir un rire moqueur. Décidément, les airs sérieux ne lui allaient pas. La jeune femme le contempla un moment dans les ténèbres ambiantes. Seule la lueur de quelques lanternes éclairait son visage. Les ombres jouaient avec ses expressions si bien qu’Abysse ne sut s’il la fixait réellement ou non. Elle esquissa un sourire amusé, cherchant ses mots. Et puis, enfin, elle brisa le silence d’une voix douce, semblable à un murmure.

- Cela peut te paraître étrange mais Abysse est vraiment mon nom. Enfin, depuis que je parcoure l’Alagaësia. Je portais un autre nom par le passé mais c’est une autre époque et une autre vie, elle soupira. J’ai engagé la conversation avec toi parce que je savais qui tu étais et que je voulais en apprendre davantage sur toi, et cela était vrai, elle rajouta plus bas, et tu m’intéresses…Elle marqua une courte pause, à l’affût des réactions d’Oryon. Je cherchais de la compagnie pour la soirée et tu me semblais plus meilleur parti que la moitié des ivrognes de cette taverne, ajouta-t-elle avec humour. Elle lui décocha un sourire amusé avant de reprendre d’un ton plus détaché, Et pour le reste, et bien j’ai trop attiré l’attention sur nous dans la taverne, il me semblait plus judicieux de poursuivre cette conversation à l’abri des oreilles indiscrètes.

Abysse se tut un instant, perdue dans ses réflexions. Il lui fallait redresser la situation à son avantage, mener cet homme à lui accorder sa confiance. Elle se mordit légèrement la lèvre inférieure, hésitante. Elle finit par poser son regard sur Oryon. Ses yeux brillaient d’un éclat nouveau.

- Tu sais grimper ?

La jeune femme n’attendait guère de réponse à cette question. Oryon serait sans doute assez agile pour la suivre. Elle continua sur un ton mystérieux.

- Je connais un endroit idéal pour les secrets.

N’attendant pas la réponse du jeune homme, Abysse se hissa sur une motte de foin. De là, elle avisa des irrégularités dans le mur du rempart et commença à grimper. Excellente en escalade, l’exercice lui était aisé. Elle faisait montre d’une agilité surprenante et se déplaçait avec légèreté jusqu’à un repli du rempart. Abysse espérait qu’Oryon saurait la suivre. Quelques mètres plus haut se trouvait un repli dans le rempart qui offrait une vue sur les forêts environnantes. Abysse aimait parfois s’y retrouver, seule, pour contempler les étendues sauvages. L’endroit était calme et isolé. Personne ne pourrait les entendre là-bas.


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Oryon

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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mer 11 Avr 2012 - 22:06




    La douce et froide lumière de quelques lampes éparses caressait timidement le corps et le visage des deux individus. L'un en face de l'autre, la jeune femme aux teint clair dominant le jeune homme de sa hauteur, ils s'observèrent et se jaugèrent un moment, entre le jeu et le défi, entre le danger d'une confrontation meurtrière et la joie d'une rencontre amicale.

    Le nuit était belle, pensait Oryon. Belle et heureuse de ses hasardeuses rencontres. Cette jeune femme, qui qu'elle soit, avait dors et déjà allégé l'esprit du dragonnier des sombres pensées qui l'avaient poussé jusqu'à cette taverne. Cette jeune femme au visage clair et à la voix si douce, elle et ces deux verres d'alcool, l'avaient tiré de ces sombres pensées qui, probablement, n'auraient cessé de le préoccuper plusieurs jours encore. Elle, de sa charmante compagnie, avait allégée son coeur. Et quelque-part, sans que la raison ne lui soit évidente, il n'avait pas envie de la quitter. Encore un peu, se disait-il, faisant fi du danger qu'elle pouvait bien représenter. Quelques-minutes, priait-il, le regard rivé vers ses yeux couleurs saphir.

    - Cela peut te paraître étrange mais Abysse est vraiment mon nom. Enfin, depuis que je parcoure l’Alagaësia. Je portais un autre nom par le passé mais c’est une autre époque et une autre vie J’ai engagé la conversation avec toi parce que je savais qui tu étais et que je voulais en apprendre davantage sur toi

    Le ton de sa voix et le regret sincère qu'elle semblait présenter étaient convaincants. Mais aussi naïf que le dragonnier pouvait sembler, il avait traversé assez d'épreuves au cours de sa courte vie pour que prudence ne le quitte jamais. Combien de moqueries pour ses oreilles ? Combien d'insulte lorsqu'il était devenu délinquant ? Combien de haine lorsque, sale, il avait traversé quelques village en quête de miettes pour rassasier son estomac ?

    Aussi, il ne put que sourire à ces belles paroles. Un sourire franc, amical, mais qui ne parvenait complètement à cacher le doute qui était le sien. Il aurait souhaité y croire, comme il y avait presque cru la première fois. Mais aussi alcoolisé qu'il puisse être, il y avait un doute... Un petit doute... La probabilité d'un mensonge. Aussi petit le danger puisse être, il ne pouvait plus lui faire confiance.

    et tu m’intéresses…

    Le jeune homme fronça les sourcils, et n'osa sourire à des mots dont les sens pouvaient être si divers. Il était dragonnier désormais, élève de l'impératrice qui plus est. Beaucoup, pour de diverses raisons, s'intéressaient à lui. Moins longue, cependant, était la liste des prétendantes qui souhaitent autre chose de lui que richesse et puissance. Alors elle, que voulait-elle dire ? Il ne pouvait guère le deviner, et se contenta d'un regard. Il écoutait déjà la suite.

    - Je cherchais de la compagnie pour la soirée et tu me semblais plus meilleur parti que la moitié des ivrognes de cette taverne. Et pour le reste, et bien j’ai trop attiré l’attention sur nous dans la taverne, il me semblait plus judicieux de poursuivre cette conversation à l’abri des oreilles indiscrètes.

    Il faisait sombre, mais une torche illuminait les traits de la jeune femme. Ainsi, elle souriait. Oryon ne pouvait en faire autant. Pas face à cette femme qui, de toute évidence s'amusait avec lui comme elle l'aurait fait avec n'importe quel client aux poches bien pleines. Une pute de luxe, alors... Une profiteuse. Elle n'était guère du genre à s'en prendre au bourses... Pas tout de suite. Pensait le jeune homme. Le coeur d'abord, la bourse ensuite, et la vie pour finir. Trop de rois et princes s'étaient laissés avoir par de telles charmeuses.

    Pourtant, quelque-part, il n'osait abandonner l'espoir d'une véritable amitié. Alors, souriant malgré tout, il répondit avec dépit.

    - C'est une belle histoire aussi... Mais tu te mouilles moins sur celle là. Tu es plutôt intelligente en plus d'être belle alors.

    C'était sortit comme ça, naturellement. Et il ne l'avait même pas dit d'un air charmeur, bien au contraire. La jeune femme, apparemment, ne sembla pas pressée de réagir. Ou plutôt le dragonnier fut-il incapable de voir sa réaction, car déjà elle s'était reculée de quelques pas, le nez vers le ciel, et il ne vit d'elle que ses deux yeux brillants d'une étonnante fougue lorsqu'elle lui dit d'un air joueur.

    - Tu sais grimper ?

    Un premier temps, il cru avoir mal entendu. Grimper ? Cette femme ? Après ça, rien ne pourrait plus l'étonner. Mais qui était-elle donc pour disposer d'autant de talents ? Une femme à l'esprit si agile, aux réflexes si prompts...

    Un large sourire au lèvre, le jeune homme bondit en avant pour observer la direction qu'elle prenait. Une botte de foin: Bien, cela ne devrait pas être trop compliqué. La muraille ensuite. Une autre paire de manche. Quoi qu'Oryon n'était pas mauvais grimpeur, il avait toujours préféré les arbres aux murailles. Qu'importe, il aimait les défis. Bourré ? Soit, cela rendrait l'opération plus amusante encore.

    Observant la jeune femme, il ne rata pas une miette du spectacle d'agilité qu'elle lui offrit. Ce n'était pas tout les jours qu'il pouvait observer les prouesse d'une femme, en dehors de l'impératrice. Quoiqu'elle n'était pas vraiment, aux yeux d'Oryon, dans la catégorie des femmes: Une créatures aux super-pouvoirs et à la couleur de peau changeante. Un monstre quoi... Mais un monstre bien sympathique... La plupart du temps.

    - Mais t'es quoi en fait ? S'exclama-t'il alors que l'inconnue arrivait à son but et qu'Oryon, après s'être trop longtemps rincé l'oeil, s'était enfin décidé à se hisser sur la botte de paille. Une espionne sur-entraînée d'un autre pays ? Une elfe déguisée en humaine ? Une acrobate-danceuse-chanteuse ?

    Après quelques instants d'observation, il se lança à son tour. Les prises n'étaient pas si difficiles à saisir, après tout. Ce qui posait un problème, pensa-t'il. Peut-être préviendrait-il le général responsable de la défense de Dras-Leona la prochaine fois qu'il le verrait.

    Rapidement et sans qu'il n'ai trop à peiner de son état éthylique, le jeune homme se hissa dans l'étroit espace qu'occupait déjà Abysse. Il y faisait une obscurité à coupé au couteau. Si sombre, même, qu'ils ne pouvaient deviner de l'autre que la silhouette lorsqu'elle se distinguait du fond clair de la prairie qui s'étendait au pied des remparts. Un peu plus loin, une sombre lisière marquait le début de la forêt. Et sur le côté, on devinait les reflets claires de la lune sur le lac Leona.

    Un sourire aux lèvres, que sans doute la jeune femme ne put distinguer, le dragonnier observa l'horizon. Un instant, par accident, il posa sa main à plat contre la jambe de l'inconnue. Un rire, il s'excusa, s'écarta pour lui laisser un peu plus de place et lui dit.
    - C'est vrai que c'est très beau. Je ne connaissais pas. Merci...

    Dommage, pensait-il, qu'il fasse si sombre. Il ne pourrait distinguer d'Abysse que son agréable présence. Cet esprit qu'elle ne cessait d'étendre autour d'elle, parfois jusqu'aux frontières de celui du jeune homme qui, de son côté, s'amusait de ses réactions en approchant et retirant son esprit des région qu'elle occupait déjà. Innocemment, comme s'il ne le faisait pas exprès.

    - J'aime beaucoup aller en forêt. Chasser. Il marque une courte pause et ajouta d'un air amusé. Et je préfère grimper aux arbres qu'aux murs.

    Il bougea légèrement pour rectifier sa position, assis contre une paroi à la surface irrégulière, puis continua.
    - En fait, je n'aime pas la ville. Sauf la nuit. Les gens sont désagréables... À moins d'être bien né... Ou dragonnier... La ville, en fait, je la préfère la nuit. Quand il n'y a personne.

    Alors il chercha la jeune femme du regard, et réalisa qu'il ne distinguait même pas sa silhouette. Il aurait put user d'un sort pour y voir plus clair, mais son esprit suffisait à lui offrir une idée assez clair de ce qu'elle faisait et où elle se trouvait. Car malgrés tout, il se devait de rester prudent.

    - Tu es douée en magie. Tu pourrais rejoindre l'école de magie haut la main tu sais. Je suis sûr qu'ils trouveraient un moyen de... Soigner ce que... Il hésita un instant, et reprit.

    - Ce qui t'es arrivé. Tu sais ce que c'est n'est-ce pas ?

    Au moins, sur ce sujet, un mensonge serait plus hardu à tisser. Peut-être se déciderait-elle enfin à dire la vérité.



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Abysse Yclette


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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mer 11 Avr 2012 - 23:59


- C'est une belle histoire aussi... Mais tu te mouilles moins sur celle-là. Tu es plutôt intelligente en plus d'être belle alors.

Abysse haussa les épaules et ne prie pas la peine de répondre. Les compliments, elle n’en avait cure. Quant à la méfiance du jeune homme, elle la comprenait. Détournant habilement la conversation, elle invita Oryon à la suivre. Escaladant avec grâce et agilité, la jeune femme se hissa sur un promontoire dans le rempart. Ce dernier se dérobait aux regards et offrait une vue imprenable sur les étendues qui bordaient Dras-Léona. On pouvait même apercevoir la surface limpide du lac. Abysse sentit Oryon l’observer en contrebas, hésitant toujours à la suivre. Il lui lança quelques questions sur le ton de la plaisanterie. Elle ne prit pas la peine d’y répondre et continua son habile ascension.

Parvenue au promontoire, Abysse put apercevoir le jeune homme qui tentait tant bien que mal de la suivre. Il était puissant et relativement habile. Seulement, ce soir, il avait ingurgité près d’un litre d’alcool en l’espace de quelques minutes. La jeune femme se surpris à se mordre les lèvres tandis qu’Oryon entamait son escalade. A plusieurs reprises, il manqua de tomber, vacillant sur ses prises aventureuses. Lorsqu’il fut presque parvenu à sa hauteur, Abysse lui se saisit de sa main et l’aida à se hisser jusqu’à elle. Oryon s’installa rapidement à ses côtés, partageant l’espace étroit comme il le pouvait. L’obscurité était presque complète et les deux jeunes gens devinaient plus leur présence mutuelle qu’ils ne la voyaient. Abysse tressaillit lorsqu’elle sentit la main du dragonnier se poser sur sa jambe. Il la retira aussitôt avec un rire nerveux et s’installa plus loin. La jeune femme ramena ses jambes contre sa poitrine et se serra contre le pan de mur opposé.

- [b ]C'est vrai que c'est très beau. Je ne connaissais pas. Merci... [/b]

Il contemplait l’étendue sauvage qui s’étendait à ses yeux. Abysse suivit son regard se perdre au loin. Elle esquissa un sourire, léger. Dans l’obscurité, il ne pouvait certainement pas le percevoir mais la jeune femme irradiait d’un calme surprenant. Elle aimait à se perdre dans ces paysages qui bordaient la capitale léonnienne. Abysse hésita un instant à tendre son esprit vers le jeune homme mais elle se ravisa. De peur d’interrompre la quiétude du moment, Abysse lui répondit d’un ton bas, semblable à un murmure.

- Parfois, je perds des heures entières à admirer ces paysages de là-haut, loin du vacarme de la cité, elle se tourna vers lui bien qu’elle put à peine deviner son visage dans l’obscurité. Je compte sur toi pour garder cet endroit secret des gardes.

Dans la pénombre, elle esquissa un nouveau sourire. Cette fois-ci, elle était certaine que le dragonnier n’avait pu le percevoir. Songeur, Oryon semblait s’être perdu dans ses pensées. Et ce fut d’une voix lointaine qu’il évoqua de vagues souvenirs. Abysse l’écouta en silence, l’invitant à poursuivre.

- J'aime beaucoup aller en forêt. Chasser. Et je préfère grimper aux arbres qu'aux murs, il marqua une légère pause et la jeune femme le sentit s’agiter, sans doute pour rectifier sa position. En fait, je n'aime pas la ville. Sauf la nuit. Les gens sont désagréables... À moins d'être bien né... Ou dragonnier... La ville, en fait, je la préfère la nuit. Quand il n'y a personne.

Abysse ferma les yeux et huma l’air frais du soir. Elle y percevait les doux effluves des sous-bois environnants, celle plus lointaine de la ville et une autre plus proche, plus envoûtante. Le parfum d’Oryon envahissait simplement les environs. Abysse plissa le nez, cherchant à se dégager de cette odeur pour d’autres plus familières. Elle finit par abandonner et perça le silence d’une voix douce, perdue en d’autres lieux.

- J’aime, parfois, me promener dans la ville et me fondre dans les foules. On y apprend tellement de choses. Mais toutes ces informations à récolter, les odeurs, les cris, les murmures, c’est fatigant. Alors j’aime à méditer seule, ici. Parfois, lorsque l’occasion me le permet, je m’aventure également dans les sous-bois. Je sais chasser, aussi, mais cela fait tellement longtemps que je n’en ai pas eu l’occasion.

Et l’on sentait une pointe d’amertume dans la voix d’Abysse. Elle était sincère et ne cherchait en rien à se dissimuler. Elle ne jouait plus, plus pour l’instant du moins. La jeune femme soupira, resongeant à ses devoirs et ses véritables objectifs. Pourrait-elle considérer en d’autres circonstances cet Oryon comme un allié ? Vos ennemis vous renforcent. Vos alliés vous affaiblissent. Pernicieuse, la voix de ses précepteurs la rappelait à l’ordre. Elle était bel et bien seule et nul ne pouvait la soulager de son fardeau. Non, cet homme, elle devait avant tout le considérer comme un atout intéressant. Oryon brisa le silence. Confirmant ses propres pensées, il revint à la charge et reporta le sujet sur les secrets qu’elle lui dissimulait.

- Tu es douée en magie. Tu pourrais rejoindre l'école de magie haut la main tu sais. Je suis sûr qu'ils trouveraient un moyen de... Soigner ce que... Il hésita puis reprit d’un ton plus assuré. Ce qui t'es arrivé. Tu sais ce que c'est n'est-ce pas ?

Abysse soupira. Dans la pénombre, ses épaules s’affaissèrent. Elle repensait à cette brûlure dans son épaule, la douleur qui l’avait transpercée lorsqu’elle avait voulu enflammer la brindille. A nouveau, ses peurs tentèrent de l’envahir. Elle les repoussa avec violence.

- Je le sais, oui, trop bien même, et elle ne put retenir un frisson à ces mots.

Abysse se tourna vers le jeune homme. L’étroitesse du promontoire l’empêchait de lui faire face. Elle chercha cependant son regard et le trouva au bout de quelques secondes. Elle se mordit la lèvre inférieure, hésitante. Pouvait-elle seulement lui confier la vérité, même à demi voilée ? Elle avait peur des représailles si elle se trahissait. Pouvait-elle seulement faire confiance à cet homme qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant ? La seule créature pour laquelle Abysse possédait une confiance aveugle, c’était Hotto, l’Or’hen. Il était le compagnon de voyage de la jeune femme et avait combattu à ses côtés durant la guerre. Jamais Hotto ne lui avait posé de question sur son passé. Patiemment, il attendait qu’elle lui confie d’elle-même quelques bribes de son histoire. L’Or’hen et la jeune femme s’appréciaient mais jamais ils ne revenaient sur leur passé.

- Ce que je vais te confier, nul ne le sait, Oryon, elle soupira et reprit, légèrement désorientée. Je ne vois même pas pourquoi je devrais te le dire d’ailleurs.

Machinalement, les mains d’Abysses s’était enlacées, recroquevillées l’une dans l’autre. Elle les frottait doucement. Elle ne savait réellement plus ce qu’elle devait faire. Lentement, elle sentait l’emprise sur les évènements lui échapper. En temps normal, Abysse tentait tant bien que mal de contrôler toutes les situations auxquelles elle était confrontée. Pourtant, cette nuit, elle préférait se laisser bercer par le hasard, doux inconnu. L'inconnu est autour de nous à chaque moment. C'est là que tu dois rechercher la connaissance. Pour la première fois depuis longtemps, la jeune femme tomba d’accord avec les préceptes de ses anciens maîtres. Elle brisa le silence d’une voix blanche, terriblement distante.

- Pour commencer, tu as raison, je ne suis pas plus humaine que toi depuis que tu t’es lié à un dragon, elle marqua une brève hésitation, à l’affût des réactions d’Oryon puis reprit sur le même ton. Je suis une des rares survivantes d’une race ancienne vivant recluse au plus profond du désert, bien au-delà des cartes les plus élaborées de l’Alagaësia.

Jusque-là, elle lui racontait la stricte vérité. Mais pouvait-elle lui exposer les véritables raisons qui l’avait poussée jusqu’en ces terres ?

- Seulement un mal terrible a ravagé notre civilisation. Ayant choisi de me réfugier en Alagaësia, je représente désormais une des dernières enfants des Premiers Hommes.

A présent, Abysse ne cherchait plus le regard du dragonnier. Elle le fuyait. La jeune femme aurait voulu fermer totalement son esprit, oublier l’odeur entêtante d’Oryon et l’effaçait de son esprit. Elle en était pourtant incapable. Sa présence prenait sans cesse plus d’envergure et envahissait tous ses sens. Tentait-il de percer ses défenses mentales ? Rien n’était moins sûr. Les sensations de la jeune femme étaient complètement brouillées. Abysse secoua doucement la tête, tentant de reprendre ses esprits. Restait le moment décisif où elle devait définitivement convaincre Oryon, lui apporter une preuve intangible sur ses origines. La jeune femme remonta lentement une de ses manches jusqu’à son épaule. Elle ferma les yeux pour fuir les prochains regards que lui lancerait le dragonnier.

D’ordinaire, les lignes étaient invisibles le jour. Seulement, la nuit, elle brillait d’une pâle lueur. Ces dernières prenaient naissance au creux de ses reins, remontait le long de sa colonne et se séparaient à la naissance de sa nuque vers ses épaules. Sous l’effet de sa tentative magique, l’une d’elle s’était étirée jusqu’à la courbure de son épaule et le début de son bras, causant la vive brûlure qui l’avait envahie. Abysse ne doutait pas un instant que le jeune homme pouvait clairement percevoir la ligne luire doucement dans la pénombre.

- Ce sont des lignes de vie, son ton n’était qu’un murmure, à peine inaudible. Lorsqu’elles recouvreront mon corps alors je trouverais la mort. Et Abysse ne put s’empêcher de frissonner, sa voix se brisa. En-là reposait sa plus grande angoisse : la mort. Elle reprit sur un ton moins assuré qu’auparavant. C’est un sort ancien qui me lie à mon peuple. En voulant user de la magie, tout à l’heure, l’enchantement s’est éveillé et les lignes se sont étirées. A ce moment-là, je…j’ai réagis violemment.

Et sa voix se brisa définitivement. Abysse recouvrit rapidement le pan de bras dénudé pour en dissimuler l’affreuse lueur. Elle venait de lui laisser entrapercevoir ses peurs les plus profondes. Evidemment, Oryon ne pouvait les comprendre totalement. Il était dragonnier et par conséquent jouissait d’une quasi-immortalité, à l’instar des elfes. La jeune femme resserra ses bras autour de ses jambes et posa le menton sur ses genoux. Recroquevillée sur elle-même, elle paraissait insignifiante.

- Dernière représentante de mon peuple, ou presque, certains me considèrent comme une rareté intéressante. Si je t’ai menti, c’était avant tout pour me protéger. Je…je ne tiens pas à attirer davantage l’attention sur moi.

Et pour cela, c’était d’avance un échec. L’aspect même de la jeune femme constituait une attraction pour les humains. Sa chevelure blanche, ses yeux trop bleus pour être vrais. Autrefois, Abysse avait bien tenté de recouvrir une apparence plus commune, sans succès. Et puis, elle s’était résolue à assumer ses véritables origines, créant quelques mensonges habiles pour les dissimuler. Seulement, cette fois-ci, elle ne se cachait plus. Oryon pouvait l’apercevoir telle qu’elle était. Faible et en proie à une peur indicible et profondément ridicule. Abysse se mordit la lèvre inférieure, fronçant les sourcils. Décidément, ce jeune homme avait le don de la pousser dans ses derniers retranchements. Elle se tourna vivement vers lui et tenta de trouver son regard.

- Et maintenant que je t’ai confié ce que nul autre ne sait, je vais devoir te tuer.

Elle lui offrit un sourire mystérieux tandis qu’elle se penchait vers lui. Elle scrutait l’obscurité à l’affût de son regard. Il lui était si facile désormais de l’éliminer. Une mauvaise chute était si bien arrivée. Son instinct pourtant lui hurlait le contraire. Elle ne devait pas le tuer, pas maintenant.


La Vérité se cache au fond du Verre [PV] 227434116v211
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Dernière édition par Abysse Yclette le Lun 16 Avr 2012 - 14:56, édité 2 fois
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Oryon

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Oryon
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Jeu 12 Avr 2012 - 18:39




    Quelques instants la jeune inconnue prit la peine d'expliquer les raisons pour lesquelles, parfois, elle aimait venir ici, à contempler l'horizon. La vue n'était certes pas aussi belle que celle dont on pouvait profiter depuis le toit de la plus haute des tours, ou encore depuis le balcon dont usaient les dragons pour décoller et atterrir, et cela n'était guère comparable non plus à la vue dont pouvaient profiter les dragons et leurs compagnons lorsqu'ils s'élançaient vers des cieux toujours plus hauts, mais l'endroit avait quelque chose de particulier malgré tout. Le silence, la simplicité, du haut de ce pic, ils étaient seuls au monde. Ici comme au sommet d'une montagne, la ville d'un côté, la nature de l'autre, on devinait au regard qu'ils jetaient au loin la nostalgie d'une vie perdue. Un passé auxquels ils avaient dû tourner le dos.

    Ainsi donc Abysse aimait la chasse, pensa le jeune homme. Cela leur faisait un nouveau point commun, un de plus dans la longue liste des mensonges qu'elle avait tissé à son intention. Une coïncidence par invention. Malgré tout l'attrait qu'il avait pour elle, malgré le désir qui, encore, le maintenait en sa compagnie, il s'attristait de ne pouvoir y croire. Elle, comme tant d'autres, avait fait la preuve de sa malhonnêteté.

    - Ce que je vais te confier, nul ne le sait, Oryon. Je ne vois même pas pourquoi je devrais te le dire d’ailleurs.

    Ainsi donc elle lui livrerait un nouveau secret. Un nouveau mensonge, peut-être, mais le ton de sa voix, l'hésitation qui la paralysa, laissait croire le contraire. Pour une fois, pour une première fois, peut-être, elle s'apprêtait à dire la vérité. Et Oryon, sans montrer ni hâte ni dépit, y prêta une oreille attentive. Peut-être au moins pourrait-il faire quelque-chose pour l'aider. Car elle ne pouvait avoir feint la douleur qui, dans l'auberge, l'avait paralysée. Le contre-coup du sort avait été, à la différence de ses dire, d'une cruelle réalité. Une part de sa véritable existence. Douloureuse de toute évidence.

    - Pour commencer, tu as raison, je ne suis pas plus humaine que toi depuis que tu t’es lié à un dragon

    Oryon expira soudainement. Personne n'avait jamais osé lui dire, jusqu'alors, qu'il n'était plus humain. Toujours on avait parlé de ses pouvoirs comme de dons, d'avantages, de talents, mais il ne pouvait imaginer être devenu un autre genre d'être, d'une autre espèce tout du moins. Ces mots n'étaient pas facile à encaisser, d'autant qu'il repensa soudain à l'idée qu'il avait de Myad. Ainsi, ce qu'il pensait d'elle, d'autres gens le pensaient de lui. Comme si ses oreilles et sa cicatrice ne suffisaient pas... Yäwé était devenu un nouveau motif d'exclusion.

    Il aurait voulu lui crier que lui, comme elle, étaient bien des humains. Un peu différents, particuliers, qu'ils n'avaient rien à envier aux gens normaux. Mais de peur que cela la rende soudain moins loquace, il préféra rester silencieux et écouta la suite, la mâchoire serrée et les sourcils froncés.

    - Je suis une des rares survivantes d’une race ancienne vivant recluse au plus profond du désert, bien au-delà des cartes les plus élaborées de l’Alagaësia.

    Pour une surprise, ce fut une surprise. Et si son visage était dans l'ombre, le jeune homme ne put retenir un mouvement soudain. Une autre race ? Une race éteinte en plus ? Passé la surprise, il fronça un peu plus les sourcils, réalisant qu'elle se foutait à nouveau de lui. Un mensonge en suivait un autre, et chacun semblait plus gros que le précédent.

    - Seulement un mal terrible a ravagé notre civilisation. Ayant choisi de me réfugier en Alagaësia, je représente désormais une des dernières enfants des Premiers Hommes.

    Oryon observait la jeune femme à la recherche de son regard, mais celle ci le détournait avec entêtement. Cela ne pouvait être vrai, pensa-t'il. Ces cheveux si particuliers, la couleur de ses yeux, son harmonieux physique, pouvaient corroborer ses dire, mais de là à la prétendre d'une autre race, il ne pouvait y croire. Pas encore.

    - Alors tu penses pouvoir me rouler deux fois ? Murmura-t'il d'un air déçu en détournant les yeux de cette mythomane qui, elle même, n'osait plus croiser son regard.

    Mais il ne put s'empêcher d'observer lorsque soudain une curieuse et pâle lumière émana de son bras. C'était une ligne, constata-t'il en s'approchant, étonné, pour mieux la distinguer. Une ligne de lumière qui glissait le long de son épaule et se perdait à l'abris de ses vêtements. Celle-ci était, de toute évidence, la source de nombreux maux pour l'inconnue. Il ne tarderait pas à savoir pourquoi. Mais il ne put s'empêcher en attendant de la voir comme l'une des particularités qui rendaient cette jeune femme si étonnante, attrayante. Il y avait quelque-chose de sensuelle, d'agréable, dans la manière dont le ligne glissait le long de son corps, dans la froide lueur qui en émanait... Mais il ne pouvait vraiment se réjouir ou même apprécier ce qui semblait être la source de tant de douleurs.

    - Ce sont des lignes de vie. Lorsqu’elles recouvreront mon corps alors je trouverais la mort. C’est un sort ancien qui me lie à mon peuple. En voulant user de la magie, tout à l’heure, l’enchantement s’est éveillé et les lignes se sont étirées. A ce moment-là, je…j’ai réagis violemment.

    La jeune femme, avec une rare sincérité, souffrait de son état. Sa peur, sa honte, son chagrin, transparurent au travers de leurs esprits adjacents et Oryon se sentit soudain comme envahit des mêmes impressions. Il compatissait de tout son coeur, de toute son âme, au point même qu'il aurait soudain souhaité être ailleurs, au point même qu'il aurait souhaité avoir le don de la soigner de son mal, quel qu'en fusse le prix.

    Le doute s'en était allé. Peut-être voulait-elle encore le rouler. Mais il n'y croyait plus. Et quant bien même ce ne fut que mensonges, il ne pouvait prendre le risque. La douleur semblait trop grande. Réelle ou non, les mots n'auraient guère de prix.

    - Dernière représentante de mon peuple, ou presque, certains me considèrent comme une rareté intéressante. Si je t’ai menti, c’était avant tout pour me protéger. Je…je ne tiens pas à attirer davantage l’attention sur moi.

    Ça se tenait, pensa-t'il vaguement. Ce n'était pas vraiment plus crédible que le premier mensonge qu'elle avait montée... Et même plutôt moins. Mais un instant, il refoula avec force la part de lui qui lui disait de la haïr pour la confiance qu'elle avait brisé. Il ne voulait pas, ne pouvait pas, l'abandonner.

    - Mais nous sommes humains. Ni plus ni moins. La magie nous rend différents, c'est tout.

    Maladroitement, il voulu s'approcher d'elle. Un léger sourire aux lèvres, il chercha son regard, et l'obtint de la plus soudaine des manières.

    - Et maintenant que je t’ai confié ce que nul autre ne sait, je vais devoir te tuer.

    Instinctivement il eut un mouvement de recule et porta une main sur le pommeau de son épée, prêt à la dégainer. Il avait peur, soudain, franchement, peur... Sans même que la raison lui semble claire. Il y avait quelque-chose, en son fort intérieur, qui lui soufflait de fuir. Son instinct, qui jamais ne l'avais trompé, le laissait figé. La personne qui lui faisait face était, définitivement, indéchiffrable.

    Et puis, le coeur tambourinant, son regard apparu à la lueur de la lune. Elle ne voulait pas le tuer, ou bien... Il n'en savait rien. Il ne pouvait le savoir. La lumière était insuffisante pour que ses intentions soient claires. Alors il aurait dut la tuer, ou bien fuir, mais il n'en fit rien. Il y avait dans sa voix, dans la manière dont elle s'approchait, quelque-chose d'irrésistible, quelque-chose d'animal. Et il y avait en lui un autre animal qui lui disait de rester, de tenir la position, de combattre. Il était plus fort qu'elle... Et il était bien décidé à le lui montrer.

    D'un geste calculé il se mis à genoux. Sous ses pieds, une brique se détacha pour aller se fracasser en contrebas, beaucoup plus bas. Une chute, d'ici, serait sans merci. Mais il n'avait pas peur et, sur ses appuis, esquissa même un sourire. Elle était juste là, face à lui, dangereuse... Excitante.

    - Décidémant, c'est une manie ! Dit-il d'un ton joueur, attentif aux faits et gestes de son adversaire. Légère, elle ne pourrait vaincre à la lutte, mais elle avait fait la preuve de son agilité. Il ne pouvait prendre de risque inconsidérés.

    - Puisqu'on ne peut pas discuter tranquillement.

    Alors le jeune homme prononça trois mots en ancien langage et les deux individus purent sentir leurs poignets se diriger vers ceux de l'autre. Le poignet droit de l'un contre le poignet gauche de l'autre, et vis vers ça, de sorte qu'ils ne pouvaient plus les en séparer de plus de quelques centimètres sans qu'une puissante force ne s'y oppose.

    La force en question, Oryon le savait bien, épuiserait ses réserves d'énergies, mais il avait toute confiance en ses capacités pour maîtriser la jeune femme. Sa force physique, ajoutée à ses réserves mentales, ne lui donneraient sans doute pas trop de peine. Il l'espérait. D'autant qu'elle ne pouvait même pas user de contre-sorts contre lui. Dans cette position, son agilité ne lui serait d'aucune utilité, s'amusa-t'il en lui présentant un sourire joueur, déjà vainqueur.

    - Pour commencer, tu vas arrêter de gigoter. Dit-il en écartant ses bras de sorte que, mécaniquement, ceux de la jeune femme suivent le mouvement, hors de portée de sa dague, et que leurs bustes se rapprochent l'un de l'autre.

    - Bourré comme je suis, ce serait dommage de faire un faux pas. D'un geste brusque, il fit mine de basculer, avant de se ressaisir. Ouf ! C'est pas passé loin.

    Les bras en croix, leurs corps n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, et Oryon profitait d'une agréable vue sur le décolleté de la jeune femme. Une situation des plus agréable pour le jeune homme qui, découvrant l'odeur et la douceur de l'inconnue, ne cachait plus son plaisir.

    - Tu pensais vraiment pouvoir tuer un dragonnier ? Non... Bien sûr que non. Mais comme tu es intelligente, tu savais où ça nous mènerait. Petite coquine...

    Alors le jeune homme voulu tenter une nouvelle forme de jeu, et approcha avec force son esprit de celui de la jeune femme, jusqu'à l'entourer complètement, jusqu'à l'en repousser dans ses derniers retranchements. Une telle attaque, pour les gens habitués à étendre leur esprit, donnait souvent une sensation de faiblesse, de malêtre, ou même de claustrophobie. Pour être honnête, une fois encore, le jeune homme ne bouda pas son plaisir, et goutta avec attentions aux moindres réactions de l'inconnue, jusqu'à sa respiration haletante, jusqu'au rythme de son coeur. Il aimait sa présence... Et dans cette situation plus qu'aucune autre, il la ressentait de multiples manières.

    - Le sort qui t'as fait souffrir. Il pourrait être rompu tu sais ? Il n'y a pas de sort sans contre sort. Et puis même, ces lignes, tu ne sais pas quand elles arriveront au bout... 'Tout ton corps', c'est vague comme concept. Tu pourrais vivre encore longtemps. Disait-il, le regard plongé dans celui de l'inconnue, tout en luttant pour ne lui laisser aucune marge de mouvement.

    - Mais comme tu semblais curieuse de savoir comment défendre ton esprit. Laisse moi te présenter... Tu es chanceuse... La leçon numéro UN... De l'impératrice elle même. Une fois les barrières de ton esprit franchies, d'un simple mot, je pourrais te tuer, te faire rire, te faire souffrir, pleurer... Ou plus encore.

    Et le jeune homme, sans aucune retenue, entreprit de forcer les défenses psychique de la jeune inconnue.



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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Jeu 12 Avr 2012 - 22:14


« Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort. »

A trop hésiter, l’on finit par se faire devancer. Abysse venait de creuser son propre piège. Alors que la jeune femme se rapprochait dangereusement du dragonnier, ce dernier s’était redressé et prenait ses prises sur l’étroit promontoire. Abysse, quant à elle, ne savait encore ce qu’elle allait faire. Une pulsion meurtrière la poussait à détruire cet homme qui en savait tant sur elle. Une autre plus douce aux racines plus profondes et mystérieuses l’incitaient à creuser davantage le lien qu’elle venait de tisser. Et tandis qu’Abysse oscillait entre ses sentiments, le jeune homme se saisit de la situation. Trois mots furent à peine prononcés qu’elle perdait le contrôle de son corps. Avant qu’Abysse n’ait pu réalisait ce qu’il lui arrivait, ses poignets se trouvaient joints à ceux du dragonnier. Elle ne pouvait pas esquisser un geste sans rencontrer sa propre résistance. Ils étaient liés et l’un ne pouvait plus se mouvoir sans l’autre.

Abysse ne doutait pas un instant qu’Oryon aurait physiquement le dessus sur elle. Elle le dévisagea, la lèvre supérieure légèrement retroussée en un rictus haineux. Elle dardait sur lui un regard farouche. Les rôles s’étaient inversés. La proie, c’était elle. A l’instar d’un animal pris au piège, la jeune femme cessa de se débattre et commença à analyser toutes les éventualités qu’il lui restait. Elle possédait encore ses dents pour l’égorger mais serait-elle seulement assez vive pour le surprendre et l’empêcher de parer ? Habituellement, Abysse usait de ses jambes comme de véritables armes. Hélas, assise comme elle l’était sur ce promontoire trop étroit, elle ne pouvait guère en user à sa guise. Abysse se contenta donc de dévisager son nouvel adversaire d’un regard froid et calculateur. Elle lui ferait payer en temps voulu.

- Tu pensais vraiment pouvoir tuer un dragonnier ? Non... Bien sûr que non. Mais comme tu es intelligente, tu savais où ça nous mènerait. Petite coquine...

Abysse se retint de lui cracher au visage. Le jeune homme en aurait certainement tiré un malin plaisir. Il était devenu évident qu’il se plaisait à la voir ainsi entravée, impuissante. Il aimait chasser. Elle le sentait se pencher sur elle, son haleine empestant l'alcool. La jeune femme se contenta de lui renvoyer une moue méprisante et détourna le regard, manifestement indifférente.

- Je crois qu'au contraire c'est toi qui a eu ce que tu voulais…souffla-t-elle à l’adresse de la nuit qui se déployait sous eux.

Elle tentait d’insinuer un doute, léger, dans l’esprit du dragonnier. Peut-être avait-elle calculée tout cela ? Peut-être attendait-elle délibérément qu’il cherche à se rapprocher d’elle, à la croire en son pouvoir pour mieux le renverser. Il fallait qu’elle amène cet homme à douter. Alors, rapidement, Abysse se composa une expression calme, sereine. Elle ne doutait pas de ses capacités, jamais.

- Le sort qui t'as fait souffrir. Il pourrait être rompu tu sais ? Il n'y a pas de sort sans contre sort. Et puis même, ces lignes, tu ne sais pas quand elles arriveront au bout... 'Tout ton corps', c'est vague comme concept. Tu pourrais vivre encore longtemps.

La jeune femme se tourna vivement vers lui et le dévisagea dans la semi-pénombre. Que lui était-il passé par la tête pour qu’elle en vienne à se confier à lui ? Elle avait agi déraisonnablement et désormais elle avait perdu le contrôle de la situation. Si il y avait bien une chose qu’Abysse détestait plus que tout, c’était perdre pied, sentir les évènements se dérober sous elle. Calmant ses nouvelles craintes, elle se contint au calme et jeta un regard placide au dragonnier. Lentement, son pouls reprenait un rythme acceptable.

- Tu ne comprends même pas, répliqua-t-elle, méprisante au possible. Ce sort m’a permis de survivre là où tout mon peuple a été décimé.

Et, une fois de plus, il s’agissait d’une demi-vérité. Sans cet enchantement, elle n’aurait pu survivre près d’un demi-siècle sans craindre les caprices du temps. Elle plissa les yeux et fronça les sourcils, offrant une moue pensive.

- C’est vague, en effet. Il doit me rester une bonne vingtaine d’années, un demi-siècle tout au plus, elle marqua une pause et lui dévoila un sourire carnassier. Bien assez pour te voir échouer, précédant le naufrage de l’Empire.

Elle haussa un sourcil et leva le menton en signe de défi. Elle en savait bien davantage qu’elle n’avait voulu le laisser entendre. Elle connaissait certains secrets de l’Empire qui n’étaient guère encore parvenus aux oreilles de l’apprenti de l’Impératrice. Attisant sa curiosité, Abysse cherchait à reprendre lentement la maîtrise de la situation. Il fallait que cet homme éprouve le besoin de la garder en vie, d’en apprendre davantage. Oryon ne lui laissa cependant pas le temps d’approfondir ses menaces. Chassant ses dernières paroles comme l’on ferait d’un ennui passager, il revenait à la charge.

- Mais comme tu semblais curieuse de savoir comment défendre ton esprit. Laisse-moi te présenter... Tu es chanceuse... La leçon numéro UN... De l'impératrice elle-même. Une fois les barrières de ton esprit franchies, d'un simple mot, je pourrais te tuer, te faire rire, te faire souffrir, pleurer... Ou plus encore.

Impassible, Abysse ne lui offrit pas le plaisir de lire une expression sur son visage. Elle lui renvoyait une image calme et distante. Son esprit était ailleurs, plongé au plus profond de lui-même, il préparait ses défenses. La jeune femme ne comptait pas laisser faire Oryon et lui préparait une solide défense. Néanmoins, avant qu’elle n’ait eu le temps d’ériger toutes ses barrières mentales, elle sentit la conscience d’Oryon la percuter de plein fouet. La violence de son assaut fit trembler ses propres remparts. Serrant les dents, crispant les mâchoires, Abysse se contint au calme. Elle devait maîtriser parfaitement son corps afin de se concentrer uniquement sur son esprit. Son souffle s’était fait léger et régulier, elle n’esquissait pas le moindre mouvement. Elle demeurait attentive, prête à réagir si la situation l’exigeait.

Ses doigts légers, parcouraient le bois de l’instrument. Ils examinaient les moindres gravures, à l’affut du détail le plus infime. Ils reconstituaient mentalement la flûte d’ivoire. Et puis, vifs et rapides, ils entamèrent une danse voluptueuse. Une mélodie naissait.

Afin de protéger son esprit, Abysse s’était focalisée sur un souvenir détaché du reste de son passé. Elle ne pouvait contenir tous les assauts du dragonnier. En revanche, elle pouvait maintenir son esprit en éveil et diriger ses pensées en une seule. Tout ce que pouvait percevoir Oryon, désormais, c’était une mélodie douce et entraînante. Un morceau difficile à jouer. Abysse avait mis de nombreuses années à le maîtriser parfaitement. Les notes s’enchaînaient sans un faux accord. Le rythme semblait naître de lui-même et elle ne faisait aucun effort pour poursuivre le morceau.

A plusieurs reprises, Abysse sentit ses doigts déraper et la conscience d’Oryon s’infiltrer un peu plus profondément dans son esprit. Elle ne chercha pas pourtant à la repousser violemment et s’attela aussitôt à continuer son morceau, coûte que coûte. Jusque-là, la jeune femme se défendait avec talent. Elle savait toutefois qu’elle ne pourrait tenir indéfiniment. Lentement, le dragonnier s’insinuait dans les moindres failles de ses barrières mentales. Elle ne pouvait le repousser sans craindre d’ouvrir de nouvelles ouvertures, plus grandes encore. Et puis, la mélodie touchait à sa fin.

Il lui fallait trouver une contre-attaque efficace. Le genre d’assaut qu’Oryon ne saurait repousser et dont il serait obligé de se protéger en s’emmurant dans ses propres remparts. Seulement, si Abysse savait fermer son esprit aux autres consciences, elle était quasiment incapable de s’ouvrir à elles. Les rares fois où elle parvenait à les atteindre, c’était par un curieux hasard. Ses propres capacités se montraient erratiques, hasardeuses.

On ne peut comprendre un processus en l'interrompant. La compréhension doit rejoindre le cheminement du processus et cheminer avec lui.

Un précepte de ses maîtres lui revint à l’esprit. C’était dans l’inconnu qu’elle devait chercher la connaissance, le suivre et comprendre sa nature. Alors qu’Abysse entrevoyait enfin une possible contre-attaque, distraite, elle venait de baisser ses propres défenses. Elle sentit l’esprit d’Oryon s’infiltrer totalement dans le sien. Sensation trop familière, elle le vit fouiller allégrement dans ses souvenirs. Cherchait-il la vérité dans ce qu’elle lui avait confié ? Ou simplement comptait-il prendre possession de son corps ? Abysse se rétracta aussitôt, enfermant ses souvenirs au fond d’elle-même. Il ne lui restait plus une seule défense mentale mais elle pouvait encore brûler sa propre conscience pour se protéger, elle le savait. Sous la douleur, la jeune femme hoqueta et se pencha en avant. L’assaut mental lui provoquait une souffrance presque physique, insupportable. Elle ne pouvait le laisser la détruire aussi facilement. Elle ne pouvait se montrer aussi faible.

- Tu n’as pas le droit ! hurla-t-elle dans un élan désespéré.

Le visage d’Abysse déforma en un rictus douloureux tandis qu’elle rassemblait sa volonté brisée, éclatée en morceaux. Un grondement sourd naissait au creux de sa gorge à mesure que sa propre colère s’enflait, au risque de l’envahir totalement et de détruire les dernières bribes de conscience qui lui restait. Et ce fut dans un ultime assaut qu’elle lança une contre-attaque. La violence força Oryon à se réfugier dans son propre esprit de peur de se retrouver dispersé. Abysse ne chercha pas pourtant à lancer des attaques frontales comme l’avait fait le dragonnier. Elle ne possédait pas assez de force pour espérer ébranler ses remparts mentaux. Lentement, elle fit naître des pensées sombres et pernicieuses à la bordure de l’esprit d’Oryon.

Des images de ruines brûlantes, de villages dévastés, de cadavres gisants à même le sol. Et il y avait cette présence, sombre et mystérieuse qui emplissait chaque pensée et grondait telle une sourde menace. Elle lui envoya des images d’un palais s’effondrant, d’une femme belle comme la nuit qui hurlait. Une femme qui aurait pu être la séduisante préceptrice d’Oryon, l’Impératrice Noire. Elle hurlait à la trahison en tenant le cadavre d’un homme, un soldat qu’elle avait pu aimer. Et puis, il y avait ce rire malsain qui emplissait les ruines fumantes d’une tour. Un rire qui n’avait plus rien d’humain. Et enfin, lorsqu’Abysse sentit qu’elle venait de toucher enfin l’esprit d’Oryon, elle y insinua une ultime pensée, plus perverse encore que ses précédentes attaques.

* Les ennemis ne sont pas toujours où on pense les trouver. *

Et Abysse se retira de l’esprit d’Oryon. Elle n’avait fait que l’effleurer en surface mais elle savait que sa contre-attaque avait trouvé son but. L’exercice l’avait laissé exténuée, à bout de force. Elle haletait bruyamment et tentais de retrouver son calme. Le dragonnier, quant à lui, semblait profondément troublé mais paraissait en meilleure forme. Nul doute que l’exercice lui était familier. Il avait sans doute su créer de profondes réserves. Abysse peinait à reprendre ses esprits. Elle dévisageait Oryon avec stupeur. Elle ne parvenait pas encore à se remettre de ses dernières émotions. Son regard vide se perdait sur le visage exsangue du jeune homme. Elle ferma les yeux et secoua la tête, profondément dégoûtée d’elle-même.

- Arrête, s’il te plait.

Un murmure, léger, qui sonnait comme une capitulation.


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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Ven 13 Avr 2012 - 0:34




    Un temps le jeune homme put sentir tirer sur ses poignets les liens magique qui le liaient à l'énergique et combattive jeune femme tandis que cette dernière s'agitait. Un temps elle lui présenta la gueule enragée d'un animal dont on aurait emprisonné un membre. Il crut même, par moment, entendre quelques grognements émaner de sa gorge serrée. Et puis finalement, comme si un nouveau sort l'avait subitement calmée, elle cessa de se débattre et son visage se détendit.

    Un abandon, si tôt. Le jeune homme sembla surpris un instant mais réalisa qu'il n'en était rien. Parfaitement consciente que jamais elle ne pourrait rivaliser avec lui sur le terrain de la force brute, elle n'avait cessé de s'agiter que dans le but de renforcer un peu plus ses défenses mentales. Le tout n'était qu'une question de concentration. Et sans doute Oryon aurait put profiter de son physique pour l'affaiblir un peu plus, mais il préféra lutter à armes égales afin de lui prouver, une bonne fois pour toute, qu'elle ne pouvait rien contre lui.

    L'assaut avait été rude. Trop rude, peut-être. Un instant, il douta. Mais l'impératrice, elle même, n'avait guère pris d'avantage de tact pour l'instruire à l'art et la manière de se défendre des assauts mentaux. Il gardait de cet épisode un souvenir rude. Ce jour où, en haut de la plus haute des tours, elle avait envahit son esprit pour le priver de chacun de ses sens. Un exercice, en apparence, qui avait eut sur lui l'effet d'une véritable torture. Un exercice dont il gardait fraiche la douleur et qui avait traumatisé à jamais son tout jeune compagnon.

    Face à face, plus proches qu'il ne l'avait jamais été, le jeune homme ne pouvait plus guère profiter de la vue et de l'odeur que lui offrait la belle créature. Le visage de la jeune femme, un instant, lui avait présenté la plus monstrueuse des expression. La haine... Quelle injustice ! Elle qui avait promit sa mort, le haïr d'avoir osé se défendre. Ce jeu, si cela en était encore un, commençait à le fatiguer. On le deviner sur son visage compatissant. Au fur et à mesure des secondes, il se faisait moins enjoué. Alors qu'il perçait les défenses que la jeune femme lui opposait avec talent, il perdait en ferveur.

    Mais il était trop tard pour faire marche arrière. De cet assaut, cette démonstration de force, il devait aller jusqu'au bout. Le contraire serait un aveux d'échec. Et c'est finalement le coeur bien lourd, le visage fermé, qu'il perça ses dernières lignes de défense, mettant au jour les derniers vestiges de sa mémoire fatiguée.

    - Tu n’as pas le droit !

    * Je sais. * Lui dit-il d'une voix apaisante, comme une promesse qu'il n'irait plus loin que ce que l'exercice exigeait.

    À ce stade, il aurait put prononcer l'un des mots de mort. Ou bien la priver de ses sens comme Myad l'avait fait avec lui. Il aurait put lui procurer le plus torride des plaisirs ou la plus atroce des souffrances. Mais le jeu avait assez duré, pensa-t'il, l'âme en peine de la douleur qu'il sentait naître au plus profond de sa personne. S'il s'était cru, un moment, capable de la même cruauté que celle dont avait fait preuve Myad à son égard, il s'était trompé. Il n'était pas comme elle, pas encore, mais son comportement avait prouvé qu'il en prenait le chemin.

    Un instant, cette idée envahit son esprit, et il se sentit comme submergé d'une surprenante puissance. L'esprit d'Abysse avait profité de son écart pour reprendre le dessus, et même inverser les rôles. Il ne faisait plus aucun doute, désormais, qu'elle n'avait rien d'une débutante en la matière.

    Comme à son habitude lorsqu'il cherchait à se protéger d'assauts psychiques malveillants, le jeune homme forma le souvenir d'une partie de chasse. Un vieux souvenir, semblable à des milliers d'autres, qu'il était capable de manipuler à souhait. Comme à l'habitude, il y était seul, sale, affamé, et armé d'un arc de piètre qualité. La concentration du chasseur suffisait, généralement, à chasser l'esprit de ses assaillants. Mais alors qu'il se concentrait sur la manière dont il pourrait tromper l'odorat d'une jeune biche, d'autres images s'insinuèrent dans le fil de ses pensées.

    D'abord elles lui semblèrent n'être qu'un vague souvenir, une pensée, puis elle devinrent une sensation de déjà vu. C'était comme si son propre esprit cherchait à le prévenir d'un danger, comme si son instinct cherchait à lui livrer un message. Mais ce qu'il voyait, il le savait bien n'était en rien ses propres pensées. Aussi il ne chercha pas à s'en défaire mais, conscient qu'elles n'étaient pas de sa propre volonté, les observa avec attention. Elles ne pouvaient lui faire de mal tant qu'il ne s'en laisser pas submerger.

    Seul, l'arc en main, la forêt disparu peu à peu et laissa place à une citée en ruine, le sol jonché de morts, de gravas et de sang. En plein combat mental, il n'était guère sujet aux remords. Aussi put-il se protéger sans peine des émotions qu'Abysse avait souhaité voir naître en lui. Ces hommes n'étaient guère que des pensées, des souvenirs, peut-être, et pas des siens. Abysse était talentueuse. Le jeune homme, renfermé sur lui même, esquissa un sourire provocateur. Comme si la mort ne le touchait plus, comme s'il ne pourrait être vaincu si simplement. Car après tout, il avait été bien entraîné.

    * Les ennemis ne sont pas toujours où on pense les trouver. *

    Cette pensée, à la différence des autres, lui fit l'effet d'un verrou qu'il n'aurait jamais souhaité voir s'ouvrir. Ce n'était pas le sens des mots qui, ici, lui posait problème, mais leur origine. S'agissait-il de ses propres pensées ? Non, il en était presque sûr. Mais quelqu'un lui avait déjà tenu ce langage. Alors qui ? Qui ? Abysse. Ou un autre. S'il s'agissait d'un de ses souvenirs, elle venait de le détruire. Et il ne savait plus. Il doutait.

    Quoi-qu'il en soit, affaiblis sur son propre terrain, il n'eut d'autres choix que de redoubler d'efforts pour la chasser de son crâne. Peine perdue, elle s'était déjà retirée, épuisée, essoufflée... Il avait gagné. Mais quelle victoire décevante.

    - Arrête, s’il te plait.

    Alors qu'elle reprenait son souffle, il reprit ses esprit. Une courte seconde, et il put retenir ces quelques mots.

    - Et tu n'es pas mon ennemi ! Si ? Dit moi ! Le jeu a assez duré.

    Sa voix, pleine de reproches, pénetrait jusque dans les ruelles à contrebas. Son sourire s'en était allé, laissant place à une sincère tristesse. Et s'il n'avait pas fait cesser le sort qui liait ses poignets à ceux de la jeune fille, il ne cherchait plus vraiment à limiter ses mouvement. Au cas où, peut-être, pourrait-il éviter un coup de couteau ou de poing... Au cas où, si elle cherchait à le jeter dans le vide, il tomberait avec elle. Mais il n'y avait plus guère de volonté de combattre chez lui. Seul la sincérité comptait.

    - Je ne voulais pas te faire de mal. C'est toi qui m'a forcé. Alors dit moi ce que tu cherches à la fin ! Tu veux vraiment me tuer, c'est ça ? Tu es une meurtrière ? Pour qui travailles-tu ? C'est le Mor'ranr qui t'envoies ? Ou bien le Nomins, une des tribu du désert ? Pourquoi ?

    Il en avait assez, assez de ce jeu. Il ne voyait en elle qu'une des plus belles femmes que le hasard lui avait jamais présenté. Il voyait en elle un ami, un allié, et pourtant, la vérité éclatait au grand jour. Elle avait, de toute évidence, été envoyée pour le tuer.

    - Je t'ai fais quoi moi ? Hun ? Je t'ai regardé de travers ? J'ai cherché à t'aider ? C'est ça qui t'as ennervé ?

    Avec le temps, sa voix s'était faite plus douce, moins réprobatrice. Il cherchait moins à la punir qu'à comprendre. Il cherchait moins la vérité qu'à apaiser son propre coeur.

    - Ce jeu... Ne m'amuse plus.

    Il ne trouvait plus les mots pour exprimer ce qu'il ressentait. Il lui semblait pourtant avoir tout fait pour être agréable. Tout fait pour mériter son amitié. Alors pourquoi pour la première fois depuis qu'il était devenu dragonnier qu'une femme interessait à lui pour autre chose que l'argent, c'était pour lui ôter la vie ? Pourquoi était-il toujours rejeté ainsi ? Pourquoi ne pouvait-il pas avoir de relation simple ?

    D'abord il y avait eu ses oreilles, ses origines. Ensuite il y avait eut sa pauvreté, et aujourd'hui, dragonnier, alors que tout aurait dut sembler plus simple, rien ne s'était arrangé.

    Alors que devait-il faire désormais. La faire emprisonner pour qu'elle y soit interrogée ? Les tortionnaires, sans doute, sauraient obtenir d'elle les réponses qu'ils souhaiteraient. Mais il ne pouvait imaginer voir les chaînes l'entraver, l'acier chauffé à blanc brûler sa peau. Alors que pouvait-il faire... Il n'osait non plus fouiller sa mémoire à la recherche de la vérité. Quoique s'aurait été la plus simple des solutions.

    Ils étaient coincés. Liés l'un à l'autre, sur le haut de ce promontoire.

    - J'aurais dût te tuer pour... Toutes ces menaces. J'aurais dût fouiller tes pensées et briser leurs secrets. J'aurais dut, mais je n'ait pas put ! Et toi non plus tu... Tu n'as pas... Tu n'as pas... Tu n'est pas une ménestrel, tu es une guerrière. Un assassin ou autre chose du genre. Qu'est ce que tu cherches ?



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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Ven 13 Avr 2012 - 21:10


Progressivement, Abysse retrouvait son calme. Son rythme s’apaisait et ses sens lui revenaient. Il ne s’était guère passé plus de quelques minutes depuis le début de l’affrontement mental. Il lui avait paru durer une éternité pourtant. A nouveau, elle soupira, la tête baissée. Elle ferma les yeux et huma l’air. L’odeur du dragonnier était trop présente, trop obnubilante. Elle aurait voulu fuir, courir à en perdre haleine et ne jamais se retourner. Cette nuit, elle voulait l’oublier, effacer ces évènements de sa mémoire. Mais, évidemment, elle ne le pouvait pas. Elle était condamnée à enregistrer soigneusement chacun de ses souvenirs. Et, un jour, lorsque son corps s’éteindrait, ses souvenirs survivraient à travers ses pairs, ceux de l’Ordre de Rlyeh. En-là reposait son devoir d’historienne.

Abysse releva la tête et croisa aussitôt le regard du dragonnier. Elle voulut chasser les mèches de cheveux collées sur son front mais le sort qui l’immobilisait la rappela à l’ordre. Ses poignets étaient toujours enchaînés à ceux du jeune homme. Un instant, Abysse considéra le sort d’Oryon. Il aurait pu l’attacher à la pierre, ne pas prendre la peine de s’entraver lui-même. Dans quel but s’était-il lui aussi pénalisé ? Le dos courbé, les épaules voûtées, la jeune femme chassa ses derniers doutes. Elle était lasse de ces combats incessants, de cette interminable comédie. Elle rêvait d’étendues désertes, de solitude, de moment où elle pouvait être elle-même, seulement.

- Et tu n'es pas mon ennemi ! Si ? Dit moi ! Le jeu a assez duré.

La voix d’Oryon brisa le silence. La jeune femme se redressa et l’observa longuement. Qu’avait-elle à répondre à cela ? Abysse n’était ni son ennemie, ni son alliée. Rien de cela. Elle serait, bientôt, un souvenir fugace, une ombre du passé. Cet homme l’oublierait mais, elle, elle garderait chaque instant de cet échange profondément gravé dans sa mémoire. Elle soupira et renvoya une expression lasse au jeune homme. Le jeu avait assez duré.

- On peut voir de bien des façons. On peut être aveugle de bien des façons…

Elle lui décocha un sourire triste et haussa les épaules. Elle ne répondait pas à sa question. Elle reprit finalement sur un ton patient, empreint de douceur.

- Je t’ai dit que tes ennemis ne se trouvaient pas où tu les cherchais. Pour toi, elle marqua une pause, indécise, je ne suis rien. Ni ennemie, ni alliée.

Elle savait que ces mots le blesseraient. Elle savait également qu’il ne la croirait pas, pas dans un premier temps. Peut-être même, ne voudra-t-il jamais la croire. Abysse soupira. Au moins, elle avait tenté d’être sincère. Elle aurait aimé oublier cet épisode et revenir à ce jeu de défis qu’ils se lançaient quelques minutes plus tôt. Mais déjà les accusations d’Oryon reprenaient.

- Je ne voulais pas te faire de mal. C'est toi qui m’as forcé. Alors dit moi ce que tu cherches à la fin ! Tu veux vraiment me tuer, c'est ça ? Tu es une meurtrière ? Pour qui travailles-tu ? C'est le Mor'ranr qui t'envoies ? Ou bien le Nomins, une des tribus du désert ? Pourquoi ?

Abysse détourna le regard. Elle tentait tant bien que mal de conserver son calme. Oryon ne voulait pas comprendre. Elle finit par tourner son visage vers lui et lui offrit un sourire rassurant, comme on en faisait à certains enfants trop récalcitrant. Elle savait que sa réaction ne ferait que renforcer sa colère mais elle n’en avait cure.

- Je te l’ai dit. Tes ennemis ne sont pas ici. Le Nomins, le Mor’ranr’ et tous ces noms que tu me cites ne sont que des rapaces qui espèrent leur part du festin, rien de plus. Je t’ai dit ce que j’étais et je ne pourrais t’inventer une autre réponse.

La jeune femme ne parvenait pas à comprendre le calme qui l’étreignait. Toute colère, toute rancœur avaient disparues. Il ne restait plus qu’un profond épuisement, une envie de calme et de solitude. Et puis, Abysse réalisa enfin ce que venait de lui dire Oryon. Elle haussa un sourcil, perplexe.

- Tu…tu as dit que je t’ai forcé à saccager mes souvenirs et mon esprit ?

Elle ne laissait percer aucune accusation dans son ton. La jeune femme était tout simplement surprise. Elle ne savait si elle devait le croire. Sans doute cherchait-il à se justifier. Elle avait vu ce qu’étaient capables de faire les dragons lorsqu’ils piétinaient sans remord les consciences. Elle n’avait jamais cru que l’on puisse percer les remparts d’un esprit sans chercher à le détruire. Abysse fronçait les sourcils, en proie au doute. Avait-elle agi sous le coup de la peur et du désespoir ? Ce pouvait-il que cet homme ne lui veuille pas réellement du mal ? Et puis elle repensa à ses menaces avant de lancer son assaut mental. Il lui avait promis de percer ses défenses et prendre le contrôle de son corps. Abysse secoua la tête, déstabilisée.

Oryon, de son côté, ne cessait pas de la harceler de questions auxquelles elle n’avait aucune réponse. Elle le regardait, impuissante, l’accuser. Elle ne pouvait rien lui répondre. Enfin, le ton du dragonnier se calma et il soupira.

- Ce jeu... Ne m'amuse plus.

C’était un jeu, oui, un terrible jeu. Ils s’étaient tournés autour à l’affût des faiblesses de l’autre. Ils s’étaient aiguillonnés, mentis et confiés l’un à l’autre.

- Moi non plus, concéda-t-elle.

Elle espérait, l’espace d’un instant, qu’il oublierait sa rancœur à son égard et qu’enfin il se détournerait d’elle. Abysse voulait fuir cette nuit et le terrible échec qu’elle constituait. Poussée dans ses derniers retranchements, la jeune femme avait perdu toute conviction. Elle ne voulait plus rien de cet homme, seulement l’oublier. Abysse se détendit légèrement, laissant tomber ses mains. Elle sentit alors la résistance que lui opposait Oryon. Rien n’était terminé. Ils étaient encore liés par ce maudit sort. La voix du dragonnier s’enfla. Sa colère n’était pas passée et menaçait encore d’éclater.

- J'aurais dût te tuer pour... Toutes ces menaces. J'aurais dût fouiller tes pensées et briser leurs secrets. J'aurais dû, mais je n'ai pas pu ! Et toi non plus tu... Tu n'as pas... Tu n'as pas... Tu n'es pas une ménestrelle, tu es une guerrière. Un assassin ou autre chose du genre. Qu'est-ce que tu cherches ?

Abysse secoua la tête, l’air navrée. Elle éprouvait un profond remord à s’être jouée de lui. Et puis, son propre assaut mental la dégoutait d’elle-même. Oui, elle n’était qu’un piètre assassin qui s’escrimait avec des armes trop raffinées pour elle. Tout cela n’était qu’une imposture, une pitoyable imposture. Elle soupira, encore une fois et plongea son regard dans celui d’Oryon. Elle n’y lisait qu’amertume et déception. Pas une pointe de haine ne perçait. Abysse en demeura un moment perplexe. Il avait toutes les raisons de la haïr. Sans doute les dissimule-t-il avait habileté, pensa-t-elle.

- Tu aurais dû, sans doute…Abysse grimaça. Je…je ne sais plus ce que je cherchais. Je penser dénicher l’apprenti de Myad, un soldat de l'Empire que je saurais briser au besoin, mais...mais ce n’est pas ce que j’ai trouvé.

Sa voix s’étrangla et ses mots se perdirent dans la nuit. Elle marqua une pause, consciente de l’impact de ses propres paroles. Il y avait peu de chance pour qu’Oryon saisissent ce qu’elle voulait dire. Cela n’avait guère plus d’importance.

- En revanche, je suis réellement ménestrelle, elle hésita, un instant puis reprit d’un ton moins sûr. Je…j’ai été mercenaire, oui, par le passé. Et même un petit stratège durant la guerre.

Un mince sourire étira ses lèvres à l’évocation de ce souvenir. La guerre, les carnages, Abysse les haïssait pour tous les cauchemars qui hantaient ses nuits. Pourtant, c’était lorsqu’elle ébauchait ses plans de guerre, qu’elle discutait stratégie avec ses soldats qu’elle se sentait vivre. Abysse chassa ces souvenirs. Elle n’était pas destinée à devenir stratège. Elle n’avait jamais eu ce choix. Elle reprit sur un ton plus amer.

- Mais cela est une autre époque, et son regard se perdit un instant dans le vide. Je…excuse-moi. Je n’aurais sans doute dû jamais t’aborder dans cette taverne. A la base, je comptais apprendre de toi des informations sur l'Empire…enfin je le pensais. Abysse s’exprimait avec difficulté, ces mots lui pesaient tant. Mais…je crois que c’est autre chose qui m’a poussée. Pour être honnête, je ne le sais pas vraiment ce à quoi je m'attendais, mais certainement pas à ça.

Elle désigna du menton le paysage qu'ils surplombaient. Abysse secoua doucement la tête. Quelques mèches vinrent tomber devant ses yeux. Elle ne savait pourquoi elle lui parlait ainsi, pourquoi elle se sentait obligée de lui faire part de la vérité. Elle aurait pu inventer des centaines de mensonges plus saillants mais ils lui paraissaient à présent trop difformes et déplacés. Seule la vérité semblait ne pouvoir entacher davantage la situation. Cherchant à repousser les mèches qui lui tombaient sur le visage, la jeune femme voulut ramener sa main vers elle. Aussitôt, elle sentit celle d’Oryon s’approcher, liée par le sort. Elle fronça les sourcils, mécontente, puis finit par croiser le regard du dragonnier. Elle esquissa un sourire gêné.

- Tu permets ?

Elle n’attendit pas sa réponse pour ramener sa main gauche à elle et chasser les mèches qui la dérangeaient. Elle les replaça rapidement derrière son oreille. Elle sentit alors la main d’Oryon la frôler et elle recula sa propre main rapidement comme si elle venait de se brûler. Elle grimaça un vague sourire, fuyant le regard du jeune homme. Elle ne parvenait pas à saisir ce qui la gênait chez lui. Elle ne pouvait s’empêcher de frissonner à son contact. Une sorte d’électricité qui la parcourait et la troublait. Elle se redressa légèrement, cherchant une position plus confortable et fronça les sourcils tandis que ses yeux cherchaient à rencontrer ceux d’Oryon. Comment allait-il réagir à présent ?

- Je ne comprends pas ce qui ne va pas chez toi, vraiment. Je ne comprends pas ce qui me pousse à te dire la vérité, elle lui décocha un regard suspicieux tandis qu’elle esquissait un léger sourire. Tu ne m’aurais pas ensorcelée, hein ?

Lentement, Abysse tendait à reprendre le contrôle d’elle-même. Désormais plus confiante, elle s’autorisait un sourire amusé alors que la situation ne cessait de s’aggraver. Il semblait que parler ne faisait qu’empirer les choses. Elle soupira et leva les yeux vers la nuit.

- C’est à n’y rien comprendre, souffla-t-elle aux étoiles, indifférentes, gardiennes d’un autre monde.


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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Dim 15 Avr 2012 - 1:20




    Au clair de la lune, l'un en face de l'autre, ils s'observaient, se jaugeaient. En un court instant, leur guerre avait pris fin. Les cors de la paix avaient résonné au travers de leurs esprits et, quelque-part, ils pleuraient leurs morts.

    Oryon était sorti vainqueur de l'affrontement, mais il n'en tirait ni gloire ni fierté. Le temps était aux questions. Car pour que jamais plus un tel conflit ne les déchire, il devrait savoir quelles en avaient été les raisons. Le dragonnier se fit attentif et écouta les dires de la jeune femme avec intérêt. Il ne lui en voulait pas, mais devait savoir. Personne ne sortait heureux d'une guerre. Chacune d'entre elle apportait son lot de morts.

    La confiance, la belle et pure qui les unissait par delà l'inconnu, était tombée aux premières minutes de la toute première des batailles. Emportée par le hasard, elle n'avait guère eu de chance, mais cet incident, l'étincelle, avait déchaîné la colère des combattants.

    Au même moment, presque, était tombée l'espérance de vie de la jeune femme, et avec elle une partie de sa combattivité. Le doute s'était instauré sur les raisons qui l'avaient poussé à en arrivait là. Mais le mal était fait, et bientôt la courses aux armes les mèneraient à un affrontement sans limite.

    Leur liberté, comme un symbole, leur avait été confisquée au cours de leurs combats. Ainsi, à jamais, leurs destins comme leurs corps s'étaient vus liés. Par delà le bonheur comme le malheur, ils n'auraient guère d'autres choix que de trouver une issue au conflit qui les déchirait.

    Les dernières victimes, et non des moindre, furent leurs esprits. Un souvenir, pour le dragonnier, un sanctuaire, pour la jeune femme. Tout deux s'étaient trouvés piétinés, bafoués, oubliés. Et alors chacun put regarder en arrière et découvrir les corps qui y gisaient. Leur conflit ne leur avait apporté que malheur.

    Mais la guerre était finie désormais. Triste, injuste, mais nécessaire, pensait Oryon. Elle ne lui avait guère laissé le choix. L'escalade s'était avérée trop rapide, son corps trop parfait, son esprit trop bien entraîné. Il aurait put, si cela n'avait été le cas, pénétrer ses pensées avec douceur, la soumettre à sa volonté sans violence, mais la force de son esprit, opposée à la sienne, l'avait poussé à user de viles méthodes. Et la violence... Et la destruction. On pouvait lire sur son visage, alors qu'Abysse s'expliquait, le remords qui l'habitait. Mais arrivé aux frontières de son subconscient, il n'avait put faire marche arrière. Arrivé aux portes de la capitales, il s'était vu forcé d'en finir une bonne fois pour toute avec cette terrible guerre.

    - Tu permets ?

    Le dragonnier était immobile, pensif. Son regard était perdu dans celui de la jeune femme, admiratif de son visage qui, éclairé par la lune, semblait prendre un tout nouvel aspect. Il avait dors et déjà oublié le lien qui les liaient, ce lien physique, comme mental, qui les poussaient à rester là. Devait-il y mettre un terme, au risque de la voir s'en aller. Il doutait. Il ne voulait pas, pas encore. Et un léger sourire réapparu sur son visage lorsque, par inadvertance, leurs mains entrèrent en contact. Cela semblait la gênait, dommage, s'amusa-t'il. Mais il n'avait pas dit son dernier mot.

    - Je ne comprends pas ce qui ne va pas chez toi, vraiment. Je ne comprends pas ce qui me pousse à te dire la vérité. Tu ne m’aurais pas ensorcelée, hein ?

    Ils souriaient tout deux désormais, et le jeune homme réfléchit un instant. L'avait-il ensorcelée ? La réponse n'était guère des plus évidente mais, doucement, il secoua la tête. Le sort les liait toujours. Quand pourrait-il y mettre fin ? Se demanda-il. Encore un peu. Il aimait la sentir proche. Sa chaleur, son odeur, l'apaisaient et, égoïstement, il ne voulait la laisser aller. Prisonnière, ni plus ni moins. À moins que ce n'était lui.

    - C’est à n’y rien comprendre

    Il s'amusait de la voir perdue. Quelque-part, inconsciemment, il avait réussi son coup. Et à bien y penser, il comprit... Tout.

    - Tu es comme un animal sauvage. Commença-t'il d'un air joueur pour attirer son attention. Un loup, un fauve, une jument... Je ne sais pas trop. Mais tu es une femme sauvage... Il marqua une pause et regarda le ciel à son tour. La nuit était belle, et les étoiles nombreuses. Les animaux sauvages, par nécessité ou curiosité, s'approchent des hommes, des fois. Ils cherchent quelque-chose, on ne sait jamais trop quoi. Et des fois ils cherchent à tirer profit d'eux... De la nourriture, par exemple.

    Il abaissa à nouveau la tête et chercha le regard de la belle inconnue.

    - Tu peux nourrir un animal, il reviendra, mais il restera sauvage. Pour dresser un étalon sauvage, ou une jument, du doit d'abord le coincer. Après quelques temps, tu dois lui mettre un licol. Mais il ne suffit pas de la laisser seule, attachée à un poteau, pour la dresser. C'est de toi dont elle a besoin. Elle doit accepter ta présence.

    Le jeune homme bougea doucement ses mains pour que, de manière ténue, l'inconnue comprenne le lien avec le sortilège qu'il avait choisit.

    - Une fois qu'il a accepté ta présence, tu peux monter sur son dos. C'est le moment le plus difficile, le plus physique. Elle se débat, lutte, mais finit par admettre l'humain qui la monte. Comme quoi l'étreinte physique ne suffit pas, il faut vaincre l'esprit de l'animal.

    Oryon, à mesure qu'il avançait dans ses explications, se surprenait lui même. Il n'avait pas pensé, dans le feu de l'action, à cette analogie. Elle collait pourtant à la perfection. Son instinct l'avait poussa à agir ainsi, à user d'un tel sort. Mais la raison lui avait échappé jusque là.

    - Les hommes sont fascinés par les animaux. Ils tirent profit de leur présence, et les animaux finissent par aimer les humains. Ils finissent par oublier le traumatisme du dressage. À tel point que, au bout d'un temps...

    Délicatement, Oryon approcha ses mains de celle de la jeune femme pour en saisir le bout des doigts. La douceur de ses mains, la finesse de ses doigts, contrastaient avec la rudesse des mains du dragonniers. Ils n'étaient guère du même moule, tout les deux, et pourtant, avaient bien des points communs.

    - Le licol ne sert plus à rien. Et sans dire un mot, le dragonnier mit fin au sort. Il tenait encore les mains de la jeune femme, mais elle était libre de les lâcher quand bon lui semblerait.

    - Je crois que tu as juste oublié ce qui t'as poussé à rôder autour de moi. Parce que tu a découvert autre chose...

    Tu cherchais l'apprenti de Myad... Pour le briser.
    Il prononça les derniers mots avec une pointe d'ironie dans la voix. Mais très franchement, il n'y avait pas grand chose à trouver... Et il ne reste plus rien à briser.

    La vie s'en était chargée. Myad s'en était chargée. Elle n'avait fait qu'user des même méthodes. Voilà d'où il avait tiré cette expérience, ce savoir faire. Cela n'avait rien à voir avec les chevaux finalement, mais plutôt avec la méthode dont avait usé Myad pour le briser avant de rassembler, elle même, les morceaux.

    Il venait de comprendre.



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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Dim 15 Avr 2012 - 14:54


Apprends le silence et tu apprendras à entendre.

Les bruits de la forêt parvenaient aux oreilles de la jeune femme. Ils se faisaient davantage insistants à mesure que le silence entre elle et le dragonnier persistait. Ils s’observaient, muets. Abysse ne parvenait à saisir les pensées qui troublaient l’esprit d’Oryon. Elle ne pouvait même pas anticiper ses prochaines réactions. Allait-il finalement laisser éclater sa colère contre elle ? Pour l’instant, il émanait de lui un calme insondable, inexplicable. Un vague de doute submergea alors la jeune femme. Qu’attendait-il réellement d’elle ? Oryon finit par briser le silence qui s’était installé entre eux. Sa voix était apaisante et son regard calme à la lueur de la lune. Quelques mots suffirent alors pour effacer l’océan d’incertitudes dans lequel Abysse nageait.

- Tu es comme un animal sauvage. Un loup, un fauve, une jument... Je ne sais pas trop. Mais tu es une femme sauvage... Il marqua une pause et posa son regard sur la nuit qui les enveloppait. Les animaux sauvages, par nécessité ou curiosité, s'approchent des hommes, des fois. Ils cherchent quelque-chose, on ne sait jamais trop quoi. Et des fois ils cherchent à tirer profit d'eux... De la nourriture, par exemple.

Les yeux écarquillés par l’étonnement, Abysse l’écoutait. Le sens de ses mots ne parvenaient pas encore à atteindre son esprit mais elle savait que le dragonnier tenait là une vérité qui lui avait échappé il y a bien longtemps. Lentement, elle se recomposa un visage calme et attentif mais garda obstinément le silence. Un animal qui fuyait les hommes et les observait en même temps. Voilà ce qu’elle était. Cela faisait des années qu’elle les étudiait en veillant à ne jamais se mêler à eux, jamais créer de liens avec qui que ce soit. Ce jeune homme d’une vingtaine d’années venait de percer un secret qui la tiraillait depuis si longtemps. Abysse voulu détourner le regard, fuir celui d’Oryon ou même prendre tout simplement la fuite. Seulement, les mots du jeune homme la captivaient. Elle ne pouvait même pas détacher ses yeux des siens.

- Tu peux nourrir un animal, il reviendra, mais il restera sauvage. Pour dresser un étalon sauvage, ou une jument, du doit d'abord le coincer. Après quelques temps, tu dois lui mettre un licol. Mais il ne suffit pas de la laisser seule, attachée à un poteau, pour la dresser. C'est de toi dont elle a besoin. Elle doit accepter ta présence. Les hommes sont fascinés par les animaux. Ils tirent profit de leur présence, et les animaux finissent par aimer les humains. Ils finissent par oublier le traumatisme du dressage. À tel point que, au bout d'un temps...

Les analogies se déroulaient sous ses yeux, révélant leur vérité. Abysse demeurait silencieuse. Elle n’osait interrompre Oryon de peur qu’il lui échappe. Et puis, elle était certaine que si elle avait osé prendre à son tour la parole, sa voix se serait brisée. Elle était incapable de s’exprimer. Pas maintenant. Abysse frémit avec retard lorsqu’elle sentit les doigts du jeune homme effleurer les siens. Un moment, elle songea à les ôter tant le contact la troublait. Elle se souvint alors du sort qui liait ses gestes à ceux d’Oryon. A l’instant même où elle repensait à ce sort, elle réalisait qu’il n'était plus. Elle n’avait même pas ressenti son absence tant le contact avec le dragonnier accaparait ses sens. Abysse regardait les mains posées sur les siennes avec stupéfaction. Elle n’osait esquisser le moindre geste de crainte que l’instant ne s’efface à jamais.

- Le licol ne sert plus à rien.

Et Abysse saisissait le sens de ces mots avec effroi. La vérité était là, bien réelle, presque palpable. Il ne servait à rien de la retourner en tout sens dans l’espoir d’y trouver une autre signification. La vérité souffre d’être trop analysée, souffla une nouvelle voix du passé dans l’esprit de la jeune femme. Un creux se dessina sur ses joues tandis qu’elle crispait les mâchoires. L’esprit d’Abysse lui hurlait de fuir cet endroit, cet instant et d’oublier cette vérité qui se faisait plus présente à mesure que les secondes défilaient. Son corps, en revanche, refusait de lui obéir et se dérobait à chacun de ses ordres. Elle demeurait là, immobile et insondable.

- Je crois que tu as juste oublié ce qui t'as poussé à rôder autour de moi. Parce que tu a découvert autre chose... Tu cherchais l'apprenti de Myad... Pour le briser. Mais très franchement, il n'y avait pas grand-chose à trouver... Et il ne reste plus rien à briser.

Ces dernières paroles arrachèrent Abysse à ses nouveaux doutes. Elle secoua doucement la tête, fronçant les sourcils. Il n’avait donc pas compris.

- Je ne voulais…je ne cherchais pas à te briser. Pas nécessairement, du moins…

Ses mots se perdirent dans la nuit. Elle ne parvenait pas à énoncer clairement ses pensées. Chacune d’elle se mêlait en un inextricable songe. La jeune femme secoua la tête dans l’espoir de les chasser ou même de les démêler.

- Je suis désolée, fit-elle, confuse.

Les mots semblaient vains pour exprimer ce qu’elle ressentait réellement. Optant pour le silence, Abysse finit par se perdre dans la contemplation de la forêt qui s’étendait sous elle. Les sous-bois obscurs l’attiraient. Elle sentait les vies qui y fourmillaient, même la nuit. Abysse n’aimait pas réellement chasser. Elle y trouvait davantage un prétexte pour observer la forêt et y déceler les vies qui l’animaient. Bien entendu, elle savait poser des collets et suivre la piste des animaux mais elle en usait seulement lorsqu’elle en avait besoin. Ces dernières années, Abysse n’avait guère eu l’occasion de quitter les grands chemins et les cités. La plupart du temps, elle trouvait du travail dans les villes et les bourgs. Ses voyages s’étaient faits de plus en plus rare, jusqu’à l’annonce de la guerre…Abysse retint un frisson d’excitation et d’inquiétude à l’évocation des combats, des batailles et de leurs terribles ennemis. Elle chassa les images qui l’envahissaient et reposa son attention sur les mains d’Oryon, toujours posées dans les siennes. Elle les observa longuement. Elles étaient marquées par le temps et les combats. La jeune femme releva également des marques dont elle ne reconnut par dans un premier temps l’origine.

- L’on dit que, par le passé, tu maniais mieux l’arc que l’épée. Elle releva la tête et un sourire étira ses lèvres, son regard croisa celui du jeune homme. Sans doute pourrais-tu m’apprendre à chasser à l’arc ?

A cet instant, Abysse ne comprenait pas l’idée qui venait de la traverser. Elle invitait le dragonnier à lui enseigner une chose qui ne l’avait jusque-là jamais réellement intéressée. Bien entendu, Abysse savait chasser et elle appréciait ses virées forestières. Mais elle n’avait jamais éprouvé le besoin de manier l’arc pour chasser. Le sourire d’Abysse s’éteint rapidement, réalisant la futilité de sa question. Elle n’avait absolument aucune raison de revoir cet homme un jour. Le souvenir de cette nuit resterait sans doute un moment imprimée dans l’esprit de la jeune femme puis il finirait par mourir. Elle n’était pas destinée à le revoir un jour. Abysse retira doucement ses mains de celles d’Oryon, rompant le précieux contact.

- Non, ça ne servirait à rien, souffla-t-elle.


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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Dim 15 Avr 2012 - 21:12




    Après la violence et la colère, la tempête s'en était finalement allée pour rendre à la nuit son silence caractéristique, pour rendre aux esprits la paix dont ils avaient tant besoin. Leur affrontement, contre toute attente, s'était déroulé dans un silence quasi religieux. Quelques mots avaient été lancés, quelques cris étouffés s'en été allés raisonner dans les allées, aussitôt couverts par l'ambiance sonore des quelques auberges qui s'y trouvaient, mais leurs esprits combattants avaient, de leur puissance, fait taire la nature environnante. C'était comme si, le combat enfin levé, la vie avait reprit son court autour d'eux. Comme si, enfin, dame nature pouvait respirer à nouveau.

    Lorsqu'il eu terminé, une fois encore, le jeune homme se laissa envouter, sombrant à corps perdu dans le regard azure de la jeune femme. Dans la nuit, au plus près, il n'y voyait transparaître qu'un éclair bleu marine, sombre comme les fonds océaniques. Il s'y laissait couler et, comme un signe, y trouva les fonds abyssaux d'une faille sans fond.

    Alors, un unique souhait obnubilait son esprit. Plus secret qu'aucun autre, plus sacré que les prières, il avait demandé à qui pourrait l'entendre ce à quoi il n'osait vraiment croire. Qu'elle reste encore un peu, et que ces mains si pures, si fortes et si fragiles, qu'il tenait avec légèreté ne lui glisse des doigts trop vite. Elle était cette force qu'il avait tant cherché, celle qui le protégeait des mauvaises pensées.

    Beaucoup de mal avait été fait ce soir. Mais il ne pouvait le regretter... Pour de très nombreuses raisons.

    - Je ne voulais… je ne cherchais pas à te briser. Pas nécessairement, du moins… Dit-elle, hésitante, bredouillante. Quelque chose la tourmentait.

    Abysse, pensa-il, ne pouvait être réduite à un simple animal. Sauvage, oui, elle l'était, sans doute plus encore qu'aucune autre créature qu'il avait jamais osé dresser. Aussi sauvage, presque, que les dragons qu'il avait combattu pendant la guerre. Elle était forte, et pourtant paraissait si faible.

    Je suis désolée

    Face aux excuses, le jeune homme se contenta d'un soupire amical, réconfortant, accompagné d'un léger sourire. Quoiqu'il y eut a pardonner, il l'avait oublié. Elle le méritait. Peut-être le trompait-elle encore, peut-être se jouait-elle encore de lui. Il en doutait. Il était difficile de simuler l'état qui suivait une invasion psychique. Difficile de jouer un rôle dans ces conditions.

    Mais si Oryon était prêt à accorder sa confiance une nouvelle fois, le pardon, s'il devait être accordé encore, se payerait au prix fort.

    - Tu es une guerrière. Enfin... Tu as l'esprit d'une guerrière. Dit-il d'une voix douce, lente, avant d'ajouter en murmurant. Et je ne t'en veux pas.

    Elle avait agit selon les termes de sa mission. Peut-être avait-elle reçu l'ordre de le tuer. Peut-être avait-elle désobéit, trahit. Il n'en avait que faire car, au présent, elle était là, et pour quelques minutes encore, il aurait la paix.

    La minute qui suit, Abysse observa l'ondulation des branches sous le vent nocturne. Elle semblait y prêter le même genre d'admiration que celle qui poussait Oryon à s'y rendre si souvent. Depuis toujours, avant même de découvrir l'existence et l'utilisation de la magie, il avait aimé la forêt... Sans trop savoir pourquoi. Maintenant, il comprenait. Ils pouvaient la voir, la sentir, la vie, partout, sans limite. Les elfes n'avaient ils pas choisi la forêt pour cette raison ? Un jour il irait chez eux, il l'espérait, et tant pis pour l'accueil qu'on pourrait bien l'y réserver.

    Oryon, pendant ce temps, leva les yeux aux ciel, mais son esprit était cloué à terre, obnubilé par une seule et unique chose. Ce miracle qui, sans oser en chercher la raison, avait gardé les mains de la jeune femme au bout des siennes. Elles étaient là, si douces, et elle était là, si proche.

    L'amour... Il n'y croyait pas vraiment, mais commençait à douter. Elle était spéciale, pour lui, cela ne faisait aucun doute. Mais se pourrait-il qu'elle ait des sentiments pour lui ? Il ne pouvait y croire.

    - L’on dit que, par le passé, tu maniais mieux l’arc que l’épée. Sans doute pourrais-tu m’apprendre à chasser à l’arc ?

    À son tour, le jeune homme observa la forêt. Il ne pouvait s'empêcher, à chaque fois qu'on parlait de lui, d'être surpris par la quantité de choses que les gens savaient sur sa vie. Pendant la guerre, sur les berges du lac Isenstar, des gens de son village natal avaient rejoint les rangs de l'armée de coalition. D'anciennes connaissances... Et de vieux ennemis. Ils n'avaient pas hésité une seconde avant d'étaler tout ce qui avait fait de lui un paria, toutes les raisons qui avaient conduit à cette marque, et à son exil. Pendant la campagne, il avait tué l'un d'entre eux de ses mains. Normalement, cela lui aurait valu le fouet, ou pire encore. Mais Myad lui avait réservé un tout autre sort. Encore aujourd'hui, il se demandait ce qui du fouet ou de ça aurait été le plus souhaitable.

    - Non, ça ne servirait à rien

    Le jeune homme, à ces paroles, laissa échapper un petit rire et reporta son regard en direction d'Abysse. Lui aussi avait toujours eu une basse estime de ses propres capacités. Lui aussi, n'avait jamais cherché à combattre pour changer sa vie. C'était Rasapa, et ensuite Yäwé, qui l'avaient conduit jusqu'où il se trouvait aujourd'hui.

    - Ne dit pas ça ! Tout s'apprend. Tu es agile, forte, intelligente, je ne vois pas pourquoi tu échouerais. À ces mots, il réfléchit un instant, et continua, Si ça peut te faire plaisir, nous irons. Mmhh avant de se mettre à rire Se laisser emmener pour une partie de chasse par une tueuse. Ha ! Mauvaise idée finalement.

    Il l'avait dit sur le ton de la plaisanterie, mais quelque-part, n'en pensait pas moins. Il ne pouvait apprendre à chasser à une parfaite inconnue sans avoir envers elle une inconditionnelle confiance, ce qui, il le regrettait, n'était pas le cas. Et puis, c'était étrange, qu'est ce qui pouvait donc le pousser à accepter une telle idée ? Lui qui n'avait jamais aimé chasser en compagnie d'autres personnes, exceptée Myad, à la rigueur. Lui qui considérait la forêt comme son royaume. Il aimait y être seul, et y emmener quelqu'un lui aurait fait le même effet que de voir un autre monter sur le dos de Yäwé. Alors pourquoi était-ce différent avec Abysse ? Il doutait.

    - Mais c'est vrai, c'est grâce à mon arc que j'ai survécu. Dit-il d'un air amusé. Ça fait vraiment bizarre d'entendre des gens connaître mon passé. Je m'y ferais jamais !

    Il ne s'en était même pas aperçu, mais ses mains, alors qu'il parlait, avaient glissé le long des doigts de la jeune femme pour en saisir les paumes. La prise était restée légère, mais semblait désormais plus franche. Intérieurement, il espérait un nouveau miracle... De nouvelles minutes. Encore... Toujours plus. Et il l'observa à nouveau, longuement, perdu. Il ne pensait plus à rien. Il était seul, face à elle. Et ce n'est qu'après ce qui lui sembla une éternité qu'il poussa un petit rire, gêné.

    - Ouai ! Heu... Et donc tu. Il cherchait une question sur elle, mais se ravisa en repensant à la peine qu'elle avait ressentie en abordant son passé. Elle, dernière survivante de sa race, n'avait probablement pas envie de parler de son histoire. Alors il ne trouva rien de mieux que de parler de lui. Il n'aimait pas cela, mais ça valait toujours mieux qu'un long silence.

    - Tu sais beaucoup d'autres choses sur moi ? Quelles genres de conneries t'as put bien entendre ? Il réfléchit un instant, puis ajouta d'un air joueur. Et tu seras encore plus surprise d'apprendre tout ce qui se dira sur nous. Notre sortie a été... Remarquée.

    Quelle idée ! Quelle ânerie ! Il avait, pour éviter une question gênante au sujet de la jeune femme, posé une question gênante à son propre sujet. Ce qui se disait sur lui était bien la dernière chose qu'il voulait savoir. Et on le devinait à son sourire crispé, il en appréhendait déjà la réponse.



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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Lun 16 Avr 2012 - 14:54


- Tu es une guerrière. Enfin... Tu as l'esprit d'une guerrière. Et je ne t'en veux pas.

Oryon acceptait ses excuses avec une légèreté qui la décontenançait. Pouvait-il oublier si vite les images qu’elle avait osé infiltrer dans son esprit ? Les mensonges qu’elle avait tissé à son encontre, dans l’unique but de le blesser, de briser une quelconque défense. Les hommes, parfois, sont trop cléments. Quant à gagner la confiance du dragonnier, Abysse ne voulait même pas y songer. C’était bien assez qu’il n’ait pas réellement cherché à l’éliminer. En d’autres circonstances et dans sa position, la jeune femme n’aurait certainement pas hésité. L’esprit d’une guerrière. L’expression lui tira un léger sourire. Il avait vu juste. L’esprit de la guerre l’habitait jusqu’aux tréfonds de son âme. Les hommes et leur indicible désir d’autodestruction…

C’était sur le champ de bataille, bercée par le fracas des armes et le tonnerre des enclumes qu’Abysse sentait pleinement vivante. Elle ne trouvait rien de plus galvanisant que d’élaborer de nouveaux plans, d’ériger de nouvelles stratégie. Susciter sans fin l’étonnement et la surprise chez son ennemi. Abysse repensait à la guerre contre les dragons. Des adversaires infiniment plus puissants et plus majestueux que les humains. Comment avait-elle pu croire que sa vie valait mieux que la leur ? La jeune femme secoua imperceptiblement la tête, fuyant encore une fois les images qui venaient se coller à sa rétine. Elle posa son regard sur Oryon, à demi-éclairé par la pâle lueur de la lune. Une brise légère fit flotter un instant ses cheveux bruns. Il émanait de lui un charme étrange qu’Abysse ne pouvait définir.

Le rire d’Oryon la tira brusquement de ses songes. Il la regardait d’un air presque désabusé où l’on sentait percer une pointe d’amusement.

- Ne dit pas ça ! Tout s'apprend. Tu es agile, forte, intelligente, je ne vois pas pourquoi tu échouerais. Si ça peut te faire plaisir, nous irons…Se laisser emmener pour une partie de chasse par une tueuse. Ha ! Mauvaise idée finalement.

- Je ne suis pas… une tueuse, voulu-t-elle répliquer mais sa voix s’étrangla, ses mots moururent dans sa gorge.

Oh si, elle était une tueuse. Elle n’avait éprouvé aucun scrupule à laisser des hommes mourir sous ses yeux pour respecter son serment à Rlyeh. Elle en avait tué tant pour étouffer un secret ou incliner le plateau de l’Histoire d’un certain côté. Elle n’avait pas non plus hésité à soutenir des guerres, voir des armées entières se faire décimer et cela dans le but d’écrire l’Histoire de l’humanité. Pendant toutes ces années, elle avait agi comme un monstre incapable d’éprouver la moindre empathie. Du moins, c’est ce qu’elle avait cru. Et puis il y avait eu cette bataille dans le désert contre deux dragons sauvages, soufflant les prémices de la guerre. Elle se souvint des larmes amères qu’elle avait échappées lorsqu’ils avaient achevés les dragons. Elle n’en avait pas versé une seule, pourtant, pour tous les hommes de la caravane tombés dans cette attaque. N’avait-elle donc aucune considération pour ses pairs ? Etait-elle seulement d’éprouver du remord à tuer une créature plus majestueuse et ancienne ? Elle n’était rien pour avoir méprisé ainsi les siens. Une tueuse…

- Mais c'est vrai, c'est grâce à mon arc que j'ai survécu. Ça fait vraiment bizarre d'entendre des gens connaître mon passé. Je m'y ferais jamais !

L’amusement qui perçait dans la voix d’Oryon arracha un sourire à la jeune femme. Ses pensées s’en étaient envolées, balayées par l’engouement du dragonnier. Il avait su souffler ses préoccupations de quelques mots habiles et d’un sourire contagieux. Ce jeune homme lui était peut-être bien plus précieux qu’elle n’avait osé l’admettre. Le sourire d’Abysse s’effaça tandis que son regard brillait d’un éclat ironique.

- Et cela m’arrange bien de ne pas être sur le devant de la scène.

Tout à coup, ils semblaient partager une proximité presque réelle. Abysse n’avait besoin d’aucun effort pour saisir ce que ressentait le dragonnier. Elle le comprenait que trop bien. En-là reposait d’ailleurs son perpétuel désir de rester discrète. Une fois de plus, Abysse ne put s’empêcher de tressaillir lorsqu’elle sentit les doigts d’Oryon remonter à la recherche de ses paumes. Elle voulut retirer ses propres mains, comme si elle venait de s’ébouillanter. Mais son corps refusait de lui obéir, captivé par la chaleur du contact. Etait-il possible qu’il puisse lire son trouble par ce simple effleurement ? A sentir la peau du dragonnier sur la sienne, Abysse se sentait presque plus humaine. C’était une sensation indéfinissable.

- Ouais ! Heu... Et donc tu.

Oryon hésitait, bafouillait, peinait à trouver ses mots. Il semblait alors presque aussi troublé qu’elle par le contact qui unissait leurs mains. Il cherchait à briser la gêne qui les poussait tous deux au silence. Abysse ne put que l’encourager d’un sourire, elle-même incapable de prononcer le moindre mot. La jeune femme sentait une douleur dans sa cheville droite. Installée inconfortablement, elle n’osait pas esquisser un geste de peur de rompre le contact de leurs mains. Il suffisait d’un geste pour que chacun réalise ce qu’ils faisaient et finissent par se dérober. Elle en était persuadée.

- Tu sais beaucoup d'autres choses sur moi ? Quels genres de conneries t'as pu bien entendre ? Et tu seras encore plus surprise d'apprendre tout ce qui se dira sur nous. Notre sortie a été... Remarquée.

Abysse leva les yeux au ciel. Oryon semblait si jeune et si maladroit tout à coup. Il avait cet avantage de la jeunesse qui poussait à la désinvolture et à une certaine insouciance. La jeune femme l’enviait. Elle avait tout cela trop tôt, alors qu’elle n’était qu’une disciple aux mains de Rlyeh. Les remarques du dragonnier lui avaient arrachée un sourire amusé. Abysse secoua doucement la tête, faisant jouer les reflets de la lune sur ses cheveux tout aussi pâles. Il était clair que leur sortie n’était pas passée inaperçue. Elle n’avait pu ignorer les regards insistants et les sourires en coin qui les avaient suivis jusqu’à ce que la porte se soit fermée derrière eux. Qu’y pouvait-elle après tout ? Elle l’avait bien un peu cherchée, cette situation.

- Je sais ce que la plupart savent. Un homme discret, loyal qui s’est perdu un moment dans les affres de l’alcool et de la chair pour oublier sans doute les atrocités de la guerre. elle marqua une pause, son regard fuyait celui d’Oryon. Elle ne trouva même pas la force d’hausser les épaules pour confirmer son ton désinvolte. Mais cela ne m’intéresse pas. Elle se tourna lentement vers lui, cherchant à retarder la rencontre de leur regard. Quant à notre sortie, je crois avoir essuyé plus dures rumeurs.

Et cette fois, ce fut à elle de lui offrir un sourire crispé. Elle ne tenait pas spécialement à revenir sur son passé mais elle se doutait qu’Oryon voyait à peu près où elle voulait en venir. Les ménestrels ont la vie dure, en temps de guerre. Il n’est pas rare que certains d’entre eux trouvent des moyens plus ou moins légaux pour réussir à survivre. Outre vendre leur talents et leur corps, ces artistes savaient également se montrer de précieux informateurs. Leurs oreilles trainaient un peu partout. N’était-ce pas d’ailleurs ce qu’elle avait tenté de faire croire ce soir ? Abysse poussa un léger soupir, qui, espérait-elle, passerait inaperçu aux yeux du dragonnier. Et puis elle se lança.

- Ce que je sais…entama-t-elle, hésitante. C’est que la guerre est loin d’avoir touché à son terme, lança-t-elle dans un souffle, de peur qu’une hésitation la fasse définitivement taire. N’est-ce pas ?

Et, à nouveau, son regard fuyait celui d’Oryon. Elle redoutait à revenir ainsi sur ce sujet, à éveiller de nouveaux souvenirs douloureux chez ce jeune homme. Elle se trouvait cruelle à insister de la sorte. Un moment, Abysse se mordit la lèvre inférieure, honteuse. Elle ne cherchait même plus à le cacher à Oryon. Qu’il interprète son comportement comme il le souhaitait. Le poids de ses préoccupations, à moitié énoncées, se faisait plus lourd dans le cœur de la jeune femme. Elle devait aller au bout de ses pensées. Elle tourna vivement la tête vers Oryon et le dévisagea un moment sans le reconnaître. Imperceptiblement, ses doigts se crispèrent autour des mains du jeune homme. Dans l’espoir d’y trouver quelque chose qu’elle ne parvenait à définir.

- Je veux dire…des rumeurs racontent que tu es parti à la tête d’une petite troupe et que tu en es revenu seul.

Ainsi, tout était dit. Abysse savait pertinemment qu’elle venait de rompre le semblant de confiance qui la reliait au dragonnier. Elle s’était trop avancée pourtant pour revenir en arrière. Le mal était fait. Une pensée ressurgit alors à son esprit. Une pensée qu’elle voulut repousser avec violence à mesure qu’elle s’imposait à elle.

Si tu ne peux le tuer, assure-toi de lui porter le dernier coup.


La Vérité se cache au fond du Verre [PV] 227434116v211
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Dernière édition par Abysse Yclette le Lun 16 Avr 2012 - 22:40, édité 1 fois
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Oryon

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Oryon
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Lun 16 Avr 2012 - 18:09




    Il y avait dix mois de cela, après plusieurs décennies de patience, à attendre qu'enfin celui qu'il choisirait se présente à lui, Yäwé avait éclot. Un jeune homme, un guerrier, l'avait trouvé par hasard, au fond d'un trou d'eau, au beau milieu de ce qui fut un temps le lieu de rassemblement de nombreux dragons alliés des elfes. Il avait choisit cet homme alors même que ses jours lui étaient comptés. Il avait choisit cet homme et, au premier jours de son existence, l'avait sauvé d'une meute de créatures affamées. Oryon, alors combattant pour l'empire et élève de Rasapa, n'avait jamais fait la preuve du moindre don ou talent exceptionnel. L'ombre, à vrai dire, ne lui avoua jamais les raisons qui l'avaient poussé à le prendre pour élève. Peut-être avait-ce été pour les même raisons que celles qui avaient convaincues Yäwé, ou peut-être avait-il été capable, d'une manière ou d'une autre, de deviner son avenir de dragonnier. Rasapa, finalement, avait quitté ce monde, tué devant son élève par un autre dragonnier, Charlie, et avait emporté ce secret avec lui, avant même de réaliser à quel point son intuition s'était avérée juste.

    Le jeune pouilleux était devenu dragonnier, et sa vue avait changé du tout au tout.

    Bien des choses s'étaient passée depuis. Bien des guerres, bien des joies, bien des combats, avaient parsemé la route du jeune homme jusqu'à cet endroit, face à Abysse où il réalisait à nouveau à quel point sa vie s'était trouvée bouleversée. Des gens, n'importe qui, connaissaient de son passé plus qu'il n'aurait jamais accepté de leur réveler. Des gens, aussi, inventaient à son sujet d'avantage d'histoires qu'il n'aurait put en imaginer. Des louanges, parfois, des ragots, plus souvent. Ces histoires l'avaient fait sombrer et de nouvelles histoires étaient nées de ces souffrances. Des louanges, parfois, des ragots, plus souvent...

    - Je sais ce que la plupart savent. Un homme discret, loyal qui s’est perdu un moment dans les affres de l’alcool et de la chair pour oublier sans doute les atrocités de la guerre.

    Quelle idée stupide, quelle idiotie ! Il avait voulu éviter à la jeune femme de parler d'elle, et c'est de lui dont on disait les mauvais souvenirs désormais. Avait-il vraiment mérité cela ? Que l'on ne se souvienne de sa vie que des mauvais souvenirs ? À force de les entendre, Oryon finissait par oublier les bons pour ne se rappeler que des plus mauvais. Ainsi était faite la vie d'un soldat. Ainsi était faite la vie d'un dragonnier. Le visage fermé, il détourna le regard pour observer l'horizon et les étoiles qui le coiffaient. Il cherchait à se rappeler de ce qui faisait de lui un homme heureux. La richesse, la puissance, ne lui avaient pas apporté grand chose. Il n'avait plus rien à craindre de la faim, désormais, mais la guerre avait prit sa place.

    Et puis il se souvint. Un sourire. Il n'était plus seul, désormais. Quelque-part, au loin, se trouvait Yäwé, qui jamais ne l'abandonnerait. Quelque-part, dans cette tours, il y avait Myad, qui toujours le protègerait.

    Mais cela ne m’intéresse pas.

    Un sourire ténu, à nouveau, ils se tournèrent l'un vers l'autre. Elle était là, elle aussi... Mais le resterait-elle encore une minute de plus ?

    Quant à notre sortie, je crois avoir essuyé plus dures rumeurs.

    Le passé de la jeune femme, tout comme celui du dragonnier, semblait regorger de nombreux secrets et souvenirs enfouis. Il pouvait le deviner à ses yeux, à sa voix. Et quelque-part, il aurait voulu en savoir plus, au moins autant qu'elle en savait sur lui. Il aurait voulu lutter à armes égales, pouvoir la réconforter, la rendre aussi dépendante de lui qu'il l'était d'elle. Il aurait voulu tout savoir, tout lui demander, mais quel en aurait été le prix ? Il s'en était allé dans cette taverne pour oublier. Il ne savait que trop bien à quel point de vieux souvenir pouvaient être douloureux.

    - Je n'ai entendu de toi que du bien. Dit-il doucement, un léger sourire aux lèvres. Et... 'Un homme loyal' ? Tu es sûre ? Peut-être au début, ils disaient ça... Ça fait longtemps que je n'ai pas entendu un compliment... Sauf pour me vendre un truc. Et à ces mots il put sentir son coeur se serrer dans sa poitrine. La naissance de Yäwé avait reçu un accueil très positif de la population. Puis le temps était passé. Le dragon, encore petit, avait finit par amuser d'avantage qu'effrayer. Il y avait eu la guerre, aussi. Avec elle ce qui était apparu comme la trahison du reptile et la déchéance de son dragonnier. Personne, personne ne semblait l'avoir vu combattre dans le désert. Personne, lui semblait-il, ne l'avaient vu terrasser ce dragon noir. Et pourtant, quelques jours seulement après son échec cuisant, tout le monde semblait avoir été mis au courant.

    - Ce que je sais… C’est que la guerre est loin d’avoir touchée à son terme. N’est-ce pas ?

    Ainsi revenait la question que tous se posaient. La question qui les poussait à combattre ou à abandonner. Oryon, par dessus tout, se battait pour qu'un jour règne la paix... Enfin. Mais l'avenir lui semblait plus sombre que la nuit dans laquelle il baignait.

    - La fin n'a jamais été si proche ! Dit-il d'un air enjoué en resserrant soudain sa prise sur les mains de la jeune femme. Myad règnera sur l'empire et imposera la paix. Sa paix. C'est... Déjà le cas en fait !

    Il y avait du vrai dans ce qu'il disait. C'était à cela que lui, et toute l'armée, travaillaient chaque jour. Ils risquaient leurs vies, et la donnaient parfois, pour apporter au peuple une impression de paix, un bonheur fugace et volatile. Peu d'informations filtraient sur les rébellions au nord. Comme si, le plus important, n'était pas la paix, mais le nombre de gens qui pourraient y croire. Abysse, malheureusement, n'était pas l'une de ces personnes.

    - Je veux dire…des rumeurs racontent que tu es parti à la tête d’une petite troupe et que tu en es revenu seul.

    Pourquoi ? Le visage du jeune homme se décomposa et changea au devant de la jeune femme à mesure que d'insondables sentiments et souvenirs traversèrent son corps, broyant son coeur et son esprit, plus vulnérable que jamais. Sans tendresse, il lâcha les mains d'Abysse avant de tourner son corps entier en direction de la forêt. C'était comme si, soudain, l'air était devenu plus froid. Dans l'obscurité, il n'y avait rien pour empêcher ses souvenirs de défiler devant ses yeux.

    - Brisingr.

    En contrebas de la muraille, du côté extérieur de la cité, un tas de branches mortes se trouva soudain baigné de flammes orangées. L'obscurité s'en était allée mais les souvenirs du dragonniers étaient encore là. C'était comme si, dans ces flammes, il devinait la silhouette du chef de leurs ennemis, responsable du massacre, Marek. Alors, d'un autre mot en ancien langage, il éteint le feu.

    Il était seul, à nouveau, face au néant et aux visages des morts qu'il avait laissé là bas ce jour là. Il était seul, se sentait seul. Abysse était là, sur le promontoire exigu, et pourtant si loin depuis que ses mains avaient quittée les siennes. Un frisson le parcouru à nouveau et ce fut comme si la température avait soudain chutée. Il voulait s'en aller, mais pour une raison qui lui échappait, il se mit à lui raconter.

    - C'est vrai. Quoique, officiellement, je n'étais pas à leur tête. Mais je les ai conduit au combat. Ils avaient confiance en moi. La mission était dangereuse, on le savait bien, je le savais... Mais je pensais pouvoir les sortir de là. J'y ai cru... J'ai cru pouvoir les faire rentrer à la maison. Pas tous, c'était impossible. Mais j'ai cru, et j'ai bien faillis réussir.

    Comme essoufflé, il marqua une longue pause et observa le paysage, encore... Abysse était derrière, mais il ne lui prêtait aucune attention.

    - Marek, au nord du territoire de l'empire, a réussi à faire croire à ses hommes qu'une victoire était possible. Cette ordure s'accroche à son trône au détriment de son peuple tout entier ! Au simple souvenir de cet homme, le dragonnier semblait en proie à une authentique et grande colère. Il continue à combattre et conduit ses hommes au charnier ! Il nous a tendu une embuscade... Et a essuyé de lourdes pertes... Et il en était fier !

    - J'ai tout fais pour les protéger ! J'ai tout fait ! Le jeune homme semblait à présent se défendre d'une accusation qu'on ne lui avait pas porté. Comme si, face à lui, un juge cherchait à le rendre coupable d'une impardonnable faute. Il était seul, face à l'injustice. Seul, face à tout ces visages et toutes leurs familles en deuil.

    - J'aurais pu sauver des vies. Marek a bien combattu mais a perdu quatre fois plus d'hommes que nécessaire. C'est un abruti ! Et nous, nous avons gagné ! Au bilan, c'est une victoire ! C'était ce qu'on lui avait dit de retour de mission, mais Oryon ne semblait pas vraiment convaincu. Trente deux hommes sont morts sous mes ordres, et une vingtaine dans leur camps. Trente deux hommes... Et ils les ont achevés comme des bêtes...

    Les yeux du dragonniers étaient secs comme le désert, mais on aurait imaginé sans peine des torrents s'écouler le long des traits se son visage déformé.

    - Et c'est le prix de la guerre, qu'ils disent ! Ils le savaient très bien ! Ils savaient que Marek ne pourrait pas résister. Le transport devait être secret, et ils l'ont sut ! Ils savaient tout, et ignoraient le fait que je serais là. Les soldats du convoi étaient de jeunes recrues, pour la plupart. Ces fumiers les ont sacrifiés ! Un salop de général à eu l'esprit assez tordu pour sacrifier des hommes ! Simplement pour en tuer autant dans l'autre camps. Pour les attirer... C'est tout.

    Alors il se tourna vers Abysse pour, à nouveau, chercher son regard.

    - Je tuerais Marek moi même ! Quoiqu'en pense... Les autres. Mais dans la guerre, nous ne sommes que des pions. Moi aussi, ils me sacrifieront s'ils pensent pouvoir en tirer un profit suffisant. Ils jouent avec nos vie comme ils jouent sur un échiquier. Une pièce pour en abattre une autre avant qu'elle se fasse avoir à son tour, pourvu que l'échange nous soit favorable...
    ...
    Ils ne voient pas les visages de ceux qu'ils envoient à la mort.
    ...
    Et je n'ai même pas put récupérer leurs corps...




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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Lun 16 Avr 2012 - 22:38


- Je n'ai entendu de toi que du bien.

Abysse secoua la tête, les sourcils froncés. Elle devinait le sourire d’Oryon et voulait le faire disparaître. Il ne savait rien d’elle, strictement rien. Il ne savait même pas ce qu’elle était réellement. Il en entrevoyait juste une infime partie. Non, tu n’as rien entendu de moi, voulu-t-elle répondre, mais elle n'en fit rien. Elle préférait encore éviter les questions du dragonnier. Et il valait mieux qu’il en soit ainsi. Sans doute Oryon ne se serait pas montré si avenant, si amical envers elle. Et puis, elle n’aurait jamais su gagner une part de sa confiance. Non, il était préférable qu’il la croie telle qu’elle se présentait à lui, sans tous les bruits qui pouvaient courir sur sa personne.

- Et... 'Un homme loyal' ? Tu es sûre ? Peut-être au début, ils disaient ça... Ça fait longtemps que je n'ai pas entendu un compliment... Sauf pour me vendre un truc.

Abysse esquissa un sourire. En d’autre circonstance elle aurait balayé l’air de la main d’un geste désinvolte. Seulement, elle n’osait bouger et rompre le contact de ses mains dans celles du dragonnier. Elle se contenta d’emprunter une moue sarcastique.

- Alors je devrais peut-être te vendre un truc.

Et puis elle fit l’erreur de lui poser une question de trop. Une question qui, elle le savait, atteindrait le jeune homme et le blesserait. Mais l’heure n’était plus aux remords. Elle appréhendait simplement la réaction d’Oryon. Elle sentit les mains d’Oryon serrer davantage les siennes. Elle faillit émettre un léger hoquet de surprise et les retirer vivement.

- La fin n'a jamais été si proche ! Myad règnera sur l'empire et imposera la paix. Sa paix. C'est... Déjà le cas en fait !

Il semblait tellement croire à ce qu’il disait. Abysse observa le jeune homme en silence, en proie aux doutes. Pouvait-il seulement affirmer cela en y croyant réellement ? Il devait se moquer d’elle. Plissant les yeux, la jeune femme accueillit ces dernières paroles avec scepticisme. Elle secoua lentement la tête en désapprobation. Au risque de le vexer, il fallait qu’elle lui dise, qu’elle ne pouvait le croire.

- Rien n’est aussi simple, Oryon. L’homme est né pour diviser. Une paix unificatrice ne peut exister…

Mais ses mots moururent dans la nuit, manquant de conviction. Elle savait qu’Oryon ne l’écoutait déjà plus. Il semblait pris dans une nouvelle ferveur qui l’étonnait. A cet instant, il lui apparaissait comme un jeune homme trop naïf, trop influençable. Gardant ses pensées pour elle, Abysse dévisagea en silence l’homme qui lui faisait face. Et puis, vint le terrible instant où, emportée par ses propres pensés, elle évoqua les récentes rumeurs qui couraient sur l’expédition d’Oryon. Avant même de terminer sa question, Abysse regrettait déjà ses mots. Hélas, il était trop tard pour revenir en arrière. Tétanisée, la jeune femme demeurait immobile. Elle appréhendait sa réaction. Elle savait qu’elle venait de toucher une corde sensible.

Dans l’obscurité, elle perçu le visage d’Oryon se muer en un masque tour à tour douloureux puis distant. Il rompit le contact de ses mains sur les siennes et se détourna d’elle. Abysse manqua d’esquisser un geste en sa direction et se rattrapa de justesse. Toujours immobile, elle tentait de se fondre dans la nuit, de disparaître à jamais aux yeux du dragonnier. Elle devinait son trouble et s’en sentait responsable. Abysse se tourna lentement vers la forêt. Dépliant ses jambes, elle les balança dans le néant. Alors qu’elle laissait ses pieds effleurer doucement le vide sous elle, elle sentait le fardeau qui pesait sur ses épaules. La question qu’elle venait de poser ne faisait qu’ajouter de nouveaux remords sur sa conscience. Etait-elle aussi cruelle pour jouer des sentiments de cet homme ? N’avait-il pas assez souffert ?

- Brisingr.

Abysse sursauta légèrement. Alors que le mot magique se perdait dans la nuit, elle sentait l’afflux d’énergie qui émanait du dragonnier. En un instant, un tas de branches en contrebas s’enflamma. Le bois sec se brisait en craquement sinistre. Hypnotisée, la jeune femme contemplait les flammes orangées qui léchaient et consumaient le bois. Elle prenait alors conscience qu’Oryon pouvait la tuer à tout instant. Il suffisait d’un mot pour qu’elle s’enflamme à son tour, ou même qu’elle connaisse un sort bien pire. A cette idée, Abysse frissonna légèrement. Elle s’était lancée dans un duel sans issue. Elle ne possédait aucune arme en comparaison de ce dragonnier. Mais, alors que la jeune femme se perdait en troubles et incertitudes, la voix d’Oryon s’éleva dans la nuit. Elle était douloureuse, emplie de souffrances évoquées par des souvenirs que lui seul pouvait voir.

- C'est vrai. Quoique, officiellement, je n'étais pas à leur tête. Mais je les ai conduit au combat. Ils avaient confiance en moi. La mission était dangereuse, on le savait bien, je le savais... Mais je pensais pouvoir les sortir de là. J'y ai cru... J'ai cru pouvoir les faire rentrer à la maison. Pas tous, c'était impossible. Mais j'ai cru, et j'ai bien faillis réussir.

Elle sentait la colère poindre dans sa voix en une sourde menace. La souffrance, peu à peu, laissait place à une amertume sans fin. Abysse demeurait muette, de peur d’attiser davantage la douleur du jeune homme. Et puis, le temps lui avait appris que le silence savait parfois bien mieux pousser un homme à parler que de vaines questions. Comme pour confirmer sa théorie, Oryon reprit d’un ton distant. Abysse n’existait plus. Seuls demeuraient les souvenirs. Des souvenirs qu’elle ne pouvait entendre ni même comprendre.

- Marek, au nord du territoire de l'empire, a réussi à faire croire à ses hommes qu'une victoire était possible. Cette ordure s'accroche à son trône au détriment de son peuple tout entier ! Dans ce nom, on sentait poindre une haine infinie, intangible. Il continue à combattre et conduit ses hommes au charnier ! Il nous a tendu une embuscade... Et a essuyé de lourdes pertes... Et il en était fier ! J'ai tout fait pour les protéger ! J'ai tout fait !

Abysse oscillait doucement, indécise. Elle était partagée entre le désir de rassurer cet homme, accompagner et partager sa douleur. Et puis, ses instincts profondément ancrés l’incitaient à ne rien faire et à laisser cet homme évoquer ses douloureux souvenirs. Qu’il est dur de se débarrasser de si vieilles habitudes ! La jeune femme se haïssait par sa propre apathie. Elle était incapable d’écouter la détresse de cet homme et d’y mettre fin. Oryon avait tort finalement. Elle n’était pas une tueuse. Non ce terme laissait entendre qu’il lui restait des bribes d’humanités. Elle était tout simplement un monstre, incapable d’éprouver la moindre empathie pour ses pairs. Abysse se mordit violemment la lèvre inférieure sous le poids de sa propre culpabilité. Elle qui l’empêchait de prendre la parole et de rassurer cet homme.

- Et c'est le prix de la guerre, qu'ils disent ! Ils le savaient très bien ! Ils savaient que Marek ne pourrait pas résister. Le transport devait être secret, et ils l'ont su ! Ils savaient tout, et ignoraient le fait que je serais là. Les soldats du convoi étaient de jeunes recrues, pour la plupart. Ces fumiers les ont sacrifiés ! Un salop de général à eu l'esprit assez tordu pour sacrifier des hommes ! Simplement pour en tuer autant dans l'autre camp. Pour les attirer... C'est tout.

Oh elle savait terriblement de quoi il parlait. A l’évocation des soldats morts, Abysse ne put s’empêcher d’y attacher l’image de la caravane décimée dans le désert. Il y avait eu si peu de survivants. Plongée dans une profonde léthargie, Abysse les avait abandonnés dans le désert dans un regard en arrière. Elle était alors incapable d’éprouver le moindre sentiment. Elle marchait machinalement à la tête d’une troupe anéantie. Abysse ressentait à nouveau le désespoir qui l’avait envahie à ce moment-là. Ce même désespoir qui l’avait convaincue de participer à la guerre et de repousser les dragons sauvages. Ce même désespoir qui l’avait poussée à commettre une faute irréparable, celle qui avait mis fin à sa promesse d’immortalité. Tirée de ses propres songes, Abysse sentit le jeune homme se tourner vers elle. Son regard pourtant ne la voyait pas, il la transperçait à la recherche de réponses qu’elle ne pouvait lui apporter.

- Je tuerais Marek moi même ! Quoiqu'en pense... Les autres. Mais dans la guerre, nous ne sommes que des pions. Moi aussi, ils me sacrifieront s'ils pensent pouvoir en tirer un profit suffisant. Ils jouent avec nos vies comme ils jouent sur un échiquier. Une pièce pour en abattre une autre avant qu'elle se fasse avoir à son tour, pourvu que l'échange nous soit favorable...
...
Ils ne voient pas les visages de ceux qu'ils envoient à la mort.
...
Et je n'ai même pas pu récupérer leurs corps...


Abysse demeura un instant immobile et silencieuse. Elle fixait Oryon et n’osait esquisser le moindre geste de peur que ce dernier finisse par se fermer définitivement. Quels démons avaient-elle réveillé ? Elle sentait le regard du dragonnier peser sur elle. Il attendait une réponse, un geste, quoi que ce soit qu’il puisse le prouver qu’elle l’entendait, le comprenait. Secouant légèrement la tête, la jeune femme fuyait les yeux d’Oryon. Son regard était trop lourd à soutenir, évocateur des propres remords d’Abysse. Elle finit par briser le silence d’une voix légère, semblable à un murmure.

- Le tuer ne t’amènera à rien. La vengeance nous galvanise, mais, une fois qu’elle disparait, elle ne laisse qu’un terrible vide qu’aucune mort ne comblera jamais. Elle releva son regard et croisa celui d’Oryon. Son expression n’était plus que douleur. Ces hommes savaient ce qu’ils faisaient, pour quoi ils combattaient et ils étaient prêt à le payer de leur vie. Ils savaient pertinemment qu’ils n’étaient que des pions, comme toi et moi. Mais…nous nous refusons de l’admettre. Nous voulons croire que nous n’appartenons à aucun plan prédéfini, qu’aucun schéma décrit nos geste mais c’est faux, Oryon, ce n’est qu’illusion !

Et ses derniers mots, Abysse les prononça avec une force qu’elle ne contrôlait pas. Elle les avait presque hurlés à la nuit, dans l’espoir qu’un homme les saisisse. Elle espérait, oh oui, elle espérait sincèrement, qu’Oryon comprendrait ce qu’elle voulait lui expliquer. Ses paroles, Abysse les avait arrachées à contrecœur de ses propres souvenirs. On y lisait toute la souffrance qu’elles évoquaient pour la jeune femme. Abysse se détourna rapidement d’Oryon, honteuse de s’être emportée ainsi. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle s’était montrée entière, sans artifice ni réserve. Qu’allait-il bien pouvoir penser d’elle à présent ? Abysse soupira, ses épaules s’affaissèrent. Elle n’aurait sans doute du jamais évoquer cette maudite expédition. Alors, seulement, ses mains seraient restées dans celle d’Oryon. Rien n’aurait brisé ce précieux contact qui la faisait se sentir si humaine, si proche de lui. Sans même qu’elle s’en rende compte, Abysse sentit ses doigts tâtonner dans nuit à la recherche de ceux d’Oryon. Elle les trouva et les serra avec force. Perdu dans la nuit, le regard de la jeune femme se faisait dur et distant à la fois. En proie à des émotions qu’elle n’expliquait plus.


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Oryon

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Oryon
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mar 17 Avr 2012 - 12:14




    La jeune femme, pendant le discours du dragonnier, était restée muette de peur qu'il ne se taise et garde à jamais pour lui ce qu'il avait sur le coeur. La vie d'un dragonnier n'était pas simple. Elle l'était encore moins au service de l'empire. Il n'avait guère soupçonné, le jour où devant ses yeux le dragonneau était éclos, tout les tourments qu'ils devraient affronter ensemble. Cela l'avait rendu puissant, et donc enviable. Même ses alliés, parfois, l'observaient avec jalousie. Même ses connaissances de l'école de combat et de magie n'avaient put s'empêcher de l'envier lorsqu'avec une vitesse étonnante il les avait tous surpassés. Il était devenu une machine à tuer, un être condamné à tuer et à regarder mourrir. Abysse et Oryon avaient un point commun. Mais là où Abysse pouvait se contenter d'observer, Oryon était l'individu responsable du massacre.

    - Le tuer ne t’amènera à rien. La vengeance nous galvanise, mais, une fois qu’elle disparait, elle ne laisse qu’un terrible vide qu’aucune mort ne comblera jamais.

    Le jeune homme fronça les sourcils à l'égard de la ménestrel. N'avait-elle donc rien compris ? Ce n'était pas à la vengeance qu'il aspirait, mais à la paix. Marek vivant, elle ne pourrait éxister. Les pouvoirs de gardien du feu ne le rendaient pas invulnérable, mais suffisamment charismatique pour trouver toujours plus de chair à canon à son service, prêt à mourir pour sa cause. Le tuer serait mettre un terme à la rébellion au nord. Le tuer suffirait à apporter la paix.

    Un moment, le jeune homme voulu le lui dire, mais Abysse ne lui en laissa pas le temps, et continua d'une voix qui allait en crescendo. Sous la lune qui éclairait doucement son visage, le dragonnier comprit à quel point elle souffrait de la vie que le destin les reservait.

    - Ces hommes savaient ce qu’ils faisaient, pour quoi ils combattaient et ils étaient prêt à le payer de leur vie. Ils savaient pertinemment qu’ils n’étaient que des pions, comme toi et moi. Mais…nous nous refusons de l’admettre. Nous voulons croire que nous n’appartenons à aucun plan prédéfini, qu’aucun schéma décrit nos geste mais c’est faux, Oryon, ce n’est qu’illusion !

    Surpris, le dragonnier observa la jeune femme en silence. Le regard qu'il lui adressait, amplis de compassion et de tourments, finit par lui faire détourner le sien. Mais sa honte l'importait peu, seul le message qu'elle avait délivrée avait de l'importance.

    - Ce n'est pas pour la vengeance ! Dit-il sur un ton réprobateur. Presque déçu qu'Abysse ai put s'imaginer ça de lui. Enfin... Un peu mais... Marek est un abruti. Tuer un abruti ne m'apportera rien ! Par contre, sa mort mettra un terme à la guerre, au nord. Et il ajouta en chuchotant. C'est la seule solution.

    Il se mit alors à réfléchir sur ce qu'Abysse venait de lui dire, et un profond silence s'abattit sur les deux humains. Oryon s'était longtemps considéré incapable d'influer sur quoi que ce soit autour de lui, et encore moins sur sa vie. Longtemps, il n'avait fait que lutter pour sa survie. Et puis la chance lui avait sourit, et tout avait changé.

    - Je... Coupé en plein élan, il sentit les mains de la jeune femme effleurer les siennes avant de les saisir avec force. Elles lui semblaient fraiches comme l'air et chaudes comme les braises. Douces et pourtant si fortes. Ému du geste, il sourit, et quelques souvenirs lui revinrent à l'esprit.

    - Je ne suis pas d'accord avec toi. On... On agit tous selon un schéma mais... Il peinait à trouver ses mots. On peut choisir quel schéma favoriser. Il n'y a pas beaucoup de possibilités, mais on peut toujours choisir. Le jeune homme observa en contrebas, où un homme soul passait sans même imaginer leur présence. Regarde.

    Il sourit doucement, élança son esprit en direction du pauvre homme, prononça un mot en ancien langage, et l'inconnu tomba raid sur le pavé de la petite place.

    - À quel schéma j'ai obéit pour faire ça ? La folie ? Ou bien ce type était en fait un espion ? Comme ça il n'ira pas délivrer de secrets. Ou bien un assassin ? Et en le tuant j'aurais sauvé la vie de quelqu'un d'autre ?

    À nouveau le jeune homme prononça un mot en ancien langage et l'homme se releva péniblement, surpris de ce qui venait de lui arriver. Il était indemne, à l'exception de son nez qui saignait à cause de sa chute.

    - Tu peux choisir quel camps soutenir. Et tu peux prendre ta vie en mains ! Il marqua une pause, et reprit avec un petit sourire aux lèvres. Moi aussi je pensais comme toi, avant de trouver ma place. Je ne servais à rien... Et maintenant j'ai l'occasion de changer les choses ! Même si j'ai eu de la chance...

    Et il se sentit revenir un an en arrière. Avant même qu'il ne devienne l'élève de Rasapa, lorsqu'il parcourait l'Alagaesia sans espoir ni but. Il avait rencontré une dragonnière, et pour la première fois il put approcher un dragon. Elle lui avait dit de prendre sa vie en main, de cesser de pleurnicher sur son destin. Elle lui avait aussi offert un bracelet, mais Oryon l'avait perdu dans la clairière des dragons.

    Peut-être avait-elle raison, finalement. Peut-être avait-il raison aussi. Il n'avait rien fait pour changer son destin, et pourtant, il l'avait changé. Les conseils de la dragonnière n'avaient servi à rien, et pourtant, il était aujourd'hui en mesure d'écrire l'histoire. N'était-ce pas à cela que servaient les dragonniers finalement ?

    Hésitant, le jeune homme serra à son tour les mains de la jeune femme, et lui dit en affichant un sourire rassurant.
    - Je ne sais rien de toi. Mais je vois bien que tu souffre de... Ta situation. Qu'elle qu'elle soit. Alors peut-être que... Tu pourrais chercher à changer les choses. Je suis sûr que les mages de l'empire pourraient lever le sort qui t'accable.



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Abysse Yclette
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Message Sujet: Re: La Vérité se cache au fond du Verre [PV] | Mar 17 Avr 2012 - 18:46


Les yeux rivés dans la nuit, Abysse peinait à rassembler ses idées. Elle ne parvenait à analyser et comprendre la douleur qui l’accablait. Elle ne pouvait que l’accepter sans en saisir l’origine. La jeune femme se mordit légèrement la lèvre inférieure, une fois de plus. Il s’agissait d’une manie que le doute et l’incertitude avait su installer en elle. Lentement, elle se redressa et carra les épaules. Elle ne tenait pas à ce qu’Oryon puisse deviner l’étendue de sa propre faiblesse. Toujours tournée vers la forêt qui s’étendait sous ses pieds, Abysse ne pouvait que deviner la présence du dragonnier à ses côtés. Pour le moment, elle préférait fuir son regard qui lui semblait trop lourd à soutenir. Sentir la chaleur de son corps, tout près du sien, et son souffle dans la nuit lui suffisaient amplement.

- Ce n'est pas pour la vengeance ! Enfin... Un peu mais... Marek est un abruti. Tuer un abruti ne m'apportera rien ! Par contre, sa mort mettra un terme à la guerre, au nord. Et il ajouta en chuchotant. C'est la seule solution.

Un sourire étira les lèvres d’Abysse. Croyait-il seulement à ce qu’il venait d'avancer ? Elle trouvait alors sa naïveté soudaine presque attirante. Elle lui rappelait qu’elle-même ne possédait plus ce don qui vous faisait encore vous étonner d’une nouvelle chose. Ce fut d’un ton amer que la jeune femme lui répondit pourtant.

- Et le tuer promettra la paix et fera taire les revendications du nord, bien entendu ! Elle secoua la tête, ne pouvant s’empêcher de se montrer sarcastique. Un homme reste mortel mais une idée peut toujours perdurer à travers sa mort. Il y aura bien un autre humain pour prendre la suite et continuer le combat. Si cela était si simple, Oryon, il y aurait beaucoup plus d’assassins et beaucoup moins de guerres en ce monde.

Abysse desserra légèrement sa prise sur les doigts du jeune homme. Elle venait simplement de réaliser à quel point elle ne contrôlait pas la force qui les serrait. Oryon avait eu l’amabilité de sourire, tout simplement, sans le lui faire remarquer. Légèrement honteuse, Abysse baissa légèrement la tête laissant ses cheveux tomber librement sur son visage. Un léger sourire naquit sur ses lèvres, en écho à celui du dragonnier. Son amertume venait d’être balayée par le simple contact de sa main sur celle d’Oryon. Abysse ne cherchait plus à comprendre, désormais, le trouble que l’envahissait, elle l’acceptait. Simplement.

- Je ne suis pas d'accord avec toi. On... On agit tous selon un schéma mais... On peut choisir quel schéma favoriser. Il n'y a pas beaucoup de possibilités, mais on peut toujours choisir. Il marqua une pause, posant son regard en contrebas. Regarde.

Abysse voulu l’interrompre, lui répliquer qu’il n’existait pas de réel libre-arbitre. Elle voulait lui expliquer que l’homme, en proie à ses désirs, était condamné à reproduire sans cesse les mêmes erreurs. Cependant, Oryon l’invitait à suivre son retard. Curieuse, la jeune femme se tut et baissa ses yeux sur un homme qui marchait au pied du rempart. A en juger par sa démarche, il semblait dans un état d’ivresse bien avancé. L’image tira un léger sourire à la jeune femme. Elle lui rappelait la propre maladresse d’Oryon quelques minutes plus tôt, avant qu’elle ne l’invite à grimper à sa suite. Mais, alors qu’elle se reperdait dans ses souvenirs, Abysse sentit trop tard l’énergie s’échapper d’Oryon pour frapper l’ivrogne en contrebas. Quelques mots furent prononcés et il était au sol, inconscient.

Décontenancée, Abysse tendit son esprit vers l’homme étalé contre le pavé. Bien que ténue, elle sentit la vie battre dans le corps inanimé. Lâchant un discret soupir, la jeune femme fronça les sourcils et se tourna à demi vers Oryon, à l’affût d’une réponse.

- À quel schéma j'ai obéit pour faire ça ? La folie ? Ou bien ce type était en fait un espion ? Comme ça il n'ira pas délivrer de secrets. Ou bien un assassin ? Et en le tuant j'aurais sauvé la vie de quelqu'un d'autre ?

Abysse crispa ses mâchoires, creusant ses joues. Oryon n’avait pas hésité à assommer cet homme pour tenter de la convaincre. La jeune femme pouvait comprendre ses motivations mais ne parvenait pas à les approuver. A ses yeux, la magie était un arcane dangereux. Voir ce jeune homme en user avec autant d’aisance et si peu de scrupule la faisait frémir intérieurement. Abysse mourait d’envie de lui montrer son désaccord mais elle se ravisa. Elle n’était rien, après tout, pour oser donner des leçons. Si elle était douée pour la magie, n’en userait-elle pas avec excès, elle aussi ? Ne répondant rien, Abysse invita le jeune homme à continuer sa démonstration. Il pouvait bien croire qu’il avait réussi à la convaincre…

- Tu peux choisir quels camps soutenir. Et tu peux prendre ta vie en mains ! Il marqua une pause, et reprit avec un petit sourire aux lèvres. Moi aussi je pensais comme toi, avant de trouver ma place. Je ne servais à rien... Et maintenant j'ai l'occasion de changer les choses ! Même si j'ai eu de la chance...

Cette fois-ci, Abysse ne put contenir un soupir où l’on sentait poindre l’exaspération. Elle ne parvenait pas à digérer toutes les leçons que tentait de lui assener ce jeune homme. Elle possédait le double de son âge, avait vu tant de fois l’homme reproduire les mêmes erreurs, sans cesse, pour ne pas croire à ses pauvres arguments. Elle plissa les yeux, à la recherche d’une réponse qui saurait éviter de blesser Oryon. Après tout, il ne savait rien d’elle et se basait sur sa propre expérience.

- La chance n’existe pas, le hasard si. Tout est une question d’opportunités. Il est des choses qui ne dépendent pas de l’Homme. Il est également des choses qui sont condamnées à se répéter, inlassablement, parce qu’elles sont intimement liées à la nature humaine. Abysse marqua une pause, elle cherchait le regard d’Oryon. Et, crois moi, ma vie je la prends en main. Je connais ma valeur et je sais ce que je peux faire. Comme discuter ce soir, avec toi...

Elle posa sur lui un regard perçant, cherchant à deviner les pensées qui l’animaient. Son regard azur se perdit dans celui, plus clair mais tout aussi bleu, du jeune homme. Il était jeune, terriblement jeune, et possédait pourtant un savoir ancestral qu’il partageait avec son dragon. Abysse ne pouvait certainement pas imaginer l’étendue de son lien et les connaissances qu’il lui offrait. Un pincement au cœur, la jeune femme admis qu’elle était jalouse de lui, de cette expérience qu’elle ne connaitrait jamais. Par-delà toute nature ou origine, il avait été choisi. Abysse sentit la main d’Oryon serrer davantage la sienne. Elle ne chercha pas à se dégager et apprécia la chaleur de ses doigts dans les siens. Oryon lui adressa un sourire, bienveillant, qui lui serra le coeur. Qu’était-il donc en train de lui faire ?

- Je ne sais rien de toi. Mais je vois bien que tu souffres de... Ta situation. Quelle qu'elle soit. Alors peut-être que... Tu pourrais chercher à changer les choses. Je suis sûr que les mages de l'empire pourraient lever le sort qui t'accable.

Abysse fronça les sourcils, perplexe. Tandis qu’elle dévisageait longuement Oryon, elle esquissa un léger mouvement de recul. Ses mains, pourtant, restèrent fermement liées à celles du jeune homme. Silencieuse, elle peinait à rassembler ses idées, trouver une réponse adéquate. Elle ne comprenait pas ce qu’essayait de lui proposer le dragonnier. Abysse finit par secouer légèrement la tête.

- Ce sort n’est rien. Une peur de plus à mettre sur le compte de ma propre faiblesse. La mort est une fatalité que je peine à accepter, c’est tout. Et l’on sentait qu’Abysse cherchait à se convaincre elle-même. Elle ne voulait pas croire qu’on pouvait briser le pacte qui la liait à Rlyeh, pas sans de terribles conséquences du moins. Elle finit par reprendre un ton plus convaincant et surtout plus convaincu. Et puis les mages de l’Empire peinent suffisamment à essayer de combattre le mal qui l’accable. Inutile de me mêler à ce schéma-là.

Un sourire énigmatique étira les lèvres d’Abysse tandis qu’elle fixait le jeune homme avec amusement. Sa proposition naissait de bonnes intentions, véritablement. Mais elle ne pouvait s’empêcher de s’en amuser. Oryon, à cet instant, semblait si prompt à vouloir la rassurer, partager le mal qui l’accablait. Il n’entrevoyait certainement pas l’ampleur des secrets qui l’assaillaient. Et c’est mieux ainsi, songeait Abysse. Chassant ses pensées, la jeune femme reporta son attention sur la main droite du dragonnier. Elle la retourna, paume vers le ciel. On pouvait distinguer nettement la marque argentée qui faisait de lui un dragonnier. Elle la fixa un moment à la lueur de la lune. Abysse finit par hausser les épaules et redressa la tête, faisant de nouveaux face à Oryon.

- Non cette vie-là me satisfait amplement. Elle hésita un moment, tentée de s’arrêter là, de ne pas aller plus loin dans son raisonnement. La solitude est parfois dure à supporter mais elle finit par constituer une bonne alliée.

Et c’était un sourire sincère qu’elle adressait à Oryon. Un sourire qui laissait transparaître toute ses faiblesses mais également toute sa force. Ce qui faisait d’elle ce qu’elle était. Aujourd’hui et demain.


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