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C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford]

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Oryon
Dirigeant de l'Equilibrium
Message Sujet: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Sam 9 Juin 2012 - 1:29




    * Et pourquoi doit-on faire ça ? Ça fait déjà cinq heures qu'on cherche ! Ce n'est pas amusant ! *
    * Ils ont tué ceux qu'on était censés protéger, tu te souviens ? Ça mérite bien cinq heure de recherche non ? *
    * Oui, oui, et les sept heures d'hier, et celles du jour d'avant, et celles... * * Yäwé... *

    En ce début d'après midi, contrairement aux jours qui avaient précédés, un soleil de plomb régnait au dessus de Therinsford, écrasant de ses rayons ardents chacun de ceux qui n'avaient pas la chance de trouver un coin d'ombre. Là haut, ils ne pouvaient espérer trouver le moindre abris. Au dessus des cimes, survolant la Crête, ils ne pouvaient trouver où se cacher, et le jeune homme espérait qu'en bas il en serait de même de ceux qu'ils recherchaient avec tant d'ardeur.

    * Tu as raison. On n'a pas eu beaucoup de temps libre cette semaine. * S'excusa le jeune homme, conscient de l'état d'ennui de sa monture. Cela faisait plusieurs jours déjà qu'ils avaient entrepris leurs recherches. Six, pour être exact. Sans obtenir le moindre résultat. Yäwé, dés le départ, n'avait guère apprécié l'idée, mais avait finalement accepté de prendre sur lui... Voler l'amusait. Mais * ça c'est pas voler. *, disait-il parfois. Tout semblait moyen et tiède. Comme ce ciel, sans nuages, qui ne lui accordait pas la moindre distraction. Comme ces animaux, là en bas, toujours les mêmes, tous aussi idiots. Et ces montagnes... Qu'ils observaient de là haut, à cette allure moyenne... À cette altitude moyenne... Le regard rivé vers le sol, comme un vulgaire rapace en quête d'une petite souris.

    Oryon avait parfaitement sentit, au fil des jours, monter en son compagnon cet agacement, cet ennui. Il était pourtant de leur devoir de continuer. Pour répondre de leur échec, de son échec, qui avaient coûté tant de vies. Mais Yäwé était encore jeune. Trop jeune pour se montrer patient. Et si Marek semblait définitivement idiot, force était de constater que le génie le frapper parfois... Rarement... Lorsqu'il fallait se cacher.

    * Mais c'est pour cela qu'on est ici. *
    * Et pourquoi ? * Demanda le dragon alors que sa patience semblait avoir atteint son extrême limite.
    * Mais pour trouver la cachette des rebelles ! *
    * Oui mais pourquoi ! * Repris le dragon, ce qui, sans surprendre le jeune homme, le laissa hésitant. Il sentait bien où le dragon voulait en venir.
    * On en a déjà parlé et... ** Oui je sais bien mais on pourrait s'en aller ! À quoi ça nous sert de prendre par à cette... * * C'est le rôle des dragonniers... ** Pas celui des dragons ! * Dit-il d'un air chauvin. * Tu es un dragon de dragonnier. * Reprit le jeune homme à la manière de quelqu'un qui répétait la même chose pour la dixième fois. * Je suis un dragon... ** Yäwé... * Le jeune homme afficha un petit sourire en coin. * Un dragon sauvage bon sang ! *

    * Et je suis un homme sauvage et libre. * Reprit l'humain, ce qui ne tarda pas à faire réagir le dragon, soudain plus détendu. * Non, toi tu es à moi et à moi tout seul. Tu es une petite chose appartenant à un grand et puissant dragon sauvage. *

    L'ambiance étant détendue à nouveau, l'humain ne chercha pas à débattre et ils continuèrent quelques minutes durant. Quelques minutes... Oui. Car la bonne humeur ne pouvait grand chose contre l'ennui.

    * On pourrait tout laisser tomber... * Dit-il d'une voix discrète, comme un murmure à l'oreille de sa petite chose. * Tu sais bien que j'aimerais ça, Yäwé. Partir avec toi, être libre. Ne plus combattre... C'est évident. * Il marque une pause et ajouta. * D'ailleurs c'est plutôt à toi que le combat manquerait non ? * Question rhétorique, il savait avoir touché juste. Yäwé aimait tuer... Et n'en avait même pas honte. C'était comme ci le sang des hommes, dans sa gueule, telle une drogue, lui procurait un immense plaisir. Un plaisir qu'Oryon ne pouvait s'empêcher de ressentir à son tour, non sans une certaine honte pour sa part.

    * Il y aurait toujours quelques brigands à qui on pourrait faire la peau ! Et puis ce n'est pas le sujet. Ce n'est pas une raison puisque c'est... ** On a promit Yäwé. * L'interrompit le jeune homme, suite à quoi le dragon répondit avec énergie. * Nous sommes libres ! Ils l'ont dit. On a le choix de partie si on veut. *

    C'était vrai... Indéniable. Et il fallut quelques instants au dragonnier pour, d'une voix hésitante, redire ce que le dragon avait déjà si souvent entendu. * On leur d ** oit bien ça. *

    Le jeune homme sourit à nouveau, mais redevint sérieux assez vite. Ils touchaient à cet avis qu'ils ne partageaient pas. Sujet de mésentente, alors que la discorde leur était impossible. Ils formaient un tout. Un conflit relèverait d'avantage de la schizophrénie.

    * Je leur dois la vie. Et de t'avoir rencontré. Je ne peux pas l'abandonner. * Dit-il après un temps, visiblement désolé. * Et ce sont nos amis. ** Un ami ne tue pas ceux à qui on tient. *

    Le jeune homme sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. La scène qui défilait encore et encore sous les yeux de son dragon, il la voyait aussi, et peinait toujours autant à apaiser son chagrin.

    * Tu sais pourtant qu'il tiens à toi... Depuis toujours. * Dit le jeune homme, les larmes aux yeux presque, avant de chercher à imposer dans l'esprit de son compagnon les images, plus joyeuses, de Yenlui jouant avec Yäwé alors que ce dernier n'avait que quelques jours.

    * Un ami ne s'en va pas sans prévenir. * Reprit le dragon en faisant référence à la toute récente disparition de Myad. Yenlui était vite retourné au palais. Mais ce dernier, piètre menteur, n'avait rien voulu savoir, gardant le secret de leur mission comme l'avait requit l'impératrice. Aussi, agacé, le dragonnier et son compagnon s'en étaient-ils allés à Therinsford, là où ils pourraient se montrer utile... Là où peut-être Myad accepterait enfin de reconnaître leur valeur. C'était du moins ce qu'Oryon ésperait. Car ils n'étaient pour le moment arrivés à rien. Et Myad n'avait guère besoin de ça pour reconnaître leur valeur.

    * Je sais bien. Ça m'énerve autant que toi. Elle nous cache des choses... Elle s'imagine que ça pourrait nous protéger. C'est toujours pareil... * * Tu dis ça maintenant mais n'osera plus le lui reprocher en face c'est ça ? *

    Le jeune homme soupira. Il n'avait pas tord. Myad était leur amie, mais aussi leur maître et Oryon, malgré tout, avait finit par peser ses mots avec elle. Surtout depuis la guerre contre les dragons. Les choses avaient changé, c'était étrange. Peut-être considérait-elle que leur formation était terminée. Peut-être en avait-elle assez d'eux. Il n'en savait trop rien...

    * Rentrons. * Dit-il, un large sourire aux lèvres, suite à quoi le dragon effectua, de joie, quelques pirouettes qui manquèrent de peu d'envoyer Oryon dans les airs.


    Une vingtaine de minutes, ainsi que quelques figures aériennes, plus tard, ils se posèrent, de bonne humeur à nouveau, devant la tente qui leur était réservée au sein de la garnison militaire impériale de Therinsford... Une tente, oui... La garnison avait beau offrir aux officiers un bâtiment en dur, ils n'avaient put leur trouver d'espace assez grand avec une ouverture suffisamment large pour y laisser entrer le dragon. Un lieutenant avait bien proposé d'abattre un mure, mais Oryon s'y était refusé. Le petit dragoneau était devenu grand... Et ils devaient désormais se contenter d'un tas conséquent de paille au beau milieu de la tente, au risque qu'un rêve ne fasse cracher le dragon et que tout ne parte en fumée.

    À peine arrivé, n'ayant même pas eu le temps de défaire la première sangle qui maintenait la petite selle en place, un garde arriva en courant vers eux.

    " Monsieur Oryon ! Monsieur Oryon ! " La scène, pour le moins ridicule, d'un soldat à la démarche malhabile et à l'accent à couper au coutent, arrivant vers lui, fit sourire le jeune homme. À l'occasion, pensa-t'il, il réfléchirait à un nom par lequel on pourrait l'appeler. * 'Petite chose' c'est très bien. * * Oui mais c'est Yenlui qui appelle Myad comme ça. * * N'importe quoi ! *

    Le dragon laissa échapper un léger nuage de fumée et le jeune homme répondit au salut du soldat par un hochement de tête.

    "Son Altesse Suprême l'Impératrice du Saint-Empire Léo" "HA !" Le soldat sursauta, craignant apparemment d'avoir oublié un titre de noblesse. "Ça c'est un nom qui a de la classe... Enfin... Continue. Continue." Dit-il en souriant. "Oui heu... Son... Altesse... " "Du calme... Respire. Dis moi juste ce qui se passe. " " Elle est arrivée tout à l'heure et a demandé qu'on vous prévienne quant vous arrivez. Elle dit qu'elle est allée au lac. "

    * Ho oui... Elle est visiblement débordée. *

    Le jeune homme soupira, remercia le soldat qui s'en alla après un salut, et se hissa à nouveau sur le dos du dragon. * Ho moi j'en connais un qui va marcher pour aller voir son impératrice chérie. *

    * Rhoo, allez, on y va. * Dit-il en souriant avant de donner, à la manière d'un cavalier, quelques coups de talons aux flancs du dragon. * Rappelle moi de te faire regretter ça à l'occasion d'accord ? *

    Et le dragon décolla en direction du lac. Cela semblait faire une éternité qu'ils ne s'étaient pas vus.




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Myad
Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Dim 10 Juin 2012 - 11:00


Elle se souvenait de tout. Même, et surtout, de fragments de temps qui ne lui appartenaient qu’indirectement.

Comme si sa mère et désormais son père, leur esprit une fois fondu dans les deux Diamants, étaient mis à nu dans son âme propre. Le passé de ses parents se déversait par vagues sur ses paupières closes, alors que des larmes de sang traçaient des sillons brûlants sur sa mâchoire crispée. La solitude lui était généralement salutaire ; en s’oubliant des autres, la septuagénaire réussissait à reconstituer la fameuse armure de glace noire qui protégeait son cœur trop tendre, ses secrets démesurés. A présent qu’elle subissait l’incommensurable poids de regrets supplémentaires, de vies volées, elle en était bien incapable. L’isolement lui permettait alors de conserver cette vulnérabilité plutôt que de s’en protéger. En animal blessé, l’Impératrice se terrait dans un nid discret en attendant que ses plaies cessent de saigner, en espérant froidement qu’elles ne s’infectent pas.

Alors Myad serrait les dents, droite et silencieuse sur son cheval blanc, tout au long de son déplacement. Revoir Yenlui après des jours d’absence lui avait fait l’effet d’un tison glacé, lentement, irrémédiablement enfoncé dans sa poitrine. Près de lui, elle étouffait. Il souffrait tant qu’il n’acceptait même plus de lui ouvrir son esprit, conscient qu’elle ne le supporterait pas. Malgré son entraînement quotidien, son vécu apocalyptique, Ayahantê savait qu’aucun être humain ou elfique ne pouvait échapper à la folie dans ces conditions. Le fils d’Arget pleurait sa mère ; il passait ses jours et ses nuits couché sur la plus grande terrasse de la citadelle, là où il dominait la ville, l’Eldunari de sa mère et son œuf farouchement, désespérément serrés entre ses antérieurs. La mort, la vie, le passé, le futur, le désespoir, l’espérance. Yenlui avait désespérément besoin de sa Dragonnière mais il lui rappela que d’autres attendaient son soutien. D’autres qui pouvaient être aidés, contrairement à lui. Alors que Dark était son seul réconfort, Myad prit congé de lui la mort dans l’âme pour retrouver leurs apprentis.

Comme ils lui avaient manqué.

Enfermée de toutes parts par les murs imputrescibles de l’Outreterre, l’Impératrice avait souvent pensé à Oryon. Lui si idéaliste, pessimiste à la fois, qu’aurait-il pensé, choisi, fait avec eux dans les entrailles du monde ? Il y avait aussi Max, qu’elle avait rencontré et – ironie du sort – détecté le rôle à venir. Ils allaient s’attacher irrémédiablement. Elle n’y pourrait rien, lui non plus. Amusante ironie. Toujours est-il que la Dame noire avait très envie de revoir son petit humain préféré. Il lui était si précieux. Elle attendait avec tant de répugnance le jour où, lassé, il s’en irait pour construire seul sa propre destinée… Le maître pouvait apprendre énormément d’autres choses à son élève, mais elle s’y refusait. Tout d’abord parce que certaines leçons devaient être apprises par soi-même. Ensuite parce qu’il était encore trop fragile – psychologiquement ou émotionnellement – et qu’elle ne voulait pas recommencer le drame de leurs premiers entraînements.

Cet empressement à revoir Oryon – et le doute en ce qui concernait Yawë, toujours aussi épris de sa personne à n’en pas douter – était fort atteint par les souvenirs tranchant son esprits de façon aléatoire. Elle se revoyait tuer la première Reine des drows, comme si c’était elle, et sentir la délectation suprême que son père avait ressentie en voyant sa figure hautaine se défaire à jamais. Elle tenait entre ses mains un bébé aux yeux d’un gris de lune, une peau si chaude, veloutée, qu’elle ne savait pas si c’était sa mère qui avait ressenti ce bonheur merveilleux ou si c’était elle, devant ces sensations étranges.

*J’ai égorgé des enfants et bu leur sang. Pourquoi m’attendrirais-je ainsi ?*

Pourquoi ? Dis-moi, Myad, est-ce le premier paradoxe que tu vois là ? Toi si prompte au mépris, ne te sacrifies-tu pas un peu plus chaque jour pour l’espèce humaine ? Qui as-tu choisi d’aimer alors que tu aurais pu le traiter en ennemi ? Tes frères ne sont-ils pas dans le camp adverse ? L’homme que tu as recueilli de Brexinga, ne l’aimes-tu pas autant que tu aurais pu le haïr ? N’as-tu pas le caractère le plus imprévisible, dangereusement instable de l’Empire, tout en possédant un contrôle de toi-même qui contraste avec tes tendances passionnelles ? Ayahantê, n’oublie pas, n’oublie jamais ce que tu es.

Le bébé, c’était Eho, le fils de sa mère et de son mari, ces deux elfes sylvains que Minëria avait dû abandonner quand elle avait fui Ellesméra en quête désespérée de liberté, dans une folle fuite de son destin. C’était Myad qui l’avait tué, par erreur, alors qu’elle poursuivait des barbares… Lui qui l’avait pourchassée pour l’assassiner, avait fini par changer d’avis en la voyant, et c’était ainsi qu’il avait perdu la vie… Regrets, remords… Sous le masque se cachaient tant de grimaces, tant de pleurs, tant de hurlements réduits au silence.

Une fois arrivée à destination, l’Impératrice baissa sa capuche et ôta le foulard qui lui masquait le visage. Elle était intégralement recouverte de noir, mais une fois son visage découvert, tout le monde la reconnaissait. Les troupes qu’elle croisait changèrent radicalement leur comportement, s’écartant soudain de sa route telle une mer humaine fendue par quelque châtiment divin. L’Impératrice fut saluée de toutes parts, murmures respectueux ou exclamations extatiques ; elle fit un signe de la main, sérieux mais gracieux, pour les remercier de leurs salutations. Elle entendait dans son sillage les commentaires des gardes, tous ragaillardis de sa visite imprévue. Myad, qui fut surnommée Porte-Malheur dans ses plus jeunes années, était devenue une figure de confiance, un atout inestimable, une raison absurde d’espérer. Lors de la guerre contre Nuit, l’Impératrice avait mené ses troupes telle une allégorie, et elle qui ne semblait jamais faillir, une sorte de déesse s’étant pris de pitié pour des mortels, galvanisait ses sujets. Nul doute que le moral serait au beau fixe dans la garnison tant qu’elle y serait.
Oryon n’était pas là, lui dit-on. Mission de reconnaissance, précisa-t-on. Ayahantê hocha la tête en lisant à travers les mots. Elle savait ce que cherchait son apprenti, quelque chose de vague et traître comme Justice ou Vengeance.

« Prenez soin de mon cheval et préparez-moi une tente également. Je vais me promener. Dites-lui de me rejoindre au lac le plus proche à son retour. »

Le responsable recueillit ses ordres, lui souhaita bonne promenade, l’assura de son entière disposition et la regarda s’enfoncer dans les bois avec un mélange de curiosité et d’effroi. Cette femme était décidément bien étrange.

Une fois débarrassée de ses vêtements, l’Impératrice lança plusieurs sorts de protection destinés à empêcher toute personne mal intentionnée de s’approcher d’elle, ce qui permettrait à Oryon de la rejoindre avant qu’elle ait terminé ses ablutions par exemple.
Une fois qu’elle se fut plongée dans l’eau trouble, la sensation glacée lui fit soupirer une volée de bulles.
Emporte-moi dans la mort, dans les ténèbres, ou tu veux… Loin du feu de l’horreur et de la déception. Accompagne les lents battements de mon cœur, pourvu qu’ils s’arrêtent, qu’ils s’arrêtent enfin, et qu’alors toute fatalité me soit ôtée, je mourrai dans la solitude, l’incompréhension, comme je suis née… Je suis née…
Je ne peux pas mourir…
Contrairement à tous ceux que j’aime, je ne mourrai jamais.

Lorsqu’elle sortit la tête de l’eau dans une impulsion délicate, l’Impératrice arborait une expression si triste, si vulnérable qu’il lui sembla que c’était son âme toute entière qui était mise à nu, déchirée, arrachée à ses rares illusions.
Et puis l’espoir.
Je t’entends, je te sens. Toi qui m’as manqué. Elle rouvre les yeux, sa bouche s’entrouvre. Elle connait ce parfum, ce vacarme familier d’un dragon tout proche.

« Oryon » murmure-t-elle.

L’elfe, qui tournait le dos à la direction dont il venait, pivota à demi, cherchant sa silhouette familière. Apparemment, il était venu à pied jusqu’à elle, laissant Yawë un peu en retrait, par peur qu’il ne la dévore ?
N’aie pas peur. Les monstres, les vrais, détruisent sans cesse et ne meurent jamais.

« Oryon ! » appela-t-elle cette fois, et dans cette exclamation claire et mélodieuse, il y avait assez d’émotion pour dénaturer les mots.

Joie, soulagement, tendresse, tristesse.

Elle courut vers lui, tranchant l’onde avec l’aisance déroutante des elfes, et se jeta dans ses bras. Le renversant au passage. Elle ronronnait comme un fauve, le serrant tout contre sa poitrine, humant son cou, sa chaleur, sa vie qui battait à ses oreilles d’une suave mélodie.



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Oryon
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Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Dim 10 Juin 2012 - 19:41




    L'étendue d'eau, à peine assez grande pour être appelée lac, était apparue, disait-on, il y a quelques années de cela à la suite d'un éboulement. C'était sans doute vrai, mais la végétation en avait déjà recouvert toute trace. Perdu au fin fond d'un étroit talvegue, à l'ombre d'une dense forêt de feuillus, l'eau y était claire et fraiche, s'écoulant rapidement du sommet de la crête et rejoignant un kilomètre plus bas la vallée de Therinford.

    L'endroit, à seulement quelques minutes de vol du camps, était connu du dragonnier. Il s'y était déjà rendu à quelques reprises la semaine dernière lorsque Yäwé avait sentit le besoin de piquer une tête. Il n'avait guère fait assez chaud pour que l'humain puisse en profiter, mais le dragon savait comment s'y prendre pour mouiller son compagnon.

    Le voyage, malgré la distance, lui sembla bien long. À peine eurent-ils décollé que la joie de la nouvelle se fondit en impatience, puis en inquiétude. Qu'était-elle donc partie faire tout ce temps ? S'était-elle blessée à nouveau ? Quels genre d'ennuis s'était-elle encore attirés ? Toutes ces questions qui occupaient son esprit mais qu'il gardait pour lui, quoiqu'il se savait incapable de cacher quoi que ce soit au dragon qu'il chevauchait. Leurs esprit, parfois, se confondaient. Cela dépendait des dragonniers, sans doute, mais Oryon, après avoir subit la puissance du dragon et parfois même cherché à lui résister, avait finalement accepté son sort. Sans doute perdrait-il un peu de lui même. Sans doute deviendrait-il différant à la longue. C'était sans doute déjà trop tard. Tant pis, il n'avait plus peur désormais. Plus trop.

    Le dragon pouvait sentir les peurs d'Oryon. Oryon pouvait sentir les tourments de Yäwé. Le dragonnier allait revoir Myad, Yäwé allait revoir Yenlui, et à l'impatience se joignit un peu de peur, dont la source ne semblait pas si clair, dans le silence de ce voyage ou chacun retenait sa respiration.

    Que dirait-elle de ce que j'ai fait ? Que dirait-elle de ce que je suis ? Son jugement, encore et encore. Son regard bientôt se poserait sur eux et encore il pointerait leurs défauts. Elle leur rappellerait à quel point ils sont fragiles. Ce regard critique qu'elle leur jetait toujours, motivé uniquement par la peur qu'elle avait de les perdre.


    L'étroit passage au fond duquel se trouvait le lac leur apparu enfin. Combien de temps avaient-ils volé ainsi ? Trois minutes ? Cinq peut-être. Tant de questions en si peut de temps. Tant de questions sans réponse. Elle était partie si longtemps. Pourquoi ? Et alors il sentit monter en lui colère.

    De quel droit les avait-elle laissés ? Pourquoi devrait-il lui pardonner ? Peut-être parce qu'il l'aimait. Peut-être... Mais combien de temps cela pourrait-il encore durer ? Les jours passaient... Et avec eux, les sentiments du dragons envers l'impératrice gagnaient du terrain sur ceux d'Oryon. Avec cette inquiétude lancinante. Et si Yäwé avait raison.


    Il n'était pas possible de se poser au bord du lac, pas sans acrobaties en tout cas, la végétation y était trop dense. Ils auraient put plonger directement dans l'eau claire, comme ils l'avaient fait deux jours plus tôt, au grand damne d'Oryon, mais ni l'un ni l'autre ne se sentirent d'humeur à cela aujourd'hui. Il leur faudrait donc grimper un peu avant d'arriver au lac. Soit.

    Touchant terre, le sol trembla, et la crainte envahit l'esprit des animaux environant. Ils faisaient bien d'avoir peur, mais aucun mal ne leur serait fait aujourd'hui. Aujourd'hui, seul Myad pouvait craindre pour sa vie.

    Yäwé, entre les arbres, peinait à avancer, et Oryon eu bientôt une bonne longueur d'avance. Le chemin, pourtant sombre, était facile à suivre. Les arbre, tout du long, partaient encore la trace du dernier passage de Yäwé. Certains, sans doute, ne résisteraient pas à la blessure qui leur avait été portée par les écailles de la bête. Tant mieux, se disaient-ils. D'ici quelques années, il n'aurait plus à se faufiler pour passer.

    Le jeune homme portait la plus légère de ses armures, et ne s'en serait sans doute même pas équipé s'il n'y avait ce risque permanent de tomber sur un soldat du Mor'ranr. C'était une armure de cuire, d'apparence assez simple, mais dont la conception la rendait particulièrement légère et souple. Elle résistait à l'épée, mais était vulnérable aux pointes et n'amortissait pas grand chose des chocs.

    Alors qu'Oryon s'avançait, le bruit de ses pas couvert par la complainte des arbres que Yäwé prenait un malin plaisir à écorcher vif, la présence de Myad se fit soudain sentir. Elle était là !Ils venaient de toute évidence de franchir la limite d'un sortilège. Et alors le doute, l'inquiétude, la peur et la colère s'évanouirent pour ne laisser sur son visage que l'expression d'un profond réconfort. Il força le pas, un large sourire aux lèvres, et suivit le bruit de l'eau qu'il entendait déjà.

    « Oryon ! » Cela faisait des jours qu'il ne l'avait pas entendu. Et alors, qu'était elle devenue ? Allait-elle bien ?

    Passant un arbre, finalement, il devina sa silhouette, sombre, qui se démarquait de l'intense lumière qui baignait le lac. Elle s'approchait rapidement, mais Oryon ne distinguait pas encore son visage. Il s'approcha à son tour, puis s'arrêta. Elle ne portait apparemment aucun vêtements. Soit... Elle arrivait vite. Et c'est surpris, sans trop savoir que faire, que Myad sauta sur Oryon comme l'aurait fait un gros chien en retrouvant son maître, l'envoyant au sol comme un rugbyman professionnel.

    « Myad. » Dit-il, un large sourire aux lèvres, alors que son teint virait au rouge. Elle était froide, trempée, et nue. Aussi, bien que l'envie ne lui manquait pas de l'étreindre, il ne savait trop où poser ses mains. Alors, il bascula de côté et, comme une anguille entre les doigts d'un pêcheur, s'extirpa de la prise humide que l'impératrice lui portait.

    « Myad ! » Dit-il en se relevant, un regard surpris et inquiet posé sur l'impératrice avant de reprendre. « Tu est toute nue ! » Après quoi il l'observa plus en détails. Elle était superbe, cela ne faisait aucun doute, mais l'idée l'effleura à peine. Il ne cherchait en rien à l'admirer, et ne tarda pas à trouver l'objet de ses inquiétudes: Ses mains étaient couvertes de cicatrices. « Tu es blessée ! Encore ! »

    Son regard, croisant à nouveau celui de Myad, se fit plus réprobateur. Ses craintes s'étaient avérées fondées, encore. Elle était partie, sans lui, sans même le prévenir, affronter de nouveau dangers. Et alors que le dragon arrivait enfin à ses côtés, c'est une intense et incontrôlable colère qui l'envahit.

    « Tu te fout complètement de moi c'est ça ? Pourquoi tu es parties comme ça hun ! Pourquoi ? » Il avait envie de la frapper, presque, mais se retint, ne sachant plus trop ce qui, entre la colère et le soulagement, primait pour lui. « Et puis cette manie de ne pas te soigner... » Sa voix se fit plus calme, mais non moins sévère. « Donne moi tes mains. De gré ou de force je vais soigner ça. Et si tu opposes ta magie à la mienne je te jure que j'épuiserais toutes mes forces et celles de Yäwé pour y arriver ! Tu sais que j'en suis capable. » Et alors qu'il terminait sa phrase, un léger sourire pointa aux bords de ses lèvres. Sans doute était-il plus heureux de la revoir que furieux de son départ.

    * Non non, tu fais ce que tu veux de tes forces, moi je garde les miennes. * Dit le dragon de sorte à ce que Myad l'entende. Ce n'était pas complètement faut, mais le ton était à la plaisanterie. Quoiqu'il en dise, il n'était pas si mécontent que cela de revoir Myad.

    Le sourire du jeune homme s'élargit un peu plus et une question effleura leur esprits. « Yenlui n'est pas avec toi ? »






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Myad
Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Lun 11 Juin 2012 - 9:57


Il était là. Ils étaient là.

Durant les précieuses premières secondes de leur étreinte, avant même qu’ils n’eurent touché le sol tous deux, Myad retrouva les sensations chéries. Le tambour surpris de son cœur, sa peau si chaude, douce, si prompte à réagir au froid et à la chaleur… Alors qu’ils s’immobilisaient sur le sol, elle put le presser contre elle à loisir, sentir son corps entre ses bras en n’ayant bien cure de la terre sur sa peau nue… Seul le plaisir intense de câliner son apprenti comptait. Ses ronronnements faisaient vibrer l’air pourtant limpide comme du cristal en cette chaude heure de l’après-midi.

« Myad. »

Elle eut droit à l’un de ses sourires, un sourire tendre, inquiet, réprobateur tel que seul Oryon en avait le secret. Cette confession qui lui promettait son affection. Les prunelles reptiliennes de l’Impératrice étincelèrent. Cependant, alors qu’elle allait le reprendre contre elle pour le bercer en ronronnant de plus belle – on ne savoure des retrouvailles avec une infinie saveur qu’après avoir cru qu’elles n’auraient plus lieu – celui-ci se contorsionna pour lui échapper, les joues émanant d’une inexplicable chaleur.
Interloquée, l’elfe s’agenouilla en le regardant lui échapper et se relever quelque peu maladroitement. Elle pencha la tête de côté pour l’interroger du regard. Il lui semblait qu’Oryon était très gêné, troublé par une évidence qui lui avait – à l’instar de sa maîtresse quelques secondes auparavant – sauté aux yeux.

« Myad ! »

Ce fut l’insistance de ses iris pâles sur elle, ce reproche mêlé d’agacement qui rappela un petit détail à Ayahantê.

« Tu es toute nue ! »
- Toujours aussi perspicace ! s’exclama l’Impératrice avec un sourire goguenard, prenant conscience de l’état d’esprit dans lequel devait se trouver le jeune homme.

Ignorant ses sarcasmes, l’adolescent – presque un homme, corrigea-t-elle avec surprise, remarquant qu’il avait encore changé depuis leur dernière entrevue – entama un examen de sa personne. Celle-ci connaissait suffisamment son interlocuteur pour savoir qu’il se moquait bien d’admirer les caresses amoureuses de la lumière sur sa poitrine ou la courbe admirable de ses hanches. Ce qu’il voulait, avec ses paupières plissées et sa moue désapprobatrice, c’était confirmer ses soupçons. Myad n’attendit pas longtemps.

« Tu es blessée ! Encore ! »

L’Impératrice lui lança un sourire innocent, presque d’excuse, où on pouvait lire une certaine fatalité. Elle haussa les épaules dans une mimique humaine parfaite, résumant assez bien sa réponse ; et oui, encore, j’en suis ennuyée, mais que veux-tu, je n’y peux rien. Elle savait d’ailleurs que ce n’était pas cela qui allait apaiser l’humain. Il y avait même de grandes chances que cela l’énerve encore plus, ce qui ne manqua pas de se produire.

« Tu te fous complètement de moi c'est ça ? Pourquoi tu es partie comme ça hun ! Pourquoi ?
- Oryon… commença-t-elle calmement, avant de se taire. Elle sentait qu’il n’en avait pas fini et lui laissa donc le loisir de s’épancher de son ressentiment.
- Et puis cette manie de ne pas te soigner... »

Il prit une profonde inspiration. Lorsque le Dragonnier reprit la parole, il parlait plus calmement, mais ses yeux étincelaient encore.

« Donne moi tes mains. De gré ou de force je vais soigner ça. Et si tu opposes ta magie à la mienne je te jure que j'épuiserais toutes mes forces et celles de Yäwé pour y arriver ! Tu sais que j'en suis capable. »

Ils échangèrent un sourire complice. Ce fut l’instant que choisir Yawë pour intervenir, jusqu’ici plus spectateur qu’acteur de leur conversation. L’Impératrice se raidit légèrement, parce qu’elle savait ce qu’ils allaient lui demander.

* Non non, tu fais ce que tu veux de tes forces, moi je garde les miennes. *

- Vois comme un dragon est sage, malgré sa jeunesse, murmura-t-elle en se tournant dans la direction du reptile légendaire. Bonjour, Yawë. Je suis heureuse de te revoir…

C’était vrai, et il le savait. Myad avait toujours accordé autant d’affection à l’un qu’à l’autre, même si elle respectait les sentiments du dragon à son égard en le laissant en paix.

« Yenlui n'est pas avec toi ? »

Le sourire de leur maître s’évanouit, remplacé par une expression amère, réticente. Fermant en partie son esprit, la Dragonnière réussit à canaliser le flot d’émotions particulièrement violentes qui l’assaillirent à cet instant pour n’afficher qu’une infime partie de sa tristesse.

« Il est resté à Dras Leona avec Dark. Elle va essayer de prendre soin de lui. Moi, je ne peux pas. Si je reste à côté de lui, s’il touche mon âme de la sienne, je ne le supporterais pas. »

Elle retrouvait ce masque calme, lointain qu’en tant qu’Impératrice elle arborait lorsque la discussion touchait à des sujets sensibles.

« Yenlui a perdu sa mère. Elle est morte en même tant que son Dragonnier… Mon père. »

Myad parlait doucement, d’une voix égale, on aurait presque dit qu’elle s’ennuyait. Toutefois cette idée disparaissait dès que l’on effleurait ses yeux du regard ; ils fondaient, brûlaient, tournoyaient. Chaos intérieur. Enfer solitaire… Agenouillée elle se perdit un instant dans ses souvenirs récents, puis redressa la tête pour regarder son apprenti, un regard droit et perçant.

« Si je ne t’ai pas emmené avec moi, c’est pour plusieurs raisons. D’une part parce que je voulais que l’un d’entre nous reste à la surface pour surveiller les activités en cours, d’autre part pour que l’on ne se doute pas de l’importance de mon absence. Enfin parce que j’avais peur pour toi, c’est vrai. Nous n’avons pu emmener nos dragons avec nous, de toute façon… C’est en Outreterre que nous sommes allés. Rétablir un gouvernement dans le chaos. J’ai appelé des gens de tous horizons pour régler ce conflit qui n’appartenait pas qu’à moi. Certes, j’ai voulu vous protéger en ne vous disant rien… Mais ce n’est pas de tes reproches dont j’ai besoin, Oryon. »

En se relevant d’une poussée gracieuse, l’Impératrice tendit la main vers le jeune homme. Il lui avait demandé sa main ? Qu’il la prenne. S’il voulait la soigner pour la punir, et bien soit !



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Oryon
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Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Lun 11 Juin 2012 - 18:09




    Myad s'était assise, nue comme une fleur, sur le sol sec et sale de cette forêt sombre, offrant à son apprenti un sourire que celui-ci ne lui rendait guère en toute franchise. Dressé face à elle, l'observant de sa hauteur, il y avait trop de choses qui lui passaient par la tête, trop de sentiments contradictoires qui l'empêchaient d'y voir clair. Heureux de la voir à nouveau, inquiet au regard de ses blessures, et furieux qu'elle l'ai laissée ainsi.

    Leur relation, depuis leur rencontre, avait bien changé. Le jeune homme se souvenait encore de la jeune femme froide et dure qu'il avait connue. Celle qui n'avait jamais voulu de lui, mais qui de Brexinga avait reçu des ordres, et qui de force l'avait pris pour apprenti. Celle qui les premiers jours s'était donnée un malin plaisir à lui rappeler à quel point il lui était inférieur. Que restait-il de toute cela aujourd'hui ?

    Elle l'avait adoptée au point de faire de lui sa faiblesse. Elle était prête à risquer sa vie pour protéger la sienne. Elle lui disait d'avantage qu'à n'importe qui d'autre, et sans doute un jour divers ennemis finiraient par le réaliser. La Myad qu'il avait rencontrée, désormais, n'était plus. À son contact elle avait changé, tout comme Oryon avait changé au siens. Sans doute bien d'avantage qu'elle ne pouvait l'admettre.

    « Il est resté à Dras Leona avec Dark. Elle va essayer de prendre soin de lui. Moi, je ne peux pas. Si je reste à côté de lui, s’il touche mon âme de la sienne, je ne le supporterais pas. »

    Le léger sourire, si fin, qu'Oryon avait affiché un court instant, s'en alla aussitôt, et de son regard il chercha à capter celui de Myad, sans succès. Le jeune homme ainsi que Yäwé, qui pourtant n'avait guère de sympathie pour Myad, sentirent leurs coeurs se serrer dans leur poitrines, à l'idée même de se trouver un jour séparés à nouveau, se demandant avec horreur quel genre de blessure pouvait bien pousser un dragonnier et son compagnon à s'éviter.

    Alors Oryon, les sourcils froncés, observa son maître, réclamant d'avantage de précisions.
    « Yenlui a perdu sa mère. Une idée jaillit dans l'esprit du dragon, l'idée animale et primaire d'une justice rendue, de la vengeance enfin accomplie, mais tout aussi dragon qu'il pouvait être, aussi féroce que la nature l'avait fait, il ne pouvait se réjouir du malheur d'un autre, du malheur de quelqu'un qu'il aimait. Et l'idée malsaine, rebutée par ce qu'il y avait de bon en lui, retourna de là où elle n'aurait jamais dû s'échapper. Elle est morte en même tant que son Dragonnier… Mon père. » Et Oryon soupira avant de s'abaisser à hauteur de Myad pour finalement s'assoir en face d'elle. Il cherchait encore son regard, mais ce dernier continuait à le fuir. L'impératrice, guide de tout un peuple, était revenue blessée de bien des manières, et avec elle, c'était tout le pays qui s'en trouvait affaibli.

    « Si je ne t’ai pas emmené avec moi, c’est pour plusieurs raisons. D’une part parce que je voulais que l’un d’entre nous reste à la surface pour surveiller les activités en cours, d’autre part pour que l’on ne se doute pas de l’importance de mon absence. Enfin parce que j’avais peur pour toi, c’est vrai. Nous n’avons pu emmener nos dragons avec nous, de toute façon… C’est en Outreterre que nous sommes allés. Rétablir un gouvernement dans le chaos. J’ai appelé des gens de tous horizons pour régler ce conflit qui n’appartenait pas qu’à moi. Certes, j’ai voulu vous protéger en ne vous disant rien… Mais ce n’est pas de tes reproches dont j’ai besoin, Oryon. »

    Il l'écouta patiemment, et se reteins de l'interrompre. De toutes ces excuses, seule la dernière semblait approcher la vérité. Yäwé était devenu grand, puissant, et avec lui la magie d'Oryon s'en était trouvée renforcée. Mais elle continuait de les protéger comme lorsque l'animal n'était qu'une frêle créature. Et au final c'était elle qui revenait blessée.

    Bien sûr, il aurait trouvé milles reproches à lui faire, il en mourrait d'envie d'ailleurs, mais il n'en dit rien et se contenta de saisir en silence les mains que Myad lui tendit, un sourire aux lèvres, l'oeil triste dirigé vers les plaies l'impératrice.

    Il les observa avec attention, cherchant à en discerner les lignes. Sans doute aurait-ce été plus simple de soigner ces blessures plus tôt, mais il ne doutait pas de ses capacités à effacer ces vilaines traces. Aussi, après les avoir attentivement examinées, cherchant à deviner l'origine des blessures, il murmura quelques mot, et laissa le flux magique, lentement, paisiblement, s'infiltrer au travers de ses doigts jusqu'à ceux de Myad, pour y faire pousser une nouvelle peau.

    « Je suis désolé. » Dit-il doucement, relevant soudain son regard vers celui de Myad, alors que la magie commençait à peine à faire effet. « Tu dois arrêter de me protéger. Tu es l'impératrice, c'est moi qui devrait veiller sur toi. » Il marqua une courte pause, cherchant les mots justes, puis continua. « Que je sois blessé n'a pas d'importance. » Le dragon désapprouva d'un grognement, mais Oryon n'y prêta pas d'attention et, regardant à nouveau les mains de l'impératrice, continua. « Si tu es blessée, l'empire est affaibli. Mais si tu es affaiblie... Si tu es loin de ton dragon. L'empire est en danger. » Puis il dit à la manière d'un texte apprit par coeur. « Lorsque le chef traîne le pas, la troupe s'arrête. Lorsque le chef doute, la troupe désespère. Et lorsque le chef soupire, elle perd espoir. »

    Oryon fit cesser le flux magique puis frotta les mains de l'impératrice. De larges croutes de sang tombèrent au sol, révélant une peau douce et claire là où un instant plus tôt on aurait juré l'organe gangrené.

    « Tu es devenue trop tendre avec le temps. Et tu sous-estime Yenlui. » Dit paisiblement le jeune homme avant que son dragon, à ses côtés, ne continue. * Tu le protège comme tu nous protège. Tu as besoin de lui et tu as besoin de nous. Si tu continues à t'attendrir et à refuser de compter sur les autres... * Il marqua une pause, puis reprit. * Yenlui est bien assez fort pour supporter ça. * Où "ça", bien évidemment, faisait référence à la mort de sa mère. Si lui même avait put le supporter, pensait Yäwé, Yenlui n'aurait aucun mal à traverser cette épreuve. * Et il t'en voudras si tu le tiens à l'écart. Exactement comme nous. *





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Myad
Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Mer 13 Juin 2012 - 15:29


La confiance est la faiblesse qu'on s'autorise quand on se croit assez fort pour supporter la trahison.

Alors qu'Oryon prenait entre ses doigts minces la main lacérée de l'elfe, l'Impératrice contemplait son apprenti comme si elle le regardait pour la première fois.

C'était un jeune homme dans la pleine force de l'âge, sûr de ses gestes et de plus en plus maître de lui-même, qui avait appris à tempérer son caractère avec sa magie. Il avait reçu le meilleur enseignement de l'Empire en tir à l'arc, combat à l'épée, combat à mains nues, en ancien langage et, grâce à elle, en poisons et soins d'apothicaire. C'était une machine à tuer en puissance qui croissait paisiblement, insolemment ; et tous réaliseraient avec effroi que le grain têtu était devenu arbre, menaçant, ricanant. Yawë dont la mentalité était celle d'un dragon sauvage n'était qu'encouragement à la sauvagerie, à la perte plaisante de contrôle, lui le reptile légendaire, volant, brûlant, brisant tout sur son passage si le caprice lui venait.

C'était à eux que Myad avait choisi de faire confiance, comme Max, Kellran, Charlie, Arkillon, Marek, Dark, Mumak et tous les autres avant eux... Comme elle était en train de le faire avec Ellenwen. Chaque personne à qui elle témoignait de l'affection ou pire de l'amour était une marche de plus vers les abysses. Et alors ? Tant qu'elle ne le descendait pas ? A présent que son père était mort, emportant avec lui la dragonne d'argent qui lui avait presque servi de mère, se morfondait-elle dans les ténèbres ? Pas encore. Le pendentif oscillant innocemment contre son ventre appelait à l'Equilibre. La folie n'était pas pour aujourd'hui. Un jour, quand elle souffrirait trop et s'étranglerait avec sa douleur sans pouvoir la ravaler, la refouler, elle s'isolerait comme toujours, et hurlerait détruirait, raserait une partie du monde s'il le fallait - pour revenir froide et féline, prête à conquérir le monde d'un soupir méprisant.

Tu ne mourras jamais, lui avait-on dit.

Alors je ne mourrai jamais, avait-elle répondu, pauvre marionette entre les mains de puissance innommables.

Tu seras protégée en toutes circonstances. Nous te guiderons quand tu seras aveugle, semblaient-ils lui promettre.

Alors guidez-moi toujours, ne m'abandonnez jamais. Je vois cet homme que j'aime comme mon fils et en moi je sais, je sais très bien qu'il peut me faire du mal lui aussi. Apportez-moi l'immortalité, et l'oubli, et la sûreté contre la folie... Si je ne vaux plus tant que d'être utilisée puis trahie...

« Je suis désolé.
- Je sais.»

Elle avait dit ça sans assurance ni vanité, ni même d'amusement, avec une platitude morne, une constatation sans joie. Oryon n'était pas un sadique. Il était au contraire profondément empathique, ce qui lui posait souvent des problèmes, paradoxalement.

« Tu dois arrêter de me protéger. Tu es l'impératrice, c'est moi qui devrait veiller sur toi.
- Un souverain n'est rien s'il n'est pas capable de se défendre, et de défendre les siens, rétorqua-t-elle avec une légère grimace.
- Que je sois blessé n'a pas d'importance.
- Imbécile, rétorqua Myad avec un sourire mi-amusé, mi-réprobateur, ce qui semblait être une réponse similaire à celle de Yawë qui gronda fortement.
- Si tu es blessée, l'empire est affaibli. Mais si tu es affaiblie... Si tu es loin de ton dragon. L'empire est en danger. Lorsque le chef traîne le pas, la troupe s'arrête. Lorsque le chef doute, la troupe désespère. Et lorsque le chef soupire, elle perd espoir. »

Alors qu'Oryon lâchait sa main, et que l'Impératrice serrait le poing en l'agitant doucement, de petites croûtes s'évaporant dans l'air, elle lui lança un regard indéchiffrable.

« Voilà un discours que je n'attendais pas dans ta bouche. »

Le petit rebelle s'était assagi, et c'étaient d'autres rebelles qu'il combattait. La septuagénaire se faisait doucement à l'idée que l'adolescent devenait un homme. Elle regrettait de ne pouvoir mener sa vie véritablement à ses côtés, comme un maître et son apprenti le faisaient généralement. C'était triste de le voir grandir sans pouvoir l'admirer au jour le jour pousser de nouvelles feuilles et tenter ses premières floraisons.

« Tu es devenue trop tendre avec le temps. Et tu sous-estime Yenlui.
- Trop tendre, Oryon ? C'est toi qui me dis ça ? Qu'avez-vous fait de mon apprenti, qui êtes-vous ? »

Tout en arborant un sourire éphémère, la Dame noire s'éloigna de lui d'un trottinement gracieux jusqu'à l'eau, où elle nettoya ses genoux salis de terre en se penchant tranquillement. Ses cheveux dansaient au fil de ses mouvements. Elle écoutait Yawë lui parler en silence.

* Tu le protège comme tu nous protège. Tu as besoin de lui et tu as besoin de nous. Si tu continues à t'attendrir et à refuser de compter sur les autres... *

Il interrompit un instant la communication avant de reprendre :

* Yenlui est bien assez fort pour supporter ça. Et il t'en voudras si tu le tiens à l'écart. Exactement comme nous. *

Se redressant soudain, projetant ses cheveux dans un joli mouvement de tête, Myad fit voler une gerbe de goutelettes étincelantes dans la lumière. Grâce à un cordon de cuir nonchalamment manipulé, elle attacha ses cheveux en une queue de cheval leste et revint sur la terre ferme en invoquant la magie pour se sécher. Aussi naturellement que si elle eut été seule.

- Yenlui s'en remettra, je n'en doute pas. Je lui laisse le temps de panser ses plaies, mais c'est aussi pour lui l'occasion de surveiller la citadelle en mon absence. Rappelez-vous que la loi lui donne les mêmes pouvoirs que moi. Si je ne suis pas là, c'est lui qui prend les décisons. Cela empêche d'éventuels débordements.

Elle commença à se rhabiller, enfilant ses vêtements de cuir noir avec une rapidité venue de l'habitude.

- Ce que vous appelez tendresse, je l'appelle aussi prudence. Mes décisions sont bien plus rationnelles quand vous êtes absents. Et je sais ce que je vaux, je sais comment je réagis. Vous êtes la donnée imprévisible de l'équation, ce qui est assez délicat dans le cas d 'une guerre civile, ajouta-t-elle avec amusement.

Elle ajouta, l'air un peu moins amère qu'un instant plus tôt :

- Quant à Yenlui... Il se remettra assez rapidement, je pense... Il a quelqu'un à protéger. Il devra être fort pour prendre soin de son bébé.

L'image de l'oeuf d'argent et d'ébène traversa leurs esprits.

- Un futur petit monstre à surveiller, conclut-elle, avant de rajouter plus sérieusement : et peut-être un nouveau Dragonnier pour l'Empire. Je compterai sur vous pour m'aider à assurer leur formation, en tant qu'aînés.



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Oryon
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Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Mer 13 Juin 2012 - 21:28




    En même temps que l'impératrice, dont les mains étaient désormais vierges de toutes traces, le jeune homme se redressa, puis jeta un regard complice à son dragon. Myad semblait surprise des changements qu'elle observait. Peut-être sous-estimait-elle le talent des percepteurs, sages et maîtres d'arme qui avaient contribué à sa formation. Elle aurait souhaité accorder d'avantage de temps à son élève, c'est ce qu'elle lui avait toujours dit. Mais dans les faits, n'en avait eu les moyens.

    Le jeune homme, s'il avait été maître de son destin, aurait préféré abandonner cette guerre et partir au loin, libre, avec Yäwé et Myad. Avec celle qui n'était jamais devenue impératrice, celui qui jamais ne l'avait quitté, avec celui qui jamais n'avait terrassé la mère de Yäwé, et avec le coeur léger et pur de quelqu'un qui n'aurait aucune mort sur la conscience. S'aurait été possible, peut-être, si Brexinga n'avait pas cédé son trône... S'aurait été possible. Mais cela ne l'était plus désormais. Myad était prisonnière de son trône, Yäwé de sa colère, et Oryon des esprits de ceux qui sous ses ordres et par sa lame avaient péri. Ils n'avaient guère le choix que d'avancer désormais.

    - Yenlui s'en remettra, je n'en doute pas. Dit-elle en se dirigeant vers le lac ,de cette voix, si sûre et fière, qui la caractérisait, comme si soudain elle s'était revêtue à nouveau de cette carapace qui masquait ses peines et ses faiblesses. Elle était à nouveau elle même, ou plutôt ce masque qu'elle montrait au monde. Je lui laisse le temps de panser ses plaies, mais c'est aussi pour lui l'occasion de surveiller la citadelle en mon absence. Rappelez-vous que la loi lui donne les mêmes pouvoirs que moi. Si je ne suis pas là, c'est lui qui prend les décisons. Cela empêche d'éventuels débordements.

    * Maigre consolation pour un dragon que de faire ce que même un deux pattes ne veut pas faire. * Lança le dragon d'une voix réprobatrice mais calme, peinant à imaginer à quel point Yenlui pouvait se sentir seul, forcé de diriger des hommes, si loin de sa dragonnière.

    Oryon approuva d'un geste de la tête puis, après être resté immobile un moment, s'approcha du point d'eau, laissant le temps à l'impératrice de se rhabiller avant d'arriver à ses côtés. Il ne pouvait se sentir attiré par celle qu'il considérait presque comme sa mère, mais ne put s'empêcher de constater néanmoins, qu'en dehors de l'atroce cicatrice qu'elle portait sur son dos, Myad était un véritable canon de beauté. Chacun avait ses tares, pensa-t'il. Lui, c'était ses oreilles. Il avait récemment apprit d'un des érudits qu'il était possible de modifier leur apparence, mais n'avait pas encore le niveau en grammarie pour y parvenir. Peut-être le ferait-il un jour. Pourquoi devait-il les supporter après tout ? Il y avait aussi cette trace de brûlure au cou, qu'il était désormais capable d'effacer, mais s'y refusait toujours... Quelque-part, c'est elle qui l'avait mené là où il était aujourd'hui. Et puis elle, il l'avait méritée.

    Le jeune homme s'accroupit au bord de l'eau et, abondamment, se rinça le visage, les mains, les bras et le cou. Après ces heures passées sur le dos de son dragon et sous ce soleil de plomb, il se sentait bien sale. Le dragon, à son tour, s'approcha de l'eau pour y boire à grandes gorgées, alors que Myad continuait de s'expliquer.

    - Ce que vous appelez tendresse, je l'appelle aussi prudence. Mes décisions sont bien plus rationnelles quand vous êtes absents. Et je sais ce que je vaux, je sais comment je réagis. Vous êtes la donnée imprévisible de l'équation, ce qui est assez délicat dans le cas d 'une guerre civile,

    - Tu continues de te trouver des excuses. Dit le jeune homme avant de boire, s'aidant de ses mains jointes comme d'un verre, de l'eau de la rivière.

    - Quant à Yenlui... Il se remettra assez rapidement, je pense... Il a quelqu'un à protéger. Il devra être fort pour prendre soin de son bébé.

    Le dragon et le jeune homme, tout deux en train de se désaltérer au moment fatidique où l'impératrice avait annoncé la nouvelle, manquèrent de s'étouffer. Toussant et crachant, le jeune homme se redressa et observa Myad, les larmes aux yeux, le teint rosé, quoi que la nouvelle n'y était pour rien.

    - Quoi !? Vraiment ? Dit-il avant de tousser à nouveau. - Un futur petit monstre à surveiller, et peut-être un nouveau Dragonnier pour l'Empire. Je compterais sur vous pour m'aider à assurer leur formation, en tant qu'aînés.

    - C'est... C'est super ! Continua l'humain, dont le souffle semblait enfin revenir. Il s'essuya les yeux, puis continua Ouai... Avec plaisir mais... * Il pourrait s'écouler des centaines d'années avant que le dragon ne trouve quelqu'un qui lui soit digne. Sans compter Yenlui, qui va sans doute écarter de l'oeuf tout ceux qu'il trouvera trop grand, trop petit ou trop poilus...* Dit le dragon en observant l'impératrice, soutenu par Oryon qui acquiesçait. Se couper la parole l'un l'autre était devenu, chez eux, une telle habitude, qu'on aurait dit qu'ils ne s'en rendaient même plus compte.

    - Mais... C'est une bonne nouvelle. Et, * S'il adopte un dragonnier. * Je serais heureux de participer à sa formation. Le jeune homme, de bonne foi dans ses paroles, ne put s'empêcher de se dire, néanmoins, qu'une telle histoire offrirait à Myad un parfais prétexte pour le tenir, tout comme le nouveau dragonnier, à l'écart de tout danger. En soit, cela ne le dérangeait pas vraiment, mais il ne pouvait cesser de s'imaginer les vies que son absence pourrait couter sur le champ de bataille. Et quitte à être loin des combats, il préférait encore être libre plutôt qu'enfermé à Dras Leona.

    - Heum... Tout autre chose. Dit-il avant de marquer une pause. Concernant Marek et ses hommes, tu comptes faire quoi exactement ? Cet idiot est persuadé de pouvoir retrouver son trône. Et il détruit les convois les uns après les autres. Tu veux le laisser jouer indéfiniment ? Ou bien tu comptes faire quelque-chose ?

    Suite à quoi le dragon intervint sur un ton amusé. * Nan mais on s'en fout de ça. La vrai question, c'est de savoir quel dragon a réussi à engrosser Yenlui ?! *




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Myad
Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Lun 25 Juin 2012 - 11:41


« Tu continues de te trouver des excuses. »

Excuse ou justification raisonnée. C'était une question de perspectives. La réponse était bel et bien subjective ; là où d'aucuns verraient un argument irréfutable, d'autres rejetteraient une forme honteuse de réflexion. Myad ne chercha pas une seconde à convaincre Oryon de quoi que ce soit pour deux raisons : d'une part, parce qu'elle se moquait de savoir si son apprenti était d'accord avec ses choix, d'autre part puisque si c'était le cas, rien de ce qu'elle pourrait dire ne le ferait changer d'avis. Elle acceptait que leurs opinions divergent hormis bien sûr dans le cas où ce serait donner lieu à un conflit grave, à une folie furieuse.

Par exemple quand il avait décidé de se laisser sombrer dans le déni, l'alcool, le désespoir, l'alcool, l'alcool – la violence. Elle l'avait laissé maître de lui-même, de ses actes et choix jusqu'à ce qu'il dévie. Et là, et là elle avait été là pour lui. Et d'un savant coup de pied au derrière, l'avait remis sur le chemin. Pas le plus droit peut-être, boueux et sablonneux certes, mais une route où marcher avec elle, une escalade vers un meilleur qui lui tendait les bras, et tout autour d'eux l'univers qui se déchirait, se construisait... Infiniment. Avidement. Des mains sans corps approchaient son apprenti et cherchaient à s'emparer de lui, doigts débiles frémissants mais insistants.

Un jour on le lui volerait. Alors elle attendrait que la nuit se lève et que toute influence ait disparu, laissant son presque fils dans une obscurité merveilleuse, afin qu'il diffuse sa propre lumière, et devienne l'étoile d'autres personnes, qui le trouveraient, le suivraient, s'éteindraient en souriant en se fondant dans son aura.

L'annonce de la parenté de Yenlui eut son petit effet sur Yawë et Oryon qui recrachèrent maladroitement la goulée d'eau qu'ils avaient tous deux essayé d'avaler. L'Impératrice leur sourit doucement, amusée. Quel spectacle que ce duo majestueux manquant s'étouffer de surprise !

« Quoi ?! Vraiment ? »

Myad se contenta de hocher très légèrement la tête, confirmant inutilement une information qui était évidemment vraie – en ces temps de souffrance, ces rares surprises n'étaient pas motif à plaisanteries.

« C'est... C'est super ! » s'exclama l'humain en premier lieu, ravi, ce qui toucha son maître. Puis, prenant conscience de la portée des mots de Myad, il rectifia son expression pour une grimace : « Ouais... Avec plaisir mais... »

Yawë poursuivit leur pensée de façon si fluide que la Dragonnière ne sentit la transition qu'à cause du changement de tonalité de la voix, et à cet écho si particulier qu'elle prenait dans son esprit avoir été prononcée par une bouche.

*Il pourra s'écouler des centaines d'années avant que le dragon ne trouve quelqu'un qui lui soit digne. Sans compter Yenlui, qui va sans doute écarter de l'oeuf tous ceux qu'il trouvera trop grands, trop petits ou trop poilus...*

Cette fois l'hybride éclata de rire.

« Oh, je ne doute pas que Yenlui voudrait avoir son mot à dire quant à la personne qui sera choisie par son bébé, mais il n'est pas tout seul. La mère veillera également. Et je me demande si elle n'est pas pire que lui, ajouta-t-elle en souriant, carnassière et rêveuse à la fois. »

Elle observa un moment ses apprentis avant d'ajouter en reprenant son sérieux :

« Dans plusieurs centaines d'années, nous serons là. Nous serons toujours là. L'ignores-tu encore, Oryon ? Toi et moi et nos compagnons, par notre lien, sommes guéris des drames des hommes. A moins que les plaies du corps ou de l'esprit ne vous emportent, vous vivrez pour l'éternité. »

Le regard de la Dame noire se troubla un instant, des ténèbres étranges chargeant ses iris sanglants de secrets imprononçables.

Et moi quoi qu'il arrive, quoi qu'il vous arrive, qui que je dusse perdre, je n'aurai jamais le droit de mourir. J'ai le devoir de vous survivre.

Myad se rappela l'époque où elle traitait sa vie comme d'un tissu de mauvaise qualité, qu'on porte avec agacement jusqu'au jour où l'on pourra enfin s'en débarrasser – sans regret ni scrupules. Son existence avait pris de la valeur avec l'amour qui l'avait colorée ; elle avait commencé à éviter les risques, à diminuer ses tendances nonchalantes aux tentatives suicidaires. Et aujourd'hui elle savait que tout ceci était vain. C'était ainsi, elle serait là à tout jamais. Bénédiction ? Malédiction ! Qui pourrait se targuer d'avoir regardé mourir toutes les personnes à qui il s'est attaché ? Spectateur impuissant dont l'omnipotence ne peut pas se diffuser...

« Mais... C'est une bonne nouvelle. Et, *s'il adopte un Dragonnier* je serai heureux de participer sa formation. 
- Je suis fière de vous, répondit paisiblement l'Impératrice. »

Peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir entendu la Dame sanglante leur adresser ces mots.

« Heum... Tout autre chose. 
- Je vous écoute, murmura le maître non sans ignorer qu'ils passaient à des sujets plus actuels, urgents.
- Concernant Marek et ses hommes, tu comptes faire quoi exactement ? Cet idiot est persuadé de pouvoir récupérer son trône. Et il détruit les convois les uns après les autres. Tu veux le laisser jouer indéfiniment ? Ou bien tu comptes faire quelque chose ? 
- A ton avis? » Mais c'était une question rhétorique. Myad allait répondre lorsque Yawë intervint, cette fois en dissonance totale avec son Dragonnier.

*Nan mais on s'en fout de ça. La vraie question, c'est de savoir quel dragon a réussi à engrosser Yenlui ?!*

Cette fois Myad explosa véritablement de rire, la mélodie si délicate de son amusement tintant tel un enchantement dans l'air tiède. Elle mit plusieurs secondes avant de retrouver contenance, les prunelles encore étincelantes et les yeux mi-clos. Après quoi elle passa une main sur ses cheveux soyeux pour chasser une mèche qui lui barrait la figure, doucement, comme pour vérifier qu'elle avait encore toute sa tête.

« Les vraies questions méritent de vraies réponses, mais tu risques d'être déçu. C'est une dragonne qui a pondu les deux enfants de Yenlui, et Delva est son nom. Chacun des parents a pris un œuf avec lui. »

Yenlui vivait mal sa séparation forcée et répétée de Delva, mais il ne pouvait s'en plaindre à sa compagne de cœur, qui vivait précisément la même chose, en pire – car si les dragons bénéficiaient généralement d'une grande tolérance quand à leurs relations, ce n'était pas le cas des chefs d'Etat.

Elle fit signe à Oryon de s'asseoir à côté d'elle sur la berge.

« - A présent, si nous nous occupions des futilités? Elle eut un sourire sans joie. Tu sais qu'en vertu de ma nature de Gardienne, je suis liée à Marek et à Charlie. Mais ne doute jamais de ma détermination. Si je dois brûler la Crête pour les dénicher, je le ferai. Je n'épargnerai personne d'autres qu'eux, et il le sait. Même sa femme et ses enfants, s'il ne les cache pas suffisamment. Et puis, ne s'est-il pas risqué à toucher à mon presque fils ? A la guerre comme à la guerre, car les causes que nous défendons sont plus nobles que l'amour qui gonfle nos poumons. »

L'Impératrice fit une pause méditative avant de reprendre :

« - Nous allons prendre le Mor'ranr à son propre jeu. S'il veut des caravanes nous allons lui en donner. Il est assez répétitif dans ses attaques ; il serait dommage que ces raids deviennent prévisibles et que le contenu des chariots soit nocif, n'est-ce pas ? Des bijoux maudits, de la nourriture empoisonnée, des armes mal enchantées... Des soldats qui, en mourrant, exploseraient en déversant sur les environs le poison que contient leur sang. Même les chevaux peuvent être porteurs de mort, et en les prenant avec eux une fois l'endroit désert, l'ennemi pourrait apporter dans son camp un danger qu'il ne soupçonnait pas.
Outre nos tentatives pour trouver un soldat ou un membre de leur famille qui ne supporte plus cette situation, nous continuons de chercher leur base. Je ne peux pas non plus vider l'Empire, Oryon, car les nobles sont pires que des rats : à la moindre faille militaire, légale, morale ils tenteront quelque chose. Nous avons des ennemis et ils sont assurément bien plus dangereux à l'intérieur de nos frontières. Je les tiens par les valseuses mais ils n'hésiteront pas à profiter d'une faiblesse quelconque. Vois, je ne peux même pas laisser Dras Leona sans Yenlui pour me représenter. Ce serait le chaos. T'ai-je un peu satisfait ?
 »



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Oryon
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Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Lun 25 Juin 2012 - 17:34




    Le jeune homme, un sourire aux lèvres, reprit ses ablutions tout en écoutant les réponses de l'impératrice. Il savait que sa nature de dragonnier lui procurait une longévité qui irait au delà de ce que pouvait imaginer n'importe quel humain. Myad le lui avait dit, il y a bien longtemps déjà, et bien qu'il lui avait fallu du temps pour en admettre les conséquences, il avait finit par s'y faire.

    Néanmoins, l'idée qu'il avait du temps n'avait guère changée. Une année lui semblait toujours aussi longue, et il était tout simplement incapable d'imaginer ce que pourrait être sa vie dans cinq ou dix ans. Il n'avait que 18 ans aujourd'hui et en moins d'un an sa vie s'était transformée. C'était plus vrai encore pour Yawë, dont l'état d'esprit influençait celui d'Oryon et bientôt terminerait sa première année.

    Ce détail évoqué et une fois que Myad eu précisé l'identité de la génitrice des deux nouveaux oeufs, elle aborda le point qui préoccupait Oryon. Le temps de son absence, ainsi que les semaines qui avaient précédé, de nombreux convois avaient été pris d'assauts par les rebelles, dans cette région reculée du territoire impérial. L'armée, affaiblie par l'affrontement contre Nuit, n'avait su trouvé de remède contre cette plaie dérangeante, seul obstacle à l'établissement d'une paix durable sur l'ensemble du territoire.

    Le dragonnier s'était lui même rendu en ces terres pour convoyer une cargaison de grande importance. Mais Marek, averti par l'un de ses espion, avait déployé de grands moyens pour en venir à bout. Le combat avait été rude et Marek, pourtant chef de sa coalition, avait fait la preuve d'une trop grande confiance en ces propres forces. Sous ses yeux de nombreux hommes étaient tombés et, Oryon s'en rappelait comme si c'était hier, il n'avait guère semblé s'en préoccupait. Tout le contraire du jeune dragonnier qui, malgré la brillante opposition qu'ils avaient opposé aux renégats, s'en voulait encore de n'avoir put sauver la vie de ses soldats.

    Myad, au courant de ce qui s'était passée, évoqua l'incident. Et Oryon serait sans doute intervenu pour justifier sa défaite si les termes qu'elle avait employé ne l'avait pas simplement laissé bouche bée. * Mais de quel fils elle parles ? * Pensa-t'il, circonspect, se demandant si Myad n'avait pas omise de lui parler d'un autre de ses nombreux et lourds secrets de famille. Il y pensa un instant puis se trouva bien forcé d'admettre qu'elle parlait de lui. Yawë lui même, alors qu'il s'abreuvait goulûment dans l'eau du lac laissa échapper quelques bulles et Oryon, sans interrompre le discours de l'impératrice, l'observa d'un air surpris... Ému.

    La mère d'Oryon, une demi-elfe dont son père ne semblait jamais avoir accepté le deuil, était morte en le mettant au monde. Ces grossesses, bâtardes diraient certains, étaient connues pour leurs complications. Ainsi, après plusieurs heures de tourments, le sort avait décidé que d'eux deux Oryon serait le seul à survivre. Son père ne lui avait jamais pardonné pour cela.

    Silencieux, pensif, le jeune homme écouta avec plaisir, quoique d'une oreille, les plans de l'impératrice pour venir à bout de la rébellion. C'était une bonne idée, pensa-t'il. Cette stratégie, en plus d'être efficace, baisserait le moral des troupes du Mor'ranr et sans doute, à terme, pourrait bien leur donner la victoire avec un minimum de pertes.

    Lorsqu'enfin il cessa de penser à cette histoire de "presque fils", l'impératrice avait changé de sujet et parlait de la manière dont les nobles mettaient l'empire en danger. Oryon n'y avait jamais vraiment pensé. Du moins, il n'aurait jamais cru que ce problème puisse être si important. Les nobles responsables de l'attaque du territoire allienceux, ou plutôt ceux qui avaient porté le chapeau, avaient servi d'exemple, et il espérait encore que cela suffise à calmer les autres. Mais elle avait raison sur ce point.

    Oui. Dit-il, un sourire aux lèvre, en observant la surface ondulante du point d'eau. J'ai pensé un moment que tu ne réglerais pas ce problème... À cause de Marek. Oryon soupira, repensant à cette fameuse embuscade, puis continua. Il est puissant, c'est certain, mais je ne comprends pas comment il en est arrivé où il est. Ou bien le pouvoir lui a fait perdre l'esprit. Il a commit plus d'erreurs en une embuscade que tu ne l'as fais pendant la bataille contre Nuit... Il ne cherche qu'à retrouver son petit trône, sans comprendre que la situation pourrait être mieux maintenant qu'elle ne l'était avant. En plus il ne pourra jamais y arriver...

    Oryon s'interrompit en voyant Yawë, qui ne semblait guère intéressé par la conversation, plonger lourdement dans le plan d'eau. Oryon se sentit comme envahit d'une curieuse sensation de fraicheur et, un instant plus tard, une vague d'une vingtaine de centimètre inonda l'endroit où ils s'étaient assis. S'il n'était pas magicien, pensa-t'il, ce simple incident aurait nécessité qu'il sèche l'ensemble de son équipement pour éviter qu'il ne rouille... Comme la magie pouvait être utile parfois !

    Trempé, le jeune homme ne réagit même pas, souffla de plaisir, et reprit là où il s'était arrêté lorsque la vague reflua vers le lac. Marek ne peut être vaincu, mais ses hommes le seront facilement s'il n'en prend pas pas plus soin. La situation des nobles est plus inquiétante. Si tu pouvais remporter cette victoire, contre le Mor'ranr, ils cesseraient de douter de ta force. Et s'il pouvait y avoir un autre dragonnier...

    Il marqua une pause puis soupira. Enfin... Et le dragon s'adressa aux deux bipède sur un ton réprobateur. *Myad... Il faudrait que... * Oryon chercha à faire taire le dragon, mais ce dernier n'en fit rien. La suite de ses paroles furent donc couverte par les râles du jeune homme. *tu explique à ce bipède qu'il n'est pour rien dans la défaite qu'il a subit.* Ce n'est rien ! Répliqua le jeune homme de manière autoritaire, cherchant à dissuader Myad d'intervenir. C'est du passé. Et nous ne pouvions pas gagner. C'est tout. J'aurais ma vengeance un jour ou l'autre...

    Ce qui ne l'empêchait pas, toujours, de regretter les morts inutiles. Il aurait put remporter une belle victoire si Marek n'avait pas reçu d'improbables renforts. Mais le plus difficile à supporter était sans doute le jugement des gens et des soldats sur sa personne, qu'il savait de plus en plus durs. Il était le seul à être revenu vivant... Seul avec Yawë. Une histoire de plus pour allonger la liste de ce qui se disait sur lui...




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Myad
Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Jeu 28 Juin 2012 - 12:19


- Oui. J'ai pensé un moment que tu ne réglerais pas ce problème... À cause de Marek.

Il avait eu tort de sous-estimer le rapport au devoir de son maître ; mais il avait eu raison de se poser la question. Elle n'était pas invincible, de par les liens d'amour et de confiance qu'elle avait forcément tissés ici et là. Personne, hormis un Ombre de par sa nature haineuse, ne peut s'éterniser dans la solitude. Tout le monde a une faiblesse, même si certains en ont plus, ou plus grandes, que les autres. Dans le cas de l'Impératrice, c'était Yenlui qui semblait l'individu principal, toutefois s'attaquer à un dragon n'est pas mince affaire. Que restait-il à ses ennemis ?
Ses apprentis. Oryon, si jeune, si passionné. Une proie convoitée, d'autant qu'il était également Dragonnier, et donc un allié potentiel de très grande envergure. Tout le monde lui tournait autour dès que Myad n'était plus dans les parages et elle le savait bien. Là-dessus elle ne pouvait s'en remettre qu'à la clairvoyance de ses élèves.
Il était également connu dans les hautes sphères - car le petit peuple l'ignorait, voire l'avait vite oublié - qu'ayant appartenu à l'Alliance l'Impératrice avait conservé des amitiés fortes dans ce clan. Ce secret de polichinelle était cependant dégonflé, désavoué par le combat particulièrement violent qui l'avait opposée à Marek Krayt, et la campagne impitoyable qu'elle menait contre les rebelles. Il restait donc à Myad un certain confort dans ce domaine.

Le jeune homme poussa un soupir amer ; la septuagénaire assise à côté de lui pouvait percevoir sa frustration, qui comme un courant électrique, dansait en une toile furieuse sous l'épiderme tendre du Dragonnier.

- Il est puissant, c'est certain, mais je ne comprends pas comment il en est arrivé où il est. Ou bien le pouvoir lui a fait perdre l'esprit. Il a commit plus d'erreurs en une embuscade que tu ne l'as fais pendant la bataille contre Nuit... Il ne cherche qu'à retrouver son petit trône, sans comprendre que la situation pourrait être mieux maintenant qu'elle ne l'était avant. En plus il ne pourra jamais y arriver...

S'il y avait un point sur lequel elle était d'accord avec lui, c'était bel et bien son incompréhension face au comportement de Marek. Il n'agissait pas du tout de façon réfléchie. N'importe qui aurait essayé, au bout de plusieurs semaines ou mois de résistance offusquée, d'entrer en contact avec elle pour négocier. Surtout en sachant qu'elle n'était pas responsable de leur situation. Pourquoi s'obtinait-il à combattre, et au-delà, à sacrifier ses soldats pour une idéologie qui ne les sauverait pas ? Leur situation était plus critique encore que les Vardens face à Galbatorix. Et il n'envisageait pas de futur enviable qui ne soit pas l'exacte reproduction du passé qu'il avait aimé. C'était là le souci. Myad n'était pas en mesure de le lui apporter.

- Sa fierté le perdra peut-être. En l'humilité on trouve parfois la sécurité, et ce n'est pas présentement qu'il le réalisera.

Charlie et Marek souffraient de l'absence de leur opposé ; une certaine fluctuation frustrée se dégageait d'eux, et plus particulièrement des Sources Originelles, qui ne pouvaient trouver la paix sans la présence des deux derniers Gardiens. Pour les avoir elle-même trouvés, Myad savait que cette époque d'irrégularités était bientôt révolue, mais ses frères tiendraient-ils jusque là ?

L'hybride observa pensivement le grand dragon émeraude se jeter nonchalamment dans le lac, entraînant par son mouvement une onde sismique suffisante pour arroser d'eau généreuse les bipèdes qui le regardaient. L'Impératrice lui adressa un sourire goguenard, une sorte de "ben voyons" pour elle qui s'était expressément séchée et rhabillée quelques minutes plus tôt.

- Marek ne peut être vaincu, mais ses hommes le seront facilement s'il n'en prend pas pas plus soin. La situation des nobles est plus inquiétante. Si tu pouvais remporter cette victoire, contre le Mor'ranr, ils cesseraient de douter de ta force. Et s'il pouvait y avoir un autre dragonnier...
- Un Dragonnier qui nous serait fidèle, précisa Myad avec une pointe de fatalisme. Il serait mal venu que l'élu de l'oeuf soit un de nos ennemis... Auquel cas nous devrions prendre des mesures qui me déplaisent.

Il y a de nombreuses façons d'assujetir quelqu'un à sa volonté, et la morale était bien peu de choses face à la sécurité d'un Empire. Myad n'hésiterait pas.

*Myad... Il faudrait que... *

La Dragonnière haussa un sourcil, intriguée par l'agacement qui perçait dans la voix de Yawë. Son incompréhension s'aggrava lorsque le jeune à ses côtés foudroya son compagnon du regard, plissa les yeux et serra la mâchoire. Attentive à tous ces détails, l'Impératrice comprit le sujet qu'ils allaient aborder.

*tu explique à ce bipède qu'il n'est pour rien dans la défaite qu'il a subit.*

- Ce n'est rien ! explosa l'humain avant que l'elfe n'ait pu ouvrir la bouche. C'est tout. J'aurais ma vengeance un jour ou l'autre...

Myad approcha une main du visage d'Oryon pour lui tourner délicatement la tête de façon à ce qu'il dusse la regarder dans les yeux.

- Au contraire, ce n'est pas "rien." Si Yawë prend la peine de m'en parler, de demander mon aide, c'est qu'il y a un gros problème. Et puis, je te connais Oryon. Quand les humains se dépêchent de nier, c'est qu'il y a là un souci qu'ils ne veulent aborder, parce qu'ils se sentent incapables de le régler.

L'Impératrice lâcha le menton de son élève pour effleurer sa gorge de ses doigts frais.

- Tu dois te détacher de l'opinion publique, si tu ne veux pas qu'elle n'entâche ton jugement. Le peuple est dur avec toi parce que tu lui ressembles ; ils se permettent de te critiquer cruellement parce qu'ils jalousent ta position, et c'est là que prend place le fameux "à sa place, j'aurais fait ceci ou celà." Ils ne peuvent dire de même de moi puisque je leur suis totalement étrangère. Tu es leur idole, Oryon. Ils te placent sur un piédestal car ils t'envient, mais à la moindre erreur, tu rappelles que tu es faillible, alors ils sont déçus et ravis, eux qui se gaussent : après tout, il n'est qu'un homme.

Elle fit une pause, le temps que son apprenti assimile ses paroles, avant d'ajouter :

- Je te le dis en toute franchise, Oryon, tu ne pourras jamais tuer Marek. Et la vengeance ne te mènera à rien d'exceptionnel. Tu veux venger des hommes qui se sont engagés en sachant très bien qu'ils risquaient leur vie ; tu veux réconforter des familles qui seraient tristes, quelle que soit l'issue, et qui devraient se rappeler pour quoi s'engagent des soldats. Cela ne te sert à rien de t'obstiner dans une quête sans but. Mets ta hargne au service de ton entraînement, elle te sera utile, dit-elle avec un sourire, avant de reprendre avec sérieux :Rappelle-toi ce qui s'est passé quand tu as cédé à tes pulsions. La discipline, Oryon. Le raisonnement. Réfugie-toi dedans quand ton coeur te fait trop souffrir.



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Oryon
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Message Sujet: Re: C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford] | Dim 1 Juil 2012 - 18:32




    Le jeune dragonnier jeta à son compagnon un regard sombre de reproches, gêné par ce qu'il venait de révéler, mais le dragon l'ignora royalement en se laissant doucement couler au fond du petit lac. Myad, comme à son habitude, ne put se résoudre à négliger son apprenti et, ignorant l'expression blasé qu'il lui présenta, se mit à expliquer longuement en quoi il avait tord de se faire du soucis.

    À plusieurs reprises le jeune homme hocha la tête, soupira, énonçant parfois quelques "je sais bien" et se donna l'air de celui qui n'en a que faire. Mais il en aurait fallu d'avantage pour faire cesser l'impératrice. Le dragonnier était probablement, parmi les quelques personnes à pouvoir discuter avec l'impératrice, un des seul à oser ignorer ainsi son jugement et ses conseils. Probablement parce-qu'un autre aurait perdu son poste en lui manquant de respect de la sorte.

    Je veux bien croire qu'ils m'envient mais je suis loin d'être une idole. Dit-il après un soupire. La plupart des gens qui m'adressent la parole le fond parce qu'ils savent qui je suis. Ils veulent obtenir quelque-chose... De moi ou de toi. Au moins avant je savais à qui faire confiance et qui craindre. * Personne et tout le monde ? * S'amusa le dragon en émergeant, ce qui arracha un sourire au jeune homme. Oui. C'était aussi simple que ça ! Enfin je me plains pas. Les choses vont mieux maintenant. C'est pour ça que c'est pas important. Il se tourna vers Myad et s'adressa à elle d'un ton calme, sans aucune tristesse dans la voix. Ce qui s'est passé pendant le trajet pour combattre Nuit n'avait rien à voir. Tu sais bien qu'un dragonnier ne supporte pas d'être séparé de son dragon. Je pense avoir eu de la chance. Je n'était dragonnier que depuis quelques mois. Ce n'aurait pas été aussi simple autrement. Mais ça ne risque pas de se reproduire tant que Yawë sera là.

    Oryon se tût et repensa à sa rencontre avec Abysse. Il ne souhaitait pas aborder le sujet avec Myad, et savait bien que Yawë à ce sujet ne le trahirait pas. Elle était de celle dont il ne savait rien. De celles qui ne l'avaient approché qu'en raison de son rang... Mais il l'avait senti différente. Il y avait bien eu d'autres avances... Qu'il avait toute repoussé sans hésitation. Mais il l'avait cru plus honnête un moment, plus authentique. Et encore aujourd'hui il ne savait guère s'il avait eu raison ou non d'y croire. Une chose était sûre, il n'arrivait pas à l'oublier.

    Le jeune homme se leva et commença à retirer tout ce qui lui servait d'équipements. Il commença par sa ceinture, à laquelle pendait sa lamentable épée, puis il retira sa tunique et son pantalon, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus qu'une culotte de laine brune.

    Comme l'impératrice se paye des vacances...

    Il sourit, plongea d'un bond dans l'eau glacé, où il fut chaleureusement accueilli par le dragon joueur et, après quelques-luttes inégales avec la créature verte, se retourna vers l'impératrice. Arrête de t'inquiéter pour moi. J'ai déjà Yawë pour ça.

    Et le dragon vert, d'un geste de queue leva une gerbe d'eau suffisamment haute pour engloutir l'impératrice. * Hop ! Le privilège des dragons ! * Dit-il, hilare, avant d'ajouter lorsqu'enfin il put distinguer Myad à nouveau. * Je ne l'ai fais que parcequ'Oryon en mourrait d'envie ! *






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C'est comme ça qu'on travaille ? [Alentours de Therinsford]

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