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[Demeure] le Vald'Ocre

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Zell Armn
Message Sujet: [Demeure] le Vald'Ocre | Lun 9 Juil 2012 - 19:02





Le premier village était à une bonne heure de cheval de chez lui.

A l’abandon, il avait retapé l’endroit de A à Z. Pour oublier. Oublier les quelques détails persistants.

Modeste, une grande salle faisant office de salon au rez-de-chaussée. Une immense cheminée, à côté de laquelle une porte donnait sur une cuisine. Comme un couloir, elle faisait la longueur du salon. Dans un coin de ce dernier, un escalier montait en épingle à cheveux à l’étage du dessus.

L’étage.
Un couloir ouvert au bout. Une porte à droite, une porte à gauche : deux chambres. Au bout, une bibliothèque. Quelques livres en somme, rien de valeur. Un vieux râtelier soutenait une poignée d’armes. Des dagues, une épée longue à deux mains. Un arc et ses flèches. A côté, une armure légère au métal terne d’un long sommeil.
Une échelle en corde grimpait jusqu’à une trappe dans le plafond.

Grenier.
Un vieux fauteuil défoncé soutenait des vêtements rongés par les mites. Une vieille selle de cheval dont la taille laissait imaginer les dimensions de la bête. Grande, forte. Sans doute un cheval de guerre. Quelques bouteilles vides aux pieds du fauteuil reflétaient faiblement la lumière du jour que laissait entrer une petite fenêtre.
On venait boire ici.
Souvent.
Non loin, un brasero fumait encore.

Un court d’eau passait devant l’habitat. Le sol était pavé jusqu’à un sentier de terre battu qui rejoignait la route. Adjacent à la maison, une grande dotée d’un grenier. Une dizaine de brebis.

La forêt bordait un côté, la rivière un autre.
Le reste s’offrait à une modeste clairière.
Trois plants de tomates copinaient avec des salades.
Un puits entouré d’un bas muret.
Sur les larges dalles faisant office de margelle, un énorme chien dormait.
Bien bâti, noir et feu, un gros bas-rouge massif.
Sa vocation première et purement théorique était de garder le petit domaine. Son activité principale était d’agresser verbalement les voyageurs et… Dormir.

Au fond de la clairière, à demi sous les bois, un talus de pierre de taille modeste, recouvert par le lichen et la bruyère cendrée. Un deuxième un peu plus bas à côté.
Le reste de la clairière était parsemé d’un gazon soigneusement entretenu que parcouraient des myriades de petites fleurs ocre.

Des mercenaires étaient passés dormir une nuit aussi. Comme tant de gens le faisaient lors de longs voyages. Jamais il ne fermait sa porte aux inconnus : c’était son unique moyen d’avoir des nouvelles de l’extérieur.

Or ces mercenaires lui avaient entre autres choses parlé d’un ancien compagnon à eux.
Un compagnon mort.
Mohran.

Ils lui avaient fait don de l’épée du vieil homme. Sa grande épée dont il ne s’était jamais séparé. Lui-même avait perdu Khaal depuis longtemps… Et Loivissa, l’épée de Mohran, s’en était allée dormir sur son râtelier.

Le monde était petit…

Il avait alors bâti deux petits monceaux de pierre.
Un pour Mohran.
Un pour Thaura…

Car depuis neuf mois, l’enfant n’était pas réapparu.


L’ancien mercenaire, assis dans les fleurs d’Ocre, fixait tour à tour les monticules. La mousse et la bruyère avaient vite fait de devenir maîtresses des pierres.
Il ne s’était pas trouvé de réelle peine pour la perte de Thaura.
Il ne s’était senti aucune larme venir pour la mort de son père.

Il avait abandonné Finwë et les autres sans aucun remord.
Il les avait abandonnés alors qu’ils voulaient aller sauver Ellenwen.
Pas de honte, pas de regret.

Mais le loup aurait pu le retrouver sans problème…
C’était là qu’il avait songé à profiter de l’occasion et de sa sortie de prison pour bénéficier d’un renouveau. Finie sa vie de mercenaire, finie la mort, les traques. Adieu les vengeances, les trahisons. Adieu l’ombre de la mort qui avait longtemps hantée chacun de ses pas.

Jamais il n’oublierait son père et son fils, à défaut d’avoir été réellement attaché à eux.
Mais le reste, les autres…
Tout ce passé-là pouvait bien rôtir en enfer.

Et son nom avec.
Doucement, il avait laissé Zell Armn disparaitre, s’effacer des mémoires.
Plus d’ennemis, plus d’amis. Plus d’avis de recherche contre lui.

Très court, il s’était coupé les cheveux. Ras.
Il avait, en quelques mois, l’air d’avoir gagné quelques années.
Loin du godelureau soigné, il avait pris le visage d’un homme sans âge.
Un homme peu souriant, jamais triste.

Les cicatrices n’avaient pas disparu.
En plein cœur, toujours les deux mêmes qui se croisaient.
Mais Zell Armn s’était effacé, malgré tous ses efforts pour survivre.

A force de passer un chiffon mouillé sur le mercenaire, il avait réussi à ne garder que l’homme. Celui qui n’avait rien, qui ne devait rien à personne. Celui qu’il s’était juré de devenir quand il n’aurait plus à être mercenaire.

Il avait nommé sa calme retraire le Vald’Ocre.
Il avait nommé cet être calme Zelphyr.

Et malgré tout, certaines longues soirées de solitude se teintaient d’amers regrets…
Loin de son étalon de guerre, loin des embuscades et des éclairs d’acier…

De son tapis d’Ocre, Zel se leva.
Zelphyr du Vald’Ocre.






« En temps de paix, le mercenaire dérobe ; en temps de guerre, il déserte. »
Nicolas Machiavel







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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mar 10 Juil 2012 - 16:35




Se levant du tapis de fleurs Ocre encore humide de la rosée du matin, Zel posa un dernier regard sur chacune des tombes vides.

D’abord celle de Thaura, parce qu’après tout il avait été responsable de l’enfant. Mais l’ombre avait enlevé le petit garçon, lui-même avait manqué de mourir. Se mesurer à nouveau à Seardwïn ne le tentait pas du tout. Rapidement, il s’était rallié à l’idée de ne rien faire, de ne pas agir pour l’enfant. Qui sait, il n’en était peut-être pas plus malheureux. Quelqu’un s’occupait de Thaura, même si c’était pour faire de lui quelqu’un de mauvais. Et si, finalement, il n’avait même pas survécu… Le petit ne serait jamais plus heureux que dans la mort. Car si sa mère l’avait abandonné, son père ne l’avait tout simplement jamais reconnu.

Alors…

Ses yeux gris bleu et ses pensées se tournèrent vers Mohran.
Lui, il avait choisi la paternité. Une femme capable de lui donner argent et descendance. Le mercenaire n’avait pas craché sur l’offre : c’était trop beau pour ne pas sauter sur l’occasion. Puis dès qu’il avait été en possession de ce qui l’intéressait, il était parti.
Un bon et brave mercenaire, Mohran. Comme on en faisait plus.

Comme un vague au revoir, l’homme porta le bout de ses doigts à sa tempe, acheva en tournant le dos aux deux monceaux de pierres.
Baldwin – le bas-rouge – se redressa de moitié en entendant les pas de son maître se rapprocher. L’animal jeta un regard brumeux à l’humain, puis se laissa retomber sur la margelle. Zel s’approcha de la maison et saisit, posée contre le mur, une longue hache à bois. Indifférent au repos du chien, l’ex mercenaire gagna l’arrière de la maison.

Il entreprit d’y fendre quelques rondins.
Baldwin laissa résonner une dizaine de coup, avant de lever sa masse et s’ébrouer. Il grogna légèrement à l’intention du bûcheron qui répondit par un ordre péremptoire imposant le silence.

Ordre reçu, Baldwin trottina jusqu’au devant de la maison, s’approcha de la rivière et s’y arrêta. Comme une statue, la tête légèrement levée, flairant l’air. Même lorsque les bruits de hache cessèrent, il demeura à sa place, à l’affût.

La matinée s’écoula sans un bruit. Baldwin passa du bord de la rivière au pas de la porte. Du pas de la porte au chemin menant à la route. L’après-midi dans la clairière avec les brebis. Le soir venu, il les ramena à la grange et revint s’allongé sur les pavés devant la maison.
Ignorant de la condition de son maître.

Les journées étaient toutes différentes.
Ce qui les distinguaient les uns des autres, c’était ces soirs où des voyageurs s’arrêtaient pour la nuit. Lui-même n’avait pas grand-chose à dire, mais eux… Eux avaient toujours un tas de choses à raconter.
De l’intérieur de sa maison, il entendit soudainement Baldwin aboyer.
Un sourire lointain l’effleura : un peu de compagnie.

A peine un pas dehors, un coup d’œil à l’inconnu le refroidit immédiatement.
Le type du haut de son cheval avait quelque chose de familier.
D’autant plus quand il explosa de rire en sautant à terre, et bondit sur l’ex mercenaire pour l’accoler comme un frère. Baldwin saisit cet instant d’inattention pour saisir l’inconnu par le bras. Les crocs de la bête dérapèrent sur des mailles de fer, le chien serra d’avantage, l’étau de sa mâchoire parvenant à capturer l’homme. L’inconnu eut beau hurler, l’animal ne le lâcha pas. Et quand il sortit un couteau, Baldwin le jeta par terre et le plaqua sous sa masse.
Alors qu’il aboyait et montrait les dents, Zel songea à le laisser dévorer l’inconnu.

L’idée devenait de plus en plus séduisante, quand l’autre parvint à se dégager et prendre ses distances. Voir même ouvrir la bouche pour parler.


    «- Drôle de façon d’accueillir tes amis !
    - …Vous n’êtes pas mon ami. »


Franchement ce genre d’ami il s’en passait bien.
Brendilass aurait vendu père et mère pour trois sous.
Ce qui avait toujours étonné Zel, c’était qu’il n’ait pas été de ceux qui l’avaient fait enfermer.

Brendilass esquissa un pas en avant, mais les dents de Baldwin lui déconseillèrent vivement d’avancer d’avantage. Sage décision, le mercenaire s’immobilisa.


    «- Tu vas pas me laisser dehors Zell… C’pas prudent…
    - Non. Non à vrai dire… »


Il s’approcha de Brend avec un sourire et posa sa main sur son épaule.

    « Je n’ai pas ne serait-ce que l’intention de te laisser partir. »


Quant Zel se saisit de l’autre par le poignet, l’empêchant d’user de son couteau, Baldwin sauta à la gorge du mercenaire et ne le manqua pas. Soixante dix kilogrammes de muscles et une main gênée dans ses mouvements…

Brendilass rendit l’âme dans un gargouillement sanglant, alors que le bas-rouge le tenait toujours à la gorge. Un craquement sec quand la nuque ne résista plus.
La bête laissa tomber l’homme et s’assit.
D’un geste autoritaire, Zel lui désigna la rivière.
Et laissant l’animal aller se laver de son petit crime, il entreprit de dépouiller avec soin Brend. Argent, quelques armes. Les vêtements ne valaient rien, la cotte de maille pourrait être revendue.

Payé de ses services, Zel souleva le corps et le jeta sur son épaule.
Sans peine, Baldwin gambadant autour de lui, il s’éloigna dans la forêt, assez loin pour savoir que les bêtes de la crête feraient un festin du mercenaire.

Sa retraite sauvée de tout intrus à venir, il regagna son domaine.
Il ne voulait plus être connu.






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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Lun 16 Juil 2012 - 16:26


La cheminée brûlait faiblement. Baldwin fit le tour de la pièce avec suspicion, puis regagna la porte d’entrée demeurée ouverte. Après un bref examen de l’extérieur, il s’allongea sur le flan.

Ca n’était pas le premier homme qu’il tuait. Il n’y prenait pas particulièrement de plaisir, mais son maître le félicitait quand il le faisait. Alors il partait simplement du principe que c’était une des choses que lui seul pouvait faire pour Zel. Ca n’était pas souvent, mais c’était déjà arrivé. Il aurait su compter, il aurait estimé cinq ou six fois. Après tout il avait bien fallu de l’argent pour remettre à neuf la maison, pour obtenir les quelques brebis…
Le bas-rouge laissa échapper un lourd soupir de contentement.
Ferma les yeux.

L’ancien mercenaire esquissa un léger sourire.
Quand son étalon de guerre s’était tué en chutant, il s’était convaincu que ça n’était pas grave, que ça ferait une bouche de moins à nourrir. Puis il avait croisé Baldwin dans un village. Et le bas-rouge l’avait suivi jusqu’ici. L’animal se serait révélé bête comme un seau, il l’aurait chassé sans aucun remord. Mais loin de là, Baldwin avait fait preuve d’une grande intelligence. Il avait prouvé son utilité, prouvé qu’il méritait sa place. Du coup Zel l’avait gardé auprès de lui.

Le chien gagnait sa croûte, à partir de là sa présence ne posait aucun problème.

Ouvrant un coffre de bois, le mercenaire en sortit une bouteille. Un alcool de noix d’assez bonne qualité, sans être pour autant excellent.
Il se laissa tomber dans l’unique fauteuil de la pièce : le mobilier ne comprenait que peu de choses. Une large table, une longue étagère, quelques tabourets et deux bancs. C’était simple et artisanal. Tout était en bois. L’homme fit sauter le scellé de la bouteille d’un coup de couteau, se battue quelques secondes contre le bouchon avant d’en sortir victorieux.

Une longue gorgée plus tard, il se calla un peu mieux contre le dossier en bois, ferma les yeux.

Rares étaient ceux qui le reconnaissaient. Ses cheveux quasiment rasés, ses traits durcis par les années. Il ne ressemblait plus au fier mercenaire, au jeune et énergique mercenaire qu'il avait été. Plus calme, plus posé. Peut-être plus sage. Mais pas moins solidaire et infidèle, pas moins égoïste et salaud.
Dans la forme, il avait changé. Dans le fond, ça n'avait fait qu'empirer.
Le peu de bien qu'Ellenwen avait vu en lui s'était évaporé sous les rayons de sa solitude, et comme un vieil ermite il n’avait cessé de développer antipathie et mépris à l’égard du monde.

Brendilass n’aurait jamais du s’arrêter ici.
Lui avait-on parlé de l’endroit ?
Avait-il entendu parler de lui ?
Peut-être n’aurait-il pas du laisser partir les compagnons de Mohran. Mais ça commençait à remonter un peu… Et puis pour quelles raisons auraient-ils parlé de lui à Brend ? Ce qui n’avait pas de sens n’était pas possible.
Mais Brend n’avait pas paru réellement surpris de le voir…
Alors il s’était attendu à le trouver là.

Lui qui ne s’était pas posé une seule question depuis qu’il avait tout laissé tombé, il se surprit à craindre de ne plus profiter longtemps de cette illusoire existence tranquille. Rouvrant les yeux, il porta à nouveau la bouteille à ses lèvres.
Il n’était pas une célébrité. On avait, fut un temps, parlé de lui dans les bas milieux, mais sa légende s’était vite évanouie avec son séjour en prison.

Ceux à qui il devait de l’argent ne l’avaient pas oublié. Ceux qu’il avait trompés ou trahis non plus. Et pourtant, dans tout l’Alagaësia, il n’y avait qu’un loup qu’il ne voulait surtout pas revoir, jamais. Il n’y avait que Finwë qu’il ne voulait plus jamais recroiser. L’ami de l’elfe avait la langue bien trop acerbe et une loyauté bien trop élevée pour ne pas juger – et condamner – l’ex mercenaire. Il s’était pris, à force d’y penser, à détester le loup.
Il s’était pris à ne pas vouloir mettre son épée aux services de qui que ce soit.

Le niveau de la bouteille était descendu de moitié quand il en eut fini de ses idées broyées. A peine soulé mais malgré tout dans le brouillard, Zelphyr referma la bouteille et la lâcha. Un bruit sourd, elle roula sur le sol jusqu’à heurter l’un des piliers de la cheminée. Quelques rares braises y brûlaient, rien de suffisant pour éclairer la pièce.
Sans un regard pour Baldwin, l’ex mercenaire gagna l’étage et se laissa tomber sur sa paillasse.

Depuis longtemps, le sommeil des justes lui faisait faux bond.





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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Lun 16 Juil 2012 - 23:17


Le sommeil fuit Zélphyr durant des minutes qui lui parurent des heures.

Et quand enfin il s’endormit, abruti par l’alcool, il ne dormit que d’un œil, perdu entre songe et souvenirs.

Les mots étaient toujours les mêmes. Les mêmes mots qui lui rodaient sans arrêt autour comme des charognards à l’affût.

    Lâcheur, crétin, abruti !
    Et tu osais te considérer comme son ami !
    Et tu l'as laissé tomber !
    Tu étais où quand elle en aurait eu besoin ?!
    A courir la gueuse je suppose, tellement heureux qu'elle t'ait délié du contrat que tu lui devais et à boire l'argent du contrat que tu n'avais pas accompli !


Ca n’était pas de la culpabilité, ça n’était pas des remords.
Mais ça l’empêchait de dormir. Comme si les reproches du loup essayaient de faire naître un brin de honte en lui. Peine perdue… Mais il n’en dormait pas mieux.

    Tu es misérable…

    Tu es pitoyable, Zell... Tu n'es rien de plus qu'un animal...
    Et encore tu n'as même pas l'instinct paternel qu'ils ont, eux.
    Tu n'as pas le respect de ceux qui t'entourent et qui t'aident.
    Tu n'es même pas digne d'eux.


Oh ça il l’avait bien compris !
Et si Finwë avait ce jour-là prit la peine de se souvenir, il se serait rappelé d’une chose : Zel n’avait jamais prétendu être digne de qui que ce soit. Au contraire, il s’était toujours défendu d’une telle chose ! Il avait rencontré le loup de ce temps où seul l’argent comptait, où seul l’argent pouvait donner un sens au monde. Il aurait du savoir que l’amitié d’un type comme Zell Armn, ça ne valait pas grand-chose !

Un contrat sur une amitié, ça n’aurait jamais pu rien donner de bon.
Qu’est-ce que le loup avait crû ?
Avait-il sincèrement crû qu’il n’y avait qu’à lui tendre quelques pièces pour se faire de lui un ami ?

Puis les images venaient.
A travers un étrange brouillard humide, il distinguait son étalon de guerre lancé dans un de ses galops mémorables. Le cheval, lancé à pleine vitesse, ne freinait des quatre fers qu’au dernier moment, s’arrêtait devant une haie verdoyante, baignée de soleil et d’une rosée matinale. L’étalon, jusque là sans cavalier, se trouvait alors monté par un homme qui passait la cinquantaine. Une barbe de quelques jours, et des yeux gris bleus.
A chaque fois, cet homme-là le regardait d’un air qu’il ne comprenait pas.
L’homme disait quelque chose. Il ne comprenait jamais quoi.
Mais à chaque fois, il répondait : garde ton or. Ce n’est pas ma lame que tu veux acheter.

Alors l’homme répondait, cette fois-ci haut et clair : ce que je veux acheter n’existe pas.

Et il partait, lui et l’étalon.

L’ex mercenaire sortit de ses limbes sans savoir pourquoi. Un bruit dehors sans doute… Le vent soufflait fort cette nuit-là. A moitié redressé sur sa couchette, il écouta attentivement, mais rien ne vint. Le vent soufflait, rien de plus.
Il fut tenter un instant de descendre dans la pièce commune pour y reprendre sa bouteille. Au lieu de ça, il se leva pour traverser le couloir jusqu’à la salle faisant office de bureau et bibliothèque. Une simple image : il ne savait ni lire ni écrire. Malgré tout il y avait tenu, et entretenait l’endroit avec application. L’odeur des vieux parchemins le ravissait…

Zélphyr s’avança vers le râtelier, s’accroupit devant.
Son regard clair s’égara sur les armes endormies.
Caressa Loivissa.

Comme elle était belle dans l’ombre de la lune…





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Dirigeante de l'Equilibrium

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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Ven 10 Aoû 2012 - 11:51


Depuis qu'Ellenwen était devenue, bien malgré elle, reine des elfes, Finwë vagabondait. Même s'il était honoré et admiré à Ellesméra ou ailleurs, même si le lien exceptionnel qui l'unissait à l'elfe lui garantissait une vie à jamais dorée, il ne pouvait se résoudre à rester immobile plus de quelques jours. Deux jours en forêt, un jour aux côtés de son amie, deux semaines à la Crête et un retour d'enfant prodigue à la ville. Un compromis fragile et délicat qui comblait l'intensité de leur lien et de leur amitié et qui leur prodiguait à tous deux, pour quelques instants, une sensation de liberté. Souvent, lorsqu'il s'éloignait franchement de toute trace de civilisation elfe, il sentait l'esprit de son amie se fondre le sien, goûter à la caresse du vent, au plaisir de la course, aux battements désordonnés du coeur. Son ivresse lorsque ses coussinets s'enfonçaient dans le sol, soulevant un petit nuage de poussière ou éclaboussant son pelage d'une boue riche et odorante. Il pouvait presque entendre le soupir de plaisir et d'envie qu'elle poussait lorsque ses crocs s'enfonçaient dans une gorge chaude et offerte et que le sang chaud de l'animal lui coulait sur les babines. Il savait que sa reine souffrait de ne plus partir, au gré de ses envies et de ses caprices. Et même si parfois elle s'éclipsait du palais, métamorphosée en grand félin sombre et silencieux, pour se griser de quelques instants volés, le loup connaissait le coût de ces courtes nuits. Aussi, lors de son dernier départ, avait-il décidé de s'éloigner quelques temps de la forêt, d'offrir à son amie des aperçus d'horizons inconnus. Il s'était dirigé sans se presser vers la Crête, ses montagnes et vallées sauvages. C'était d'ailleurs le seul endroit où le loup pouvait aller sans trop craindre pour sa vie. Les troupes léoniennes étaient peu nombreuses et les chances de leur échapper très élevées. Cela faisait déjà quelques jours qu'il errait dans les montagnes, se promenant sans but, chassant quand la faim se faisait sentir. A intervalles réguliers, Ellenwen le rejoignait en esprit, puisant un peu de la paix qui régnait autour du loup. Akkan le rejoindrait peut-être même bientôt. Cela faisait quelques temps que le demi-elfe vadrouillait de gauche à droite, profitant de son statut de général tout en tentant d'y échapper. Lorsque Finwë était parti, il rêvait tout haut d'aventures, envisageait milles plans pour découvrir ce qui se tramait dans le Saint-Empire. Peut-être même monté quelques missions de sabotage. Le loup s'en était amusé et lui avait proposé de se joindre à lui, quand il le souhaitait.

Mais pour l'heure, celui-ci était préoccupé. Il avait repéré, depuis quelques temps déjà, une présence qui lui était familière mais dont il n'arrivait pas à se souvenir. Quelque chose de très ténu, comme une odeur portée par le vent, une trace d'un esprit qu'il avait connu. C'était indubitablement un humain. Les elfes ne s'aventuraient plus en dehors de la forêt et un animal aurait laissé des traces moins visibles. Et puis, à chercher sans vraiment chercher, à parcourir sa route sans trouver de chemin, il était parvenu à une masure isolée et ses souvenirs avaient refaits surface. L'esprit était plus forte, l'odeur si présente qu'elle possédait presque une présence physique. Il n'avait même pas eu besoin d'approcher. Zell. L'étrange, l'implacable, l'ami Zell. Qui avait disparu alors qu'Ellenwen était emprisonnée par Brexinga et que tous ceux qui comptaient pour elle s'était rassemblée pour la sauver. Lui qui était venu, comme les autres, pour ne jamais achever l'aventure. Le loup s'était tenu à bonne distance, sans se faire répérer. Seul l'énorme bas-rouge avait grondé quelques fois, lorsque le vent avait tourné de direction, portant l'odeur du loup jusqu'à ses narines. Mais rien n'avait trahi sa présence à l'humain. Il n'était pas sur de le vouloir. En fait, il n'était pas bien sur de ce qu'il pensait. Il avait toujours caché à Ellen la désertion de celui qu'elle considérait comme un ami. Et lui ne l'avait jamais très bien comprise. .es humains avaient des comportements qui le déroutait. Surtout Zell. Qui adorait Ellen tout en la haïssant de se faire ainsi adorer de lui. Qui voulait rester solitaire mais qui était attiré comme par un aimant par toutes les formes de chaleur humaine. Et qui ne disait jamais rien. Le loup l'avait beaucoup aimé, chose rare. Pour sa force. Sa volonté implacable. Son animalité aussi. Sa volonté de survie. Mais la loque qu'il avait vu un jour, tout imbibée d'alcool, lui avait déplu. Mais Ellen... Ellen l'étranglerait s'il ne redonnait pas une chance au mercenaire - bien qu'il en ai gaspillé plus d'une. Il savait que sa compagne considérait Zell à la fois comme un ami et comme un défi à relever. Une preuve que personne n'était totalement sombre.

Le museau entre ses pattes, couché sous un chêne qui lui procurait une ombre bienvenue, Finwë gronda doucement. Le jeune homme lui importait peu maintenant. Mais il était curieux de voir sa réaction. De lui demander des explications sur sa disparition... Et il avait envie de s'amuser, de tester la force de l'humain comme il l'avait fait si souvent. Et de l'égorger pour ne pas être venue tirer la reine du donjon. Mais le jeune homme lui importait peu. Même s'il était tentant de lui dire ses quatre vérités, bien en face. Se redressant, le loup prit sa décision. Le deux-pattes l'intriguait trop. Il parcourut au petit trop le petit kilomètre qui le séparait de la masure puis attendit. Il n'était pas pressé. L'assassin finirait bien par sortir un jour. Et ce serait alors à lui de décider. De choisir ce que le loup allait faire ou ne pas faire. Lorsqu'il sortirait, le loup sortirait alors doucement des broussailles qui entouraient la petite cour, se planterait devant lui, bien visible et bien reconnaissable - comment ne pas reconnaitre un énorme loup blanc - à une distance respectueuse. Et puis il partirait, de quelques mètres, en s'enfonçant dans la forêt. Si le jeune homme le suivait... peut-être que le loup l'attendrait.

*N'empêche... Venir se cacher si près de la forêt des elfes... Il devait vraiment vouloir avoir Ellenwen sur le dos.*




Devant l'indifférence générale, demain est annulé
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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mer 15 Aoû 2012 - 0:08


Longtemps, il demeura immobile, accroupit face au râtelier, et aux doux rayons de lune qui lentement dansaient sur la lame de Loivissa.

Un homme de deux mètres aurait sans peine pu placer ses larges mains sur la poignée langée de cuir au pommeau orné d’une grosse noisette couleur d’argent. La garde était d’un tenant, un assemblage de tiges forgées dont l’ensemble enserrait la poignée. Deux demi-lunes adossées faisaient office de garde. Au-delà s’étirait un ricasso épais enserré dans une tresse de cuir usée par les coups parés. Et là où l’imposante lame s’étirait enfin, en sa base, deux menaçantes paires d’ergots légèrement retroussés, chacun long comme la paume d’un homme. Alors, légèrement ondulée comme un souffle sur une eau calme, le tranchant d’une lame longue, une lame d’un mètre soixante.

Le cuir était usé, le pommeau et la garde un peu ternes.
La lame était demeurée tranchante et vive, affutée comme un regard.

Mohran, plus qu’un mercenaire, avait été un véritable monstre.
Homme simple, aucune légende ne parlerait jamais de lui parce qu’il n’avait jamais cherché rien d’autre que la fierté du travail bien fait. Enfant, il avait rêvé d’être cet homme-là, de brandir cette épée avec la même force, aussi impitoyable et plein d’assurance…

A genoux, reclus au fond de lui-même, il chercha les rêves du petit garçon qu’il avait été, ces histoires dont il avait fait son père le héros. L’adulation pour ce mercenaire, grand malgré tout, à sa façon.
Il ne trouva qu’un lourd manteau de fatigue, et sans émettre la moindre résistance, Zel se releva et se saisit des premiers barreaux de l’échelle de corde. A la force des bras, il se hissa au grenier. Poussant à terre les vieilles frusques d’un mercenaire perdu, il prit place dans le fauteuil et ferma les yeux. Il souffla tout l’air qu’il avait dans les poumons, par le nez et ses lèvres entrouvertes. A travers sa gorge et tout son être, un courant d’air fin comme le fil d’une araignée. Puis ses lèvres se scellèrent sur les mystères de son âme étrange, et il respira profondément, cherchant les saveurs de la forêt qui l’entourait, nimbées de poussière de bois et de cendre. Il eut l’impression que cette odeur était sienne, et rassuré d’en avoir capturé en lui une petite part, il quitta le grenier.

Sa couchette retrouvée, il s’enfonça sans pensées dans un sommeil dépourvu de couleur où les songes n’étaient ni noirs, ni blancs. Les rêves n’étaient pas emprunts de rires et de joie, de vie. Les cauchemars n’étaient pas effrayants, ni tristes. Comme un bal incolore et sans saveur, des visages, des sourires et des larmes sans émotion. Le sang pouvait couler à flot, il n’y avait aucune douleur. Le chagrin ne brisait aucun cœur, le bonheur demeurait sans écho.

Et il n’y avait que dans ce sommeil vide et plein qu’il parvenait encore à trouver du repos. Ses rêves torturaient ses sens, lui arrachaient la peau pour crisser sur ses nerfs et parcourir son âme à la recherche d’un quelconque ressentiment. Comme un autre désireux de lui prouver que quelque part, lui aussi était familier des regrets, de la crainte, de l’horreur… Lui aussi possédait sur cette terre un enfer.
Et, sans qu’il ne le sache, sans doute un coin de paradis.

La nuit ayant repris sa berceuse bienfaitrice, longuement l’ex mercenaire demeura sans bouger, d’un calme sage comme un enfant couché.

De matinaux rayons de soleil chassèrent ces airs d’innocent, Zel se redressa sur les coudes avec l’impression d’avoir dormi des siècles. Il échangea ses frusques de la veille contre un pantalon de toile d’un brun gris, se saisit d’une chemise qu’il enfila sans la boutonner entièrement. Comme encore endormi, il gagna la bibliothèque. Son regard ignora dédaigneusement les livres, un sourire – oh bien pâle ! – éclaira à peine ses traits alors qu’il effleurait Loivissa de ses yeux clairs.
Repus de sa simple présence calme et posée, de son propre regard croisé dans cette lame éternellement aiguisée, Zel s’en détourna et gagna le rée de chaussé.

Une pomme fauchée en passant près de la table, il passa le pas de la porte sous un jappement de Baldwin, lancé comme un salut.
L’homme acheva sa pomme en quelques bouchées, jeta le trognon au chien qui l’attrapa au vol pour signer sa fin d’un sec coup de dents, et l’avaler. L’ancien mercenaire s’approcha de l’animal pour s’accroupir devant lui, lui flattant le garrot énergiquement. Si Baldwin se laissa un instant faire, rapidement il essaya, par pur jeu, de saisir la main de son maître.
Il parvint à lui prendre l’avant-bras, qu’il lâcha presque aussitôt quand Zelphyr se remit debout.

Lorsqu'il sortirait, le loup sortirait alors doucement des broussailles qui entouraient la petite cour, se planterait devant lui, bien visible et bien reconnaissable - comment ne pas reconnaitre un énorme loup blanc - à une distance respectueuse. Et puis il partirait, de quelques mètres, en s'enfonçant dans la forêt.

Un battement.
Un battement de cœur manqué, car ce cœur-là s’arrêta.
Pas de surprise, pas d’étonnement, pas de peur.
Juste comme un cœur de bête sauvage devant une autre.
Un loup…

Baldwin gronda sourdement, mais un geste, insignifiant comparé à la taille du chien, mit fin à ses humeurs. Docile, malgré tout méfiant, le bas-rouge prit place sur son séant, ne bougea plus.

Quelques mètres, des siècles, des années.
En réalité, quelques mois seulement…
Et tout semblait les séparer.
Cette distance, ce temps passé.

De la même façon que tout les avait toujours séparés.
Finwë, trop humain. Lui, trop peu.

En pas croisés, le pas du guerrier qu’il avait été et sans cesser de faire face au loup, Zel s’approcha de la maison. S’en écarta pour rejoindre le puits, sur la margelle duquel il ploya le genou. A ses côtés, un seau jamais vide. Il y plongea les mains en coupe, et le temps de s’inonder le visage, il ne quitta pas le loup du regard.

Debout.
Droit.
Ni fier, ni rien.

Et rompit cette passe d’arme invisible avec la brusquerie de l’indifférence.
L’indifférence de celui qui n’avait jamais réellement compris l’intérêt qu’une elfe avait pu lui porter, l’intérêt qu’un loup si grand que Finwë, si noble, pouvait bien avoir pour lui.

A ses yeux de truand, d’enfant d’armes et de sueur, finalement de rien, ça n’avait été qu’un jeu, celui ayant le pouvoir, une place dans le monde, se jouant de celui qui n’avait rien. La partie ne l’avait jamais intéressé.

Alors en silence, il s’assit devant ces deux silencieux monceaux de pierre mousseux.
En silence, puisque depuis longtemps les mots l’avaient fui.
Depuis qu’il ne tenait plus d’épée pour parler de lui.





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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mer 22 Aoû 2012 - 14:05


Finwë avait cru que le jour et la nuit n'en finirait jamais de s'étirer, de laisser goutter trop lentement chaque seconde avant qu'elles ne se dissipent lentement. Il avait tenté de toucher, doucement, l'esprit de l'humain qui l'intriguait tant. Mais ses pensées n'étaient que confusion, indifférence. Comme une viande qui aurait perdu trop de sa saveur pour être encore reconnaissable. Le résultat était insipide et vaguement déconcertant. Un sale goût restait toujours sur la bouche, alors même qu'on n'avait senti aucun goût. Finwë lui avait l'impression de s'être heurté à un mur et d'en être resté vaguement sonné. Peut-être un peu plus ou un peu moins curieux. Peut-être un peu embêté de ne pas comprendre tout ce qui se passait. Lors que le mercenaire s'était levé, il avait suivi les bruits de la maison, très discret, comme si l'homme se déplaçait comme une une machine, sans trop faire attention à ses gestes à ses mouvements. Le bruissement de la toile vieillie lorsqu'il s'était habillé. Le grincement de l'escalier, assourdi, lent. Et le craquement d'une pomme sous ses dents. Un jappement. Pas un mot.

Le loup sortit lentement de la forêt. Lorsqu'il émergea dans la clairière, un instant gêné par la saturation d'odeurs, de soleil et par l'absence soudaine des arbres, il resta figé. Il avança de quelques pas. L'homme avait été premier à le repérer. Il s'était arrêté. Totalement immobile. Comme si l'un des sorts de la belle elfe, compagne du loup, l'avait touché et transformé en statue de sel. Le loup grimaça un sourire, content de son effet. Il pouvait presque sentir son coeur s'arrêter, sentir sa panique et peut-être ses regrets. L'homme calma son chien, d'un geste bref de la main. Comme si toute sa nervosité de son maitre avait transparu dans le geste, le chien se calma. Quelques pas de côté, un bruit d'éclaboussure. Zell se lavait le visage, comme pour vérifier que l'eau froide n'allait pas le réveiller, faire disparaitre le loup blanc qui le regardait.

Et il tourna les talons.

Finwë poussa un petit gémissement de surprise et de vexation. L'homme, qu'il avait cru en son pouvoir, dont les battements de coeur venaient de s'arrêter à sa vue, venait de lui tourner le dos avec une indifférence consommée. Le loup resta un moment immobile, offrant une dernière chance à l'humain de se repentir, d'esquisser un geste, de prononcer un mot. Mais il restait là, assis. Le monde aurait pu s'écrouler qu'il n'aurait pas bougé. Boudeur et vexé, le loup tourna les talons, s'enfonçant à nouveau dans la forêt.

Et puis un souvenir le retint. Un sourire sur un visage sombre. Le sourire de Zell devait Ellen, le rire de celle-ci en fond sonore. Le loup avait le sentiment d'avoir perdu un combat qu'il ne connaissait pas. Orgueil et fierté.

Il s'allongea dans la cour, sous le chaud soleil. Il attendra. Le mercenaire n'est pas au bout de ses surprises.

(dsl c un peu nul mais j'arrivais pas à bien écrire)




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mar 28 Aoû 2012 - 20:27


Assis en tailleur de pierre, son regard gris errait doucement d’un talus à l’autre. Comme s’adressant d’abord au grand, puis au petit. Puis au grand. A nouveau au petit.
La réalité était bien loin de ça
Il se souvenait de Thaura, petit garçon blond, petit demi-elfe perpétuellement effrayé. Malgré tous ses efforts, il n’avait jamais été à la hauteur du courage de son père. Au même âge, Zel avait alors déjà connu le sang et la soif des combats, même sans y prendre réellement part. Du moins pas autrement que comme un petit être chétif ne tuant que pour défendre sa peau quand c’était nécessaire.

Moran lui avait appris à se fier à une chose : son instinct de préservation.
Un instinct que Thaura n’avait jamais, jamais eu.

Dorloté et chéri dans un environnement saint et en paix.

Ses paupières s’abaissèrent lentement, jusqu’à voiler son regard et le plonger dans une pénombre détrompée par les lueurs vives du soleil matinal. Il avait entendu le gémissement du loup, sans chercher à comprendre ce que cela pouvait signifier.
Il s’était naïvement laissé tromper. On lui avait doré les lèvres de miel et les oreilles de belles paroles. On l’avait bercé de rires et d’idéologies vives en couleur et en joie. Finwë ne pensait quand même pas qu’il était assez bête pour tomber deux fois dans le panneau !

Les ennuis s’étaient accumulés après sa rencontre avec l’elfe.
Il avait raté un contrat, ceci entrainant la mort de son client. Il avait perdu toute sa crédulité, toute sa notoriété auprès de ses semblables. Ces derniers l’avaient collé en prison, dont on l’avait sorti pour lui coller un morveux dans les pattes ! Morveux qui avait disparu entre les mains d’une ombre. Il avait même manqué d’en mourir, sans quoi c’aurait été moins drôle. Et tout ça pourquoi ?
Parce qu’Elle avait planté une graine dans son esprit : celle du doute.

Zel rouvrit les yeux.
Quelle plaie, quelle barbe !
Respira profondément, très profondément.
Il sentit son calme revenir. Tout ça était loin.

Il quitta ses errances invisibles et se leva.
Non loin, Baldwin redressa les oreilles, son regard se fixa sur son maître dont il suivit le moindre mouvement. L’ex-mercenaire se releva, revint vers le puits. Sans s’arrêter il se saisit du seau qu’il posa dans la cour, avant de gagner le mur de la masure, plaçant le seau à même distance de lui et du loup.
Souplement et sans effort, il s’accroupit dos au mur.
Assez haut, sa voix s’éleva.


    « Je suis indigne de vous, messire loup, vous l’aviez dit. »


Alors ?
Il restait là pour le plaisir de le lapider verbalement, l’injurier un peu plus qu’il ne l’avait déjà fait par le passé ? Ou parce que ce petit jeu, ce pouvoir de la loyauté et de l’honnêteté sur la misérable vilénie malfaisante d’un lâche et pitoyable mercenaire, lui manquait…






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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Dim 16 Sep 2012 - 11:08


Le loup attendait, patiemment. Après tout, il avait toute la vie devant lui et comptait bien en profiter. Attendre un peu plus, un peu moins... aucune importance. Et il avait face à lui un loisir rare, une petite qui fondait sous sa dent comme la chaire d'un lapereau fraîchement tué. Un humain en proie au doute. Et pas n'importe quel humain. Un mercenaire. Le mercenaire qu'Ellen avait entortillé autour de son petit doigt, sans même se rendre compte de ce qu'elle faisait. Elle avait bouleversé sa vie et semé des perles de doute dans son esprit. Le loup était consciente de l'inconsciente cruauté de sa compagne. Lui-même l'avait subi, des centaines d'années plutôt, lorsque leurs esprits s'étaient frôlés puis liés pour l'éternité. Il avait dû quitter la quiétude de sa forêt, perdre ses habitudes et sa vie de loup solitaire. Il ne l'avait jamais regretté. Pas un seul instant. Mais il savait aussi l'étrange impression née de cette perte de repères. De ce cataclysme étrange et inquiétant. Mais lui n'avait jamais été abandonné. Ellenwen l'avait suivi, l'avait tiré derrière elle pendant des centaines d'années avant que quelque chose ou quelqu'un ne vienne s'introduire entre eux. Pour l'humain en face de lui, les choses avaient été bien différentes. Ellenwen avait été capturée. Et l'avait abandonné. Les cogitations de l'homme en étaient touchantes, bien qu'amusantes. Peut-être arriverait-il à quelque chose. Ou peut-être pas, et alors le loup partirait.

- Je suis indigne de vous, messire loup, vous l'aviez dit.

L'humain avait finalement craqué, incapable de résister plus longtemps à la présence de l'animal. Le loup esquissa un sourire canin. Il avait vu juste. La graine du doute s'était planté trop profondément dans l'esprit du mercenaire et avait grandi, arrachant les débris de la certitude indistinctement, jusqu'à tout chamboulé. Peut-être trop tout chamboulé.

*Et tu as cru ce qu'un vieux loup ahuri te disait ? Mon garçon, je te croyais plus intelligent.*




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Lun 17 Sep 2012 - 14:49


Le mercenaire cilla : il avait oublié que le loup ne répondait jamais autrement que par son esprit. C’aurait du le marquer, pourtant ce détail s’était soustrait à sa mémoire. Il avait passé trop de temps à oublier pour que ça n’ait pas été efficace.

Il n’avait plus rien.
Il n’avait rien de plus que de quoi vivre. Vivre loin de tout et de tout le monde. Il avait perdu tout ce qu’il avait pu avoir.

Il doutait sérieusement d’être quelqu’un d’intelligent.
Il n’avait jamais été payé pour ça.
Il n’avait pas appris à lire, ne savait compter que parce que c’était une obligation pour pouvoir manipuler l’argent. Il n’avait jamais été un grand penseur, sa vie se résumant à protéger quelqu’un, ou tuer. Ca n’avait jamais été plus que ça, ça n’avait jamais été moins.


    « J’ai n’ai rien cru. »


Il n’y avait pas repensé.
Il avait souhaité de tout son cœur oublié.
Et il y était parvenu.

Son regard clair fixa le loup, ne trouvant aucune raison d’errer ça et là. Il connaissait l’endroit comme s’il y était né. Il n’y avait plus rien à découvrir en laissant son regard glisser sur les alentours. Et il ne craignait pas de fixer l’autre.


    « Qu’êtes-vous venu chercher ? »


La familiarité du tutoiement était loin.
Aucun lien ne reverrait le jour entre lui et… Et « eux ».
La distance qui les séparait physiquement n’était rien comparée à celle qu’il dressait entre eux. Il ne désirait aucune compagnie, aucune amitié. Aucun pardon. Il avait déjà tout perdu une première fois à cause d’eux. Il n’avait aucune envie que cela recommence…





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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mar 2 Oct 2012 - 10:56


L'attitude du mercenaire était déconcertante. Suffisamment déconcertante pour que le loup se sente presque mal à l'aise, déplacé dans ce lieu qu'il ne connaissait pas. Il lui semblait que le jeune homme en face de lui réagissait comme un animal. Comme un grand fauve sur la défensive, qui laisse son instinct le guider, sans véritablement chercher à comprendre ce qui l'entoure. Ou plutôt, en ressentant intuitivement tout ce qui l'entoure. Son regard ne cillait pas, fixer droit sur le loup. Pas de surprise. Pas de peur. Pas de sentiment même peut-être. Le loup songea un bref instant à Ellenwen, qui n'aurait jamais eu tant de patience et tant d'immobilité, comme ça, pour une visite imprévue.

*Je ne suis rien venu chercher. Je ne sais même pas très bien pourquoi je suis ici.*

Le loup bailla longuement, étirant ses pattes avant. Il aurait bien été en peine de répondre autre chose, lui qui avait voulu partir, sans se faire remarquer.

*Il m'a juste semblé que je devais le faire.*

Peut-être par instinct, peut-être l'influence de sa reine des elfes, qui même à distance tenait sa vie et son coeur entre ses doigts. Ou peut-être juste pour faire chier l'humain.




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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mar 2 Oct 2012 - 20:07


Lui si peu coutumier de la surprise s’en sentit vaguement emprunt. La réponse du loup trahissait… Ce qui aurait pu être du désarroi.

C’était-il attendu à quelque chose ?
Avait-il changé à ce point ?
Il l’espérait de tout ce qui restait de son pauvre cœur.
Ne pas être aussi sensible, aussi naïf qu’il l’avait été quand il avait rencontré Ellenwen. Ne pas être aveuglé par un tissu doré miroitant de richesses et de belles paroles. Ne pas y croire à nouveau, ne plus jamais y croire. La reine des elfes était le rêve d’un pays où les règles n’étaient pas les siennes.

A vrai dire, c’était tout aussi bien que le grand loup blanc ne trouve pas de raison à sa présence ici. Au fond, y en aurait-il eu une que Zel n’aurait pas voulu la connaître.

L’ancien mercenaire se releva, son regard clair ne quittant pas le loup.


    « Reste autant que tu le veux. »


Lui, ça l’indifférait.
Il se fichait bien d’un loup venu juste pour le spectacle.

Désintéressé, l’homme s’éloigna, gagna l’arrière de la masure.
Les bûches fendues la veille erraient en désordre sur le sol désherbé, comme un champ de bataille de bois. Minutieusement, il entreprit de les entasser contre le mur.
Il ne savait pas ce qu’était devenue Ellenwen, il ne voulait pas le savoir.
Ce monde-là ne s’intéressait pas à lui.
Ne l’intéressait pas d’avantage.





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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mar 9 Oct 2012 - 17:43


Le loup grimaça un sourire. Pendant une brève seconde, il avait senti une forme de surprise, un vestige d'un souvenir que l'humain avait presque oublié. C'était déjà pas si mal. Même si cela n'avait pas duré. L'humain était reparti immédiatement, comme désireux de ne pas s'inquiéter, de ne même pas y penser. Mais il n'avait pas laissé son regard vagabonder. Il l'avait gardé fixer sur l'animal. C'était aussi un signe. Il pouvait rester. Ca lui faisait une belle jambe...

*Je ne resterai pas. Une belle reine des elfes m'attend.*

Il songea rapidement à son amie, un sourire sur les babines. Si jamais elle apprenait la présence de Zell, le pauvre humain était sur de la voir débarquer dans la seconde.

*Mais la vraie question est : toi, qu'es-tu venu chercher ici ?*




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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Jeu 11 Oct 2012 - 19:44


Ca se passait de tout commentaire.
Belle reine des elfes, c’était tellement irréel. Il avait l’impression d’entendre le loup dire : le conte dans lequel je vis m’attend.

Une belle reine elfique entourée de beaux et loyaux sujets, compagnons, amis, amants.

Un instant, le mercenaire cessa d’empiler ses bûches fendues.
La vraie question ? Le loup se demandait vraiment ce qu’il pouvait bien fabriquer dans un trou perdu pareil ? Ca paraissait tellement évident. Il n’y avait rien à faire ici. Fendre le bois, chasser, élever paternellement une parcelle de blé pour pouvoir se faire du pain, chercher quelques pauvres herbes pour se remplir le ventre. Tenir le crachoir à quelques rares voyageurs de passage.

Il avait beau être loin, la clairière et ses environs étaient silencieux.
Un murmure se serait entendu à cent mètre de là.
Mais il répondit en élevant la voix, malgré tout.


    « Rien messire loup.
    Il n’y a rien à chercher ici, car il n’y a rien à trouver.
    »


Y vivre était un choix : un choix sans bénéfice.
Il n’avait rien à gagner.
Et s’éviter de perdre d’avantage encore.

Calmement, il reprit.
Et le dialogue, et l’empilage des bûches.


    « Je suis venu perdre ici les restes de Zell Armn qui, perdues, ne l’étaient pas encore. »


Pour ne définitivement plus rien n’avoir.





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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Lun 22 Oct 2012 - 16:30


Le loup regarda l'humain, longuement. Il avait tout son temps. Tout sa patience. Et peut-être aussi envie du calme qui régnait ici, malgré l'étrangeté des lieux et de leurs occupants. C'était comme une bulle de non vie. A la fois attirante mais effrayante. Seule la voix du mercenaire, de temps à autre, ponctuait le temps qui passe, avec une lenteur probablement inconsciente. Même si la réponse le faisait rire. Encore l'une de ces logiques humaines.

*Cette habitude qu'on les deux-pattes de vouloir se perdre. Ellen s'est perdue tant de fois que je me demande comment elle parvient à se retrouver. Peut-être que parce que pour se perdre il faut déjà savoir qui on est.*

Il décida de brusquer un peu les choses. De savourer la petite victoire qu'il obtiendrait peut-être. Ou jouir de sa défaite, en seigneur.

*Et toi, sais-tu qui tu es, Zell le perdu ? Es-tu ce mercenaire impitoyable qui tue pour de l'or ? Es-tu ce jeune homme qui a attendri Ellen ? Es-tu celui qui l'a trahi ou celui en qui elle a toujours confiance envers et contre tout ?*




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mer 24 Oct 2012 - 13:53


D’une oreille distraite, il écouta le loup parler.
Les réflexions métaphysiques de ce genre ça n’était pas son truc.

Mais c’était vrai, pour se perdre, il fallait savoir qui l’on était.
Et d’ailleurs il l’avait bien su, à une époque par encore si reculée…

Pourtant il se prit à rire à la suite. Ramassant les dernières bûches, il les posa sur les autres et revint vers le puits. Le temps de boire, puis de rejoindre le loup. Un sourire amusé aux lèvres : c’était drôle, il ne pouvait le nier.


    « Je ne sais pas de quoi tu parles.
    Je n’existe pas pour Ellenwen.
    Et elle n’aurait jamais du exister pour moi.
    »


Alors il ne se définissait pas à travers elle, à travers ce qu’ils avaient pu échanger, ce qu’ils avaient pu faire ou ne pas faire. Tout ça avait rongé le mercenaire efficace qu’il avait été, à l’en rendre risible.

    « Il n’y a plus de mercenaire. Je ne vaux plus rien dans le milieu, j’ai perdu la vie d’un client et les autres m’ont vendu pour la prime qu’il y avait sur ma tête. »


Calme et serein.
Il s’était fait une raison.
Il avait fini par accepter que ce fût fini.
Le nom de Zell Armn faisait rire les autres mercenaires, ceux qui avaient usé de ses services n’avaient plus confiance. Il s’était attendri, une seule fois, une seule seconde, et ça lui avait tout coûté. Il avait regretté, il avait détesté le monde entier.

S’asseyant près du loup, il pointa du doigt les deux monticules de pierre au fond de la clairière.


    « Zell est enterré avec son père et son fils.
    Je ne suis que Zelphyr. Sans trop savoir qui est-ce.
    »


Un silence passa.
Bref. Son regard quitta les sépultures, se posa tranquillement sur le loup.
Sans ciller.


    « Mais un jour, je saurais. »


Il avait au moins compris ça : il avait tout son temps.





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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Jeu 25 Oct 2012 - 20:19


Finwë émit un grognement désapprobateur. Par moment l'humain lui semblait un peu... comment disaient les humains déjà ? Allumé ? Déconnecté du monde réel ? Ou au moins trop fortement pessimiste. Il parlait d'Ellenwen comme s'il était sûr de ce qu'elle pensait. Alors que personne, pas même elle, ne pouvait rien affirmer.

*Peut-être que votre rencontre était-elle une erreur. Ca, ça vous regarde. Mais tu ne peux pas affirmer que tu n'existes pas pour elle. Si je la prévenais, elle arriverait ici dans la seconde, avant que tu ais pu dire mercenaire.*

Il s'étira, vaguement contrarié pour le jeune homme. Qu'il est perdu toute crédibilité en tant que mercenaire était désolant. Il y avait tellement accordé d'importance. Néanmoins, le loup ne ressentait aucune culpabilité. Dommage mais tant pis.

*Ah. Si tu es mort.*

Le loup pouvait comprendre. Presque. Ca changeait beaucoup de choses.

*Et comment comptes tu le comprendre ici, privé de tout ?*

Il regarda le jeune homme et, pour la première fois, se leva pour l'accompagner jusqu'aux tombes. L'hommage était silencieux. Mais il était là. Il pouvait imaginer, sinon comprendre, ce qu'il avait dû vivre.




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Ven 26 Oct 2012 - 11:46


Tressant trois brins d’herbes entre eux, l’ancien mercenaire lâcha un rire sceptique.

    « Ellenwen a tellement d’amis que, sur ses lèvres, le mot n’a plus de sens. »


Ce qui était rare avait de la valeur.
Elle avait des amis, tout un peuple…
Elle se passait très bien d’une amitié qu’il n’avait jamais eu l’intention de lui donner.

Son regard passa d’une tombe à l’autre, plusieurs fois.
Thaura n’avait rien été dans sa vie.
Mohran avait fait sa vie.
Les deux extrêmes, et ça n’avait pas plus de sens pour autant.

Privé de tout ?


    « Ca n’est pas le cas.
    Des gens passent, des hommes parlent.
    »


Des hommes qui lui avaient laissé Loivissa, la belle épée de Mohran.
Grâce à eux il avait su ce qu’il était advenu de lui.

Brendilass aussi était venu…
L’ex-mercenaire baissa soudainement les yeux.
Sans ne plus être payé à tuer…
Il n’en avait pas perdu la main pour autant.
Le sang froid était toujours là.
Le même sang froid.


    « Toi, tu es là. »


Son regard clair se posa sur le loup, fixe.

    « Comment essaierais-tu de le comprendre, toi ? »






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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Dim 28 Oct 2012 - 10:47


Le loup était irrité. L'humain commençait à montrer trop de preuves de bêtises. Il rejetait chaque parole comme si la réalité lui était insupportable. Ellenwen n'avait jamais eu tellement d'amis. Elle avait été bannie, des années durant, et en avait gardé une certaine distance qui l'éloignait des autres. Une forme de sagesse qui faisait que, si l'on demandait aisément son aide, on lui demandait peu son amitié. Si elle n'était pas à plaindre, elle n'était pas non plus à envier.

*Qu'en sais-tu, toi ?Que sais-tu de la justesse de ce que laisse échapper ses lèvres ? Crois-tu qu'elle soit si versatile qu'elle ne mesure pas les conséquences exactes de ce qu'elle prononce ?*

Il tourna son regard gris vers le jeune homme et le dévisagea un long moment. Lui sentait la solitude, il sentait l'abandon et la réserve qui retenait l'ancien mercenaire prisonnier bien mieux que des murs de pierre.

*Mais tu es privé de toi-même. Moi je ne suis là que par hasard, et je ne peux t'apporter que quelques mots dans un océan de silence.*

L'humain lui rendit son regard. Le loup resta silencieux quelques minutes. Qu'avait-il à comprendre ? Que venait-il faire ici ?

*Moi je n'essaie pas de comprendre. Je pense que les choses sont comme elles sont et que je suis ce que je suis. Que le moindre de mes mouvements me définit. Et ça me suffit. Si un jour mon comportement change, c'est que j'aurais changé, moi aussi, mais je n'en resterai pas moins moi. Et juste moi.*




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Lun 29 Oct 2012 - 9:53


    « J’ai honte de si mal la connaître alors qu’elle me nomme ami. »


L’aveu était amer.
Il ne savait rien.
Ni la valeur des mots d’Ellenwen, ni le sens des paroles qu’elle avait eu à son intention. Il savait qu’elle était quelqu’un qui lui avait apporté un brin de sensibilité, un brin qui lui avait couté son métier. Il lui en avait voulu, il l’avait oublié.
Entre eux il avait été question d’argent.
Peut-être un peu d’humanité.

L’ancien mercenaire écouta les mots du loup avec calme et attention, comme si une sagesse étrangère à lui-même si trouvait.
Et la conclusion qu’il apporta de lui-même :


    « C’est simple. »


Baldwin s’était silencieusement approché pour s’asseoir à côté de son maître.
Zel lui tendit la tresse d’herbe, le chien la saisit entre ses dents et la mâcha.
L’ancien mercenaire observa les pierres entassées là pour Mohran.


    « Mais rien n’a changé.
    Tout c’est juste arrêter.
    »


Lui n’avait pas changé, les mercenaires n’avaient pas changé.
Les deux n’étaient seulement plus compatibles.
Comme un suicide social, il n’avait plus rien dans ce milieu.
Et repartir de zéro quand on avait grandi là-dedans, qu’on avait été élevé à survivre comme un mercenaire… Il ne savait faire que ça : il ne pouvait cependant plus le faire. S’adapter à un autre chose qui ne semblait être rien…


    « Or je ne sais où l’on peut recycler un mercenaire. »






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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Sam 3 Nov 2012 - 19:45


*Bah, il n'y a aucune honte à ça.*

Le loup se sentait philosophe. Ou peut-être plus lucide, il ne savait pas trop. Lui-même connaissait Ellenwen mieux que personne. Et pourtant il agissait souvent comme s'il n'en savait rien.

*Tu t'es fié à ton instinct. Elle aussi. Tu compliques tout avec tes mots d'humain.*

Finwë surveillait le chien du coin de l'oeil. Il n'aimait pas trop ces loups domestiques, ces bêtes obéissantes. Il en avait connu trop qui avait été dressé pour tuer, sans chercher plus loin que l'ordre qu'on leur donnait. Malgré tout, celui-ci semblait plutôt calme et joueur, presque en accord avec les pensées de son maître plus qu'avec ses ordres.

*Et pourquoi tout ne peut-il pas reprendre ?*

Le loup pencha la tête sur le côté. Il ne comprenait pas bien ce qui retenait Zell. Perdre un client n'était qu'un déboire auquel tout mercenaire avait dû être confronté un jour ou l'autre. Et une réputation perdue pouvait toujours se regagner. Dans le cas contraire...

*Pourquoi ne pas faire espion, soldat, maître d'armes ou que sais-je ?*




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Dim 4 Nov 2012 - 12:41


Aucune honte à avoir ?
Il n’en était pas sûr, mais il ne répondit rien.
Ca n’était pas très important.

Quant à l’instinct… Ils n’étaient pas des animaux, mais des êtres vivants pensants. Réfléchir était dans leur nature, ils le faisaient parfois sans même s’en rendre compte. Mais Finwë avait raison, ça compliquait tout. Quoique…
Tout était compliqué, même sans les mots.
Baldwin se recoucha, comme si rien que le fait de venir jusque là et mâcher les brins d’herbe l’avait épuisé. Feignasse !

Zel se garda cependant de l’embêter pendant sa sieste : le chien manquait parfois sérieusement d’humour.

Par contre il rit à la question du loup.


    « J’ai perdu un client, j’ai été mis en prison par d’autres mercenaires…
    La réputation d’un mercenaire, c’est ce qui fait sa valeur (et son prix).
    J’ai toujours une réputation : c’est pour ça que je ne peux pas reprendre
    . »


Ey on n’engageait pas un mec qui avait été assez manchot pour se faire envoyer en prison. Ce genre de chose, ça faisait très mal sur le cv. Surtout quand avant on avait déjà perdu un client…
Encore il serait resté quelqu’un de propre et fiable, il aurait pu retenter.
Mais ça n’était pas le cas.

La réputation qu’il avait, c’était celle d’un gros naze traitre ne respectant pas ses contrats. A défaut d’amis, il avait plein d’ennemis parmi ses collègues. Ils lui avaient taillé un short pendant son séjour en prison, et sa carrière ne s’en relèverait pas.
Il s’était fait une raison…


    « Les espions et soldats sont liés à des causes. »


Or lui, les causes franchement…
Que sais-je…


    « Je manque de motivations. »


Parce que si même l’argent ne l’intéressait plus…
Comme jusque là, il n’y avait eu que ça…
Ce n’était pas évident de trouver un substitut.





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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Ven 9 Nov 2012 - 10:36


Le silence s'était installé, pendant un long moment. Les paroles n'étaient peut-être pas très importantes non plus après tout. Et puis le jeune homme semblait prendre du temps pour réfléchir. Il n'avait pas cherché à commenter sa déclaration sur leur relation, entre Ellenwen et lui. C'était assez amusant. Un instant, il songea à appeler l'elfe, pour ajouter un peu de piment à cet après-midi qui se trainait, languissant. Mais il se dit qu'il ne tenait pas à causer un trop gros choc à l'humain. La situation n'avait pas l'air si facile à supporter.

*Une réputation ça se change, la preuve... Tuer les mercenaires qui vous ont collé en prison devrait suffire à les calmer, non ?*

Le loup eut un petit soupir désabusé. Il n'avait jamais bien compris ces affaires d'humains. Même chez les elfes, les choses étaient inutilement compliquées. Ellenwen était la reine suprême des elfes et pourtant elle devait s'incliner devant la force des habitudes et des traditions, ce qu'elle faisait d'ailleurs avec une mauvaise grâce assez visible. Alors qu'elle aurait tout simplement pu décider d'inventer de nouvelles traditions. Mais Ellen restait Ellen...

*Liés à des causes ?*

Un petit silence.

*Je n'aurais pas vraiment dit ça. Au mieux ils sont liés par l'argent. Au pire, courir des risques les amusent.*




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Zell Armn
Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Sam 10 Nov 2012 - 11:59


Tuer les responsables ?
Ah ça, ça lui ferait un tout autre genre de réputation. Il était déjà réputé pour ne pas avoir de cœur (physiquement parlant), alors que ça n’était qu’un défaut anatomique. Puis pour être un naze parce qu’il avait laissé un client se faire tuer. Un méga gros naze même, puisqu’il avait fini en prison.

La proposition du loup sembla le faire plus que réfléchir.
Sembla même être faisable.

Ca n’était pas les paroles touchantes d’Ellenwen.
Le loup parlait totalement désintéressé, de choses qui n’avaient pas vraiment d’importances. Il donnait son avis de façon logique et rationnelle. Ca n’était pas la lueur au bout du couloir, mais ça ressemblait à une façon de fonctionnée qu’il avait lui-même perdu en route.

Zel pencha la tête sur le côté.
Un demi-sourire.


    « On devrait tous réfléchir comme toi. »


Un rire lui échappa.
Baldwin lui lança un regard teinté d’incompréhension, s’éloigna pour aller dieu sait où.

C’était simple, si simple qu’il avait du mal à y croire.
Tuer les responsables, nouvelle réputation, nouveau travail.
Ce serait sûrement différent de tout ce qu’il avait connu avant, mais ça pouvait toujours s’avérer très intéressant. Amusant. Et avec des sous à la clé, ce qui n’était pas négligeable.

    « T’es pas un si mauvais compagnon que ça au fond. »


Mentalement il ajouta : en dépit de ton sale caractère.
A bien y penser, il avait tué Brendilass sans état d’âme.
Retrouver les autres, les tuer également…
C’était que ça avait l’air amusant.






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Ellenwen
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Message Sujet: Re: [Demeure] le Vald'Ocre | Mer 14 Nov 2012 - 9:46


L'humain semblait transformer. Comme si un déclic venait de se faire dans sa tête, qu'il entrevoyait soudainement de nouveaux horizons lumineux. Le loup le regarda, intrigué. Il ne parvenait pas à comprendre pourquoi Zell, qu'il avait toujours connu féroce, hargneux et mordant la vie à pleines dents, n'avait apparemment pas songé à cette solution simple et efficace. Une vengeance propre était toujours très efficace pour préserver ses arrières. Même Ellenwen en était convaincue bien que ces derniers temps les motifs de vengeance se fassent moins courants. A ceci près que l'elfe, elle, aurait compati aux tourments du mercenaire. Finwë, lui, ne les comprenait pas. Il émit un jappement bref, qui ressemblait à un éclat de rire.

*Je ne suis pas sûr que vous y arriveriez. Ni que ça serait une bonne chose.*

Le mercenaire semblait considéré le loup comme un être dépourvu de coeur ou même d'émotions. Comme un froid logisticien qui ne regarde que les probabilités pour déterminer le meilleur. Peut-être ne voyait-il pas que sans l'affection étrange qu'il lui portait, le loup ne serait jamais venu lui parler. Et il n'aurait jamais pris la peine de réfléchir sur des solutions. C'était juste une question d'équilibre.

*Evidemment sinon tu ne m'aurais pas accueilli. Toi par contre...*

Le loup eut à nouveau son jappement amusé. Le jeune homme reprenait, pour ainsi dire, du poil de la bête. Finwë se demanda ce qui allait émerger de nouveau. Peut-être une nouvelle tornade de violence sans conscience qui avait tant fait enrager Ellenwen. Ou peut-être une même tornade plus réfléchie, dictée pour la première fois par des sentiments, qu'ils fussent de vengeance. L'expérience allait être amusante à observer.

*On a l'impression de monologuer face à toi.*




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