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L'ignorance a ses avantages [PV Frimain]

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Frimain
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Jeu 11 Oct 2012 - 15:52


    Cette question le prit quelque peu au dépourvu. Que quelqu'un s'intéresse à CELA, ce petit truc affreusement insipide, lui faisait... un petit effet de révulsion.
    Car oui, stupide et insipide, ça l'était. Qui pouvait se soucier de cela, alors que certains crèvent dans la boue, que d'autres y rampent et que ceux qui n'y sont pas nés l'observent avec une joie plus que malsaine. Qui donc pouvait faire comme beaucoup et comme lui-même, soit fermer sa grande gueule et se voiler la face.
    Qui donc pouvait-il être assez intelligent et voir, alors que rien ne mène au bout du chemin.

    - Euh... vivre. Enfin... survivre.

    Rien que cette réponse, ces misérables petits mots, pouvaient être compris de maintes et maintes façon, alors qu'ils étaient le quotidien de trop. Lorsque l'on était assez intelligent, lorsque l'on voyait cela, ne pouvait-on pas faire quelque chose ? Agir (n'employons pas ce mot, car le voilà vilain) ?

    - Enfin... oui. Euh... disons que c'est une question stupide.

    Il se sentait gêné par ce qu'il allait dire.

    - Euh... j'aspire à ce que tous espèrent : le bonheur, l'argent, la gloire à travers les âges, la trace dans la grande Histoire, baiser, une famille, un soutien, une grande maison avec un grand jardin et des tas de bonhommes serviles pour me servir. Moi et moi tout seul.

    Il inspira un grand coup.

    - Je veux avoir un contrôle sur ma vie, je ne veux pas la regarder fuir. Je veux que personne, au grand jamais personne, ne me contrôle ni ne fasse tous ces choix à ma place. Je ne veux pas qu'une entité ô incroyablement plus supérieur tire les ficelles dans l'ombre. Je veux savoir causer et me battre, je suis l'homme même pas homme, stupide dans mon coin.
    J'ai pas la verve, j'ai pas le courage pour. Personne ne l'a à vrai dire.


    Frimain... sourit.

    - C’est commun, non ?
    Je te renvoie cette question, et ça l'est tout autant.
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Abysse Yclette
Représentante de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Dim 14 Oct 2012 - 13:24


Vivre
Non, survivre.


Il y avait tant de nuances entre ses deux mots. La survie, n’était-ce pas le but commun à tout animal ? Une volonté, un instinct fermement ancré dans le sang de chaque individu. Non, la survie ne pouvait être ni une aspiration, ni un but. C’était balayer consciemment l’univers des possibles de l’homme, annihiler sa conscience, ses capacités. Malgré son désaccord, Abysse se tut. Elle savait mieux que quiconque que le silence était encore le meilleur moyen pour pousser les gens à s’exprimer. Le silence sondait les possibles et les extrayait.

Une question stupide ?

Assurément non. Elle contaminait l’homme dès ses premiers pas et le suivait jusqu’à sa mort. Cette inlassable question : Pourquoi ? Dans quel but ? La mort paraissait alors la seule évidence possible. Dans ce cas, pourquoi les humains s’acharnaient-ils tant à vivre, à survivre ? La question n’était pas stupide, non, elle était incroyablement personnelle, introspective et cruelle. Les mots qui la portaient en parole ne pouvaient traduire tout les sens de cette question.

Et Frimain commença alors son énumération. Un flot de paroles inextinguibles s’abattit entre les deux jeunes gens. Il commença par quelques évidences, des aspirations communes nées d’un effet de groupe. Quel homme civilisé ne rêvait-il pas de tout cela ? Et puis les réponses du jeune homme devinrent plus personnelles, plus profondes. Peu avaient la maîtrise, le contrôle total de leur existence. Accablés par le devoir, les obligations et leurs propres incapacités, la plupart des hommes se contentaient de vivre leur vie d’un trait, l’échine courbée.

- C’est commun, non ? Je te renvoie cette question, et ça l'est tout autant.

Abysse haussa les épaules, restant un moment silencieuse. Elle marchait d’un bon pas, les sens aux aguets. Imperceptiblement, elle avait relevé légèrement la tête, humant les odeurs du présent. La terre crissait sous ses bottes, soulevant une fine poussière qui retombait presque aussitôt. Un vent léger agitait les feuilles des rares arbres. Il dansait dans ses cheveux, soulevant quelques mèches indisciplinées et les déposant devant le regard de la jeune femme. Elle ne les chassa pourtant pas. Les yeux mi-clos, Abysse savourait l’instant présent. Il y avait si longtemps…

- Commun, tu dis ? Hum, je ne sais pas.

Frimain souriait. Les traits de son visage se détendaient. Abysse ouvrit un peu plus les yeux, consciente de la présence du jeune homme à ses côtés. Il irradiait de lui l’impétuosité de la jeunesse, la volonté de vivre et de vaincre, aussi. Par certains côtés, ce jeune homme la ramenait dans son passé, bien des années plus tôt.

- Contrairement à toi, on m’a offert toutes les armes pour me forger un destin. Et, dans ce même temps, on m’a ôté toute possibilité de contrôle de ma vie.

Elle sourit, légèrement. Que ses mots étaient amers !

- Mon existence a été minutieusement réglée, contrôlée pour obéir à un but unique. Je n’avais nulle autre aspiration que d’y obéir.

Elle soupira.

- Du moins jusqu’à la guerre des dragons. Mon peuple a été totalement éradiqué par les créatures de Nuit, écrasant toutes les raisons qui me poussaient jusque-là à vivre, à avancer.

Haussant les épaules, Abysse jeta un regard en biais au jeune homme. Elle lui révélait plus qu’elle ne le désirait. Sans doute Frimain ne mesurait pas la portée de ses paroles. Il ne pouvait savoir, non. Alors pourquoi continuait-elle ? Que lui devait-elle ?

- Disons que je repars de zéro. Jusque-là, j’ai toujours été poussée à devenir l’avenir, me placer au bon endroit au bon moment et graver à la perfection le passé dans ma mémoire. A présent, j’aspire à vivre l’instant présent, à trouver des moments qui n’appartiendront qu’à moi.

Elle souriait légèrement. Ses paroles pouvaient sans doute paraître niaises ou même vaines. Pourtant elle lui apportait un certain réconfort, un regain de confiance en l’avenir. Pour l’instant, du moins. Il savait qu’inlassablement, ses instincts d’historiennes reprendraient le dessus. Ne cherchait-elle justement pas à transmettre une partie de son savoir afin de laisser une trace derrière elle ?



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Frimain
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Lun 15 Oct 2012 - 18:59


    - Bah.

    L'interjection avait fait son petit bout de chemin, entre son maigre cervelet et sa fine bouche. Autant discutailler que de rester dans un silence sans fondement ni fondations. Ça avait le mérite, justement, de bâtir la route.

    - Les moments que tu vis, ils t'appartiennent. Ils t'ont toujours appartenu car c'est toi qui les forgent. Tu as la liberté, et la liberté c'est le tout. Et la liberté est partout, tu peux très bien crever si tu le souhaites, tout de suite et maintenant. C’est bien non ? C’est la vie et la mort entre tes mains.

    Comme il était un bel orateur ! Et comme il savait bâtir une phrase avec des mots ! Et comme cela sonnait mal ! Il valait peut-être mieux qu'il ferme sa grande gueule. Maintenant et plus souvent d'ailleurs. Comme cela ne manquerait pas de lui apporter, à coup sûr, des ennuis...

    - Ah ah ! C’est excellent n'est-ce pas ? Tu peux vivre comme tu le souhaites, tu peux faire ce que tu veux, où tu veux, avec qui tu veux et quand tu veux.
    Oh ! Ah mais fichtre ! C'est vrai !
    L'Alagaësia est dans la merde, le peuple se meurt, il rampe aux pieds chauds des puissants. Le peuple a froid, le peuple crève dans les ruelles. Et l'on peut faire ce que l'on veut.
    On peut faire ce que l'on veut !


    Ah ah !

    - N'est-ce pas fou ? Alors tout le monde vit comme il veut, dans son petit coin pas si douillet que ça, face à une bande d’illettrés, de crotteux, de bouseux, de petits morpions qui ont eu la chance de naître, et la malchance de vivre. C’est la roue et elle tourne !
    Hum. Elle tourne mal. Et je cause mal.


    Il venait d'insister lourdement sur le « je » et avait eu son petit moment de mysticisme pour la journée. Dire qu'il se faisait tourner cela dans sa tête... Ça faisait pourtant toujours aussi con dit à haute voix. Mais bon.

    - Alors tu es toi, tu as eu de la chance, ou peut-être de la malchance, mais tu vis peut-être dans ce grand fouillis. Et t'essayes de tirer sur les fils. Et t'y arrives pas. Parce que c’est pas comme ça qu'il faut faire. Parce que c'est jamais comme ça qu'il faut faire.
    Peut-être.


    Puis d'ajouter, l'air neutre :

    - On ne devrait pas tarder à arriver, non ?
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Abysse Yclette
Représentante de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Mar 16 Oct 2012 - 16:21


Après ces deux derniers jours de silence, méditation amère et frustration refoulée, Frimain déversait les mots en un torrent tumultueux. Abysse crut que le jeune homme ne finirait jamais. Cependant, il épuisa ses ressources au terme d'un long monologue animé, envenimé. Il exprimait ses propres amertumes, la haine de sa propre condition et le dégoût de celle des autres. La jeune femme n'avait jamais imaginé une telle profondeur dans ces sentiments. Elle découvrait Frimain sous un nouveau jour. Il était non seulement un jeune homme éhonté, insolent par de nombreux aspects et plus que provocateur mais il était également conscient de ce qui l'entourait et cela à son plus grand désarroi. Il est parfois tellement plus aisé d'ignorer ce qui nous encercle, de fermer les yeux et de poursuivre sa route.

Abysse demeura silencieuse tout le long de sa tirade. Elle l'écoutait, attentivement, avidement mais ne pipa mot. Elle respectait les paroles du jeune homme et lui donnait libre court. Qu'il parle donc !

Et puis Frimain rompit le rythme, reprenant à peine son souffle et posa une nouvelle question. Ca y est, c'était fini. La jeune femme manqua de laisser échapper un soupir. Elle sourit, néanmoins. Sa voix se fit douce, à peine plus forte qu'un murmure. Le jour déclinait, la nuit reprendrait bientôt ses droits.

- Dans quelques heures, sûrement, si nous poursuivons sur le même rythme. T'en sens-tu capable ?

Sa question était aussi affutée que son poignard, soigneusement aiguisée et particulièrement tranchante. On y sentait poindre une ironie sans borne. Frimain s'était épuisé en paroles. Sa véhémence s'était désormais évanouie, le laissant presque tremblant. Tiendrait-il encore le rythme ? Abysse avait conscience de l'épuisement du jeune homme. Elle l'avait poussé dans ses retranchements, cherchant à sonder ses propres limites. Cela était nécessaire. Douloureux mais nécessaire.

Abysse n'attendait aucune réponse à sa question. Elle demeura pourtant un moment silencieuse, subitement plongée dans ses pensées. A dire vrai, elle profitait du moment, savourant les paroles de Frimain.

- Qui donc est en mesure de te dire ce qu'il faut faire, ou ne pas faire ? N'es-tu pas maître de ta destinée, Frimain-le-voyageur ?

Elle souriait, provocatrice.

- Allons, tu as raison, je suis libre de faire ce qui me plaît. Mais si l'envie me prenait de te tuer, je le pourrais, je suis libre de le faire, mais ai-je droit de le faire ? Cela dépend des valeurs qui dictent nos vies, je pense.

Elle haussa les épaules, balayant ses dernières paroles. Elles n'avaient aucune utilité en soi. Des mots dans le vent...

- La roue tourne mal, tu dis. Pourtant, la guerre est terminée, nous l'avons remportée. Au regard de tes propos, tu soutiendrais qu'elle fut un échec ? Aurions-nous mieux fais d'offrir la victoire aux dragons ? La question n'est pas de savoir pourquoi la roue tourne mal mais plutôt de savoir comment la redresser, lui redonner la bonne direction ? Si tu en avais le pouvoir, comment agirais-tu, Frimain ?



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Dernière édition par Abysse Yclette le Sam 20 Oct 2012 - 16:44, édité 1 fois
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Frimain
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Jeu 18 Oct 2012 - 18:28


    - Les valeurs qui dictent ta vie sont, justement, tes valeurs à toi. Mais passons plutôt.

    Cette joute verbale, soit ces quelques mots échangés, lui faisait comme un fourmillement dans son petit cervelet. Il aimait ça... Causer comme ça, avec l'autre en face qui n'était pas tellement de son avis... Il avait déjà discuté avec un chien, ça n'avait pas vraiment eu le même effet. Ce que c'était stupide ces bestioles ; incapable d'échanger ne serait-ce qu'une ou deux paroles. Inutiles.

    Frimain réfléchit quelques secondes, laissant sa langue faire le reste.
    Puisqu'il aimait ça !

    - Et bien... je ne sais pas. Le fait d'en avoir le pouvoir c'est... c’est impossible. A moins d'être foncièrement et grossièrement riche. Et cela, je ne le souhaite à personne. C'est... bouah. C’est trop et pas assez, c'est ce que tout le monde désire mais... franchement... Bouah. Y'a des regards qu'on aime pas, et le regard que certains portent sur les riches, c’est pas forcément le meilleur.

    Il s'égarait déjà du sujet, fallait vraiment qu'il cause de tout et de rien, comme quelque chose de bien trop longtemps refoulée. Il fallait vraiment que cela sorte.
    Oui, vraiment, il aimait cette fugacité de la vie sur la route : tu connais personne, tu connais quelqu'un, tu le revois plus. Pas de problèmes et puis basta, aucune pseudo-réputation à gérer, aucun commerce à mener. Et pas besoin d'être respectable.
    Sur ce dernier point, n'importe quel homme ou femme s'y accordait.

    - Enfin bref. Et repassons. Je ne sais vraiment pas, mais il faudrait faire quelque chose. Le monde est vraiment trop étouffant pour que l'on ne puisse pas ouvrir grand les yeux, et crier : ah merde !
    Ah ah...
    Enfin, je ne sais pas, mais je pense qu'il y a un... un gros problème d'inégalités. Les riches et les pauvres, ceux qui manient la magie et les autres. Niveau peuple aussi, les humains sont fichtrement mal lotis. On a eu aucune chance dans le truc divin... Ou quoi que ce soit.
    Un problème d'égalité donc, mais ce serait trop facile.

    -Je ne sais pas. Je crois que le monde ne peut même pas tourner correctement. Et oui, voilà les propos d'un éternel pessimiste. Et oui, voilà les propos de... moi. J'ai pas tout compris, j'ai rien compris, j'ai un peu gratté peut-être.
    Je suis toujours aussi peu avancé.

    - Il faut redistribuer les richesses, qu'elle soit de l'ordre matériel ou immatériel. Il faut revoir comment le monde tourne. Il faut devenir un dieu.

    Frimain inspira.

    - Je ne sais pas. S'il y a quelque chose à faire, ce quelque chose sera si minime qu'il ne sera pas ou prou nécessaire, qu'il sera totalement... inutile. Donc, je sais pas. J'en aurais pas les moyens, ça me dépasse. C’est pas possible...
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Abysse Yclette
Représentante de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Jeu 25 Oct 2012 - 16:38


Abysse écouta attentivement son jeune élève. Gardant un moment le silence lorsqu'il eu finit, elle réfléchissait aux réponses qu'elle pouvait lui fournir. Frimain avait visé juste mais il effleurait à peine l'essentiel des choses.

- Il est curieux de voir à quel point nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Elle sourit. Mais on peut aussi créer sa propre liberté.

Le soleil déclinait à l'horizon, entamant sa longue descente. La journée touchait à sa fin. Ils atteindraient le village une fois la nuit tombée. Certainement. Abysse haussa les épaules.

- Tu dis ne pas en avoir les moyens. Mais qui donc, selon toi, les aurait ? Les riches, les puissants ? Et si les rouages de la politique les paralysait davantage que tu ne le pensais, forcés de courir pour ne jamais se laisser dépasser. Elle secoua légèrement la tête. Nul n'en a les moyens, pourtant les choses doivent changer. Et elles ne changent pas en un tour de main, en quelques jours de travail avec quelques morts sur les bras. Non, c'est un sacrifice trop long pour être compté. Et trop impersonnel aussi. Le changement passe par l'homme, Frimain, mais pas l'homme seul affrontant l'univers. Je te parle de l'humanité et de ce qui la définit. Crois-moi, ce ne sont pas là des fadaises de vieil érudit, j'ai vu et observé l'Histoire des hommes. C'est au tyran de craindre son peuple, non l'inverse. Seulement, pour un homme, le combat paraît trop rude, voir insurmontable.

Abysse secoua une nouvelle fois la tête. Elle s'embourbait, s'enfonçant dans des explications de plus en plus vagues. Nul doute que le jeune homme avait déjà perdu le fil de la discussion. D'un geste vague de la main, elle chassa toutes ces pensées.

- Allons-bon, cela n'a aucune importance. Nous pouvons très bien nous concentrer sur l'instant présent.

Et la jeune femme revint alors à ses premières occupations. Autrement dit, elle marchait, les sens ouverts aux mondes qui l'entourait. Et elle oubliait, l'espace d'un instant, les chimères qui la poursuivait.

*
**

La nuit brillait de milles éclats, farouche et étincelant, éclairant les pas des deux voyageurs. Le soleil avait disparu depuis quelques heures déjà. La fatigue commençait à se faire sentir dans la démarche des deux jeunes gens. Pourtant, lorsque le village se distingua dans l'obscurité de la nuit, ils accélèrent.

Nulle porte, nul rempart n'enfermait le village. Ouvert à tous vents, il se présentait comme une étape accueillante. Un instant de répit. Abysse inspira profondément, humant les parfums qui s'échappaient du village. La jeune femme se remémora des étapes qu'elle y avait effectué dans le passé. Évidemment, le village avait évolué. Il s'était gonflé, accueillant de nouveaux habitants et érigeant de nouvelles bâtisses. Abysse y avait vu les visages défiler, les enfants reprendre les enseignes de leurs parents et ainsi de suite.

Machinalement, la jeune femme se dirigea vers une auberge qu'elle avait eu l'habitude de fréquenter. Le confort y était sommaire mais on y trouvait le calme et l'hygiène nécessaires. Quelques clients jonchaient la grande salle. L'aubergiste observait calmement la scène derrière son comptoir. Abysse l'avait connu plus jeune, adolescent tout juste. Le temps avait bâti un homme grand, fort bien charpenté et à la mâchoire prononcée. Abysse, quant à elle, était demeurée la même. Le temps n'avait eu d'emprise sur elle, la laissant indifférente.

L'aubergiste la reconnut, bien évidemment. Il était difficile oublier une jeune femme armée d'un poignard, d'une chevelure irréelle et d'un regard acéré. Il ne sourit pas pourtant et la salua gravement. Elle n'était pas comme lui. Il le savait. Et l'inconnu suscitait autant la crainte que le respect. Abysse ne se départit pourtant pas de son sourire et commanda une chambre pour elle et Frimain ainsi qu'un repas chaud. L'aubergiste accueillit l'argent avec plus d'engouement que ses sourires et finit par leur offrir ce qu'ils souhaitaient.

Abysse conserva le silence tout le long. Elle ne s'adressa à Frimain qu'une fois la porte de leur chambre fermée, leurs affaires déballées et les repas servis.

- Nous dormirons tout deux ici. Je te laisse, pour cette nuit, le lit. Tu en as bien plus besoin que moi.

La jeune femme se détourna et s'occupa de ses affaires. Elle n'attendait aucune gratitude de la part du jeune homme. Abysse se saisit d'un couteau de chasse et le planta sur le bord de la table tandis qu'elle s'asseyait.

- Je te l'offre.

Puis, sans d'autre regard pour son assiette, elle s'attaqua au repas. Le bouillon était encore chaud et délicieusement parfumé. Par chance, ils avaient eu droit à un morceau de viande chacun. Le pain était dur mais il se mariait parfaitement au repas. Abysse finit sans protestation son assiette. Un sourire satisfait étirait ses lèvres tandis qu'elle s'affairait à la nettoyer de tout son contenu. Tout à coup, elle releva la tête et dévisagea Frimain.

- Des questions sur les jours à venir ? fit-elle, les sourcils légèrement froncés.



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Frimain
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Jeu 8 Nov 2012 - 19:14


    Le jeune homme fut partiellement soulagé qu'Abysse mette fin à cette discussion.
    D'une part, parce qu'il se sentait aller sur des pentes glissantes, des sentiers tortueux qu'il n'avait jamais foulé. Et qu'il ne foulerait sûrement jamais. Fichtre ! Il n'avait pas l'habitude de causer autant, et justement de parler de pareilles choses. Lorsque l'on parle, c’est habituellement le vous-pouvez-me-passer-le-pain-oui-merci. Et puis c'est tout. Donc oui... il valait mieux mettre fin à ce truc qui commençait à ne ressembler à rien.
    D'autre part... il n'était pas d'accord avec la jeune femme, et regrettait d'avoir fini sur ce ton et ses pensées qui ne collaient pas, justement, avec ses pensées. A lui.
    Oh mais diantre. Il avait donc une opinion.
    Il faillit briser à nouveau le silence mais se retint à grand peine. Pauvre petite chose.
    Concentre-toi sur la route. Et puis c'est tout.

    Une bonne distance parcourue encore, quelques -mais n'est-ce que poussière au vent ?- milliers de pas sur la route dure et une sorte de fatigue qui pesait comme une chape sur lui. Bon, il avait l'habitude de marcher. Mais pas à plusieurs, et le rythme que la jeune femme avait imposé d'office était bien différent de ses habituelles pérégrinations.
    Il faisait beau cependant, l'on était pas trempé jusqu'à l'os, le village avait l'air accueillant.
    Que vouloir de plus ?
    Abysse payait la nuit. Et ça aussi c'était bien.

    Celle-ci prit bientôt commande dans une auberge, soit le coucher et le souper.
    Frimain souriait comme un con. Pas l'habitude le petit, fallait pas que ça devienne monnaie courante tout ce... luxe. Disons cette normalité. Disons le commun des mortels.

    Lorsqu'elle lui eut... ouh... imposé le lit, il n'osa même pas broncher, esquisser un sourire, laisser passer ne serait-ce qu'une graine de surprise. Abysse était Abysse.
    Elle était une femme mais elle...
    Abysse était Abysse. Et lui était fatigué. Donc le lit.
    Et voilà. Et il était fatigué.
    Il arrangea donc ses petites affaires, récupéra le couteau de la jeune femme qui -encore une fois, mais cela devenait une habitude- l'avait d'ailleurs surpris. On plante pas des couteaux comme ça sans prévenir que diable ! Son pauvre cœur en était tout remué.

    Il goba la popotte avec application, reconnaissant à la jeune femme et au monde dans son entièreté de lui avoir fourni pareil repas. C'était chaud et ça tenait au ventre et-
    Disons qu'il gobait tout à une vitesse folle, comme le malotru qu'il était. Et-

    - Des questions sur les jours à venir ?

    - Où l'on va, quand l'on va, avec qui l'on va, pour faire quoi, avec qui et comment ? A Dras-Léona, lorsque nous arriverons à bon port et tout et tout...

    Il essaya de paraître détendu. Cela foirait toujours dans ces moments-là, mais il fallait tenter sa chance. Détendu...

    - J'aimerais, si ce n’est pas trop demander, connaître la nature du... Il chercha un instant les mots exacts qu'elle avait employés. De tes affaires... J'ai plongé tête baissée dans la merde, n'est-ce pas ? Toujours eu le chiche de me foutre dans les plans les plus foireux possibles.
    Aucun meurtre avec préméditation, empoisonnement, et tout et tout... Non ?


    Si ?
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Abysse Yclette
Représentante de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Lun 12 Nov 2012 - 11:48


Alors Frimain, finalement, était plus curieux qu'il n'osait le montrer. A croire que les heures de marche avaient eu le temps de le faire cogiter. Abysse, cependant, se doutait des questions qui l'assaillaient et s'y était préparée, un peu. Elle s'enfonça dans le dossier de sa chaise, contemplant son assiette vide. Le repas avait été bon, copieux et goûteux. C'était une bonne soirée.

- Nous allons rester ici quelques jours afin de commencer le plus important de ta formation. Enfin si tu t'en sens toujours capable et motivé. Ensuite, nous reprendrons bien notre route pour Dras Lénoa. A ce moment là, je n'aurais plus rien à t'enseigner.

Bien sûr, Abysse avait milles autres choses encore à lui enseigner. Elle estimait pourtant que c'en était bien assez. Elle fournirait les armes nécessaires au jeune homme pour poursuivre son propre chemin. Un jour, sans doute, ils se recroiseraient. Mais elle ne serait plus le précepteur et lui l'élève.

J'aimerais, si ce n’est pas trop demander, connaître la nature du... De tes affaires... J'ai plongé tête baissée dans la merde, n'est-ce pas ? Toujours eu le chiche de me foutre dans les plans les plus foireux possibles. Aucun meurtre avec préméditation, empoisonnement, et tout et tout... Non ?

Abysse eu un léger sourire. Elle croisa ses bras sur la poitrine et considéra un moment le jeune homme. Malingre, les cheveux en bataille et l'air hagard, il paraissait complètement égaré. Au premier abord, du moins. Car son expression affirmait le contraire. Frimain savait ce qu'il voulait. Sûr et décidé, il était bien prêt à prendre ce que lui offrait la vie. Abysse haussa un sourcil.

- C'est surprenant comment évoluent les choses, n'est-ce pas ? Il y a quelques jours, à peine, tu étais un inconnu, une simple rencontre de taverne. Et maintenant te voilà comme qui dirait mon disciple.


Elle secoua doucement la tête.

- Si je ne m'étais attendue à ça, souffla-t-elle.

Elle balaya ses dernières paroles d'un geste de la main, se redressant légèrement et plantant son regard dans celui de Frimain.


- Alors c'est ce que tu crois que je suis ? Un assassin, un mercenaire sans scrupule ?

Elle sourit, dévoilant ses dents étincelantes. Figure carnassière.

- Tu n'as pas tord. Je pourrais l'être et je l'ai été. Mais je ne me considère pas comme ça. Comme toi, je suis un élément libre qui vie au grès de ses envies, de ses besoins aussi. Sauf que moi, un jour, l'on m'a enseigné toutes les armes pour affronter mon existence.

Détournant le regard, Abysse fit le tour de la pièce. Exiguë, mal éclairée et un tantinet trop humide, elle représentait un havre de paix pour ces jeunes gens. Depuis combien de temps Frimain n'avait-il pas dormi dans un véritable lit ?

- Je souhaite simplement t'enseigner une part de ces armes afin qu'elles se perdent pas dans l'oubli, enfin, je l'imagine. Meurtre avec préméditation, empoisonnement, assassinat, vol et menace, tout cela, tu sauras en mesure de le faire. Cependant, ce sera la façon d'utiliser ces armes qui définira ce que tu es réellement. Je ne suis pas un assassin mais je peux te permettre d'en devenir un, le feras-tu pour autant ?

Terrible question de morale.. ou de desseins.



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Frimain
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Lun 12 Nov 2012 - 18:39


    - Tu n'as pas tort. Je pourrais l'être et je l'ai été. Mais je ne me considère pas comme ça. Comme toi, je suis un élément libre qui vie au grès de ses envies, de ses besoins aussi. Sauf que moi, un jour, l'on m'a enseigné toutes les armes pour affronter mon existence.

    Envie, ô douce envie qui le berçait doucement en son sein. C'était une grande mère, une figure aimante qu'il se rappelait, au coin des ruelles, au coin des pays, au coin du monde. Il l'avait toujours senti là, son souffle chaud dans sa nuque, son esprit tourbillonnant follement autour de lui. Cette petite chose ridicule. Dévouée. Si maigre et si fragile.
    Et si grand. Car oui, elle le berçait en son sein, comme des milliers d'hommes et de femmes, dans ce gros et grand couffin que formait l'univers.
    Ô douce mère, ne veux-tu point m'ignorer ? Ne veux-tu pas me lâcher ? Oui, lâche ce jouet stupide, tu n'y prends déjà plus plaisir.
    Je veux vivre. Tu ne me feras pas vivre. Je serais une ombre à ta solde, à ton bon vouloir. Car tu tires les ficelles, tu ris bien grassement et tu m'observes trop fort.
    Je sens ton regard, va t-en. Je te renie.
    Je veux vivre.

    Une pointe de jalousie aussi, mais cette autre mère pouvait bien aller se rendormir dans un coin. Il ne la désirait pas. C'était juste son autre lui, plus compulsif et plus bestial, qui s'exprimait à travers son esprit déjà si embrumé par la fatigue.
    Oh non. Il ne vivait pas au gré de ses envies. Au gré de ses besoins. Et ceux-ci s'accaparaient la place, bouffaient tout bien trop vite. Fichu espèce humaine, ne seras-tu jamais rassasiée ?

    - Je ne suis pas un assassin mais je peux te permettre d'en devenir un, le feras-tu pour autant ?

    Ah ah.
    Frimain n'était même pas certain qu'il s'agisse d'une véritable question, et non d'une simple question rhétorique. Mais bon. Il avait un besoin impérial de répondre.
    Il fallait que ça sorte.

    - Tout dépendra de la paye, de ma capacité, de mes chances de réussite, des éventuelles implications et de mon ressentis. Je n'ai jamais tué qu'une seule personne... comment savoir si cela ne me torturera pas jusqu'à la fin d'mes jours ? Ou si j'aimerais ça.

    Il esquissa un sourire. Puis une grimace.
    Peut-être pas après tout...

    - Mais l'on ne sait jamais ? L'espèce humaine est si mal faite ? Peut-être aurais-je un besoin avide et régulier de chair, de sang, de lame pénétrant dans un corps, de l'ultime convulsion du trépassé. Ou peut-être que je ne pourrais simplement pas.
    Du moment que cela serve mes desseins. Mais quels sont-ils... ?


    Il laissa un instant. Quelques secondes pour retrouver le fil de son discours.

    - D'ailleurs... peut-être que je me méprends sur le sens du mot "assassin". S'il y avait un moyen de devenir riche, bah... je ne sais pas. Frimain le bout-en-train, le violeur de jeunes femmes, l'égorgeur des ruelles et... plus loin. Devenir riche.
    Question de morale après tout, je ne suis pas quelqu'un de sûr à ce point de vue, c’est à tes risques et périls. Personne n’est sûr, et tout le monde cherche le plus. Pour plus loin, plus vite, plus libre.


    Il ne savait pas s'il pensait réellement cela ou si les mots s'écoulaient d'eux-mêmes de sa bouche, soufflés par quelqu'un d'autre. De bien meilleur. De plus instruit. Qui réfléchissait et avait, justement, des réflexions.

    - Peut-être que je mettrais ce savoir à bon escient. Qui sait ? Je deviendrais le libérateur des braves gens... Je ne le sais pas, et personne ne le peut. Au gré du vent et de la chance, et taïaut.

    Il fixa la jeune femme dans les yeux. Puis cligna lui-même des siens, puis faillit se perdre. Il détourna rapidement le regard... c'était beaucoup trop... déroutant.

    - Confier ainsi des... choses comme ça à un presque inconnu.
    N'est-ce pas vilain ? Y'a des chances, et des très fortes, pour que l'autre ne soit que mal et mal. Et noirceur.
    D'ailleurs c’est stupide. Je ferais quoi, tiens ? Renverser le gouvernement ? Conquérir l'Alagaësia ?


    Sourire incroyablement candide.
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Abysse Yclette
Représentante de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: L'ignorance a ses avantages [PV Frimain] | Mer 23 Jan 2013 - 20:57


Frimain le volubile. Abysse retint un sourire, écoutant patiemment le jeune homme s'épancher. Tant de doutes, si peu de certitudes.

- Bien des choses dépendent de ce que les gens ont dans leur cœur.

Elle souriait, laconique.

- Les convictions, les choix qui orientent nos vies…

Abysse haussa les épaules. Le repas était terminé. La conversation également. Si tu n’as pas d’autre question, nous pouvons finir là cette journée. Accompagnant ses mots, la jeune femme se leva, regroupant les couverts dans un coin de la table. Elle lança un coup d’œil au lit qui ne lui était pas destiné, pas pour cette nuit.

- Demain commencera ton véritable entraînement.

Les assiettes en main, elle sortit. Laissant Frimain se changer, tranquillement, Abysse descendit sans se presser les escaliers. L’aubergiste l’accueillit avec un sourire fatigué. Ils échangèrent quelques banalités. La jeune femme paya le repas et s’en fut. Quelques minutes plus tard, elle poussait doucement la porte de la chambre. Frimain s’était réfugié sous la couverture. Il ne dormait pas encore, pourtant. Sans un bruit, la jeune femme se défit de ses surchausses en cuir, ses bottes, son plastron épais et enfin de la ceinture qui soutenait ses deux fourreaux. Guidée par les pâles rayons lunaires qui traversaient le volet abimé, Abysse ouvrit la fenêtre et le repoussa doucement. La respiration de Frimain se faisait plus régulière. Elle apprécia un moment le vent léger qui flottait dans ses vêtements, soulevant quelques mèches de cheveux. Silencieuse, Abysse s’accroupit sur le montant de la fenêtre, portant son regard sur les ténèbres qui s’élevaient en contrebas. La nuit avait repris ses droits. Milles créatures s’éveillaient, autant s’endormaient paisiblement. Des yeux la fixaient dans la nuit.

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L'ignorance a ses avantages [PV Frimain]

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