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Infiltration

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Ellenwen
Dirigeante de l'Equilibrium
Message Sujet: Infiltration | Mer 9 Avr 2014 - 15:24


Dras Leona... A quelques encablures de la ville, Ellenwen regardait les hautes murailles, une boule d'effroi au ventre. Elle avait risqué mille fois sa vie pour venir ici, évitant de peu des patrouilles, échappant aux traqueurs de mage. Elle avait dû se cacher dans la boue des ruisseaux, changer mille fois son visage, s'abrutir de drogues pour endormir son esprit, le voiler à tous ceux qui la recherchait. Elle s'était vêtue de haillons, avait barbouillé de terres et était devenue, l'espace de quelques jours, une marchande ambulante miséreuse comme de nombreuses femmes, chassées sur les routes par la guerre. Elle avait progressé de sa cachette provisoire au Surda lentement, précautionneusement, jusqu'à parvenir dans ce bois, à quelques encablures de la ville la mieux protégée d'Alagaësia. De là où elle était, elle parvenait à peine à distinguer les gardes à portes de la ville qui contrôlaient chaque entrée, vérifiait chaque bagage. Elle sentait, plus qu'elle ne les distinguait, les mages qui fouillaient les esprits, analysaient les souvenirs. Une porte qui pour elle resterait fermée. Jamais elle ne pourrait passer les contrôles sans être arrêtée, au mieux. Et pourtant, elle devait y entrer. L'armurier avait besoin d'elle pour enchanter les reliques que chaque membre de la guilde possédait contre la corruption. Elle allait devoir chanter l'acier pendant que le marteau forgerait les délicats pendentifs, les dagues et les bagues qui seraient distribués parmi ceux qui s'opposaient à la corruption. Et pour ce faire, elle allait devoir passer les murailles, traverser sans être vue les patrouilles de la ville, se faufiler à travers les mailles d'un filet qu'elle ne connaissait pas. Elle n'avait pas vu la ville depuis des mois et, sans aide, elle ne pourrait rien.

Aussi avait-elle envoyé, quelques semaines auparavant, des messages aux contacts qu'elle possédait dans sa ville. Elle les avait chargé de recruter pour elle des guides, pour entrer dans la ville. Voleurs, mercenaires... que lui importait celui qui la guidait tant qu'il était fiable et lui permettait de franchir les obstacles. Elle leur avait demandé de les envoyer, trois jours durant, dans le bosquet où elle était enfin parvenue, le dernier jour du rendez-vous. Elle espérait qu'ils soient plusieurs, pour couvrir son esprit, le dissimuler dans la masse.




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Zell Armn
Message Sujet: Re: Infiltration | Mer 9 Avr 2014 - 17:53


Personne en accord avec la loi ne craignait d'entrer dans une ville.

Par ailleurs tout "service rendu" à ceux responsables de faire appliquer ladite loi était en général un salaire assuré. La trahison et la bassesse payaient bien : ça n'était cependant pas ce qui l'intéressait. Un travail bien fait méritait salaire. Une initiative personnelle aussi. Il ne s'agissait plus de boulot depuis longtemps : juste d'un plaisir.

Un peu d'action, beaucoup d'action, de l'adrénaline, du sang et des larmes : jamais le sien, jamais les siennes.

La paix, il l'avait faite : avec lui-même.
Voleurs, mercenaires, guides...

A les fréquenter comme il le faisait, on le confondait sans peine avec l'un d'eux.
Le hasard, la chance... L'un ou l'autre, il avait été avec l'un d'entre eux quand on avait contacté son collègue d'un soir pour un petit boulot très simple et bien payé. Guide. Faire entrer quelqu'un dans la ville sans se faire prendre.

Quelqu'un qui avait forcément quelque chose à se reprocher, songea Zel après s'être éloigné de la ville.
Quelqu'un qui aurait un prix : tout particulièrement quand il le vendrait à ceux qui lui en voulait! Dans le pire des cas, il n'aurait rien. Rien d'autre que le plaisir d'avoir fait perdre un ennemi des Premiers Hommes. Un guerrier profitait toujours de la guerre. D'autant plus quand la guerre en question était menée par des hommes comme Eux, les Premiers. Au fond, ils avaient une mentalité proche de la sienne.

Alors leur rendre service, même gratuitement, même en usant de traîtrise, ça n'était vraiment que du bonheur!
A double tour, le mercenaire ferma ces pensées dans un coup obscur de sa tête.
Réajusta la tunique noire qu'il portait par-dessus une côte de mailles solide.
Encore par-dessus, une veste d'un cuir épais, une écharpe faisant trois fois le tour de sa tête.
Aucune arme visible : ni même invisible.
Un large ceinturon de cuir sombre.
Pantalon de toile enfoncé dans de féroces bottes de cuir.

Les bosquets, il y était venu l'avant veille. Pour y disposer une cape longue, une arbalète légère et des carreaux, qu'il retrouva aisément.
Ces derniers enfouis sous sa veste et cape au col, Zel s'appliqua à ceindre son avant bras de l'arbalète.
L'oreille vaguement aux aguets, mais seulement vaguement. Si on avait besoin de lui, on attendrait un peu pour le tuer.





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Dernière édition par Zell Armn le Mer 9 Avr 2014 - 20:00, édité 1 fois
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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Mer 9 Avr 2014 - 19:33



Rien à dire, il avait rondement mené son affaire… Des jours d’attente, des heures de préparation, tout ce travail jeté à l’eau en une nuit !

Il avait déjà entendu certains parler de quitter la ville précipitamment, mais il ne pensait pas appliquer lui-même ce concept ! Seulement voilà, il était déjà perdu lorsqu’il changeait de quartier, au sein même de Dras Leona, alors de là à aller voir au-delà des murs… ! Cependant, Keldar avait beau avoir le besoin pressant de changer d’air, il n’était ni prêt à changer de vie (ou de lotissement, si vous préférez), ni quelqu’un de précipité par nature. Se cacher, il savait faire, alors autant en profiter et y aller sereinement.

La priorité était de réunir un maximum d’argent dans l’affaire. Tout le monde ici disait que voyager coûtait des années de travail. D’où les deux principes fondamentaux de Keldar : Ne jamais voyager, et encore moins travailler. L’un d’eux venait de voler en éclat.

L’aubaine s’était présentée tôt la veille au matin, chose plutôt inhabituelle. Les commandes se passaient généralement durant les heures tardives. Un type qu’il avait toujours pris pour le mendiant du coin l’avait accosté sur le marché et avait discuté avec lui pendant près d’une heure. Avec le recul, il réalisait que cette « discussion » n’avait été rien de moins qu’un interrogatoire habilement camouflé. Comme quoi il n’était pas si finaud que ça, avec ses acrobaties…

Mais ça n’avait pas été en vain puisque le soir même, il se voyait proposer une affaire des plus profitables. En toute autre occasion, il aurait refusé. Ces contrats causaient souvent plus de maux qu’ils ne valaient vraiment. Mais au point où il en était, le risque en vaudrait de toute façon la chandelle. Le seul truc qui le tracassait dans ce contrat, c’était son intitulé même : passer la muraille. Il n’en avait jamais vu l’utilité pour lui, en toute légalité, alors faire passer un fugitif, dans l’autre sens qui plus est… mais bon, il avait besoin d’argent et il était plutôt débrouillard. Sa chance ferait le reste. Après tout, ce contrat était bien tombé pile au bon moment, non ?

Ah oui, deuxième point gênant : trouver le point de rendez-vous, à l’extérieur des murs.

Et aussi troisième point gênant : il se trouvait à vingt mètre des murs à peine, et il était déjà en retard…



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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Infiltration | Lun 14 Avr 2014 - 20:18


Un bruissement infime dans les buissons, le bruit d'un corps qui tente de passer inaperçu sans savoir comment ne pas faire craquer les branchages, sans savoir comment se couler entre les branches comme une ombre. Ellenwen se redressa, les sens en alerte. Il lui semblait que son coeur allait arracher la poitrine à chaque battement, comme un bélier comme la porte d'une ville, prêt à laisser entrer les envahisseurs. Elle se força à inspirer profondément et but une nouvelle gorgée de sa gourde, effaçant l'inquiétude dans un instant. Plus question de se demander si elle n'allait pas être trahie, emprisonnée ou tuée, sans même pouvoir prévenir son compagnon. Plus question de se demander quelle folie elle avait prévu. Elle dut cependant se retenir d'ouvrir son esprit, de toucher celui du nouveau venu, d'inspecter ses pensées. Si trahison il y avait, elle pourrait peut-être, au moins un moment, tromper les premiers hommes sur son identité. Elle se faufila comme une ombre et parvint à l'orée du bois où une silhouette bien connue se découpait.

- Zell.

Elle n'avait pas voulu parler mais le son s'était échappé de ses lèvres sans qu'elle puisse le retenir. Un instant, mille pensées tournèrent dans son esprit. Ses souvenirs, les longues discussions qu'elle avait eu avec le mercenaire avant qu'il ne disparaisse. Les émotions qu'ils avaient partagé, le danger qu'ils avaient affronté. Sa disparition. Pendant une poignée de secondes, son coeur se serra jusqu'à lui couper le souffle et l'elfe s'avança d'un pas, sans précaution aucune. Pendant un instant, elle oublia que l'homme ne pourrait pas la reconnaître derrière ses traits bouffis de paysanne vieillie. Et l'instant d'après, elle envisagea de montrer son vrai visage, d'avancer vers l'homme qu'elle avait tant aimé et lui apparaître, naturelle.

Et puis un deuxième mouvement la fit se recroqueviller. L'elfe se souvint de toutes les raisons qu'elle avait d'avoir peur. Un deuxième venu était là, qui arrivait de la ville. Qui venait remplir son contrat et dont la discrétion était plus grande que celle du mercenaire. Un voleur, songea l'elfe, à demi rassurée. Lui non plus ne devait pas vouloir de démêler avec la police en place.

Cette fois, elle sortit des broussailles, pauvre travailleuse sans âge, sans forme. Elle se montrait à ses deux guides, sans faire trop de bruit, laissant sa silhouette se découper dans la maigre lumière de la lune. Elle les inspecta longuement, réprimant un tressaillement lorsque ses yeux passait sur la silhouette du mercenaire. Le voleur semblait jeune. Trop jeune peut-être pour un tel travail mais elle avait appris à ne plus se fier aux apparences. Après tout, elle-même ne pouvait-elle pas prétendre avoir quelques dizaines d'années. Et quelque chose dans l'aspect du jeune homme, dans sa peau qu'elle devinait anormalement dure, dans ses yeux si étrange lui disait qu'elle ne pouvait pas se fier à ce qu'elle voyait.


- Bien. Vous n'êtes que deux ?

Maintenant, elle allait devoir bluffer et son coeur saignait d'infliger pareil traitement à un ami.




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Zell Armn
Message Sujet: Re: Infiltration | Lun 14 Avr 2014 - 21:05


Son oreille vaguement tendu sembla entendre un prénom connu.
L’avait-on bien appelé, ou… Une hallucination ? Il préférait se présenter sous le visage de Zelphyr. Zelphyr du Vald’Ocre, même si le calme Val n’existait pour personne, plus même pour lui. Le dragon avait été le dernier à le nommer ainsi, mais ça remontait déjà à plusieurs mois. Zell, c’était vieux ! Oh Finwë l’avait peut-être appelé comme ça, lui aussi, mais ça aussi ça remontait. Et…

La mémoire passa son éponge : peu importait.
Il mit ça sur le coup du vent dans les branches.
Un animal dans les fourrés.
Une ancienne, très ancienne connaissance.

Et peu lui importait ! Il avait fait une croix là-dessus.
Passant sa main désarmée sur son visage, il frotta brièvement sa paupière close, celle qui ne s’ouvrait plus puisqu’il n’y avait plus aucun regard derrière elle. C’était de bonne guerre : il se félicitait même d’avoir encore son œil gauche !

Les broussailles frémirent, dévoilant une silhouette… ou, pour être plus exact, un tas. Un amas informe de haillons dont le visage se distinguait avec peine à l’ombre pâle de la lune. Une vieille chose lamentable, sans doute miteuse et certainement bectée de maladies… C’était limpide : cette créature ne ressemblait absolument à rien. Et ne vaudrait pas grand-chose, même chez le meilleur des antiquaires…
Néanmoins les mages étaient doués pour cacher ce qu’ils étaient.
A voir, si elle valait la peine qu’on l’aide… Ou qu’on la vende.

Son regard se détacha d’elle – pourquoi l’avoir si longuement fixée ? – et s’attarda sur l’autre personnage présent. A bien y penser… S’il ne tombait pas sur quelques Premiers Hommes pour lui prêter main forte, il serait tendu de trahir l’objectif de cette mission. S’il avait été seul, oui il aurait pu. Et même contre un mage, puissante ou non, il aurait tenté sa chance. Seulement voilà, il n’était pas seul.
Ils étaient deux.
Que deux.


    « Et si on attend encore, il sera qu’un même. »


L’homme n’était pas impatient. Il avait même tout son temps.
Seulement coller un petit coup de pression à cet employer déformé…
Un pur petit plaisir, mesquin certes… Mais pourquoi s’en priver ?

Zell acheva de serrer les sangles qui liaient son arbalète à son avant-bras. Ajusta les fixations à sa main, tout à la base des phalanges, puis glissa au creux de sa paume la « gâchette ». Fin prêt, il releva les yeux sur son « collègue ». Les présentations lui semblant superflues, l’ex-mercenaire fit l’impasse et toisa son regard borgne et gris bleu sur la cliente de ce soir.


    « Des consignes particulières ? »


Suite à quoi…
Le voleur aurait sans doute un plan à suggérer. Même si Zell était un familier de la voie du monte en l’air, pour ne pas dire un habitué, l’autre avait fait preuve d’une discrétion qui ne pouvait que trahir sa profession… Ainsi que le fait qu’il y était assez bon. Pour sa part, Zell n’y avait pas pris garde mais ne l’avait pas entendu approcher. Forcément, il était doué. Et le serait assez pour faire passer tout le monde.
La discrétion, c’était son travail.

Aussi vrai que verser le sang était sa passion.





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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Mar 15 Avr 2014 - 14:06


*C'est l'histoire d'une vieille, un borgne et un moche qui se retrouvent dans les bois...*

Telles furent les premières pensées de Keldar.


Il pensait s'en être bien sorti pour arriver. Il avait couru sur plusieurs mètres avant d'avoir la chance de tomber sur ce borgne qu'il avait entendu dans une taverne. C'était un mercenaire, à l'en croire, et si on considérait la récompense promise pour cette affaire, il avait peu de chances de passer ici par hasard. Il avait donc décidé de le suivre.
Bien lui en avait pris, semblait-il.

Pour la vieille, il était forcé d'avouer que s'il n'avait pas été prévenu, il aurait passé son chemin et continué plus avant. Quoique, pour une mémé qui sortait des broussailles, qui savait ce qu'il aurait pu faire...

Blague à part, pour mal connaître le borgne, même de réputation, il restait un mercenaire : sans doute un excellent garde du corps, mais ni un bon guide, ni même quelqu'un de confiance. Keldar planifiait déjà un itinéraire où il pourrait fausser compagnie à tout ce beau monde en cas de pépin. Vu l'aspect de la souillon, il n'aurait aucun mal à la faire entrer dans le Bas-Quartier par la grande porte. Il suffisait qu'aucun d'eux n'ait l'air trop paumé et les gardes ne devraient même pas les voir. Enfin, si elle avait tant d'argent à perdre, ce n'était pas lui qui allait cracher dessus.

L'autre voulait des consignes, il allait lui en donner. Mais il voulait quand même quelques précisions avant. Il s'adressa à l'ancêtre :
- Donc, c'est vous qui voulez entrer dans la ville, c'est ça? Je vous emmène jusqu'où exactement et vous me payez quand? Vu comme ça, je devrais pas avoir de mal à vous faire franchir les portes. Est-ce qu'il y a des choses que je dois savoir, comme des coins à éviter, ou des trucs qui posent problème en général? On devrait pas faire de plus grosse acrobatie que mettre un pied devant l'autre, et encore pas trop vite, donc ne vous faites pas de soucis de ce côté-là. Je veux juste éviter toute mauvaise surprise, compris?

Il avait parlé le plus directement possible, en espérant impressionner le borgne. S'il  avait l'intention de les vendre, il hésiterait d'autant plus s'il le croyait expérimenté. Et si ce n'était pas le cas, ça ne ferait pas de mal non plus. Il reporta son attention sur la vieille femme.



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Ellenwen
Dirigeante de l'Equilibrium
Message Sujet: Re: Infiltration | Jeu 17 Avr 2014 - 18:03


Le mercenaire avait réagi. Ellenwen le vit se redresser comme si le souffle de son murmure était parvenu jusqu'à lui et avait éveillé à sa mémoire quelque souvenir enfoui. Il l'avait fixé, lorsqu'elle était sorti des broussailles avant que son regard borgne ne retrouve le vide qui semblait être son habitude. Un vide qu'elle ne connaissait que trop bien. Le même que celui qu'elle avait lu, bien des années auparavant, dans ses yeux, alors qu'il n'était qu'un pauvre mercenaire en quête d'un contrat et d'un toit pour dormir. Il n'avait pas beaucoup changé, songea-t-elle non sans une certaine ironie. Et comme une brusque prise de conscience, elle sut qu'il était redevenu le même, machine efficace et sans âme. Il pourrait la trahir, de cela elle ne doutait pas. Il aurait pu la trahir tant de fois avant qu'ils ne viennent à se connaitre. Cette fois, il pourrait la trahir sans même savoir qu'il s'agissait d'elle, sans même savoir l'ampleur de sa trahison, après avoir choisi de lui apporter son aide inconditionnelle, il y avait de cela une éternité. Ironique, n'est-il pas ? L'elfe goûta quelques instants la saveur de la situation et reporta son attention à la discussion. Le mercenaire voulait rester seul, peut-être pour ne pas partager l'argent, peut-être pour mieux le voler... Quant au voleur, il la surprit en prenant la situation en main, comme pour couper toute envie à l'un ou l'autre des parties d'envisager une autre option que la résolution banale d'un contrat qui l'était moins. Des choses à éviter... La vieillarde qu'elle était esquissa un sourire qui tendit les rides de son visage, découvrant des dents jaunies et usées.

- Et bien, puisque vous en parlez, le premier coin à éviter seront les portes...

Elle lui jeta un regard rusé, évaluant la réaction du jeune homme. Allait-il comprendre qu'aux portes ne pouvaient poser problème que ceux qui ne la jugeraient pas sur son aspect ? Pouvait-il comprendre qu'elle n'était pas ce qu'elle semblait ? Elle ne devait pas croiser de mages.

- Je ne dois pas être aperçue, vous comprenez... Une vieille comme moi, on semble l'oublier vite mais ça vous reste loger dans un coin de la cervelle.

Elle eut un ricanement en désignant sa vieille figure sèche et laide, banale et qui pourtant attirait les regards de cette laideur vulgaire qui soulève la pitié.

- Les égouts, les brèches dans la muraille m'iront parfaitement. Je n'ai peut-être plus vingt ans mais des années de contrebandes ont gardé mes muscles en état de servir, petit. Je vous suivrais.

La contrebande. La meilleure excuse qu'elle ai pu trouver dans une ville où, disait-on, la disette sévissait depuis que les Premiers Hommes contrôlaient chaque denrée et en pillait une large part. Sa musette, d'ailleurs, regorgeait de petites dagues, de chocolat qu'elle pourrait vendre à prix d'or et quelques autres friandises. Elle se tourna vers le mercenaire, le regardant fixer son arbalète à son avant-bras et lui lança un regard perçant dont, sous sa véritable forme, elle avait le secret.

- Et j'aimerai que vous gardiez ceci rangé, jeune homme. Il s'agit d'être discret, non de déclencher une révolution.

Restait la question de l'or. Ellenwen dévisagea lentement ses deux comparses. Qui la trahirait en premier ? Probablement pas le voleur, trop habitué à la discrétion et l'anonymat mais elle ne pouvait jurer de rien. Comme une magicienne, elle sortit deux pièces d'or d'un repli de sa tunique.


- Voici l'or.

Elle voltigea dans la semi-obscurité, accrochant les rayons de la lune.

- Ca devrait couvrir les risques. Vous en aurez une de plus chacun au retour. Elle les dévisagea. Pas la peine d'envisager de me tuer ou de me vendre pour les récupérer. Elles sont cachées dans ce bois. Je ne suis pas assez naïve pour les porter sur moi.




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Zell Armn
Message Sujet: Re: Infiltration | Ven 18 Avr 2014 - 12:35


L’arbalète ajustée au millimètre près, l’ex mercenaire fit aller et venir le mécanisme. Silencieux, pas même le frottement de la corde, un grincement de bois. L’arme, même avec peu de portée, était absolument parfaite. Intérieurement il s’en félicita, une oreille très moyennement attentive au voleur.

Se garda de commenter le « JE vous emmène jusqu’où ? », même si a priori ils étaient deux pour ce boulot. Par ailleurs, il doutait que ce type ait clairement compris la nuance de la mission. Il ne s’agissait pas d’entrer comme un péquin moyen : il s’agissait de le faire discrètement. Alors sincèrement, lui, pour être discret, il aurait d’office oublié la porte d’entrée. Mais… Qu’importait. Même quand le voleur acheva sa tirade par un « compris » presque autoritaire, Zell se borna à haussa un sourcil, son regard borgne l’ignorant pour se porter sur leur cliente.
Au hasard d’une ascension délicate, il parviendrait peut-être à tirer accidentellement un carreau dans les fesses de cet oiseau-là. Juste histoire de le faire redescendre au niveau de leur condition : mercenaire, voleur, ils n’étaient rien. Ils n’avaient d’autorité sur personne, pas même les uns sur les autres.

Ce gars était un bouffon, tout au plus.
La vieillarde le confirma dès ses premières paroles.
Un sarcasme étira le coin de ses lèvres. Silencieux.
C’était bien ce que ça lui avait semblé aux premiers abords.
Il s’agirait d’être invisible.

L’homme libre desserra un peu sa cape. S’assura de sa dimension : il avait bien fait de la prendre longue.




    « Au besoin, je vous porterais. Si l’on se retrouve à découvert, vous êtes assez menue, je paraîtrais seulement bossu. »


Seule et simple intervention.
Non… Mieux que ça. Une forme temporaire d’engagement.
Donner son avis c’était prendre parti.
La porter, ce serait la protéger.

Par contre, aucun signe ne montra qu’il avait l’intention de se débarrasser de son arbalète. Il n’y avait même pas porté l’œil lorsqu’elle lui avait demandé de le ranger. Suivre le plan du voleur ? Il pouvait l’admettre. Chacun son domaine de compétence. Pour sa part, elle le payait pour faire son job. Son job, ses méthodes. Les mercenaires étaient d’aussi bons assassins que ceux qui se prétendaient professionnels.
D’autant que lui, il n’était pas un mercenaire.
Pas plus qu’un assassin. Ni même un voleur.

En vol, il saisit la bourse d’or.

Mercenaire !
La bourse vola de nouveau : vers sa propriétaire.




    « J’suis un homme libre. »


Ce que vous voulez acheter n’existe pas.
Il ne rendait pas service. Il ne faisait pas la charité. Il ne travaillait pas « pour » quelqu’un. Pour personne.
Refuser de l’or c’était assumer sa liberté. Après, plus tard, s’il ne la vendait pas en chemin… Quand ma mission serait achevée – si elle s’achevait – là oui, il accepterait. En attendant, pas d’engagement, pas de garanti.
Avoir confiance en lui ne se payait pas.

Là-dessus, il cessa de fixer la vieille femme, comme il le faisait à chaque fois qu’il lui adressait la parole. La fixer… la dévorer des yeux, comme pour voir… D’avantage. Mais il ne voyait qu’elle, à chaque fois.
Et son unique œil se posa sur le voleur.

Calme et dur, calme et de marbre. Sans émotion.
Un plan B, « chef » ?





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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Lun 21 Avr 2014 - 19:27


Le rouge monta aux joues de Keldar.

Entre la remarque ironique de la vieille et l'air narquois du borgne, il se sentait parfaitement idiot. A force de se voir plus malin que les autres, il s'était couvert de honte...

Et de l'or lui tomba dans les mains!

Bon, pleurer son amour propre attendrait. Il réalisa que même s'il s'était montré optimiste à l'excès, les deux autres s'étaient gardés de faire preuve de condescendance. Enfin, autant que possible... mais le fait était qu'ils désiraient vraiment son aide!
Des failles dans la muraille, il y en avait, mais le terrain alentour était entièrement découvert. S'en approcher sans être vu relevait du doux rêve. D'autant plus avec ses histoires de mages, qui surveillaient les entrées... les mages! Voilà où était le problème de la vieille! Sans doute une sorcière, une guérisseuse ou une femme du genre qu'on avait dépêché de venir pour quelques sombres desseins.

L'entrée des égouts paraissait une bonne idée au premier abord, mais ses clients l'avaient averti d'éviter l'endroit. Soit disant que des évènements sordides avaient contribué à hanter le lieu. Vu ses récentes expériences, le danger était sûrement bien réel. Et si même les receleurs n'osaient plus y passer, c'est qu'il devait y avoir de bonnes raisons. Pour où passaient-ils à présent, d'ailleurs?

Ah oui, ils payaient. Les plantons étaient tout, sauf incorruptibles. Mais si un mage se cachait dans la muraille, il n’était pas sûr du tout d’échapper à la chasse aux sorcières.

Les égouts… il n’aimait déjà pas y aller à l’origine. Ajoutés à ça les fantômes ou autres démons qui pouvait y rôder, la nuit s’annonçait déjà longue. D’un autre côté, il était accompagné d’un grand gaillard prêt à les protéger et d’une sorcière potentielle. Enfin… en étant optimiste : c’est-à-dire à condition que la vieille ne fasse pas que des potions et que le borgne n’aille pas régler son arbalète dans une autre ville.
Et puis il avait toujours son « enfant surprise ». La petite l’avait bien tiré d’affaire la dernière fois, soit dit en passant.


- C’est d’accord, nous ferons l’aller par les égouts. Seulement, le trajet peut être moins calme que prévu, je ne peux donc pas garantir le retour par cette voie. Ceci dit, une fois en ville, je serai en mesure de trouver quelqu’un pour vous faire sortir, quelles que soient les contraintes. Je veux juste vous avertir que vous pourriez avoir à vous défendre. Mais en l’état, je ne vois pas d’autres chemins raisonnables. Nous avons facilement deux heures avant la tombée du jour, vous avez donc jusque-là pour réfléchir si vous le souhaitez. Qu'en pensez-vous?



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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Infiltration | Jeu 24 Avr 2014 - 11:08


Le voleur avait deviné, songea Ellenwen. A voir sa tête lorsqu'elle avait prononcé ses volontés, et plus particulièrement les détours nécessaires pour éviter les portes, il avait compris ce qui la poussait à demander de telles choses. Les mages. Bien sûr que c'étaient les mages qui la gênaient. Après tout, Premiers Hommes ou pas, nul garde n'est parfaitement incorruptible et elle avait l'argent pour s'assurer leur silence provisoire à défaut de leur discrétion, ses deux nouveaux gardes du corps en avaient eu un aperçu. Mais les mages... eux pourraient la démasquer... s'ils ne pourraient jamais voir au delà de son apparence, s'ils ne pourraient voir son corps derrière le corps qu'elle s'était façonné, elle ne doutait pas que, même droguée pour atténuer l'éclat de son esprit, ils puissent saisir son incroyable complexité et la puissance qui s'en dégageait. Il ne serait pas dur de découvrir qu'elle possédait un esprit d'elfe dans un corps de vieille humaine... Et delà il ne serait pas trop dur pour eux de découvrir sa véritable identité. Elle sourit discrètement au jeune homme, comme pour le féliciter de la compréhension qu'elle avait lu en ses yeux. Elle venait de s'attacher sa prudence à double titre. Il allait tout faire pour éviter les mages et la protéger elle aussi bien que lui - qui sait ce qui lui arrivait s'il était arrêté en présence d'une magicienne redoutable ? - et il allait la craindre juste ce qu'il fallait pour ne pas envisager de la trahir. En d'autres temps, elle aurait été déçue d'une pareille réaction. En d'autres temps, quand sa vie n'était pas menacée si souvent, quand être une magicienne signifiait être respectée. Mais aujourd'hui, seuls comptaient les résultats comme aurait si bien dit Zell.

Zell... elle regarda le mercenaire qui ne la lâchait pas du coin de l'oeil. Elle ne savait trop pourquoi mais elle sentait son coeur se serrer à chacun de ses regards. Un regret qui ne la lâchait pas et qui l'ennuyait. La carapace qu'elle s'était formée, toutes les drogues qu'elle avait absorbées ne la protégeait pas de cette sensation diffuse qui lui collait à la peau. S'il avait été capable de voir au delà... Mais l'heure n'était pas aux sentiments, elle ne pouvait laisser tomber les masques. Pas maintenant, et peut-être jamais. Aussi se contenta-t-elle de hausser les épaules avec désinvolture lorsqu'il proposa une solution qui ne lui convenait pas. La prendre sur ses épaules... Elle était consciente que ces quelques paroles engageait le mercenaire bien plus qu'un quelconque accord. Proposer c'était s'associer à l'affaire. C'était lier leurs vies ensemble, le temps d'un moment, la protéger de son corps. Mais c'était aussi la priver de mouvement et de liberté ce qu'elle ne pouvait se permettre si les choses tournaient mal.


- Je vous remercie de votre proposition, jeune homme. Mais vous ne devriez pas me sous-estimer ainsi. Je vous suivrais, n'ayez crainte.

Et pour cause... la magie discrète qui coulait dans son corps l'aiderait à franchir chaque obstacle qui s'imposerait à elle. Pour le reste, l'or qu'elle gardait dissimuler sur elle pourrait résoudre bien des situations... A l'exception de celle du mercenaire. Elle fronça les sourcils, sentant une vague d'irritation familière remonter le long de son dos et venir fourmiller le long de ses doigts. Combien de fois dans le passé n'avait-elle pas hurlé contre le mercenaire pour son entêtement déraisonnable. Elle claqua de la langue et la pièce d'or repartit dans l'autre sens.

- Allons, ne soyez pas idiot ! Prenez cet or et fichez moi la paix ! Je ne cherche pas à acheter votre liberté ou votre loyauté. Trahissez moi si cela vous chante, ce n'est pas une malheureuse pièce d'or qui vous en empêchera. Mais je tiens à jouer selon les règles et les règles sont que tout risque doit être évalué et payé en proportion. Alors ravalez votre ego et arrêtez de joueur au plus malin, vous ne gagnerez pas.

Elle rassembla ses paquets d'une main et grommela entre ces dents un "crétin" à peine audible. Elle se retourna vers le voleur, bien plus raisonnable que son comparse et approuva sa proposition d'un signe de tête. Les égouts lui paraissaient la meilleure solution et s'il en connaissait les plans et pouvait les conduire sans les perdre, ils gagneraient là un temps précieux et une sécurité relative. Sans compter qu'elle n'aurait pas à faire étalage d'une force mal venue chez une vieille dame. Quant aux divers dangers qu'ils auraient à affronter, Zell pourrait les affronter pour eux. Qu'il serve à quelque chose, songea-t-elle non sans une certaine acrimonie.

- La proposition me va parfaitement. Les égouts nous offriront une bonne sécurité et notre cher mercenaire, elle eut un sourire vindicatif, devrait être là pour nous protéger même si je doute qu'il y ai beaucoup de danger à traverser de vieux tunnels. A part peut-être la puanteur.

Ne restait qu'à attendre deux heures... Celles-ci furent vite passées à scruter les rondes des gardes, à partager à mi-voix les quelques informations capitales que chacun des trois partenaires possédaient. Chacun se préparait aux longues heures à venir, plongés dans une noirceur inquiétante, au milieu des déchets les plus variés et les moins ragoûtants. Lorsque la nuit tomba, trois ombres se faufilèrent dans la vaste étendue qui séparait les bois des hautes murailles. Trois ombres, penchées, recroquevillées et qui se dissimulèrent bien vite dans l'ombre du mur, à la quête de l'entrée des égouts. Lorsqu'ils la trouvèrent ils purent constater, sans surprise, qu'elle était fermée d'une lourde grille de fer.




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Zell Armn
Message Sujet: Re: Infiltration | Jeu 24 Avr 2014 - 13:16


Zell laissa le voleur reprendre, énoncer un nouveau plan. Et conclut, pour sa part, par un simple signe de tête signifiant son accord. Les égouts, ça n’était pas ce qu’il y avait de mieux pour évoluer discrètement. Par ailleurs tant qu’ils ne croisaient personne, les clapotis d’eau boueuse et de détritus ne seraient pas trop problématiques. Il valida donc sans un mot, tourna la tête vers la vieille.
S’il n’avait même pas à la porter, il aurait d’autant moins de mal à la trahir.
Plutôt commode : au fond, il savait bien qu’il déciderait sur le tas.

Puis les pièces d’or revinrent vers lui.
Une magicienne.

Il devina qu’à la première occasion, il la trahirait. C’était donc ça, le problème ? Elle ne pouvait pas entrer comme n’importe qui. Elle faisait de la magie, elle serait arrêtée sans forme de procès. Il la trahirait, il n’avait pas envie de faire autrement. Si tout se passait sans encombre, il se contenterait de faire passer le mot aux intéressés par quelques contacts : une magicienne se trouvait – anonymement – dans Dras Léonas.
Le sac d’argent tomba à ses pieds, et son œil fixé sur la grand-mère, il ne le ramassa pas.
L’indifférence de son regard répondit à l’agacement de la vieille.
Elle racontait n’importe quoi.
S’énervait sans raison.
Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire, à elle, qu’il refuse de ses sous ?
Une chose était sûre : il n’y avait pas de quoi s’emporter.
Elle ne devait pas souvent entendre le mot « non » celle-là.

D’un haussement d’épaule, l’ex mercenaire se détourna. Il n’y avait pas de risque, du moins pas pour lui. Cet argent ne l’intéressait pas, il n’avait aucune raison de l’accepter. Ce qu’elle voulait acheter n’existait pas, c’était comme ça. A sa place, il n’aurait pas parié qu’il ne gagnerait pas !

La sourde oreille répondit à la vieille.
Il ne releva ni les termes « notre cher mercenaire », ni la possibilité qu’il les protège.
Elle aurait pu parler à une chèvre ou jouer du pipeau que ça ne lui aurait pas tiré plus de réaction.

Les deux heures passèrent vite.
Observer, analyser, attendre…
Professionnel, il partagea par de rares mots ses propres observations.
Quand l’obscurité fût tombée, en moins d’un rien ils furent au pied de la muraille.
La vieille parcourut la distance, bien souple pour une vieille. Saleté de magicienne…
Aux égouts, le premier obstacle. Grille de fer.

Accroupi, Zell scruta la base, là où l’eau s’écoulait. Rouille.
Il murmura si bas qu’il douta d’entendre sa propre voix.




    « A deux on doit pouvoir la forcer. »


Ignorer la magicienne. Cliente, elle suivait et surtout en silence.
Depuis que leur attente avait commencé, depuis qu’il avait craché sur son or, il ne lui adressait plus un seul regard.




    « A moins que t’es de quoi faire fondre la fonte… »


Une potion aurait fait l’affaire, mais lui, il n’avait rien.
Ils étaient tous les deux assez forts pour pouvoir la faire sauter, ou du moins faire sauter les barreaux du bas. Ils pourraient au moins ramper au-dessus… C’était toujours mieux que de faire le pied de grue, dans l’attente d’être surpris par les gardes.





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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Jeu 24 Avr 2014 - 19:23


*Ne pas se prendre pour plus malin que les autres… surtout…*

- Dis N’a-qu’un-œil, à la base, c’était moi, le guide. Alors arrête de pousser n’importe où et laisse faire les pros.

Et voilà, il n’avait pas pu se retenir ! Mais ce gars-là était tellement antipathique qu’il était dur de ne pas le rembarrer à chaque occasion. Ceci dit, il aurait l’air fin s’il n’arrivait pas à ouvrir la grille. Une question à laquelle il n’avait pas songé se posa à lui : le secret du passage pouvait-il être divulgué à eux ou pas ? D’autant qu’à ce qu’on racontait, il n’était plus emprunté par personne. Mais qui savait combien de temps la situation perdurerait ? Il préféra ne pas prendre de risques et les laisser dans l'ignorance.
- Bon, j’ai oublié de préciser un truc : vous voyez la lune là-bas ? Eh bien regardez là tant que vous pouvez, parce qu’elle va vous manquer.

Ils  ne détournèrent pas les yeux tout de suite. Mais même dans le noir, son attitude dû être éloquente car ils finirent tous deux par fixer un point de leur choix sur l’horizon.

Il y avait une bonne raison pour laquelle les contrebandiers passaient par là : cette porte n’était pas gardée. Et elle n’était pas gardée pour une autre raison, bien moins bonne celle-là : tout le monde la croyait fermée. Sauf que s’il avait fallu user de force ou de magie pour passer au travers à chaque fois, son succès aurait été bien moindre. Un homme seul pouvait la déloger et la faire glisser sur plus d’un mètre s’il connaissait les bons gestes. De quand datait le mécanisme, nul n’en savait plus rien. Mais sa présence, dans une des parties les plus anciennes de la cité, montrait à chacun que la clandestinité y était d’usage depuis ses toutes premières pierres.

Il tripatouilla tout de même une bonne dizaine de minutes avant de déloger le morceau de bois qui maintenait le loquet coincé. Assez de temps pour permettre au borgne une volée de railleries murmurées. Finalement, la herse consentit à bouger. S’ouvrait à présent face à eux une gueule béante, fétide, prête à les engloutir tous les trois.

Keldar prit la tête, se remémorant le chemin au fur et à mesure. Il interdit toute lumière tant qu’il ne l’aurait pas ordonné. Le premier tronçon était assez long et s’étirait en ligne droite. Il ne voulait surtout pas qu’on vît une lueur depuis la plus proche entrée. Ils avancèrent donc à tâtons, se tenant par la main, lui devant, la sorcière ensuite et le bénévole à l’arrière. Il n’avait bien sûr pas échappé aux protestations habituelles dans ces cas-là, mais une corde pouvait être coupée sans un bruit, pas une main.
Il retrouva le passage où ils devaient bifurquer.
- Nous sommes assez loin, maintenant. Si vous voulez de la lumière, c’est le moment.



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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Infiltration | Mar 29 Avr 2014 - 22:35


La lune. Lorsque le jeune voleur lui recommanda de regarder la lune, Ellenwen ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, observant l'astre pâle qui les surplombait. Par bonheur pour elle, si elle souffrait d'un vertige handicapant - particulièrement depuis qu'elle avait choisi un compagnon dragonnier qui n'appréciait rien tant que de parcourir le ciel à des centaines de pieds de hauteur - elle n'avait jamais été claustrophobe et la perspective de parcourir des heures durant un tunnel sombre et puant ne l'effrayait pas davantage que de confier sa vie à deux inconnus dont l'un, elle le sentait d'instinct, projetait déjà de la vendre à un moment où à un autre. Elle restait sereine. Elle avait tant de moyens pour survivre, pour s'échapper, pour garder quelques instants encore la vie sauve. Il lui semblait qu'après mille cinq cent ans d'existence, elle ne pouvait pas la perdre ainsi bêtement, suffoquant dans les miasmes d'une ville qui ne savait même pas sa venue. Elle savait qu'elle mourrait un jour, sur un champ de bataille, les mains rouges de son propre sang, le corps déchiqueté et trop las pour continuer à se battre. Elle marchait, un peu voûtée dans un corps qui n'était pas le sien, gênée par la vieillesse qui lui rendait les articulations un peu douloureuses, et pourtant elle sentait la vie pulser sous sa peau, la magie qui se mêlait à son sang et la nimbait de puissance. D'une main, elle décrocha la gourde dont la drogue lui anesthésirait l'esprit, dissimulant la force de son esprit.

La grille semblait la narguer, rouillée et presque branlante mais a priori impénétrable. Elle savait qu'elle aurait pu la détruire sans façon, sans même gaspiller d'énergie. Un mot murmurer et le fer deviendrait une poussière rouge qui lui glisserait entre les doigts. Elle pouvait chanter pour tordre les barreaux, leur donner une forme exquise dans laquelle leur corps pourraient se glisser sans heurt. Le problème, c'est qu'elle aurait pu faire tant de choses, et même tordre les barreaux à mains nues en insufflant une force animale, mais elle aurait irrémédiablement attiré sur elle une attention désagréable. Il ne lui restait plus qu'à attendre que ses deux compagnons ne trouvent une solution, ce qui ne semblait pas garanti entre un mercenaire qui la boudait ostensiblement et un voleur encore jeune. A moins qu'ils ne s'y mettent à deux... Elle grimaça un sourire en fixant le mercenaire, sentant le malaise qu'elle lui inspirait. Une petite vengeance qui l'attristait autant qu'elle l'amusait.


- Cela vous prendrait du temps, je pense. Je ne vous serais guère utile. Je ne suis pas magicienne et je ne peux pas faire disparaître une grille dans un claquement de doigts.

Quoique... mais elle se tut bien vite et enterra ses commentaires sarcastiques lorsqu'elle vit le jeune voleur se concentrer, tâtonnant autour de la porte. Il semblait chercher quelque chose qu'il connaissait fort bien. Comme un moyen d'entrée, quelque mécanisme connu des seuls voleurs et contrebandiers de la ville. Elle sourit et tapota l'épaule du jeune homme approbativement.

- Comme quoi, tout ne se règle pas par la force.

Et sur cette dernière pique, elle s'enfonça dans le tunnel, la main fermement accrochée à l'épaule du jeune homme, sentant sur son épaule celle du mercenaire. Elle mit un instant à s'habituer à la noirceur du couloir et aux étranges relents qui lui montaient au nez. Un instant, désorientée, elle trébucha, s'écorchant la main aux parois de pierres glacées. Puis, lentement, ses yeux d'elfe s'accommodèrent à la nuit perpétuelle et elle distingua, quoique vaguement, la couloir qui s'ouvrait devant elle. Lorsque enfin la proposition d'une lumière vint, elle en resta surprise et, pendant un instant, songea à allumer une flammèche au bout de ses doigts. Au lieu de quoi, elle sortit un briquet d'amadou de son sac et l'alluma, projetant une lumière tremblotante. Il ne leur restait plus qu'à avancer.




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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Sam 24 Mai 2014 - 18:14



C’est elle qui alluma son briquet la première. Dans ses souvenirs, un tas de bois flotté devait reposer dans une alcôve non loin de là. Celui-ci n'avait pas bougé. L’amas se trouvait en désordre, en partie éparpillé sur le sol humide. Il prit deux morceaux corrects, les enrubanna dans deux mouchoirs, et les alluma à la flamme qu’elle lui tendit.

La lueur projetée restait malgré tout ténue, étouffée par l’atmosphère lourde et pestilentielle des corridors souterrains. Si la faune qui hantait jadis ces lieux s’était mystérieusement évanouie, le cadre ne s’était pas amélioré pour autant.  Une mousse brunâtre recouvrait les murs, émaillée de champignons et d’autres organismes à la nature douteuse. Un jus nauséabond en suintait, maculant le sol et les rares pierres encore visibles. Le ruisselet courant au centre de la canalisation était recouvert d’une pellicule du même acabit qui le faisait paraître immobile et même solide, n’aient été de vagues remouds agitant spasmodiquement la surface.

Keldar en avait la nausée. Il ne faisait désormais aucun doute que plus personne ne passait par là. Le sol était plus traître que dans ses souvenirs, mais il reconnaissait les tunnels attenants. Ils eurent en outre la chance de ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin.

Ils avaient allongé le pas et avançaient à présent à un bon rythme. Restait à trouver la bonne sortie. Ils passèrent devant plusieurs caniveaux hauts d’une grosse main, mais pas plus. Un nombre croissant de trappes et de conduits menant directement aux demeures croisaient leur chemin. Keldar était tout à sa tâche de trouver celle qui les mènerait au plus près du forgeron, voire directement chez lui.

Les deux torches commençaient déjà à rendre l’âme. Il connaissait assez l’endroit pour ne pas craindre de se perdre, mais avancer sans savoir où poser le pied restait dangereux.

Un bruit soudain les mit en alerte. Il reconnut la chute d’excréments évacués par l’une des trappes. Il rassura ses compagnons d’un geste. Ils poursuivirent leur route, accompagnés par la musique des restes s’écoulant sur le sol humide.



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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Infiltration | Mer 4 Juin 2014 - 18:25


Puant, étouffant, écrasant... Les mots manquaient pour décrire les odeurs qui montaient au nez d'Ellenwen et la sensation que les étroits murs noirs provoquait en elle. Elle n'avait jamais été claustrophobe. A vrai dire, elle avait passé plusieurs années à vivre dans une tanière de loup, creusée à même le sol, sans voir la lumière du jour, vivant la nuit. Mais les couloirs de pierre, sinistres, suintant une humidité malsaine, n'avait plus rien à voir avec la terre qu'elle avait connu et qui l'avait accueilli. Il lui semblait qu'elle voyait enfin de la façon la plus crue le revers du monde des hommes, tout ce qu'ils cherchaient à dissimuler, les secrets les plus sombres, les hontes les plus profondes. Il lui semblait qu'elle allait s'y perdre, s'y noyer, abandonnant sur ses pas chaque petite partie de son humanité, de son esprit et de sa raison. Elle devait lutter pour avaler chaque bouffée d'air, lutter pour ne pas rendre le peu de nourriture qu'elle avait avalé sur ses chaussures. Elle devait se concentrer sur chacun de ses pas, pour continuer de marcher sans tendre la main et saisir celle du mercenaire, comme un piètre réconfort. Seule la pensée de son loup, et de l'ironie avec laquelle il traiterait la situation, parvint à lui rendre un maigre courage qui se dissipa bientôt lorsqu'un bruit immonde, suivie d'une odeur insoutenable, la fit sursauter et frissonner comme une feuille.

D'une main tremblante qu'elle ne parvenait pas à contrôler, elle saisit une petite fiole à sa ceinture et but quelques gorgées rapides. Elle sentit une vague de fraicheur se répandre, de sa gorge vers chacun de ses muscles, apaisant la fièvre qui la dévorait. Elle poussa un long soupir, à mesure que son esprit se détachait de son corps, s'éparpillait vers des rêveries brumeuses loin de ce qui lui filait en couinant entre les pieds, l'humidité qui imprégnait tous ses vêtements, les collait à sa peau. Elle planait au dessus de la fange, au dessus de leurs torches qui commençaient à s'éteindre en sifflant. Elle se moquait des étranges bruits qui glissaient contre les pierres et ricochaient à ses oreilles comme les ricanements sourds des morts. Elle laissait ses pieds guider sa marche, automatiquement. Lentement, elle avançait, posant chaque pied après l'autre, comme un automate. Elle ne ressentait plus la peur lui tordre le ventre... Aussi, lorsqu'elle prit soudainement conscience de ce que ses yeux percevaient, elle ne put retenir un mouvement de surpris violent.

Ils venaient de traverser une porte en bois gorgée d'humidité, à demi entrebâillée. Le grincement qu'elle avait produit aurait suffi à réveiller un mort... et y avait suffi... Devant eux se dressait une salle couverte d'une poussière épaisse et sombre qui ne parvenait pas entièrement à couvrir les étranges pentacles tracés sur le sol. Les murs étaient tachés d'un sang craquelé et noirci, qui se tordait dans d'étranges figures, d'obscènes dessins. Une fine brume semblait jaillir du sol.

Les bras d'Ellen se hérissèrent, lorsque son esprit s'adapta à sa vue et qu'elle réalisa ce qui se tenait devant elle. Un ancien repaire de sorciers. Elle ne pouvait en déterminer son âge mais elle sentait encore autour d'elle les traces d'une vieille et puissante magie. Quelque chose que ni les runes des Premiers Hommes ni les failles n'avaient encore atteint. Quelque chose qu'il suffirait d'un rien pour réveiller. Elle saisit doucement les bras de ses deux compagnons et murmura.


- Sortons. Vite. Très vite.

Le grincement de la porte lui coupa la parole. Le claquement sourd du pêne dans le chambranle résonna longuement.


- Zell, eut-elle le temps de râler avant que la brume ne monte et ne se condense en d'étranges silhouettes.




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Zell Armn
Message Sujet: Re: Infiltration | Mer 4 Juin 2014 - 20:53


La grille passée, l’ex mercenaire choisit pieusement de se restreindre à son rôle supposé : celui de gros bras de la bande. On ne le payait pas pour réfléchir et ça lui convenait. Protéger et servir comme un loyal clébard, fût un temps ça avait été sa fonction. Si ça devait à nouveau l’être ce soir, il s’en contenterait jusqu’à pouvoir retourner sa veste.
L’odeur était aussi forte et lourde qu’une troupe d’hommes ignorants des bienfaits d’un bain. Des types un peu comme celui qu'il avait été – même totalement comme celui qu'il avait été – ne voyant ni de loin ni de près l’utilité de se laver. Jamais aucun n’avait émis l’hypothèse que là était sans doute la source de leurs célibats…

Par ailleurs, un homme d’armes dit « mercenaire », ça ne pensait qu’à l’or.
Les femmes, les bains et le reste, c’était des problèmes dont ils ignoraient tout.

Absolument pas à ce qu’il faisait, Zell accepta une des deux torches, emboîta le pas au damoiseau. Les flammes jouaient sur les reliefs difformes des parois et de ce qui formait le sol. Sans cesse en mouvement, sous les effets d’eaux boueuses ou de bêtes que rien ne distinguaient des détritus.
Son unique œil peinait à se focaliser sur cet environnement incertain, les bruits résonnants de part et d’autre d’eux, chacun se faisant l’écho de l’autre. L’œil à demi clos pour limiter la gêne de cette hyperactivité souterraine, l’homme s’appliqua à se guider aux pas du voleur devant lui, de la vieille chouette dans son dos. Trop appliqué à ne pas se vautrer dans ce merdier, l’odeur ne l’effleurait même plus.

Néanmoins la salle qui s’offrit à leurs yeux, si soudainement, l’arracha à sa concentration.
Cessant d’avancer, il voulut même reculer pour entrainer la vieille avec lui, faire ce qu’il était censé faire : la protéger. Une porte, ils n’auraient pas même dû la passer. Ce voleur était sûr de son itinéraire, ou il avait une araignée au plafond qui lui effaçait à intervalles réguliers les importances capitales du genre : éviter les coins douteux ?
Monsieur ouvrait aussi bien les grilles des fientes qu’ils ne les poussaient dedans !
Tout à ses mauvaises pensées à l’encontre du voleur, il sentit une main gêner ses mouvements.
S’en défit d’un geste brusque.

Brusque parce qu’elle le gênait.
Parce qu’elle l’avait appelé Zell.
Parce que dans les bois, là aussi…
Parce que son regard borgne ne trouva aucune émotion.
Son visage ne se troubla pas d’avantage.

Juste un instant.
Le temps qu’il fallait à ses traits pour se faire d’autant plus lisse, d’autant plus vide.

L’ignorer.
Sa main libre attrapa le voleur au col et le balança sans façon vers la porte, avec quelques mots :




    « Ouvre ça. »


Il aurait dû se saisir de la vieille et la jeter sur les silhouettes floues.
Armer son arbalète ? Pourquoi faire, ça n’était que des…
Ombres et fumées. Rien. Du vide et de l’air.
D’étranges formes, êtres immatériels d’un autre monde, d’une autre époque.
Zell regretta son épée qui lui aurait été si inutile.
Les brumes se rapprochèrent sur eux, fascinées par la vie qui leur avait si longtemps manquée.

Pas franchement emballé, l’ex mercenaire se fendit d’un long pas avec sa torche en guise d’arme. Sans y croire le moins du monde, la torche sembla écarter un pan de brume qui, comme un rideau, retomba sur son passage.
L’idée de sacrifier sa cape lui brisa le cœur : d’autant que ça n’aurait servi à rien de la brûler, elle avait beau être longue comme un homme elle n’aurait pas brûlé assez longtemps et assez haut. Son œil glissa du côté de la grand-mère, l’idée de la sacrifier, elle, lui parût un peu plus valable.




    « Pas magicienne hein ? Vraiment pas ? »


Pas même un peu ?
Juste une chouille pour nous sortir de cette merde et nous renvoyez à celles des égouts ?
Menteuse ! Et elle était peut-être bien capable de les laisser crever pour ça.
De ce qu’il se souvenait, le mercenaire qu’on avait appelé Zell n’avait jamais connu personne d’autre que des gens de ce genre-là. A vous coller dans la merde, et vous laissez vous y noyer.





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Laïaga
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Message Sujet: Re: Infiltration | Ven 6 Juin 2014 - 10:15


Spoiler:
 

Magicienne... magicienne... magicienne... les mots résonnaient dans l'esprit torturé de ceux qui hantaient les lieux.
Magicienne.
Les trois étaient donc des magiciens hein ? Oh que oui, depuis le temps qu'ils attendaient, enfin quelqu'un était venu s'occuper d'eux.

-On a été seuls, si longtemps ! criaient les créatures.

Mais les magiciens n'avaient pas l'air de les comprendre. Ils parlaient entre eux, et d'ailleurs, les damnés ne les comprenait pas non plus.

-Qu'est-ce que vous racontez ? Qu'est-ce que vous dites ? Vous allez nous aider ? Dites, vous allez nous aider ?

Mais leurs murmures fiévreux ne restaient rien de plus qu'un charabia inintelligible et angoissant pour les voyageurs égarés. Des chuchotis roques et malsains. L'un de magiciens – les fantômes qui hantaient les lieux croyaient fermement que les trois égarés étaient des mages venus à leur secours – agita sa torche vers eux.
Les fantômes s'égayèrent en piaillant. Le feu leur faisait mal, et la lumière et les cris agressaient leurs sens. Les fantômes crièrent de peur et se lamentèrent, et leur cri, au contraire de leurs paroles, porta très bien aux oreilles des vivants. Le cri des fantômes était un cri terrible et strident, sifflant, horripilant.
Mais ce n'était pas ce qu'ils voulaient, bon sang, ils voulaient juste un peu de chaleur... pas la chaleur brûlante et agressive des torches, un peu de chaleur humaine. De la chaleur et du repos.

-Vous n'êtes pas venus pour nous aider ? demandèrent-ils, certains commençant de prendre conscience du quiproquo.

Cela leur faisait l'effet d'une farce cruelle. L'espoir avait été si grand, quand des vivants pour  la première fois depuis... depuis quand ? Des mois ? Des années ? Des millénaires ? Depuis longtemps. Et la désillusion était cruelle. Mais, ils étaient tout de même des magiciens, non ?

-Aidez-nous, je vous en prie ! supplièrent les esprits de leurs voix toujours inintelligibles.

Certains, les plus hardis, essayèrent de s'approcher des voyageurs, de les enlacer pour prendre un peu de cette chaleur, de cette vivacité qu'ils portaient en eux. Ils les blessaient, mais ils ne le savaient pas. Cela faisait si longtemps qu'ils étaient enfermés dans cette toute petite pièce, abandonnés par les sorciers qui les avaient créés aux cours de leurs expériences, emmurés pour le restant de leurs jours qui promettaient d'être très longs et nombreux, qu'ils avaient oublié comment c'était d'être vivant, et qu'est-ce qui faisait du mal aux vivants.
Mais les magiciens portaient du métal et brandissaient des torches. Le premier des fantômes à enlacer l'un d'entre eux toucha bientôt le métal de son arme, et même à travers le fourreau, la brûlure fut terrible, plus terrible encore que celle de la flemme des torches. Cela faisait si longtemps qu'ils avaient oublié ce que ça faisait ! Mais le métal les brûlait... ils n'étaient pas près de l'oublier à nouveau. C'était comme ça que les sorciers les tenaient à distance pendant qu'ils faisaient leurs expériences, avec du métal. Car sinon les fantômes les auraient tués, ils s'en souvenaient maintenant : ce petit peu de chaleur qu'ils voulaient, qu'ils essayaient de glaner, c'était ce qui permettait aux vivants d'être vivants, ça les tuait.
Le fantôme battit en retraite en geignant.

-Désolé... fit-il. Désolé je ne savais pas. Désolé.

Du point de vue des voyageurs, ce fut comme si la brume déjà dense s'était amassée, presque solidifiée au point que l'on puisse distinguer de vagues silhouettes, et jetée vers eux, faisant s'abattre un froid mortel et insidieux en les enveloppant, puis s'était dissipée en criant, sifflant, et chuchotant de ce chuchotis caverneux et angoissant qu'elle émettait depuis leur arrivée.

-Désolés, disaient les esprits, se reculant pour ne plus blesser les vivants.

Ils s'en voulaient, ils n'étaient pas mauvais, juste des malchanceux, des mendiants, des fermiers, enlevés ou floués, qui avaient aidé des sorciers pas très gentils dans leurs expériences, longtemps avant, et s'étaient retrouvés privés de corps et parfois même de conscience. Plus que des esprits qui hantaient les lieux, certains n'ayant même pas conscience d'eux-mêmes. Et qui voulaient juste récupérer leur vie ou au minimum, s'éteindre.
Et alors même qu'ils s'étaient reculés, la chaleur bienfaisante qui irradiait des vivants les attirait comme une flamme un papillon de nuit. Elle était belle bonne et douce. Leur volonté luttait contre leur instinct de se rapprocher à nouveau.

-Désolés, disaient-ils, et personne ne les comprenait.



   
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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Lun 9 Juin 2014 - 19:22




*Je me présente : Keldar, ouvreur et avaleur de portes !*

Il savait bien que ce type était antipathique ! Ne s’attendant pas au geste du borgne, il n’avait pu qu’accueillir le panneau de bois sur son visage. Son nez se mettait maintenant à saigner. Il avait sorti le bout de fer qui lui servait d’ordinaire à crocheter les serrures, mais la torche le gênait dans ses mouvements. En fin de compte, il renonça à la tenir pour se concentrer sur ses mains. Après tout, il n’avait jamais effectué l’opération en plein jour. Un rayon de lune de plus ou de moins ne devrait pas faire grande différence.

Seulement voilà, il n’avait peut-être pas besoin de lumière, mais l’agitation régnant dans son dos ne l’aidait pas particulièrement… ni celle dans ses tripes, d’ailleurs. Il ne savait pas encore s’il craignait davantage les vagues de froid ou les sons qu’émettaient ses horreurs.

Et ça parlait et ça s’agitait tant et plus! Le murmure repris, de plus en plus intelligible. Il crut reconnaître son nom.


- Keldar ? Répond, je t’en prie, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Trésor ! Désolé, j’ai cru que c’était les autres.
- Ceux qui crient ?
- Ceux qui… quoi ? Il n’y a personne qui crie ici, crois-moi !

Cette damnée serrure ne bougeait pas d’un pouce. En même temps, qu’il soit pendu si elle ne s’était pas fermée par magie !

Un souffle l’avertit d’un mouvement de l’informité. Impuissant à agir sur la porte, il se retourna au moment même où les volutes se repliaient dans un cri d’effroi. Des flashes blancs lui voilèrent la vue et il commença à perdre équilibre.

A moitié conscient, il ne se sentit pas atterrir. Sa vue lui revint petit à petit. Trop hébété pour comprendre ce qu’il se passait, il se retourna vers la serrure et s’appliqua à faire taire les couinements de la petite fille. Ses acolytes étaient trop absorbés par leur lutte pour y prêter attention.

Restait qu’il était toujours aussi inutile. Au fait, la vieille était bien sensée être une sorcière, non ? Si elle ne pouvait repousser les limbes, peut-être serait-elle capable de leur trouver une échappatoire ?  Il lui attrapa le bras, ce qui lui fit faire un bond. Mais elle ne sembla pas paniquée pour autant, juste plus farouche. Keldar, au contraire, était sujet à un tel flot d’émotion qu’il en perdait ses mots :


- Magie ? Serrure… ? articula-t-il avec difficulté, tout en désignant la sortie.



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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Infiltration | Jeu 26 Juin 2014 - 16:37


Ellenwen déglutit lentement et accorda une pensée peu digne à son compagnon. Il n'était jamais là quand elle avait besoin de lui, celui-là ! Il traversait un continent entier à sa recherche alors qu'elle était en parfaite sécurité mais lorsqu'elle se confrontait à une armée de spectres et à des incantations oubliées auxquelles elle ne comprenait rien, il disparaissait comme par magie. Lui, l'ancien sorcier, aurait su déchiffrer les runes qu'elle devinait gravée à même le sol. Il aurait deviné la langue des morts qu'elle entendait sonner contre les murs comme des soupirs effacés et oubliés de tous. Elle, elle ne pouvait que regarder la scène devant elle avec le sentiment d'un désastre imminent. Elle sentait le froid grandir autour d'elle, l'entourant, l'encerclant comme des bras morts d'un cadavre. Elle voyait la brume qui montait autour d'elle, s'entourant autour de ses chevilles, progressant le long de ses jambes pour venir encercler et briser sa poitrine. Et elle entendait deux idiots se chamailler.

Elle ne sut pas ce qui la sortit des pensées sinistres qui grandissaient dans son esprit. Peut-être le murmure sarcastique de Zell, peut-être la voix effrayée du voleur qui semblait parler seul, ou l'étrange paix qu'elle cultivait depuis plusieurs mois et qui tomba comme une chape de plomb sur son être. Mais elle se sentit soudainement bien calme. Trop calme peut-être. Les murmures qui croissaient autour d'elle ne lui semblait plus que d'étranges bruissements, des voix qui ne l'atteignait pas. Elle regarda les murs nus, les traces de sang, les lignes tracées et sentit une force oppresser son cœur. Son souffle se coupa, lentement mais sûrement et, pendant un instant son monde se voilade noir. Tout se brouilla, perdit lentement ses couleurs et devint aussi sombre que la nuit. Glissant, s'affaissant doucement sur elle-même, l'elfe se sentit refroidir, se raidir...

Une chaleur soudaine et imprévue la réveilla, fouettant ses sangs, ramenant du rouge à ses joues et à ses lèvres livides. Elle poussa un cri, de rage, de colère. Cela faisait longtemps que sa vie n'avait plus été ainsi menacée. Par quelqu'un d'autre qu'elle-même. Elle se redressa. Ce qui venait de la toucher, quoique ce fût, était bien plus fort qu'elle. C'était une force brute qui la dépassait. Quelque chose que quelques mots en ancien langage ne pourrait pas faire fuir. Il lui faudrait déployer sa puissance. Toute sa puissance. Elle ne savait pas ce qui les avait fait reculer. Ce qui avait délassé l'étreinte qu'ils avaient eu sur elle, mais elle était sûr que, quoique fussent ces créatures, elles n'avaient pas dû aimer ce qui les avait éloigné. Chasseuse, elle savait qu'un animal blessé n'en était que plus dangereuse.

Elle regarda autour d'elle, les deux hommes qui tentaient, tant bien que mal, de se protéger de ce qu'ils ne pouvaient que deviner. Elle sentait leur terreur suinter autour d'eux comme une aura malsaine et trouble. Elle ne pouvait les laisser voir sa puissance. Elle ne pouvait se dévoiler à eux. Elle ne savait même pas s'ils ne la trahiraient pas, si son vieil ami, le mercenaire, n'allait pas la vendre pour quelques pièces d'or, sans même chercher à savoir qui elle était. Elle pourrait s'en tirer. Elle. Elle pouvait se retirer dans son propre corps, laisser son esprit s'effacer, puis revenir. Et ouvrir la porte. Quand tout serait fini. Elle pourrait fuir, seule, lorsque nul ne pourrait la voir user de ses pouvoirs.

Il n'existait qu'une seule chance qu'ils en sortent tous en vie. Une seule et unique, et voilà que Zell venait la menacer. Elle fronça les sourcils, gronda et plaqua le mercenaire au mur, croisant son regard avec férocité. Puis les ordres claquèrent.


- Zell Armn, je ne t'ai pas engagé pour tes railleries, ni tes sarcasmes. Tu es censé me protéger. Et toi, dit-elle, se tournant vers le voleur. Cesse de crocheter cette serrure, tu n'y arriveras pas. Si magie il y a, et vu les lignes devant nous, il y a, tu n'y pourras rien. Maintenant, videz vos poches. Videz tout ce que vous avez sur vous. J'ai quelque chose sur moi qui a fait reculer ces créatures, qui les a peut-être blessé. Il ne serait pas bon qu'elles n'en deviennent enragées.

Et, laissant tomber le sac qu'elle tenait serrer contre elle, elle entreprit de détacher le médaillon qu'elle portait au cou, dissimulé par sa chemise. La pierre de lune, reconnaissable entre toutes, tomba sans bruit sur le sac, suivie de près par une dague de simple facture, une bourse d'or et quelques morceaux de parchemin.

- Je ne suis pas magicienne, mais il y a une chose que je peux tenter. Maintenant, taisez-vous.

S'asseyant lentement, elle entreprit de faire le vide dans son esprit. Elle laissa s'échapper la peur qu'elle avait pu ressentir. L'amertume de la déconvenue. La colère contre son ancien ami. La pointe de culpabilité qui la taraudait. Il n'existait pour elle qu'une façon de les sauver, sans se dévoiler. Une seule chance de conserver son secret intact, sans sacrifice.

Lentement, elle ouvrit son esprit aux créatures étranges qui l'entouraient.




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Laïaga
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Message Sujet: Re: Infiltration | Ven 11 Juil 2014 - 14:30


Les vivants se disputaient entre eux. Ils criaient et se frappaient. Il y en a un qui prit l'autre et l'envoya valdinguer contre la porte. Les esprits retinrent leur souffle ; ça devait faire mal ! Mais l'homme – ils étaient bien incapables de reconnaître les gênes d'urgal chez Keldar – sembla s'en remettre.

-Ouf... souffla un des damnés.

Il voulut s'approcher de l'homme pour l'aider, mais le souvenir de la souffrance qu'ils infligeaient à ces malheureux vivants, et aussi celui de la souffrance qu'ils leur infligeaient en retour, volontairement ou non, le retint.
Les esprits regardaient les vivants et essayaient de trouver une solution, de leur demander leur aide, car ils avaient bien compris que les paroles des uns n'étaient pas comprises des autres, et ils pressentaient vaguement que tout cela risquait de finir en drame.
Mais ils étaient seuls depuis si longtemps ! Des années et des années qu'ils n'avaient pas eu à faire fonctionner leur intelligence, qu'ils étaient privés de toute sensation, distraction, occupation, et là, confronté à un problème qu'ils étaient les seuls à comprendre, ils ne pouvaient imaginer une façon de le résoudre.

-Il faudrait pouvoir leur parler... disaient les uns.
-Oui mais comment ? rétorquaient les autres.
-C'est vrai, ils ne nous entendent pas et nous ne les entendons pas... c'est sans espoir.
-Ceux qui crient ?
-Hein ? Quoi ?

Trop absorbés dans leurs conversations, ils venaient juste de remarquer la petite voix, presque perdue dans le brouhaha ambiant. L'homme lui répondait dans un charabia indescriptible. Mais cette petite voix sans source, jaillie de nulle part, elle ils pouvaient l'entendre.

-Qui es-tu ? demandèrent les esprits en cœur. Qui es-tu, dis, tu es toujours là ? Aide-nous !

Elle était là, leur chance, leur opportunité, vite il fallait qu'elle les aide ! Avant que la drôle de vieille femme ne finisse ce qu'elle était entrain de faire, c'est elle qui les avait brûlés, et maintenant elle préparait... quelque chose. Ça n'augurait rien de bon.

-Dis à la femme de ne pas nous faire de mal !

Ils s'agitaient autour d'elle, elle était assise maintenant, les yeux fermés, et les esprits avaient peur, ils se rapprochaient de plus en plus d'elle, ils savaient qu'ils pouvaient la tuer s'ils le souhaitaient, ce n'était pas très gentil, mais ce n'était qu'une humaine, elle ne pourrait pas se défendre... ce serait comme plonger dans de l'eau très froide... pas très agréable, mais indolore.
Ils se rapprochaient, ils la touchaient presque, l'un des esprits tendit la main pour la poser sur la peau de la vieille femme.

-Il faut la tuer, dit l'esprit, de la douleur dans la voix. Elle ne nous laisse pas le choix.
-Elle ne nous laisse pas le choix, répéta un autre, touchant à son tour la femme, goûtant sa chaleur si vivace malgré son âge.
-Elle ne perdra pas tant d'années que ça... fit un troisième, la voix tremblante de peur.

Ils ne voulaient pas mourir, bon sang, pas si près du but ! Après tout, c'était elle qui les avait blessés en premier... non ce n'était pas exactement vrai... mais elle ne comprenait pas qu'ils n'avaient pas fait exprès ! Les esprits enserraient maintenant Ellenwen, tentant de se gorger de sa force vitale, sans comprendre qu'ils faisaient exactement ce qu'ils la croyaient entrain de faire.



   
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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Mar 29 Juil 2014 - 17:47



* Trésor avait eu du temps pour explorer. Du temps pour espérer. Et du temps pour oublier.

Ainsi ne se rappelait-elle de son corps que grâce au contact des doigts sur le médaillon. Voilà longtemps, elle avait cherché à l’utiliser pour examiner son nouvel environnement. Aveugle, inconsistante, elle n’avait rien appris d’autre que l’absence de sensations.  Et petit à petit, les années passant, elle en était même venue à oublier le mouvement.

Or, quelque chose s’était produit à ce moment. Juste un frisson, un tressaillement, mais elle avait clairement senti. Senti quoi ? Un courant d’air, peut-être, mais pas beaucoup plus. Sauf que dans son monde, les courants d’air n’existaient pas.

Elle esquissa ce qu’elle pensait être un geste et tendit une main onirique dans les ténèbres environnants. Rien.

- Hein ? Quoi ?

Le cri venait de sa droite. Une cacophonie d’appels s’ensuivit, de même origine. Elle ne comprit pas grand-chose de ce qui lui fût adressé. Elle réitéra son geste dans la bonne direction.

- Il faut la tuer, elle ne nous laisse pas le choix.

Elle se rétracta instantanément, mais trop tard. Elle l’avait perçu. Et lui aussi l’avait probablement devinée.  Son contact avait fait ressurgir un fantôme dont elle se serait bien passée : le froid. Le contact lui avait fait l’effet de plonger la main dans un torrent. Le seul point positif de l’expérience, c’est qu’elle était désormais sûre d’avoir encore ses mains et la possibilité de s’en servir… si les autres ne venait pas les lui prendre. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait l’affreux sentiment que ce genre de chose était possible ici.  Le reste de la compagnie ne semblait pas l’avoir remarquée.

- Elle ne nous laisse pas le choix.
- Elle ne perdra pas tant d'années que ça...
- Compagnons…
- Allons, courage, elle ne souffrira pas.
- CAMARADES !


L’exhortation tonna dans sa tête et sembla résonner plusieurs secondes. Le silence avait beau être complet, l’obscurité totale, elle n’en distingua pas moins l’assistance se tournant vers l’orateur.

- Notre salut est ici, les amis ! Je l’ai senti à l’instant, alors que je vous suivais : une chaleur accueillante, un brasier salvateur ! Suivez mon âme, la vie nous attend !

Elle avait eu beau chercher un refuge, un moyen de s’échapper, rien ne semblait pouvoir la sauver. Le froid se referma sur elle tel une marée. Le groupe l’enserrait, buvant sa chaleur au rythme de leur souffle hivernal…  *

Dans la pièce, les volutes avaient semblé s’agglutiner autour de l’ancêtre, tandis qu’elle patientait les yeux fermés. Zell l’avait une fois de plus envoyé bouler contre la porte, l’assommant à moitié au passage. Lorsqu’il s’était péniblement relevé, il avait trouvé deux paires d’yeux écarquillées face à lui.
Baissant les yeux sur son torse, il y découvrit un halo vaporeux tournoyant. Les esprits, si telles étaient ces choses, semblaient avoir trouvé un autre centre d’intérêt…




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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Infiltration | Lun 8 Sep 2014 - 20:54


Elle sentait le froid la traverser, l'enserrer, l'ensevelir, l'engloutir. Elle le sentait qui s'infiltrait à travers ses vêtements, s'insinuait à travers sa peau, jouait avec ses os. Il titillait ses nerfs, raidissait ses tendons, tendait ses muscles, rigidifiait ses membres. C'était comme se poser un glaçon sur le corps et le sentir s'insinuer dans sa chair, se mélanger à son sang. Son sang qui fuyait lui-même ses veines et artères, qui lui semblait s'enfoncer au plus profond de son corps pour se mettre à l'abri, tenter de se protéger. Le froid le chassait. Elle ne pouvait s'en défaire, elle ne pouvait s'en dépêtrer. Il occupait tout son esprit, chacune de ses pensées. Il venait enrayer la machine bien faite de son esprit, glaçant chacun de ses instincts, chacune de ses réactions. Elle les sentait se geler et tomber, dans des petits bruits nets et précis, comme un éclat de verre qui se brise. Elle savait qu'elle n'était plus protégée et elle sut, avant que tout n'éclate, qu'elle allait mourir ainsi, percluse de froid. Peut-être était-ce juste la vieillesse qui la rattrapait enfin et la paralysait ainsi, à bout de souffle, la bouche entrouverte, une buée si fine qu'elle en était presque invisible s'en échappant.

Un gémissement s'échappait de ses lèvres. Sourd. Long. Continu. Douloureux.

Elle avait tant voulu mourir, des mois durant. Elle avait appelé la mort de tous ses vœux, de tout son souffle. Elle avait couru la terre, des mois plutôt, se jetant à corps perdu dans un monde qui commençait déjà à la rejeter. Elle s'était jeté à la mer et la mer l'avait rejeté. Elle avait couru au bout de son souffle et n'avait pas réussi à s'épuiser. Elle avait dévoré les propres ressources de son corps et ne l'avait pas tué. Là, dans cette salle obscure, elle commençait à sentir ce calme qu'elle avait tant voulu. Elle sentait son esprit s'arrêter de tourner, ses pensées se figer et s'engloutir dans un néant qu'elle allait bientôt rejoindre.

Seul brûlait un carré de peau, un fragment de son corps. La lame froide qui y était posée ne parvenait pas à refroidir, à repousser le bouillonnement vitale et rouge du sang. Il brillait violemment dans le néant qui s'avançait. Il brisait la glace qui envahissait son esprit, canalisait quelques pensées.

*Non.*

Ce fut la première pensée qui lui vint. La première à laquelle elle se raccrocha.

*N.O.N*

Elle s'entêtait à cette négation de ce qui la figeait, qui la statufiait. Elle avait voulu la mort. Elle la désirait toujours. Pas sans combattre. Pas sans comprendre l'étrange phénomène qui se déroulait devant ses yeux. Pas sans perdre tout honneur dans le fond d’égout. Pas sans que Laïaga ne puisse l'apprendre, un jour. Elle savait mieux que personne la douleur de chercher en vain celui que l'on aime. Les autres pouvaient mourir. Peut-être. Nul n'attendait Zell, elle le savait. Peut-être personne n'attendait-il le voleur.

*Arrêtez*

Ce fut sa deuxième pensée. Nette, précise, brillante. Elle traversait les airs pour s'implanter dans chaque esprit. Plus qu'un mot c'était une sensation indiscutable et ferme. Un ordre qui se passait du langage.




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Laïaga
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Message Sujet: Re: Infiltration | Mer 10 Sep 2014 - 15:38


-CAMARADES !

Le cri réussit enfin à percer la frénésie terrorisée des esprits.

-Notre salut est ici les amis, reprit celui qui avait crié. Je l'ai senti à l'instant, alors que je vous suivais : une chaleur accueillante, un brasier salvateur !

L'attention qu'on lui  portait grandissait au fur et à mesure qu'il prononçait ces mots. Une chaleur salvatrice, plus douce et plus facile à prendre que celle des hommes ?

-Suivez mon âme, la vie nous attend !

Les esprits suivirent le mouvement. Oh pas tous, mais brusquement la marée glaciale qui s'agglutinait autour des trois humanoïdes s'allégea... pour qu'un noyau de froid se forme autour du pendentif de Keldar.
Le voleur devait sentir cette petite boule gelée contre son torse, pas comme avant, comme une agression qui sapait sa propre chaleur, mais plutôt comme si un bloc de glace était maintenant accroché à sa chaînette. Pas très agréable hein ? Et bien, ce devait être encore pire pour Trésor...
Les esprits ne comprenaient pas bien ce qu'était cette petite chose qui parlait, mais clairement, ce n'était pas une humaine, alors ils n'avaient plus aucun scrupule. Même la mince coquille de métal dont était prisonnière Trésor, et la brûlure qu'elle leur infligeait, ne suffisait pas à les décourager. Le métal puait de l'odeur piquante et agressive de la magie, et en temps normal, ils auraient battu ne retraite, mais pas cette fois. Cette fois leurs espoirs ne seraient pas déçus, pas encore !

*Arrêtez, entendirent-ils pourtant, et le mot si simple les stoppa net.*

C'était le genre de mot qui raisonnait comme « bon, on va peut-être reconsidérer nos positions». Le genre de mot qui avait la consistance d'un éclat de verre, dur et tranchant.
Une fois encore les esprits refluèrent. Leur babillage s'était interrompu. Trésor vivait encore, et c'était sans doute grâce au métal du médaillon qui avait ralenti les spectres, car la minuscule flamme de sa vie, aussi furieusement brillante soit-elle, n'aurait pas fait long feu autrement.

-Qui a parlé ? demandèrent-ils.

Puis :

-Pourquoi ?

C'était le même, celui qui avait entendu Trésor, celui qui l'avait trouvée dans la cohue de leur panique, celui qui d'eux tous entendait le mieux.

-Pourquoi nous empêcher ? Nous torturer ? Et puis qu'est-ce qui est dans ce médaillon, qui nous brûle et nous réchauffe ? QUI ETES VOUS ?!

Pour la première fois, autre chose que de la peine et de la peur transparaissait dans les voix sépulcrales. Pour une fois, il y avait de la colère qui brûlait, vivante, agréable. L'esprit aimait cette colère qu'il sentait naître en lui, et, métaphoriquement, montra les dents au vide, car il ne savait pas qui avait parlé.

-Monstres... soufflèrent les autres, moins farouches.



   
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Dernière édition par Laïaga le Dim 21 Sep 2014 - 13:22, édité 1 fois
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Keldar
Message Sujet: Re: Infiltration | Ven 12 Sep 2014 - 21:46




Keldar était toujours à quatre pattes, le pendentif nimbé de brumes contre sa poitrine. Et ils l’entendirent…


- Arrêtez !

Le mot s’était échappé du médaillon, clair et net. La voix qui en était la source ne pouvait pas être Trésor. Elle avait beau savoir crier à vous en faire vibrer les os, elle restait reconnaissable. Celle-ci était plus grave, plus mature. Une voix de femme sûre, péremptoire, pas l’appel d’une fillette.

La vieille fermait toujours les yeux, plus concentrée que jamais. Zell semblait s’être figé, ne sachant sans doute pas comment réagir. Lui non plus d’ailleurs.


*Trésor était frigorifiée. Les présences alentours la jaugeaient, la dévisageaient, effleurant ses membres transis, caressant son visage terrorisé. C’était encore pire que ce qu’elle avait imaginé : ils voulaient la manger ! La dévorer toute crue, comme une meute de loup déchiquèterait une brebis esseulée !

Arrêtez

Son cœur avait fait un bond en entendant l’ordre. Il y avait une femme parmi eux ! Elle eut un sursaut d’espoir : peut-être leur ferait-elle entendre raison ? Cela faisait des décennies qu’elle n’avait plus entendu une voix de femme d’aussi près. Un peu des discussions entre Keldar et ses protectrices, étouffées par ses vêtements, mais guère mieux.

Oh, s’il vous plaît, faites qu’on l’entende encore une fois…

Au lieu de ça, ce furent les spectres qui répondirent :


- Qui a parlé ?
- Pourquoi ?
- Pourquoi nous empêcher ? Nous torturer ? Et puis qu’est-ce qui est dans ce médaillon, qui nous brûle et nous réchauffe ? QUI ÊTES-VOUS ?!


Elle crût que c’en était fini, mais une rumeur monta encore de l’assemblée.

- Monstres…

C’était peut-être le mot le plus effrayant qu’elle ait entendu. Ça lui rappelait une histoire. Son père lui en racontait quantité quand elle était libre. Elle en avait oublié la quasi-totalité, comme presque toute sa vie d’avant d’ailleurs, mais certaines l’avaient marquée. Il y en avait une où le héros cherchait à convaincre la foule qu’elle avait tort, qu’elle ne devait pas brûler la sorcière. Et invariablement, un grondement montait de la foule, qui le traitait de damné, d’hérétique… de monstre. Une histoire qui se finissait mal.

C’était cette même vibration qu’elle venait d’entendre. Un bourdonnement qu’aucun cri, aucune parole ne pourra raisonner. Ils allaient la manger, et tous penseraient avoir fait le bon choix. Ils se gargarisaient de leur festin, sans une once de remords, sans une pensée pour elle. Ils ne se rappelleraient même plus ses cris.


- Trésor ? Ce n’était pas toi, si ? *


Keldar s’était finalement décidé à empoigner le médaillon. Les volutes glaciales engourdissaient déjà ses doigts, mais il le maintint face à lui et posa sa question.

- KELDAR ! ILS VONT M’AVALER TOUTE ROOOOOOONDE !

Là, il ne put qu’éloigner le médaillon de ses oreilles. La petite était en panique, et on l’aurait été à moins, mais ça ne faisait malheureusement pas du tout leur affaire.

- Calme-toi ! Ils… Ils t’ont déjà fait du mal ? Réponds-moi.
- N… Non… enfin, pas vraiment. Ils m’ont fait froid.
- Et c’est l’un d’eux qui leur a dit d’arrêter ?
- Je… o… oui… non… je saaaiis paaaaas…
- D’accord, on… on va voir ce qu’on peut faire. Ils… ils m’entendent, eux, ou pas ?


Il détestait bégayer. On ne faisait pas confiance aux gens qui montraient leur peur. Et la petite n’avait jamais eu autant besoin de confiance. Il se retourna vers ses deux comparses, en quête de soutien. Leur situation pouvait peut-être se débloquer, mais en cet instant, tout pouvait encore déraper en une seconde.



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Zell Armn
Message Sujet: Re: Infiltration | Mar 23 Sep 2014 - 12:56


L’usage de son prénom et nom eut le mérite de lui couper le sifflet. L’ancien mercenaire passa sa main libre sur ses poches : vides, il n’y avait rien à vider.  Qu’est-ce que c’était encore que ce bordel ! Et surtout, pourquoi s’être foutu dans une merde pareille ? Ses propres motivations lui étaient soudainement inconnues. A la lueur de sa torche, il ne voyait que des ombres troubles, un monde de brouillard et de silence bruyant. C’était comme tendre l’oreille pour un sourd, ouvrir les yeux d’un aveugle et hurler sans corde vocal. Un instinct purement animal murmurait la proximité de quelque chose. Quelque chose très proche d’eux, et totalement inaccessible.

Zell ravala la remarque perfide qui lui traversa l’esprit.
Une brève seconde, il se prit à vouloir signaler que sans argent, il n’y avait pas d’engagement.
Il n’avait aucun devoir de la protéger : elle n’avait payé que des buissons et des herbes folles.
Le manque de temps le priva d’exposé sa philosophie tordue à la grand-mère.

Néanmoins il choisit de remettre un coup de pied aux fesses du voleur, histoire qu’il poursuive malgré tout ses tentatives d’ouvrir la porte. A défaut de le connaître, Zell pouvait espérer qu’il soit un peu magicien, lui aussi.
Puisa brume vivace s’était en partie condensée sur Keldar. Haussant un sourcil, l’ex mercenaire s’accroupit lentement, examina à tour de rôle la vieille et le voleur.
Il faisait froid.

Elle l’avait engagé pour la protéger.
Mais ce qu’elle et Keldar affrontaient lui était totalement inconnu.
Un méchant juron passa ses lèvres dans un marmonnement sourd.
L’idée de crier, faire du bruit et s’agiter dans tous les sens lui passa par la tête. S’énerver et se défouler un bon coup : l’ennui étant que ça ne changerait rien et ne servirait à rien. Conceptuellement ça lui ferait du bien. Concrètement, l’utilité d’un tel brassage d’air était d’une utilité toute relative.

Puis le froid s’écarta d’eux.
Du moins de lui.
De la vieille. Elle connaissait son nom…
Son unique œil la foudroya le temps d’un soupir.
C’était du spiritisme, du vaudou, de la sorcellerie.
Un truc d’esprits : du néant pour un homme purement physique et matérialiste comme Zell.

Son regard cibla le voleur quand il empoigna le médaillon.

… S’adressa au médaillon ?
La façon dont il le tenait, le regardait…
Les réponses du médaillon étaient semblables aux paroles des ectoplasmes : inaudibles pour une oreille non-exercée à ce langage d’outre-tombe. Zell n’entendit que la voix de Keldar, bégayante. Un sourire moqueur étira ses lèvres : ça n’était pas le moment de se payer la tête du brave et fier voleur… Mais entre la grille qu’il avait ouverte en un temps incroyablement long, la porte qu’il n’avait toujours pas rouverte, et son entretien délirant avec un médaillon qui semblait attirer les ombres…

Réflexe purement militaire, il remonta son arbalète et y glissa un carreau. Il devait admettre que c’était d’un potentiel inutile très élevé, mais attendre encore… Non. Et puis Keldar leur lança un regard synonyme de : je suis dans la merde ! …




    « On t’achève ? »


Sa voix rauque lui fit bizarre à entendre.
Le silence, depuis l’apparition des spectres, n’avait jamais été aussi imposant. Chaque mot s’étouffait autour d’eux.

Sa remarque de dégommeur fou posée, il pointa l’arbalète sur le voleur, assez calme malgré le peu de foi qu’il avait en son idée. Agir, même pour faire une connerie, c’était toujours mieux que d’attendre à ne rien faire. Il songea même à dézinguer la vieille, histoire d’en finir définitivement.
Après tout il était le seul à ne pas avoir intéressé les étranges vapeurs glacées.
Un double sacrifice ne nuirait sans doute pas, par ailleurs il était curieux de voir ce qui se passerait si…

Son hésitation passa.
Il pressa la détente : le carreau fila vers le médaillon et Keldar.





« En temps de paix, le mercenaire dérobe ; en temps de guerre, il déserte. »
Nicolas Machiavel







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