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Le félon

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Liv de Sula
L'Oeil
Message Sujet: Le félon | Mer 23 Avr 2014 - 14:21


Le félon

Co-écrit avec Gaspard. Suite de la fuite à Gil'ead.


Gaspard tournait en rond dans sa large tente. Les flammes qui dansaient encore dans l'âtre de pierres blanches projetaient d'agressifs reflets sur son visage courroucé.

« Je me souviens de toi, commença-t-il d’une voix dure, tu es la putain dont s’était entiché le meilleur de mes hommes. J’ai eu beau vouloir le faire chevalier, il s’est enfui pour te retrouver. Je connais les sombres péchés qui hantent ton passé. Tu m’as déjà privé d’un homme vaillant et aujourd’hui tu as causé la mort de deux de mes soldats. Certains ont souffert d’abominables supplices pour moins que ça, sais-tu ? »

La jeune femme ne répondit pas, elle restait là à genoux, le dos courbé, le visage face au sol. Sa chevelure dorée tombait dans la poussière, dévoilant une nuque pâle et fragile. Un léger coup de rapière aurait sans doute suffit à faire rouler sa tête sur le sol.

« On m’a rapporté que ces deux gaillards voulaient s’en donner avec toi. N’est-ce pas ton métier ?
- Même les prostituées peuvent se réserver le droit de refuser certains clients, messire. De plus j’ai arrêté ces activités il y a de cela un an. »

Un an. Cela coïncidait avec le départ de Dandelo. À dieux que le Prince aurait apprécié de retrouver pareil combattant à ses côtés. Mais le bougre ne l’accompagnait pas. Probable qu’il ait été estourbi pendant l’invasion, ou alors pris dans quelques camps de prisonnier. On ne trouvait plus de gens libre dans l’Empire. Seuls les gens de la Crête tenaient encore face à la hargne des barbares. Ainsi que Gaspard et sa troupe le faisaient au nord. À moins qu’il n’ait rallié les premiers, ou qu’il ne se cache dans un obscur terrier, le brave était nécessairement tombé aux mains ennemies. Et maintenant sa mignonne était là, deux gars refroidis sur les bras. Drôle de couple.

Gaspard s’arrêta à une table et jeta un œil aux cartes éparpillées dessus. Sans quitter des yeux les manifestes cartographique, il lança presque distraitement :

« Comment une pute devient-elle une magicienne expérimentée ? »

La fille tressaillit mais ne répondit pas tout de suite, choisissant ses mots avec soin. Cela fait elle déclara d’une voix claire :

« Elle rencontre les bonnes personnes. Elle hésita une seconde puis ajouta : Une bonne rencontre suffit à propulser une personne plus loin qu’elle ne pouvait y songer. »

Gaspard sourit.

« Peut-être vois-tu notre rencontre comme une nouvelle manifestation de cette providence. Mais dis-moi, qui de nous deux sera propulsé vers les sommets convoités ? »

La jeune femme releva la tête et croisa le regard du Prince. Ce dernier fut ébloui par son visage fin et ses yeux limpides. Il ne cilla pas pour autant, laissant son sourire carnassier s’épanouir de plus belle.

« Une rencontre n’implique pas nécessairement qu’un des deux partis soit sacrifié pour l’autre. Si un bon serviteur rencontre un bon maître, le premier aura de meilleures conditions de vie et le second gagnera un service de qualité. Les deux en sortent grandis.
- Allons bon, ricana le tripier, je sais bien les services que les gueuses rendent. Ils ont parfois élevé mon anatomie à de belles hauteurs, il est vrai. Souhaites-tu t’illustrer ? »

La blonde le fusilla du regard. Le visage du nobliau se durcit :

« N’essaye pas de jouer les effarouchées. Tu as su garder assez de sang-froid pour tuer deux soudards en rut, tu sauras bien supporter quelques grivoiseries.
- Alors n’agitez votre courroux factice. Si la perte de vos soldats était un réel fardeau, je ne serai pas ici à m’entretenir avec vous mais maltraitée par ceux que j’ai laissé en vie. »

Gaspard s’approcha d’elle et lui asséna une lourde gifle du revers de la main. Il attrapa ensuite la jeune femme par les bras et la souleva jusqu’à ce qu’elle tienne debout. Suite à quoi, avança son visage à quelques pouces de celui de la jeune femme il murmura d’une voix vibrante :

« Ne prétends jamais que le sort de mes hommes me laisse indifférent. Il est vrai que je te fais belle grâce en t’accordant cette entrevue mais n’y vois que l’expression de ma curiosité. Ta vie n’est pas encore sauvée et la fin de cette discussion pourrait être le début de tes ennuis. Alors au lieu d’essayer de jouer les arrogantes tu ferais mieux d’essayer de trouver quelques raisons qui m’empêcheraient de laisser mes braves disposer de ta personne. »

L’intéressée se mordit la lèvre mais ne répliqua pas.

« Pourquoi es-tu ici ?
- Pour servir la rébellion et venger la Nostrie des Premiers Hommes, répondit aussitôt la jeune femme.
- Tu t’es fourvoyée fillette. La rébellion est plus au Sud d’ici, ils ont leur domaine dans la Crête. Nous sommes les parjures, les fuyards, ceux qui ont laissé l’Alagaësia à son sort pour se venger du reste de l’Empire. Et la haine que nous entretenons à l’égard de ces Premiers Hommes n’est pas plus grande que celle que nous adressons à ceux qui sont maintenant sous leur joug. »

Gaspard sourit et se retourna vers ses cartes.

« Avant de venir ici, je vivais dans les ruines de Gil’ead, commença Lise, j’ai appris là-bas que ces Premiers Hommes ont un crédo. Le connaissez-vous messire ? »

Elle attendit un instant et reprit comme le Prince ne répondait pas :

« Ce dont tu t’empares est tien. C’est par cette seule phrase qu’ils justifient leur conquête et tous les bains de sang qu’elle entraîne. Viendra un jour où ils voudront s’emparer de cette terre où vous faites retraite et ce jour vous serez forcés de lutter contre eux.
- Tu dis peut-être vrai mais cela n’explique pas ta venue. Le Cam Serarna était plus proche de toi, sa position plus sûre et sa politique établie. Pourtant tu as choisi de venir jusqu’ici. Je répète donc ma question, que fais-tu ici ? »

La jeune femme fronça les sourcils avant de finalement lâcher :

« Il y a dans les relations du Cam Serarna quelques personnes que j’aimerai éviter de croiser.
- Ah ! Lança le Prince en souriant largement. Ce n’est donc pas pour servir que tu es venue mais pour te cacher. Tu as besoin de la troupe pour t’abriter. »

Lise resta silencieuse, l’homme qui lui faisait face avait la fâcheuse tendance de percer à jour chacune de ses astuces. Ne rien dire était certainement le meilleur moyen de ne pas se trahir, jugea-t-elle. Le bougre était retourna à son siège et braquait à nouveau son regard sur son invitée.

« Et qu’as-tu à offrir en échange de cette faveur si tu ne vends plus tes charmes ?
- Je possède des renseignements. »

Le tripier éclata d’un de rire, se frappant la cuisse à plusieurs reprises.

« Des renseignement ? Répéta-t-il. Naïve enfant, ce n’est pas une monnaie d’échange. Je les obtiendrai quoiqu’il advienne, même si je dois faire écorcher ton joli minois pour l’obtenir. N’as-tu rien qui puisse me servir durablement, ne sais-tu rien faire d’autre que te cambrer avec la bouche en cœur ?
- Je suis capable de vous dire que douze hommes gardent cette tente, répondit la gardienne d’une voix sifflante, que quatre d’entre eux sont magiciens  et que tous se précipiteront à l’intérieur pour me tuer si je tente quoique ce soit. »

Elle rendit son sourire au seigneur :

« Mais cela ne suffirait pas messire, il parviendraient certainement à me tuer mais j’aurais pris votre vie avant. »

Gaspard soutînt son regard sans ciller, se caressant la barbe avec une rare intensité. La fillette pouvait paraître chétive mais il ne prenait pas ses paroles à la légère. Parbleu ! Elle avait déjà tué deux soldats chevronné qui lui avait cherché quelques ennuis. Elle était dangereuse.

« Ces menaces ne servent pas ta cause, dit-il, elles montrent que te laisser m’approcher c’est prendre le risque de me faire suriner.
- Vous avez déjà été plus proche de moi pourtant vous êtes toujours en vie. Cela n’atteste-t-il pas de ma bonne foi ?
- Pas si tu refuses d’ouvrir ton esprit à mes mages. Notre époque n’est pas propice à la confiance aveugle.
- Comment pourrais-je affirmer pouvoir garder des secrets et aspirer à votre confiance si je laisse le premier mage venu fouiller dans ma mémoire ? »

Le Prince joignit les mains devant sa bouche, plaçant bout à bout chacun de ses doigts.

« Tu vas me prêter serment, dit-il d’une voix calme.
- Je ne connais pas les formules d’Ancien Langage …
- Tu n’en auras pas besoin, coupa le seigneur, je veux que tu me jure allégeance dans notre langue. Si je juge ta promesse honnête, alors tu verras avec mes mages pour qu’ils t’aident à formuler l’engagement en Grammarie. »

Il y eut un silence puis la blonde baissa les yeux et demanda :

« Et si je ne parviens pas à vous convaincre ?
- Tu en doutes ? Gaspard sourit. Et bien j’imagine que je laisserai à mes hommes le loisir d’éprouver ton dévouement. Et crois-moi ils mettraient du cœur à l’ouvrage. »

Lise ouvrit la bouche pour répliquer mais son interlocuteur la coupa d’un geste impatient :

« Il suffit, nous avons assez parlé. Si tes intentions sont louables, jure. Nous aurons alors le loisir de discuter à nouveau. Tais-toi tant que tu n’y seras pas résolue. »

Son interlocutrice se renfrogna, puis ses traits se détendirent. Elle hocha la tête lentement, avant de plonger son regard dans les yeux de glace du Prince.

« Je suis prête messire. »




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