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La gorge rouge

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Liv de Sula
L'Oeil
Message Sujet: La gorge rouge | Ven 25 Avr 2014 - 10:39


La gorge rouge

Co-écrit avec Gaspard. Suite de la rencontre avec le félon dans le nord.


Les forces ennemies avaient été repérées la veille, arborant fièrement les bannières écarlates du Premier Empire. Toute une compagnie de sérieux gaillards, répartis en divers corps selon des proportions remarquablement dosées. Le gros de la troupe était composé de gens d’armes à l’équipement polyvalent. Ils portaient tous un pic à la main, le bouclier au dos et l’épée au côté. Derrière s’avançait une colonne d’arbalétriers. Alors que la soldatesque Alagaësienne s’appuyait plus volontiers sur les arcs pour leur cadence de tir élevée, les Premiers Hommes usaient souvent de ces armes mécaniques, appréciant davantage leur portée, leur puissance et leur précision. Si ces instruments étaient plus longs à charger, ils permettaient de descendre efficacement les cibles importantes, comme les officiers, les magiciens ou même les dragons. Cela privait l’ennemi de ses atouts stratégiques et désorganisait ses troupes. Il s’agirait donc d’y prêter attention. En queue de procession évoluaient les chariots du génie et de l’intendance, escortés par quelques vougiers en armure. Mais l’essentiel de la menace se situait en tête, un solide corps de cavalerie ouvrait la marche, cloîtré dans des armures complètes. Leurs montures elles-mêmes étaient protégées, sacrifiant un peu de leur mobilité pour transformer ces cavaliers lourds en un fer de lance brutal et particulièrement résistant.

La stratégie n’avait pas été débattue très longtemps. Même en supériorité numérique, attaquer ces gens de front aurait été pure folie. Il fallait ruser et avec les troupes dont disposait le Prince, on ne pouvait espérer moult options. L’essentiel du plan fut donc de profiter de l’avantage du terrain pour attirer les chevaliers à l’écart pendant que d’autres troupes embusquées s’en prendraient au reste de la compagnie. On envoya la cavalerie légère harceler l’ennemi avec arcs, pics et javelots, espérant qu’il causerait assez de dommage pour faire réagir la tête de troupe. Mais ces gens n’étaient pas nés de la dernière pluie, ils avaient la guerre dans le sang et ne se laissèrent pas prendre au jeu. Ils jouèrent la patience, à la manière d’un gros chien supportant les agressions téméraires d’un chaton. Plusieurs fois ils simulèrent la charge pour nous faire réagir mais se replièrent avant d’être trop éloignés du reste de leur bande. Le temps ne jouait pas en notre faveur, ils s’approchaient sans le savoir de nos retranchements et nous étions incapable de les défaire à la loyale.

Ils finirent néanmoins par mordre à l’hameçon après deux jours de manœuvres incessantes. Pensant notre cavalerie épuisée après tant de courses, l’ennemi s’imagina pouvoir la rattraper à l’endurance et l’épingler sur place. Avait-on réveillé le vieux clébard ?

Les chevaliers sonnèrent la charge et se jetèrent – pour de bon cette fois - derrière nos cavaliers. À l’arrière, l’infanterie et les charriots pressèrent l’allure. Nos patrouilles émergèrent alors firent quelques attaque précise et fulgurante sur la queue de troupe. Cela permit d’éperonner les gaillards à la manière d’un bœuf que l’on rosse pour le mener où l’on veut : là où les copains étaient embusqués.

Ainsi, tandis que les cavaliers légers conduisaient leurs poursuivants à l’est d’un haut surplomb dont la façade opposée bordaient un abrupt vallon, le reste de la compagnie fut dirigée à l’ouest et cueillit par l’essentiel des troupes nostroises. Les premières lignent furent rapidement engagées par l’infanterie lourde du prince tandis que l’arrière résistait tant bien que mal aux assauts répété des patrouilles. Les chariots furent incendiés et la fumée qui s’éleva bientôt poussa les chevaliers à interrompre leur course pour revenir au secours de leur infanterie. On sonna la retraite chez les embusqués. Des archers profitèrent de leur vitesse de tir supérieure pour faire pleuvoir la mort sur les arbalétriers ennemis et couvrir la retraire de l’infanterie qui désengagea le combat rapidement.

Le tout aurait pu être un succès complet pour les troupes du prince si la cavalerie si la cavalerie légère n’avait pas, grisée par son succès, décidé de poursuivre les lourds chevaliers pour les harceler davantage. Faisait preuve d’une discipline remarquable ces derniers attendirent que leurs assaillants s’approche pour faire demi-tour et les écraser une seule charge.

Même si le bilan de l’affrontement donnait largement la  victoire aux nostrois – faisant passer la supériorité numérique dans leur camp -, l’affrontement leur avait néanmoins coûté cher. Les soldats du Premier Empire étaient des adversaires coriaces et là où une autre armée se serait joyeusement fait massacrer, ils étaient parvenus à tenir le front assez efficacement pour infliger de lourde perte au seigneur d’en face ; lequel ne possédait pas les ressources quasi-infinie des Premiers-Hommes.

Les envahisseurs avaient finalement fait demi-tour, opérant un repli stratégique vers leurs positions afin de faire rapport des forces présentes au Nord. Gaspard savait fort bien qu’il ne pouvait les laisser s’éclipser, sans quoi une armée plus importante viendrait le chercher. Il ne doutait pas que l’ennemi enverrait tôt ou tard des gens pour le déloger mais il s’y reprendrait à deux fois si une compagnie entière était portée disparue. Et le moindre délai permettrait au Prince de consolider sa position.

Il donna donc la chasse, étalant ses troupes en une large ligne de front. Il espérait attirer la cavalerie ennemie en un point et la contenir assez longtemps pour que sa ligne se referme sur l’infanterie en un étau de pics et de lames. Cela enliserait les chevaliers et limiterait leurs manœuvres tout en permettant d’atteindre la partie la plus vulnérable de la compagnie ennemie.

Le combat s’engagea bien vite et les Premiers Hommes se montrèrent bien plus résistant que prévu, arrachant quelques jurons à Gaspard qui se tenait un peu à l’écart, avec ses chevaliers et son état-major.

« Ces ladres ne semblent pas décidé à mourir, lâcha-t-il alors que la lourde cavalerie ennemie s’avançait. Elle ne chargea pas droit pour briser le cordon mais suivit une trajectoire sinueuse.
- À quoi jouent-ils, grogna un des capitaines du Prince, nous pensent-ils assez idiots pour rompre la formation ? »

Personne ne répondit, attendant les ordres du seigneur.

« Resserrez l’étau, lâcha-t-il, tous en même temps. Cela diminuera leur marge de manœuvre et les empêchera de charger s’ils réagissent trop tard. »

Des estafettes relayèrent aussitôt les ordres et les troupes se mirent en mouvement tandis que les chevaliers ennemis continuaient leurs mouvements erratiques, changeant de directions irrégulièrement pour faire peser la menace d’une charge sur tout le cordon et ralentir l’avancée de la ligne. Le génie de leur tactique apparut bientôt lorsqu’il apparut que les restes de leur infanterie manœuvraient également derrière. Ils s’étaient placés de manière à ce que leur dos et leur flanc gauche soit protégé par l’angle d’un plateau dont le flanc formait une falaise de six mètres. Ainsi, il réduisait l’espace à défendre et pouvaient se permettre de camper sur leur position, toute tentative de harcèlement étant condamnée par la menace pesante de la cavalerie.

« Les gredins connaissent leur affaire, siffla un officier.
- Créez une ouverture à l’ouest pour attirer leur cavalerie, lança Gaspard, avec des piquiers en retraits pour la refermer et bloquer ces chiens. Dès qu’ils seront embourbés, sonnez la charge générale. Si leurs cavaliers se montrent trop vaillants, désengagez tout en bloquant la sortie et faites tirer quelques volées pour le faire revenir vers le surplomb. Ils ne pourront pas profiter de leur puissance d’impact si leur infanterie dispute la mêlée. »

Les ordres circulèrent et les troupes se mirent en marche. Mais au lieu de filer droit vers l’ouverture, les chevaliers galopèrent vers le sud et obliquèrent vers l’est au dernier moment pour longer le cordon, écrasant ceux qui c’étaient avancés trop précipitamment. Puis arrivés à proximité de l’ouverture, ils obliquèrent à nouveau, s’enfonçant obliquement dans la ligne et balayant beaucoup plus d’homme que prévu. Les piquiers se mirent en position et parvinrent à les stopper grâce à l’allonge de leurs lances.

Le cor sonna aussitôt et dans un rugissement général le reste de notre infanterie se rua à l’assaut, transformant l’angle de la falaise en une arène sanglante. Les Premiers Hommes arrivaient à contenir l’assaut au prix de lourdes pertes et il sembla même un instant qu’ils arriveraient à faire pencher la balance, lorsqu’ils exposèrent le flanc nostrois.
Leurs chevaliers se désengagèrent aussitôt pour sauter sur l’opportunité, massacrant au passage le groupe d’archer qui devait les contourner. Gaspard fit signe à son porte-étendard, fit pivoter sa monture et brailla :

« À moi mes vassaux ! Sus à ces ignobles démons ! Pour la Nostrie et pour le Saint Pistre, haro ! »

Officiers et chevaliers rugirent à leur tour et tirèrent l’arme au clair en lançant leurs montures au galop. La distance entre l’élite nostroise et la mêlée était à peu près la même que celle qui séparait les chevaliers ennemis du flanc dégarni.

Les sabots martelèrent fort bien le sol humide et Gaspard cueillit l’ennemi juste avant qu’il ne balaye ses fantassins. Une contre-charge formidable dont l’impact suffit à estourbir un bon quart de la chevalerie ennemie. Les survivants des deux camps furent plongés à leur tour dans la mêlée. Gaspard fut cueilli par une paire de carreaux d’arbalète qui s’enfoncèrent dans sa poitrine et le firent tomber de sa monture. Il fut surpris de ne sentir aucune douleur mais seulement le choc mat des deux projectiles. Des points noirs dansaient devant ses yeux, prémices classique d’une perte de conscience. Puis soudain la douleur le déchira, quelqu’un remuait les flèches dans son corps, déchirant ses chairs sans le moindre gène. Il leva les yeux et vit la jeune blonde penchée au-dessus de lui, occupée à le torturer allègrement. Il croisa son regard et sentit une nouvelle douleur l’assaillir brutalement. Une souffrance d’un autre genre, le mal de l’esprit.

La garce essayait de pénétrer ses défenses spirituelles.

Il hurla et essaya de la frapper mais ne parvînt qu’à l’agacer. Elle arracha un des traits plantés dans sa poitrine et lui vissa violemment dans la gorge étouffant ses protestations dans un bouillon sanglant. Les yeux écarquillés de fureur, il luttait mentalement pour la repousser mais la douleur l’emportait peu à peu. En désespoir de cause, tâtonna le sol à côté de lui et sentit le contact froid de l’acier au bout de ses doigts. Il referma ses doigts sur la lame et dans dernier effort, la planta sous le menton de la sorcière.

Ses doigts glissèrent à l’impact et s’entaillèrent jusqu’à l’os sur le fil aiguisé de la lame. La blonde souriait toujours et le sang ne semblait pas vouloir couler de sa plaie. Une ombre commençait à voiler le regard du seigneur, l’engourdissement le gagnait. Il allait… Elle allait…
Il se redressa faiblement, accentuant l’amusement de la jeune femme. Il brandit l’autre bras, saisit la lame et se laissa retomber en tirant pour lui déchirer la gorge. Mais là où l’acier ouvrit la peau, il n’y eut pas de sang. Un léger mouvement coloré, puis une nuée de papillons sembla s’envoler de la plaie, décomposant peu à peu la jeune femme. Gaspard reconnaissait ces insectes, ils étaient enfermés dans une volière des jardins du palais de Teirm. Maintenant ils tournaient furieusement autour de sa tête en un essaim versicolore au ballet anarchique qui voila bientôt son étroit champ de vision.

« Calme-toi, dit la voix douce de la sorcière tandis que les ténèbres s’emparaient du Prince, c’est bientôt terminé. »

Elle le berça encore, l’aidant à sombrer lentement. Gaspard tenta de résister mais ses forces l’abandonnaient, graduellement, comme s’il s’agissait d’un chandelier dont ont mouchait les mèches une par une. Jusqu’à ce qu’il fasse tout noir.

« C’est fini. » Souffla-t-elle dans un murmure qui résonna dans l’abîme où Gaspard était plongé. Ça ne pouvait pas finir ainsi. Non, pas de cette manière, pas par cette catin. Il était Gaspard Premier, il était promis à un destin magnifique ! La mort n’avait pas sa place ici !

* Ouvre les yeux ! *

La clarté l’éblouit et des larmes brouillèrent sa vue.

* Allons ne fait pas ta chochotte messire, il n’y a qu’une chandelle. *

Il cligna des yeux et souleva progressivement ses paupières. Reconnaissant la blonde assise sur lui à califourchon il voulut sa frapper mais ne parvînt pas à bouger. Il crut d’abord que ses blessures avaient paralysé son corps. Mais il constata que son buste se soulevait au rythme régulier d’une saine respiration. Son esprit lui était enfermé dans un carcan d’entraves magiques et spirituelles.

* Pas de casse messire, tu n’as même pas eu à sortir ton épée. Elle fit une pause, sourit et ajouta :  Tout ça n’était qu’un rêve, je l’ai créé pour toi. Une illusion. Après ça a été facile de créer une brèche dans ton esprit pour le soumettre. *

Elle jouait avec un saphir, le faisant rouler entre ses doigts sans même le toucher. Incapable d’agir d’une quelconque manière, Gaspard n’était qu’un spectateur intangible de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Et même si toute sa conscience désirait tuer cette femme, son corps restait pétrifié, comme obéissant à une volonté différente. Lise lui caressa la joue, déposa un baiser sur la commissure de ses lèvres et roucoula mentalement :

* Tu es à moi maintenant. *

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