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Mise en bouche

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Bastezic
Connard Prétentieux
Message Sujet: Mise en bouche | Mar 27 Mai 2014 - 6:39



« Arrière mesdames ! Braillai-je en balayant l’espace autour de moi d’un large mouvement d’épée, et fi de vos couplets fanfarons ! »

Accompagnées d’une expression terrible et d’une lame aiguisée, les paroles de la rengaine prenaient un tout autre sens pour ces brigandons de basse classe. Ils avaient voulu taquiner ma bourse d’un peu trop près et j’avais à mon tour décidé de leur chatouiller les côtes à la pointe de mes amantes Arceani.

« Arrière mesdames, où je vous troue le f... »

Le dernier mot fut étouffé par le râle d’un des lascars lorsque, d’une fente vivace, je poinçonnai sa marmaille intestinale du bout de l’épée. Il s’effondra en gémissant et roula sur le sol en se serrant le bedon. Un courant d’air dans les boyaux étant généralement fatall pour quiconque ne bénéficiant pas de soins immédiats, le gredin allait mourir lentement - et plutôt douloureusement - pendant que je m’amuserai avec ses deux amis rescapés.

Il y avait déjà trois cadavres sur la chaussée. Ces aventuriers étaient tombé sur le mauvais gibier et, pensant tondre un mouton, s’étaient retrouvés face à un fauve aux griffes carnassières qui leur vouait visiblement quelques rancunes pour le dérangement matinal. En réalité je n’en voulais pas vraiment à ces bandits, j’aurais pu me trouver à leur place si j’avais pris une direction différente à l’un de ces nombreux carrefours ou la vie vous laisse sadiquement faire vos choix entre plusieurs destins hasardeux. Les miens m’avaient sorti du mitan, pas eux.

Pour peu je les aurais même laissés en vie ces couillons. Mais voilà, ils avaient tenté de m’estourbir au mauvais moment : la déroute du prince suivie par l’invasion de ces barbares tatoués m’avaient quelque peu agacé et il y avait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de manier mes splendides lames lors d’un affrontement à mortel dessein.

« Et bien mes mignons, lançais-je d’une voix sauvage, une petite Vanyalienne pour finir ? »

Un des deux rescapés ouvrit la bouche pour répliquer mais je profitai aussitôt de sa baisse d’attention pour lui trancher la gorge d'un revers éclair. Ses mots se noyèrent dans un gargouillis dégoûtant et il s’effondra à son tour. Son compagnon lui jeta un regard horrifié mais parvînt à éviter le coup de dague que je lui destinais. Il lança son arme vers moi et fit volte-face pour s’enfuir en courant.

Le mouvement me surprit et la lame entailla mon pourpoint sans toutefois traverser le gilet de cuir que je portais en dessous. J’hésitai un instant à laisser le bougre s’en tirer mais l’idée de me retrouver traqué par une autre bande - plus féroce - de cette criminelle racaille s’imposa à moi. S’il s’en tirait, je me trouverai probablement dans de sales draps.

Je ramassai un arc sur une de mes premières victimes et saisis une flèche dans son carquois. Les armes de jets n’étant pas ma plus grande force, ce serait l’occasion de tester mon habileté tout en laissant au fuyard une chance de s’en tirer. Remettre ainsi ma sécurité aux mains du destin semblait imprudent et je n’aurais probablement pas couru un tel risque si mon esprit n’était pas grisé par le carton que je venais de faire. Rendez-vous compte, seul contre six ! Avaient-ils eu la moindre chance ?

Ainsi étreint par ma fierté gourmande, je bandai la corde de l’arc tout en fredonnant un autre air populaire. La flèche partit au premier « J’l’ai défouraillée ! » et se planta dans le sol, quelques pas derrière ma cible. Je saisis une nouvelle flèche et encochait de nouveau sans cesser de chantonner.

« … dans la grand'tour du grand château, sous le nez du grand corniaud ! »

Je me tus en suivant la trajectoire hésitante de mon second trait, qui finit par arracher un cri au lascar en se fichant dans sa cuisse. Je braillai aussitôt un retentissant « LA VANYALIENNE ! » en esquissant un petit pas de danse et finissait mon récital sur le même ton en marchant tranquillement vers le blessé pour l’achever proprement. Parce que oui, comme vous le savez, je suis de ces gens qui aiment le travail bien fait. Et même si ce dernier massacre était tout à fait bénévole, ne dit-on que don médiocre fait mauvaise charité ? Peut-être pas, mais avouez que ça sonne bien.


• • •

Après avoir délesté les cadavres de leur trésors respectifs - un peu d’or, un flasque d’alcool frelaté et trois quignons de pains - je reprenais paisiblement ma route vers l’imposante cité d’Urû’baen où le destin ne m’avait jamais porté. Enfin, n’allez pas penser que c’est par goût pour la découverte culturelle que je me rendais là-bas, je n’avais aucune envie de rejoindre cette ville. Pas même l’ombre d’une curiosité. Je savais que les urûsses nourrissaient une haine féroce à l’égard des léoniens. Etant moi-même né à Teirm, la perspective de me jeter entre les griffes acérées de démons bleus ne m’enchantait guère. Et même si l’on disait la cité prise par l’armée rouge, j’étais on ne peut plus sûr que certains de les couteliers du cru n’en étaient pas moins à l’affût de quelques gorge à trancher.

Pourquoi donc y aller ? Me direz-vous. J’avais bien vu les armées du Prince s’en retourner vers le Nord, m’abandonnant au guêpier impérialiste où j’étais infiltré. Simplement, les contrées s’éparant les campagnes drasiennes des pénates septentrionales étaient encore le théâtre d’importants déplacements de troupe et je craignais en m’aventurant droit dans ces plaines, de me heurter à une patrouille à qui ma tête ne reviendrait pas. J’avais donc pris le parti du détour salvateur, marchant vers Urû’baen pour ensuite longer le fleuve jusqu’en Gilée et rallier les forces nostroises qui - m’avait-on dit - stationnaient au nord.

J’avais pris soin de voler un cheval pour ce périple mais la bête malade était morte après onze lieues d’une allure pourtant modeste. Il m’en restait autant à marcher pour arriver à ma première étape et je m’étais mis en route dès le lendemain, m’offrant les joies de cette rencontre martiale peu avant midi. Ces vilains défaits, j’étais reparti à un bon rythme, espérant atteindre Urû’baen avant le lendemain soir, pour y passer une nuit confortable avant de repartir frôler les conflits armés pour rejoindre ceux qui - je l’espérais ardemment - m’attendraient là-haut.



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