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La traversée [Fini]

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Liv de Sula
L'Oeil
Message Sujet: La traversée [Fini] | Mar 10 Juin 2014 - 18:08



la traversée


Il n'y avait que les ténèbres, une vaste et oppressante obscurité, un monde plus sombre que la nuit. Même la lumière des chandelles posées autour de Lise ne semblait filtrer à travers cette fenêtre conjurée entre les mondes. Mais depuis le temps, la jeune femme avait appris à regarder, à observer. À présent elle distinguait les corps se mouvoir dans cet abîme sans éclat. Elle devinait leur masse dans ces ombres plus noires encore que le vide dans lequel elles évoluaient. Et elles étaient nombreuses ! Un peu plus à chaque visite, frôlant la frontière invisible sans pouvoir la traverser. Certaines étaient si grandes ! Mais aucune ne pouvait l'atteindre dans ce monde physique, ils n'étaient plus que des esprits, des âmes désincarnées. Ils étaient impuissant tant qu'elle restait de son côté du voile. Pourtant tous se rassemblaient, car ils avaient lu son regard et ils guettaient maintenant. Ils guettaient cet instant où elle cèderait à la tentation. Cet instant où la contemplation ne suffirait plus. Cet instant où elle s'aventurerait chez eux. Cette vulnérabilité.

Lise se leva et détacha la ceinture d'étoffe qui gardait sa tunique fermée. Elle laissa glisser l'étoffe de ses épaules, révélant son corps nu et sa peau pâles, ornées de motifs ésotériques tracés d'un doigt patient. Les lignes avaient perdu leurs tons vermeils se figeant dans un noir opaque quand le sang utilisé pour les tracer avait coagulé.

Lise mordit le gras de sa paume - juste au-dessous du pouce - jusqu'à ce que des gouttes écarlates perlent de la chair entaillée. Elle appuya sur la plaie pour en faire couler davantage avant d'appliquer sa plaie sur les différents signes dont elle s'était parée, mêlant son sang aux protections pour les rendre plus efficaces. Elle acheva sa préparation en faisant glisser sa main blessée sur son visage, laissant une traînée irrégulière le barrer du front au menton.

Les ombres s'agitaient de l'autre côté du voile. Elles aussi pouvaient voir la jeune femme, plus clairement encore qu'elle-même les distinguait. Ils avaient vu ses gestes, ils avaient deviné ses intentions, ils avaient compris. Cela faisait maintenant des mois qu'ils l'attendaient et leur patience allait enfin être récompensée.

Lise s'approcha, le souffle agité. Elle ferma les yeux dans un effort de concentration et commença à réciter la litanie qu'elle avait mis tant d'heures, tant de jours à élaborer, à perfectionner, à mémoriser. Les mots de pouvoir lui venaient avec un naturel déconcertant. Les symboles se commencèrent à chauffer sa peau, animés de reflets sanguins. La passe elle-même  s'anima, ses contours luisant s'écartant lentement pour créer une large vitrine vers les ténèbres et l'oubli.

Sa respiration se suspendit un instant, le temps d'un murmure :

« Naina. »

Elle leva le bras et effleura la frontière invisible. Le bout de ses doigts s'illumina aussitôt d'une lumière blanche alors qu'un léger picotement parcourait son corps. Elle répéta « Naina » et la lumière se fit plus intense, révélant dans l'autre monde des silhouettes monstrueuses qui se replièrent dans leur abri d'obscurité.


Lise sourit,
et traversa le voile.


Son corps tout entier fut recouvert de cette même lumière blanche qui avait éclairé ses doigts. Sa peau, ses cheveux, chaque parcelle de son être irradiait telle une lune pâle et immaculée dans l'obscurité de cette nuit d'outre-monde.
Les formes noires roulaient dans cette pénombre transpercée par l'éclat magique. Elles essayaient de l'atteindre, de s'en saisir, mais la lumière gardait la jeune femme de leurs assauts. Un à un, les esprits se brisaient sur ses reflets blancs. Ils en devenaient fous, rageurs, frustrés de ne pouvoir s'emparer de cette âme mortelle qui marchait parmi eux.

La gardienne décela l'éclat d'un regard dans la noirceur qui l'entourait. Un œil gigantesque cligna quand elle fit un pas vers lui mais l'ombre semblait trop imposante pour qu'elle en devine les contours. Elle n'avait pas imaginé apercevoir de pareils mastodontes. Et pourtant, des spectres aux formes et aux dimensions irréelles dansaient autour d'elle, attendant que la lueur vacille pour mieux la noyer dans leurs ténèbres.

« NAINA ! »

La clarté qui irradia de la sorcière fut brièvement si forte que les êtres se volatilisèrent, fuyant le halo blanc en glissant dans vers le néant. Une ombre demeura néanmoins face à elle, stoïque. Lise s'approcha sans cesser de briller. Ses rayons révélèrent un corps humanoïde. L'esprit ne bronchait pas, comme si la lumière ne lui faisait rien. Elle était pourtant assez forte pour que la jeune femme décèle un sourire goguenard sur son visage pâle. Des yeux jouissant d'un savant dosage produisant une nuance un mi-chemin entre noisette et amande. Des cheveux blonds mal coiffés laissant apparaître des oreilles pointues.

La jeune femme s'arrêta à une demi-douzaine de pas de l'être éthéré sans que celui-ci ne bronche. Elle hésita un instant avant de poser deux doigts sur ses lèvres pour le saluer selon la coutume elfique.

« Astra eterni ono thelduin. »

L’intéressé sourit plus largement et répondit par la formule d’usage. Décontenancée par son apparente insensibilité aux protections dont elle s’était entourée, la gardienne fronça les sourcils et demanda en Ancien Langage :

« Qui es-tu, esprit ? »







Dernière édition par Liv de Sula le Jeu 30 Oct 2014 - 17:48, édité 1 fois
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Dirigeant du Cam Serarna

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Laïaga
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Message Sujet: Re: La traversée [Fini] | Dim 22 Juin 2014 - 14:56


-Shaka, répondit l'esprit, puis il se tut tout de suite après.

Une étincelle de surprise illumina ses yeux.

-Ça fait longtemps que je n'ai pas entendu ma propre voix, reprit-il. Ni celle de quiconque.

Il passa une main dans ses cheveux, l'air toujours parfaitement décontracté. Shaka avait toujours cet air décontracté qu'il traînait avec lui depuis des décennies, même par-delà la mort. Il faut dire qu'une fois qu'on était mort et condamné à errer dans un coin passablement mal famé et moche pour le reste de l'éternité, on avait tendance à prendre les vicissitudes de la non-vie avec du recul.

-Et toi qui es-tu, ô puissante sorcière ? demanda encore l'esprit. Toi qui t'infiltres dans notre monde avec la discrétion d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, et qui nous blesse de ta lumière... Fush ! Fush ! fit-il, mimant avec ses bras les explosions de lumière qu'avait produites la jeune femme.

Cela faisait longtemps qu'ils la voyaient, eux les esprits. Ils voyaient cette silhouette indistincte, baignée de de lumière et de chaleur, deux concepts qui restaient profondément abstraits ici dans le monde des morts. Elle ouvrait des fenêtres, de plus en plus grandes et lumineuses et chaudes, et ils attendaient qu'elle ouvre, non plus une fenêtre, mais une porte. Ils attendaient car alors ils pourraient se gorger de la vie de la silhouette imprudente.
Shaka lui n'avait pas attendu pour les mêmes raisons que les autres. Contrairement à la plupart des esprits qui arrivaient en ces lieux, il avait gardé intégrité et intelligence. Il restait un elfe. Le corps en moins. Un mélange de force de volonté et de puissance latente l'avaient maintenu entier. Et quand il avait vu cette silhouette floue commencer à apparaître dans leur monde... Il n'avait eu qu'une envie, non pas la dévorer, la détruire, aspirer sa vie comme un vampire et prendre le contrôle de son corps, mais simplement lui parler. Entendre enfin le son d'une voix, et avoir de la compagnie...

-Il y a quelque chose d'étrange, avec toi, jolie petite sorcière, fit soudain Shaka, les sourcils froncés. Quelque chose que...

Il renifla, comme s'il cherchait une odeur. Puis il tendit la main pour toucher la jeune femme, mais l'aura de lumière l'entourait toujours, et même si elle ne le brûlait pas autant que les autres résidents des lieux, il finit par abandonner, ses doigts à quelques centimètres de la peau nue de la sorcière.

-Quelque chose qui me rappelle mon vivant, dit-il en laissant retomber sa main. Et... et un certain vieux pote !

Shaka éclata de rire en reconnaissant enfin cette sensation qu'il n'arrivait pas à nommer, cette odeur qui le perturbait. Laïaga. Le type qui, d'une façon ou d'une autre, l'empêchait de sombrer dans l'oubli depuis qu'il était mort. Qui le remmenait de temps en temps à la lumière du monde des vivants.
Encore et toujours Laïaga.

-C'est Laïaga qui t'envoie, pas vrai ? demanda Shaka. C'est lui qui t'a fait venir ici hein ? Raconte-moi tout, ma jolie sorcière, je suis curieux...



   
L'heure de la faux a sonné
On n'arrête pas la grande horloge
Le vent divin l'a emporté
Pourtant cela t'interroge
N'as-tu rien à regretter ?

Spoiler:
 
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Liv de Sula
L'Oeil
Message Sujet: Re: La traversée [Fini] | Jeu 30 Oct 2014 - 17:47



« Lise. » Répondit machinalement la jeune femme.

Elle ne s’était pas attendue à un dialogue aussi… simple. Au regard des enseignements de ses mentors sorciers, elle s’était toujours représentées les esprits comme des êtres éthérés complètements déconnectés des réalités mortelles. Des monstres avides d’énergie vitale, qu’elle devrait dompter avec d’espérer en obtenir quoique ce soit. Pourtant, celui-ci n’avait pas l’air si différents des individus que l’on pouvait rencontrer de l’autre côté du voile. Bien qu’il n’ait plus de corps il parvenait à conserver une apparence normale, bien loin des monstruosités obscures que la jeune femme avait déjà pu apercevoir, et conversait avec une aisance insolente. Face à ce genre de surprises, mieux valait rester prudente.

La sorcière se pétrifia lorsque l’elfe leva le bras. Elle écarquilla les yeux en le voyant tendre la main jusqu’à elle, ses doigts si proche qu’elle sentit sa peau – ou du moins ce qui en tenait lieu dans ce monde éthéré – brièvement exposée au froid glacial de ce monde.

Comment est-ce qu’il a pu faire ça ? Les protections… l’aura… Comment a-t-il pu s’approcher autant ? Autant de questions sans réponses qui se bousculaient dans l’esprit de la jeune femme. Une seule certitude demeurait : elle était vulnérable.

Ses pensées se glacèrent lorsque l’elfe éclata de rire. Son regard balaya les alentours et elle constata que de nombreux esprits s’étaient à nouveau rassemblés, leur curiosité attirée par la résistance de leur congénère hilare. Ils attendaient, à la limite de la surface balayée par l’aura de protection dont la sorcière s’était enveloppée, leur corps se détachant parfois en une nuance de ténèbres dansant lentement au milieu des autres. Attendait-t-ils qui la brise pour se joindre au festin ?

« C’est Laïaga qui t’envoie, pas vrai ? Lança-t-il d’une voix pressante, presque avide. C’est lui qui t’as fait venir ici hein ? Raconte-moi tout, ma jolie sorcière, je suis curieux…
- NAÏNA ! »

L’évocation du Tourmenteur n’était pas sans attiser la curiosité de la gardienne, mais son instinct de conservation prit le dessus. Son aura blanche irradia une lumière puissante qui éparpilla les esprits alentours et força même le dénommé Shaka à reculer. Semblant vêtues de voiles lumineux dansant fébrilement au rythme erratique d’énergies invisibles, Lise était comme une pleine lune irradiant sa blancheur soyeuse dans la nuit noire. Auréolée de cette puissance éthérée elle fit volte-face et commença à courir vers le passage qu’elle avait creusé entre les deux réalités.

Elle fut rattrapée par un vent glacé, étouffant, qui fit brusquement diminuer son aura protectrice, et Shaka apparut face à elle. Si près qu’elle ne put l’éviter. Il la stoppa nette en saisissant ses bras entre ses mains froides.

« Où tu crois aller ma belle, siffla-t-il entre ses dents en plongeant son regard terne dans les yeux terrifiés de la jeune femme, c’était pas très sympa de… »

Il s’interrompit, la fit brusquement passer derrière lui et tendit son bras droit vers l’endroit où elle s’était tenue un instant plus tôt, paume en avant. Un instant plus tard une flopée d’esprit s’écrasèrent contre le mur invisible qu’il venait de dresser. Ils avaient sauté sur l’opportunité dès qu’ils avaient vus la vivante en difficulté. Ils se dispersèrent à nouveau mais une ombre bien plus vaste attira l’attention de l’elfe à la périphérie de son champ de vision. C’était le géant que Lise avait aperçu tout à l’heure, se mouvant à une vitesse ahurissante compte tenu de sa taille. Il fonçait sur la magicienne et Shaka fut obligé de lâcher la mortelle pour tendre son deuxième bras et renforcer son bouclier. L’impact fut si puissant que le néant sembla en trembler tandis que des gerbes d’étincelles d’un rouge sanglant illuminaient les ténèbres au point de contact.

Lise leva la tête et vit que son sauveur était immobilisé par la pression de son adversaire, le visage crispé en un rictus féroce. La porte n’était plus très loin. Elle se releva d’un bond et courut vers l’accès en tissant à la hâtes de nouvelles protections autour d’elle. Des reflets rouges illuminèrent encore les ténèbres mais la jeune femme ne se retourna pas. Elle entendit un grognement derrière elle et une main froide effleura sa cheville gauche à l’instant même où elle passait la fenêtre, accompagnant son retour dans le monde tangible d’un cri de douleur désincarné.

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