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Stratagèmes

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Liv de Sula
L'Oeil
Message Sujet: Stratagèmes | Dim 2 Nov 2014 - 21:21




Quelques jours avant le départ des troupes de la Sangre pour la bataille du Noroît.



« Vous avez bien combattu, Léomance. »

L’ancien chevalier garda les yeux braqués sur son épée rougie et hocha doucement la tête, la mâchoire serrée. L’ardeur du combat fouettait encore son sang d’humeurs agressives. Il releva la tête quand la monture de la femme s’éloigna, suivie par celle de son nouvel acolyte à la crinière pâle. Les suivants du regard quelques instant, il continua d’essuyer sa lame ensanglantée par des gestes rapides et méthodiques témoignant d’une certaine habitude. Il reporta son attention sur l’arme et en examina les deux faces avant de la remettre au fourreau. Il s’essuya les mains sur la même toile de la jeta par terre avant de faire signe au reste de la troupe d’accélérer le mouvement.

Âgé d’une trentaine d’année, Léomance était le cadet d’Edmond de Cobée, lui-même seigneur de Cobée, baron des Crayères et régent de Kuasta. Bien qu’il soit demeuré dans l’ombre de Gaspard, Edmond n’en était pas moins le deuxième homme le plus puissant de Nostrie et, si son suzerain avait trépassé c’est sans doute lui qui serait monté sur son trône. Pourtant Edmond avait fait un faux pas – et son frère avec lui – lorsque l’annonce de l’invasion était parvenu jusqu’aux osts nostrois. Plutôt que de suivre les ordres du prince, il s’opposa à la retraite et s’émancipa de son autorité en emmenant avec lui les troupes qui lui étaient fidèles pour crier haro à la barbarie qui ravageait leur pays.  Ainsi, pendant que l’armée du prince continuait au nord, amputée d’un bon tiers de son effectif initial, la fratrie de Cobée menait son ban à travers le Val du Woadark. Et là, dans l’ombre froide des stoïques sommets de la Crête, ils se heurtèrent pour la première fois aux colosses d’outremer. Le manque de mobilité fit de cette bataille une boucherie sans nom. Edmond fut fauché par un coup de hache qui le trancha en deux, d’un rein à l’autre. Léomance, voyant que la bataille tournait au massacre, sonna la retraite et tenta de fuir avec la poignée d’hommes qui parvînt à le rejoindre. Mais le val n’avait que deux accès et sur le chemin de la sortie, le groupe fut cueilli par un régiment avancé de l’armée léonienne. Léomance fut capturé et ses hommes furent pendus comme des brigands.

Bien qu’ils prétendent ne pas croire à ses histoires d’invasions, les léoniens décidèrent de cesser leur incursion pour se replier vers le gros de l’armée et livrer Léomance à la justice de l’Empereur. Ils y parvinrent presque. Les bannières alliées étaient en vue lorsque la force brute des Premiers Hommes rattrapa la troupe de reconnaissance. Voyant leurs hommes se faire massacrer, les officiers impériaux lancèrent aussitôt leurs forces dans la bataille, soutenus par les osts surdans. Mais ces ordres engendrèrent une ruée désorganisée qui permit aux conquérants d’embourber les premières lignes alagaësiennes dans un corps à corps désavantageux. L’Empereur Fawst eut beau déployer des trésors de stratégie militaire, la précipitation de ses généraux trop confiants avaient plié la bataille avant même qu’elle n’ait vraiment débuté. La retraite fut sonnée et, dans le chaos des affrontements, Léomance parvînt miraculeusement à s’enfuir.

Il rattrapa les forces nostroises au nord, préférant mourir de la main de ceux-là plutôt que de celle d’un de ces primates tatoués. Secrètement, il espérait que le prince le gracie et le reprenne à ses côtés, mais ces illusions furent bien vite brisées lorsqu’il fut présenté à Gaspard. Ce dernier voyait son retour d’un œil méprisant et furieux. Furieux de cette trahison, furieux du sacrifice inutile de tant d’hommes, furieux qu’il eut l’audace de se représenter devant lui. Il allait le faire exécuter comme un chien, en faire un exemple pour que ses autres vassaux voient ce qu’il advenait des partisans de la félonie, mais Lise intervînt en sa faveur et obtînt qu’on l’épargne. Gaspard lui retira néanmoins tous ses titres, désavoua son sang noble et, en ayant fait un plébéien, le plaça au service de celle qui avait réclamé qu’on l’épargne. Et bien qu’elle lui ait sauvé la vie, Léomance ne pouvait que la haïr pour le déshonneur dont son intervention l’accablait, si salutaire soit-elle.

Aujourd'hui pourtant, le soir venu, c’est la curiosité qui l’animait alors qu’il marchait vers la tente de la jeune femme. Elle avait placé l’ancien noble à la tête de sa garde personnelle et, pourtant, c’était la première fois qu’il était invité à pénétrer sous les voilures de son logis, à une heure tardive de surcroît. De nombreux bruits courraient à son sujet, on la disait tantôt catin, tantôt sorcière. Certains allaient même jusqu’à lui cumuler ces deux tares pour expliquer comment la jeune femme avait pu se hisser si rapidement aux côté du prince. Mais Léomance était de ces hommes septiques qui ont besoin de voir pour croire. Or cette Lise lui donnait précisément une occasion de vérifier la véracité de certaines de ces rumeurs. Après tout, pour le convoquer aussi tard, il devait nécessairement s’agir d’une histoire officieuse. Peut-être comptait-elle l’associer à quelques rituels païens, peut-être voulait-elle un peu de compagnie pour la réchauffer à dans le froid glacial de ces nuits septentrionales. Cette deuxième option n’aurait pas été pour lui déplaire à vrai dire, si chacun lui prêtait des vices plus malsains les uns que les autres, tous s’accordait néanmoins sur un point : elle était d’une rare beauté.

C’est donc le cœur pétri d’espoir que Léomance poussa finalement la lourde peau qui bouchait l’entrée des tentures de la jeune femme. Elle était assise à une petite table encombrée de livres et de parchemins. Seul son pourpoint de cuir gisait au pied de sa chaise, elle avait conservé sa cote de mailles, ses chausses et ses bottes de cavalière. Son ceinturon était posé sur le bord de la table, avec une dague au fil acéré. La jeune femme jeta un rapide coup d’œil au nouveau venu avant de revenir au parchemin qu’elle étudiait – une carte, d’après ce que pouvait en apercevoir Léomance. Ce dernier était un peu surpris, pour une femme occupant sa position, il s’était attendu à ce que sa tente soit pourvue d’apparats luxueux. Les femmes de petites conditions nourrissaient souvent ce genre de caprices lorsqu’elles étaient élevées à de plus hautes sphères. Pourtant la tente, bien que spacieuse, n’était encombrée que de ce bazar de manuscrits et de traités cartographiques. En dehors de la table et du tabouret qui l’accompagnait, seuls un lit et un coffre venaient compléter l’ameublement de la pièce.

« C’est toi, dit une voix distraite, approche donc. »

D’un geste soigneux, la jeune femme traça une ligne sur le vélin, puis reposa son fuseau et s’épousseta les mains tout en reculant son tabouret. Sa longue tunique de fer était si finement annelée que sa silhouette en apparaissait toujours voluptueuse. Léomance laissa son regard se perdre quelques secondes sur ces formes suggérées, imaginant leur douceur et leur fermeté. Son regard remonta doucement jusqu’à croiser celui de la belle. Deux iris d’un bleu acéré, purs comme les eaux d’un lac et profond comme l’océan lui-même.

« Tu as fini ? »

L’ancien chevalier se crispa et hocha la tête en marmonnant de brèves excuses. Ses yeux ne quittèrent cependant pas ceux de la blonde, captivés par le défi de leur effrayante intensité. Les autres devaient avoir raison. Cette beauté envoûtante avait un quelque chose de dangereux, de contre-nature. Un quelque chose de trop noble pour une femme du peuple. Un quelque chose de trop parfait pour une fille de la Sangre.

Ce fut la jeune femme qui détourna les yeux la première, désignant la carte sur laquelle elle s’était penchée un instant plus tôt.

« Demain, déclara-t-elle, les forces nostroises marcheront vers le lac Isenstar pour écraser les chantiers de fortification des envahisseurs.
- Une grande bataille en perspective, lâcha le chevalier.
- Penses-tu vraiment ? »

Léomance se renfrogna mais ne répondit pas. L’affrontement ne laissait pas une grande place à la gloire et à la surprise, c’était vrai. Les troupes nostroises était plus nombreuses et la position qu’elles attaqueraient – un chantier de construction – n’était défendue que par une compagnie ennemie. Les armées de Gaspard avait connu des situations plus glorieuses mais pouvait-on renoncer à cet affrontement pour ménager l’honneur de certains ? Certainement pas. Lui-même était pressé d’en découdre, car l’ardeur des batailles était propice aux actes héroïques et l’ancien chevalier comptait bien laver son honneur et regagner sa place aux côtés du prince.

« Passons, reprit la jeune femme, ce n’est pas pour parler de cela que je t’ai fait venir... »

Le cœur de l’homme s’emballa dans sa poitrine alors qu’il songeait avec excitation : Nous y voilà !

« … car nous ne participerons pas à cet assaut.
- Pardon ? »

Léomance s’était figé, comme douché par un torrent glacé. L’engouement qui avait assailli son esprit depuis quelques instants laissa brusquement place à une fureur vibrante. Il serra les poings et ses yeux se firent assassins lorsqu’il siffla entre ses dents serrées :

« Pourquoi ? »

Son interlocutrice fronça les sourcils et lança d’une voix froide :

« Parce que ce sont les ordres, Léomance. Le prince m’a confié une mission et je compte bien la remplir. Tu es le plus fort de mes hommes, tu m’accompagneras. La bataille attirera l’attention de l’ennemi et les patrouilles seront moins fréquentes sur les routes. Nous en profiterons pour passer au sud.
- Au sud ? Qu’est-ce qu’on va foutre au sud !? C’est ici que se déroule la guerre. Et je ne compte pas me défiler, mon honneur est déjà suffisamment sali. »

La jeune femme combla la distance qui les séparait en quelques bas et le gifla sans retenue. Léomance resta stupéfait une seconde puis darda sur elle un regard terrible, qui valait à lui seul toutes les menaces qu’il aurait pu lancer. Mais l’objet de sa haine resta stoïque face à lui et lui asséna d’une voix dure, chacun de ses mots martelant l’ancien chevalier.

« Je me moque de ton honneur. Ce n’est pas pour ton honneur que nous nous battons. C’est pour survivre face à l’envahisseur et essayer de remporter cette guerre. Ton bras ne changera pas le court d’une bataille mais il pourrait assurer la réussite de la mission que le prince m’a confiée. Et cette mission pourrait nous assurer un avantage précieux pour la suite du conflit. »

D’un geste elle saisit le col du déchu et approcha son visage du sien.

« Sans moi tu serais mort Léomance, ne l’oublie pas. Ta vie m’appartient et tu ne seras jamais réhabilité sans mon aval. Alors mets de côté cette fierté déplacée et reste à ta place. »

Sa tirade achevée, elle le repoussa sèchement et retourna vers ses piles de cartes.

« Pars maintenant, et sois prêt à l’aube. Un long voyage nous attend. »

Léomance la regarda s’assoir, vibrant de rage et de frustration. Il ferma les yeux et fit un effort pour se calmer, jusqu’à pouvoir articuler d’un ton menaçant :

« Vous m’avez peut-être épargné, lâcha-t-il, mais cela ne fait pas de moi votre jouet. »

Et il fit brusquement volte-face pour sortir de la tente, sans accorder un regard à la jeune femme dont la bouche s’étira d’un mince sourire.


* * * * * * * * * *

Même après que l’homme eut disparu, Lise garda les yeux braqués sur la peau sombre qui voilait la sortie qu’il avait empruntée.

Elle était exténuée, la journée avait été longue et usante et le lendemain ne promettait aucun repos, bien au contraire. Depuis l’invasion, l’armée nostroise vivait de ses réserves. Gaspard les avait faites rationner pour éviter qu’elle ne s’épuise trop vite mais si la Sangre voulait pouvoir prétendre à l’indépendance, il fallait qu’elle puisse s’approvisionner. Déjà on avait fait pression sur les villages alentours, et notamment sur le bourg de Ceunon pour prélever quelques tributs qui assurerait l’intendance pour quelques temps. Mais le peuple ne pouvait palier éternellement aux besoins de l’armée félonne et, si on ne retrouvait pas d’autres moyens, il faudrait alors piller les campagnes alentours – chose qui n’arrangerait pas vraiment l’image de la Sangre et de ses Gris.

Les richesses nostroises avaient été englouties en même temps que la région, mais heureusement le prince avait eu la malignité de diversifier ses activités commerciales et d’éparpiller son trésor pour s’assurer contre les coups dur. Il n’avait jamais imaginé faire face un jour à une telle situation, mais ces précautions allaient leur fournir quelques fonds inespérés. À condition que l’on parvienne à les collecter – une mission qui ne serait certainement pas des plus aisées. Lise s’était cependant décidée à l’assumer tant pour fuir les projecteurs qui ne tarderaient pas à pointer sur le nord que pour s’aventurer en de nouvelles contrées et profiter de cet isolement pour s’essayer à de nouvelles expériences. Elle n’avait pas réellement besoin d’escorte mais une femme seule risquait trop d’attirer l’attention. De plus, en dehors de la Sangre, personne ne savait ce qu’il était advenu des seigneurs de Cobée. Le simple nom de Léomance suffirait sans doute à lui ouvrir quelques portes. Du moins l’espérait-elle.

Lise chassa ses pensées troubles et s’étira sans quitter le vélin des yeux. À bout de force elle se leva et marcha jusqu’à son lit avant de s’y laisser tomber lourdement. Lorsqu’elle se réveilla, seules quelques chandelles brûlaient encore d’une lueur vacillante. Lise étira ses membres gourds et soupira en constatant qu’elle n’avait pas pris la peine de retirer sa cote de maille la veille. Elle se déshabilla lentement, encore gênée par les brumes du sommeil et s’approcha de la table où livres et parchemins étaient empilés. Elle sélectionna quelques pages et les posa sur le lit avant de tirer son coffre jusqu'aux autres ouvrages. Elle ouvrit le lourd battant et y fit tomber tout le reste du bazar qui encombrait le plan de travail. Cela fait elle referma le coffre et le verrouilla avant d’y appliquer quelques protections magiques. Elle retourna ensuite jusqu’à son lit et souleva soigneusement la vasque remplie d’eau qui gisait à côté. Elle la porta jusqu’à la table et la posa dessus en prenant soin de ne pas la renverser. Se penchant au-dessus elle observa quelques instants son visage se refléter dans l’eau claire, déformé par les ondes qui dansaient à sa surface.

Les épaules de la jeune femme s’affaissèrent et elle poussa un long soupir, avant de plonger ses doigts dans la vasque, frissonnant légèrement au contact de l’eau glacée. Plaçant ses mains en coupe, elle porta le liquide jusqu’à son visage et s’en aspergea pour se dégriser. La froide morsure lui remis un peu les idées en place et elle s’assit sur le coffre, jetant un regard circulaire sur l’intérieur de sa tente. Bientôt elle ne pourrait plus bénéficier de ce confort. Non-pas que le campement soit particulièrement douillet, mais il était agréable d’avoir un point de chute, un chez soi. Mais c’était un privilège qu’elle était prête à sacrifier pour poursuivre sa quête.

Un léger sourire flotta sur les lèvres de la jeune femme. Elle se leva et retourna près de son lit où étaient grossièrement pliés la plupart de ses vêtements. Elle s’habille chaudement, enfilant une tunique et des bas de laine sur ses dessous en coton. Elle doubla l’épaisseur d’un gilet matelassé lui-même enfermé dans un pourpoint en cuir de daim. Elle serra ses jambes dans des chausses d’un cuir sombre et souple avant d’enfiler ses bottes de cavalerie. Elle ajusta rapidement le bas de sa tunique au-dessus des chausses et ceignit son ceinturon auquel elle fixa sa dague et son étui, dans le dos. Elle paracheva son accoutrement d’un ample manteau en coton noir, doublé d’un velours assorti. Le bord de la capuche était orné d’une fourrure claire – probablement de lièvre ou de renard – que la magicienne arrangea autour de son cou pour se protéger du froid mordant du dehors. Elle choisit quelques autres vêtements dans le tas et les jeta dans une sacoche déjà si remplie qu’elle dut la fermer au forceps.

Elle se laissa retomber sur son coffre et embrassa une dernière fois sa chambre du regard. Après un ultime soupir, elle hissa lourdement ses sacoches sur ses épaules et s’approcha de la sortie.

Quand faut y aller …

Malgré ses épaisseurs le froid la mordit brutalement, lui coupant la respiration une ou deux brèves secondes avant qu’un frisson ne parcourt tout son corps. Le vent s’était levé. Venant du nord, il portait avec lui des relents glacés et un grésil agressif. Le ciel ne se teintait d’aucune des teintes pastel de l’aurore, se murant dans un bleu sombre et opaque balayé par les précipitations. La jeune femme était en avance mais l’idée de revenir sur ses pas – dans l’abri chaleureux de sa tente – ne la séduisit pas pour autant. Après l’effort de volonté que sortir lui avait coûté, rentrer serait une bien honteuse retraite. Aussi marcha-t-elle directement vers l’abri où sa monture l’attendait patiemment. Elle lui laissa renifler sa paume et flatta son encolure avant de commencer à la préparer pour le voyage. Quand le cheval fut correctement harnachée, elle le chargea de ses sacoches et le fit sortir au pas en le tirant doucement par la bride. Elle l’entraîna à travers le campement silencieux jusqu’à atteindre l’endroit où Léomance avait planté sa tente. Un fin interstice sous la toile laissait passer une lueur chaleureuse à l’extérieur, tandis que des gémissements entremêlés filtraient à travers la fine paroi. Visiblement l’ancien chevalier n’avait pas estimé nécessaire de se reposer et avait préféré s’entourer de bonne compagnie.

Un étrange sentiment s’immisça en Lise et, un instant, elle fut sur le point de pénétrer dans la tente pour enguirlander son subordonné. Elle se reprit à temps et alla s’assoir à l’écart, perturbée par cette émotion. Etait-ce de la jalousie ? Absurde ! Elle n’aurait eu qu’à se pencher pour cueillir un amant dans la masse des soldats pétris de fantasmes. Absurde et pourtant, cela faisait des mois maintenant que la gardienne n’avait plus connu les bras d’un homme. Elle laissa ses pensées vagabonder quelques minutes avant que les exclamations de plaisir ne viennent à bout de sa volonté. Poussée par le désir et la curiosité, elle laissa son esprit lentement lui échapper pour s’étendre jusqu’aux bruyantes tentures. Elle reconnut la conscience de Léomance et devina celle de son amante nocturne. Elle resta ainsi à l’écart quelques instants, espionnant leurs émotions à la frontière de leurs esprits. Puis, brusquement, elle passa à l’attaque et envahit l’esprit de la fille de joie. Elle ressentit son excitation céder la place à la terreur soudaine inspirée par cette présence inconnue. Mais Lise se montra impitoyable et mata froidement l’esprit de la jeune femme jusqu’à le confiner à un état proche de l’inconscience tandis qu’elle prenait le contrôle de son corps, au-dessus de l’ancien chevalier.

« Et bien ? » Lança une voix rauque.

Lise se rendit compte que ses mouvements s’étaient interrompus pendant la brève conquête mentale.

« Désolée, j’avais la tête ailleurs, souffla-t-elle d’une voix insolente.
- Ben voyons, répliqua l’intéressé, active-toi je vais bientôt devoir y aller. »

La gardienne sourit à travers le visage de la fille et reprit les mêmes mouvements, d’une lenteur lourde et sensuelle qui laissait peu à peu place à une vitesse brûlante et passionnée. Léomance commença à par se laisser faire avant de brusquement renverser son amante qui laissa échappé un cri – de surprise ou de plaisir – avant de l’embrasser langoureusement tandis qu’il prenait fermement le dessus. Ils crièrent d’une même voix, transportés par leurs élans concupiscents et demeurèrent enlacés de longues minutes après que leur ardeur soit retombée.

Léomance repoussa finalement le corps de sa belle et s’approcha d’une petite table sur laquelle était disposée deux verres, un cruchon de vin et une outre d’eau. Il se servit un verre et en avala une longue gorgée avant de s’asperger le visage avec l’eau. Un grogna doucement et commença à s’habiller. Sentant qu’il était temps pour elle de se retirer, Lise prit soin de plonger sa victime dans un profond sommeil avant de rejoindre son propre corps. Qu’il lui fut pénible de retrouver le blizzard mordant du dehors et son grésil acéré alors qu’elle gisait un instant plus tôt dans l’ardente luxure de voluptueux ébats. Néanmoins la froide transition lui permit de se dégriser rapidement et elle commença à bouger doucement ses membres engourdis par leur trop longue immobilité.

Quand Léomance sortit enfin de sa tente il lui adressa un regard surpris :

« Vous êtes là depuis longtemps ?
- Je suis arrivée il y a un instant, répondit la jeune femme avec un léger sourire.
- Je ne vous attendais pas si tôt, observa l’ancien chevalier pour lui-même. Il croisa planta son regard dans celui de la magicienne et lança : je vais chercher mon cheval, bougez pas. »

Lise se contenta de hocher la tête et attendit que Léomance la rejoigne. Il mit le pied à l’étrier mais elle l’arrêta d’un geste.

« Pas tout de suite, nous devons sortir discrètement.
- Pourquoi donc ?
- Je ne veux pas avoir à m’expliquer à la garde. Les ordres du prince doivent demeurer secrets.
- Ah ouais ? Et avec moi vous allez les partager ces ordres ?
- Plus tard, Léomance.
- C’est ça, plus tard. Quand on sera loin du pilori réservé aux déserteurs j’imagine ?
- Notamment, oui.
- Merde ! Bordel de merde ! Je savais que vous n’étiez pas nette, je le savais depuis le début.
- Ce sont les ordres. Personne ne doit savoir où nous allons. Nous serons considérés comme des déserteurs, oui, mais seulement jusqu’à ce que nous ayons terminés notre mission.
- Évidemment, se moqua l’intéressé, et si je refuse de vous suivre ? Si je vous dénonce ? »

Le visage de Lise se figea en une expression glaciale.

« Et qui t’écoutera ? Tu n’es qu’un paria dans cette armée. Je te l’ai dit Léomance, ta vie m’appartient. Si tu entrave cette mission je n’hésiterais pas à te la prendre pour de bon, et alors tu auras beaucoup de mal à retrouver cet honneur que tu chéris tant. »

Puis elle commença à tirer sa monture vers l’accès ouest. L’ancien chevalier hésita quelques secondes avant de la suivre en jurant à voix basse.



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