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Ères [Monorp]

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Myad
Message Sujet: Ères [Monorp] | Mar 5 Fév 2013 - 13:59


~ Ères ~

« Toute ma vie j'ai couru sans savoir où je voulais aller. Où me mèneraient mes pas ? Pour qui ? Vers quoi ? Pourquoi ? Je n'ai fait qu'errer – c'est ainsi que l'on m'appelait. L'Errante. Je n'étais qu'une feuille. Je me laissais porter par les vents, celui qui déchire vos tympans de ses hurlements, la timide brise tiède qui annonce l'arrivée du printemps, les grondements du blizzard qui sévit dans les montagnes. Une feuille de sa branche arrachée, un morceau de quelque chose, mais quoi donc ? Je l'ignorais. Déchirée, dénaturée, désemparée. J'avançais en défendant mollement ma vie. A quoi bon s'effrayer face à la mort ? Je n'avais pas de raison d'octroyer de la valeur à quelque chose d'aussi futile, fragile et fourbe que la vie.
J'étais ce qu'on avait fait de moi : un fantôme sans tendresse dotée d'instincts primaires. Rares et terribles étaient mes colères, car elles étaient aussi froides et roides qu'une rapière. J'avais survécu aux affres d'une existence maudite en y laissant ce que l'on appelle communément mon « humanité. » J'ai pourtant toujours choisi la compagnie des hommes plutôt que celles des elfes, car s'ils me voyaient comme un monstre, ils s'en contentaient. Les peuples qui m'ont donné naissance m'ont privé de beaucoup, beaucoup de choses, et ils m'en ont offert bien d'autres qui ne pouvaient être qualifiées d'agréables. Pendant mes 50 premières années, j'ai haï calmement l'univers entier. Et moi-même en particulier.
 »

Notes anonymes, année XXXX, retrouvées dans les restes du bureau impérial.



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Dernière édition par Myad le Mer 13 Fév 2013 - 13:12, édité 1 fois
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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mar 5 Fév 2013 - 14:02


Règne




« - Regarde, Erha. Voilà une bien sanglante aurore. »

La fille des terres lointaines s'interrompit et demeura silencieuse. Elle ne se vexa pas en dépit de l'apparente indifférence dont l'Impératrice avait accueilli son rapport, pourtant primordial. La sorcière y était accoutumée. Elle avait eu des années pour s'y habituer.

« - Mon peuple redoute de telles aubes, chuchota la jeune femme, car elles annoncent morts et complots. Les dieux nous avertissent de leur courroux.
- S'insurgent-ils que justice aie été faite ? Tu as d'étranges dieux, enfant des sables.
- Tout ce qui est exceptionnel nous paraît étrange, ma Dame. »

La souveraine se retourna. Erha vit son sourire narquois, ses traits délicatement ciselés, ses joues lisses et grises comme frottées par un millier de perles. Ses yeux de serpent, fendus d'une mince pupille rectiligne. Ces yeux carmin qui avaient fait couler plus que de l'encre.

« - Et ton peuple est-il capable d'identifier le destinataire de si menaçant message ? L'interrogea la demi-drow, rêveuse et curieuse telle une enfant.
- Je crains que non, souffla-t-elle en reculant légèrement. Pourquoi demandez-vous cela, ma Dame ? Vous aurait-on agressée ? Auriez-vous de plus sinistres nouvelles que celles dont nous venons de parler ? »

La souveraine du plus puissant État de l'Alagaesia paraissait ne plus l'écouter, une fois de plus. Sa silhouette n'évoquait que droiture et détermination, même dans l'ombre de l'aurore naissante, et plus encore ; les ténèbres avalant sa chevelure paraissaient prendre naissance en son sein, devenant siennes. Erha frémit. Les autres membres du Fleuve noir très sensibles à la magie avaient parfois des difficultés à rester longtemps statiques en présence de l'Impératrice. Au-delà de son charisme particulier, il émanait d'elle une aura indescriptible.

« - Qui sait ? Ce message m'est peut-être destiné... Après tout, ne m'appelle-t-on pas la Dame sanglante ? »

Les petits doigts minces de la sorcière se pressèrent autour du parchemin où elle avait inscrit ses notes. Elle était venue, au c?ur de la nuit, lui rendre compte des diverses réactions que l'ultime vengeance du Mor'ranr Knifr sur Gawayn avaient entraînées. Et des négociations entamées par le Fleuve noir pour les endiguer. Par quel miracle l'Impératrice avait-elle été au courant des agissements de son pire ennemi, ses fidèles serviteurs ne voulaient pas le savoir – du moins, c'était ce qu'ils contèrent à qui les invectivait – toutefois elle avait eu le pressentiment que quelque chose se préparait, et avait envoyé en conséquence ses représentants chez les familles les plus promptes à l'agressivité. Ils s'étaient invités pour des motifs divers, plus ou moins vrais – mais qu'importait ! Ils avaient été sur place au moment où l'information était arrivée aux oreilles des nobles familles. Et il leur avait fallu intervenir, doucement et fermement à la fois, pour les inciter à garder le calme, voire à se réjouir. La plupart avait grincé des dents. Certains avaient même pris les armes contre les hommes en noir. Les s?urs guerrières blondes, nées et forgées par les armes, avaient perdu la vie en défendant les intérêts de leur maîtresse... En emportant avec elle un intéressant pourcentage des forces armées de leur hôte.
Les autres familles nobles et le peuple n'avaient pas été jugulés par le Fleuve noir. Si la surveillance armée des grandes cités avait été mystérieusement augmentée ces derniers jours, elle n'avait pas rencontré de révoltes. Les Léoniens étaient plus surpris qu'en colère. Une majorité semblait même se satisfaire des nouvelles, notamment les marchands, les voyageurs, les pauvres. Eirini serait un partenaire commercial, leurs habitants des égaux. Leur chef deviendrait vassal de l'Impératrice, comme tous les autres. On parlait beaucoup mais on pleurait peu, et surtout pas ce salopard de Gawayn. On alla parfois jusqu'à chanter les louanges de Marek, du blond Nicko et de leurs femmes aux fesses bien fermes. Enfin, c'est ce qu'on avait rapporté au Fleuve noir.
Myad avait fait placarder des affiches annonçant l'arrivée de la délégation de Eirini, qu'elle accueillerait personnellement puis la reconnaîtrait officiellement. Il n'y avait pas eu de tentative d'assassinat, pas de mouvement de foule mortel, pas même de lettre anonyme insurgée. Et c'est précisément cela qui inquiétait les membres de la garde impériale. Hormis les excès – prévisibles – proférés au moment suivant la découverte de l'événement, les guildéens ne s'étaient pas manifestés.

« - Tu ne dois pas avoir peur, Erha. J'ai promis de te protéger en te prenant avec moi, et c'est ce que je ferai. »

Myad était adossée contre la fenêtre, ombre transperçant le jour. Sa voix était froide mais douce. La sorcière s'inclina profondément sous son regard perçant.

« - Votre Honneur, je crois que vous vous méprenez. C'est à nous de vous protéger. » Elle se redressa. Contrairement à Magdalena, ses yeux verts étaient très pâles, si clairs qu'ils paraissaient prêts à voler en éclats. « Et si ce sont les dieux qu'ils nous faut défier, et bien... Je m'y essaierai. »

L'Impératrice sourit. Sans cruauté ni ironie. Erha cilla ; c'était un merveilleux sourire.



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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mar 5 Fév 2013 - 14:15


Rancune




« - Une invitation ? Répéta Suseno. Pardon, Votre Grâce, mais ne se seraient-ils pas trompés de destinataire ? »

Myad éclata de rire. Pourtant la situation ne l'amusait que moyennement. L'ensemble de ses gardes était présente. La cinquantaine de guerriers, mages, sorciers et autres fidèles était rassemblée dans la salle qui leur servait de réfectoire. L'Impératrice avait les mains posées sur la table. Ils s'étaient assis sur les bancs usés. Si quelques coupes ou chopes étaient éparpillés sur le meuble, personne ne pensait à les remplir. Ils avaient la gorge trop nouée.

« - A moins qu'il n'existe une autre souveraine du Saint Empire Léonien, portant le même nom qui plus est, ce ne peut être une erreur... Je le crains. »

Lloy échangea un regard avec Démée, une autre magicienne. Galiën jouait avec ses flèches comme s'il avait les doigts qui le démangeaient. Aaton et Gemnis, les adolescents au visage d'ange, fixaient le sol avec tant d'intensité qu'il eut pu prendre feu. Hormis ces quelques manifestations de gêne ou de nervosité, le Fleuve noir resta silencieux.

« - Me voici donc cordialement invitée à une fête pour la paix. Comme c'est touchant. »

Onello, le très grand blond au calme inébranlable, sourit discrètement. Elle n'avait pas l'air touchée le moins du monde.

« - Une fête pour illuminer ces jours trop sombres pour les vaillants coeurs que sont les hautes personnalités de l'Empire, une fête pour redonner au peuple l'occasion de saluer l'admirable unité de la noblesse léonienne, une fête pour me remercier d'être une si ingénieuse souveraine guidant de très humbles hommes. »

Pendant trois secondes, la demi-elfe demi-drow se tut. Puis elle frappa des deux poings sur la table, de toutes ses forces, réduisant le meuble en morceaux dans un rugissement de bois fracassé. Ceux qui étaient assis une seconde plus tôt bondirent sur leurs pieds, hormis Jezari qui se contenta d'épousseter sa robe.

« - Un guet-apens ! Un règlement de comptes, oui ! Un traquenard sans subtilité ! Des lâches, des moutons rêvant de manger le loup ! » Elle ne criait pas. Elle grondait telle un animal sauvage, l'orage se préparant à l'horizon, les vagues galopant vers la rive. « Et je devrais y aller seule ? C'est qu'en plus d'une putain dégénérée, ils me prennent pour une imbécile. Que de compliments, mes amis ! Je suis si flattée que je bous de ne pouvoir les remercier sur-le-champ. » Elle émit un grondement qui n'avait rien d'humain tandis qu'elle rôdait autour de la table. « Je ne peux prendre qu'un... Cavalier pour l'occasion. Pour un bal, je suppose qu'ils trouvent ça normal. »

Elle claqua de la langue, insatisfaite. Les guerriers se dévisagèrent, murmurèrent, Onello leur fit signe de la main. Les discussions cessèrent.

« - Votre Grâce, nous serions tous honorés d'occuper une telle place à vos côtés. »

L'Impératrice s'arrêta subitement, chercha Onello et le fixa sévèrement. Il parut au chevalier qu'elle le fouillait, remuant à l'intérieur même de ses entrailles ce qui s'y faisait de plus tendre et de plus fragile. Il resta stoïque face à ses ?illades inquisitrices, pointues et glacées telles un tourbillon de glace.

« - Et chacun de vous en serait autant digne que les autres, répondit-elle enfin. Mais aucun de vous ne le fera. »

Des murmures choqués, inquiets. La Dame noire plisse les paupières. Elle balaie l'espace du regard et le silence revient.

« - J'ai besoin de vous, précisa-t-elle avec plus de douceur, à d'autres lieux... Et d'autres peines. J'ignore ce qui m'attendra ce soir-là, mais cela peut me gêner plus que de raison. » La maîtresse des lieux caressa la table du regard comme si elle n'existait pas avant d'avancer de deux pas. Pensive. « Je vous laisse seuls juges de la répartition des tâches que je vais vous attribuer. Moi-même, je ne désire pas en être informée. A vous également de trouver le temps et les modalités dont vous userez. Soyez soudés. Soyez froids et discrets. Et à l'instar du serpent dont vous portez le tatouage, évitez la violence, mais si elle est nécessaire, n'hésitez pas : frappez. »

Elle était préoccupée. Non pour elle, mais bien pour eux. Le Fleuve noir allait devoir accomplir la mission la plus dangereuse de toutes pour des gardes du corps : se protéger eux-mêmes des ennemis de l'Impératrice.
Myad demanda une feuille, on la lui apporta. Elle y écrivit, de son écriture nette, droite et sans fioriture les tâches qui leur incombait. Rien de très difficile à première vue. Pourtant, lorsque la feuille passa de mains en mains, il n'y eut personne pour se gausser. Au contraire, l'atmosphère se fit plus digne que jamais.

« - Onello, Magdalena. » Le guerrier et la magicienne s'inclinèrent. « En tant que chefs du Fleuve noir, vous êtes responsables de vos frères et de vos soeurs. Puissiez-vous perdre la face plutôt que perdre la vie, ironisa-t-elle.
- Nous réussirons, assura Onello.
- Ils regretteront leurs machinations, murmura la femme aux boucles rouges. »

Ils se saluèrent ; la souveraine d'un côté, la garde de l'autre. Alors qu'elle s'apprêtait à prendre congé, une question fusa, qui avait bien besoin d'être posée.

« - Majesté ? Si ce n'est nous, qui donc vous accompagnera à ce bal éhonté ? »

Le beau visage de la Gardienne s'orna d'un sourire énigmatique.

« - Feindriez-vous de l'ignorer ? Déclara-t-elle alors que, non loin d'eux, sur le toit, deux dragons rugissaient de concert. « J'ai déjà un cavalier... »



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Dernière édition par Myad le Lun 6 Mai 2013 - 13:53, édité 2 fois
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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mar 5 Fév 2013 - 14:21


Ruine




Ses doigts collent. Lorsqu'elle regarde ses mains, lorsqu'elle regarde les murs, lorsqu'elle regarde les morts, tout est toujours... Rouge. Le monde lui paraît d'une harmonieuse monotonie. Après la bataille vient les sinistres et leur triste mélancolie. Le règne à venir de la putréfaction, et des bourdonnements de mouches. Pour le moment, on n'entend rien. Il n'y a que le vent ; il hurle au-dehors et fait vibrer les vitraux immenses, hauts comme ceux d'une cathédrale, tâchés eux aussi. Rien n'est immaculé. De toute manière, rien ne l'a jamais été.

« - Myad, parle-moi. Tu es blessée ? »

Son odeur l'enivre. Elle cligne des paupières. A-t-il réellement prononcé ces mots, ou n'était-ce un songe ? Elle n'est plus sûre de ce que ses sens lui communiquent. Elle se sent sourde après tout ce tapage. Les doigts striés d'hémoglobine de l'elfe volettent de son épaule à sa hanche, frôlent ses lèvres entrouvertes, essuient quelque chose sur sa tempe. Sans émettre de commentaire, il enlève de la cervelle de ses cheveux éternellement lisses. Ils sont trempés de sang et gouttent doucement. Ses paumes sur ses joues. Il lui paraît brûlant. Est-ce parce qu'elle est glacée ?

« - Mon amour, je veux que tu me dises si tu as mal. Parle-moi. »

Il est si calme. Pourtant, il y a un instant, il était furieux. Il se déchaînait sur ses agresseurs, rugissant de toute sa verve, sa crinière dorée chatoyant sous l'éclat des chandeliers. Les bougies se meurent. Le lion s'est désintéressé de ses victimes. Il n'a plus l'air dangereux. Ses prunelles topaze cherchent une émotion, sa voix mélodieuse l'invite à une réaction.

« - Je n'ai rien, dit-elle mécaniquement. »

Kellran presse sa figure entre ses mains, très doucement. Elle sent son angoisse. Il n'ose même pas la serrer contre elle alors qu'il en meurt d'envie. Peur de briser, sans doute, les dernières bribes de calme qui doivent lui rester. Myad caresse la gorge de son amant, glissant ses doigts jusqu'à sa nuque pour attirer sa tête vers elle. Il se laisse faire. Ils ferment les yeux... Elle inspire son odeur comme si elle souhaitait faire disparaître toutes les autres. La mort, la bouffe, l'alcool, les entrailles, la pisse, la sueur, la poussière, la merde. La vengeance empeste.

« - Il y a des survivants, chuchote le Fils du Soleil en se redressant. Que fait-on d'eux ? »

L'hybride toise l'immense salle de réception du regard. Toutes ces tables, ces chaises, ces tentures, ces tapis, ces statues... Anéanties. Le chaos n'a même pas épargné les murs de pierre. Des crânes y ont été pulvérisées. Un homme culbuté sur un buffet a même un porte-manteau enfoncé dans le fondement. Le pied ressort, luisant, entre ses mâchoires béantes. Myad le reconnaît. Elle se souviendra de l'utilité de cet accessoire incongru.
Elle les entend, maintenant ; les rares survivants. Ceux qui sont inconscients, ceux qui sont agonisants. Elle les repère, les identifie rapidement. Sa catatonie se dissipe lentement.

« - Je me charge de celui-là. Tue les autres. »

Et la Dame noire part d'un pas vif vers le fond de la salle. Des bruits sourds. Des sons mouillés, le choc mou d'un corps démembré. Tout lui parvient nettement sans altérer une econde son avancée. Un voire deux membres de chaque famille noble du Saint Empire avait été convié. Impérialistes et Guildéens entremêlés, afin de ne pas éveiller les soupçons... Ils savaient que leurs ennemis ne laisseraient pas leur maîtresse se faire tuer. Ils avaient sous-estimé les défenseurs et les défendus. On y était tous allé de sa petite trahison ; le premier mort avait sonné le glas de la fin.
Si peu s'en sont tirés. Et pour quoi ? Excepté quelques égratignures, elle n'est même pas blessée.

« - Fawst, comte de Dramantine, l'interpelle Myad. C'est votre souveraine. Est-ce que vous m'entendez ? » L'homme frémit. A première vue, il est sur le point de mourir. L'Impératrice sait qu'il n'en est pas loin. Elle sait également qu'il est encore conscient. « Vous ne m'avez jamais rien demandé que vous ne soyez en droit d'obtenir. Ce pourquoi je vais vous offrir ce dont vous n'auriez osé rêver. »

Elle ôte son diadème d'or blanc serti d'onyx, d'améthystes et de rubis, donc la structure simple et élégante contraste avec la richesse des pierres précieuses. L'homme ouvre péniblement les yeux ; ils sont flous. Sa mâchoire a été brisée, une de ses oreilles tranchée net. Du sang noirâtre perle encore de ses plaies. Il essaie de parler – et ne réussit qu'à émettre un râle inepte.

« - Économisez vos forces, comte. Je vais soigner une partie de vos blessures mais cela ne vous gardera pas de la mort pour autant. Vous allez devoir fuir ce lieu, et vite. Quand leurs familles verront ce qui s'est passé ici, elles se tourneront vers les survivants. » Les sourcils de Fawst s'abaissent ; il tousse, son corps entier secoué par l'effort. Kellran rôde à la recherche de traînards répugnants à s'éteindre. « Ils ne m'auront pas. J'ai de puissants alliés. Et vous allez devoir trouver les vôtres. Désormais, vos heures seront comptées. » Elle lui ouvre la main droite, la seule encore intacte – l'autre avait été privée de trois doigts – et la referme sur le diadème. « A partir de ce jour, Fawst, seigneur de Dramantine, je vous nomme mon successeur et unique héritier. Survivez, et c'est un Empereur que vous deviendrez. »

Sur ces paroles chuchotées rapidement, sur un ton calme quoique métallique, la demi-drow entreprend de soigner les plaies les plus graves. Il a les côtes broyées, le crâne très abîmé et l'estomac perforé. Elle se concentre. Le Diamant blanc luit de plus en plus fort. Des tremblements... Ses forces déjà diminuées chutent considérablement. Myad serre les dents... S'écoulent sur ses joues des larmes de sang... Kellran surgit près d'elle, la tire en arrière, interrompt le charme. Elle s'écroule à demi contre lui, à demi sur un tas d'intestins tièdes. L'elfe pousse un juron, touche son front, sa gorge. Elle respire faiblement. Quant au comte, il a le regard bien plus vif. Sa mâchoire réparée s'ouvre et se ferme lentement. Il a l'air... Désemparé. Le Fils du Soleil l'est autant que lui ; il ne sait que penser du choix de sa compagne. Pourquoi cet homme aux cheveux déjà grisonnants, aux rides marquées ? Pourquoi lui et pas un plus jeune, ou en meilleur état ? Il avait achevé des adolescents moins gravement atteints. Il le fixe. L'inconnu le regarde aussi. Au bout d'une minute d'observation silencieuse, un chuchotement parvient à l'elfe.

« - Je veux m'en aller... »

Il cligne des yeux, la regarde. Myad a refermé les paupières. Quelle entêtée que cette femme gaspillant ses dernières sources d'énergie pour la guérison d'un inconnu ! Il sourit tendrement, mi-amusé, mi-agacé. Des rugissements de dragon inquiet et impatient se mêlent aux cris du vent.

« - Tu as raison, murmura-t-il en la prenant dans ses bras. Partons. Loin d'ici. »

Le Dragonnier se lève et observe une dernière fois le dénommé Fawst. Un fidèle de sa dame, il n'en doutait pas. En revanche, il doutait de sa capacité à se tirer de ce trou à rats. Les portes avaient été scellées par les mages ennemis, et ces mages étaient dans l'autre monde. Il le laissa là sans un regret. Tout le monde ne peut pas avoir un dragon pour ami.
Les vitraux volèrent en éclats dans un tintement subtil. Une énorme gueule reptilienne fusa à l'intérieur de la salle et en ressortir tout aussi prestement. Les deux elfes avaient disparu. La pluie se mêla bientôt au sang.



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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mar 5 Fév 2013 - 14:31


Rêve




De la poussière partout. Les cendres de la pierre, le cadavre du prestige. Il y en a partout. Elle forme une brume épaisse dans laquelle elle promène ses doigts. Où est-elle ? Elle ne sait pas. Rien n'est réel ici. Nulle part le soleil ne peut être plus clair, plus pur, et l'air aussi étouffant. Ses poumons s'emplissent de l'odeur âcre de la fumée, du brouillard, du roc pulvérisé, des os desséchés. Pourquoi est-elle ici ? Le vent souffle, chassant les brumes, la poussière, les fragrances suffocantes.

Cette fois, elle sait où elle se trouve, mais elle ignore à quelle époque.
Les dragons sur les toits forment des dizaines, des centaines de statues mobiles aux inimitables lueurs. Ils grognent, rugissent, battent des ailes en un joyeux vacarme. Des gens se promènent, s'arrêtent pour se saluer, là-bas un forgeron frappe l'acier, plus près deux garçons échangent des passes d'arme. Une jeune fille lit, assise par terre, en caressant machinalement un dragonneau endormi. Elle cherche à qui sont ses souvenirs ; elle finit par le trouver. C'est un homme, assez jeune. Un demi-elfe ou un Dragonnier ayant subi l'Agaeti Sanghren, à première vue ; il est grand, élancé, mais ses cheveux châtains et ses prunelles noisette accusent de ses origines humaines. L'homme est accompagné d'une gigantesque dragonne d'un bleu si sombre qu'il paraît noir. Un diamant familier pend à son cou. Le Gardien du Diamant blanc.

A nouveau le vent balaie ce fragment d'un passé révolu. Une autre scène lui est présentée. Où est-elle ? Sous terre, sans nul doute. Deux personnes discutent en déambulant entre d'imposants rayons. La bibliothèque est taillée à même la roche. Un travail de nain ? C'est magnifique à n'en pas douter. Les ouvrages sont si nombreux qu'ils montent jusqu'au plafond, les étagères prenant naissance à la fois dans le sol et dans le plafond de la caverne. Des étudiants se querellent sur un thème à traiter. De futurs mages ? Elle cherche en vain un indice pour se situer dans le temps. Elle s'arrête brusquement. Ces livres – pas que des livres. D'anciens parchemins. Des coffrets magnifiques de toutes les tailles. Des statuettes, des gemmes uniques, des tablettes. Ayahantê se sent nerveuse, elle a chaud, froid, elle est attirée par ce noble lieu, elle tend les mains pour frôler quelque chose, mais avant de l'avoir touché, tout disparaît...
Kellran... Que fait Kellran ici ? Et où est-on, ici ? La Gardienne regarde de tous côtés. Des ruines. Vestiges honorables et honteux à la fois. L'elfe ne laisse pas apparaître d'émotion ; il se contente de contempler les environs. Leurs yeux se croisent. Elle s'avance, hésitante... Il recule, surpris. Et il s'approche lui aussi. Ils tendent leurs mains l'un vers l'autre, inquiets, fascinés, incrédules... Puis se réveillent. Les amants se dévisagent sans comprendre un long moment. Leurs doigts sont entrelacés. Aucun d'entre eux ne fait de mouvement pour les séparer.

« - Qu'est-ce que ça signifie ? Finit par demander l'Impératrice, troublée. »

L'elfe hocha la tête en signe de dénégation. Il semblait aussi perturbé qu'elle, si ce n'est plus.

« - Je ne comprends pas non plus, avoue-t-il en grimaçant. Pourquoi étions-nous à Vroengard ?
- C'est bien ce que je pensais, souffla-t-elle en s'asseyant sur le lit. C'était Vroengard, alors. A chaque fois.
- Ah, toi aussi tu... » Myad acquiesça. « C'est à n'y rien comprendre, grommelle l'elfe en s'asseyant à son tour. »

Ils réfléchirent, leurs mains toujours jointes. La demi-elfe noire passait pensivement son pouce le long de la paume de son amant. Soudain elle resserra ses doigts autour des siens.

« - Ce sont les Diamants. » Kellran tourna la tête vers elle, intrigué. Il baissa les yeux, peu enthousiaste, avant de revenir à ceux de sa compagne. Il attendait la suite. « Les premières scènes que nous avons vues sont des morceaux de mémoire des précédents Gardiens. Je ne comprends pas, dans le même temps, pourquoi ils t'ont montré à moi sur cette île.
- Parce que j'y suis allé, expliqua lentement le Dragonnier. C'était il y a longtemps, mais j'y suis effectivement allé. Et toi aussi, parce que je t'y ai vue.
- Oui. Il y a des années de cela, mais j'y suis également allée. »

Si Myad était pensive, Kellran était très contrarié. L'idée que des pierres précieuses magiques s'amusent à voler ses souvenirs et à les partager entre eux ne l'enchantait pas du tout. Ils n'avaient fait que survoler le sujet de l'identité de Ayahantê. Le Fils du Soleil n'avait pas voulu en savoir plus mais peut-être que ce soir...

« - Je crois qu'ils veulent nous transmettre un message, chuchota-t-elle.
- Qu'ils se le gardent, grogna l'elfe, irrité.
- Étoile de mes jours, il ne faut pas dénigrer les conseils de plus puissant que nous. » Il ricana. Elle le regarda, et vit qu'il était plus agacé qu'en colère. « Quelque chose nous attend à Vroengard. J'irai voir ce que le passé m'y a réservé. Iras-tu avec moi ? »

Le Dragonnier sourit, moqueur, avant de l'embrasser sans prévenir. Elle se laissa coucher sur le dos tandis qu'il couvrait sa gorge de baisers. Elle ne se débattait pas. Depuis plusieurs jours qu'ils s'étaient cachés ici, elle avait souvent eu l'occasion de subir (et de provoquer) semblables assauts.

« - Question stupide, très chère Impératrice, susurra-t-il à son oreille. Sache que désormais, quoi que puissent nous conter tes cailloux, je serai à tes côtés. Toujours et partout. »



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Dernière édition par Myad le Mar 5 Fév 2013 - 15:01, édité 1 fois
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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mar 5 Fév 2013 - 15:00


Ravages




Lorsque, trois jours après la fameuse fête, les prestigieuses et moins prestigieuses familles de Léonie envoyèrent des éclaireurs s'enquérir du sort de leurs maris, pères ou frères, elles ne pouvaient imaginer ce qu'elles allaient y trouver. Il fallut en appeler à des hommes de magie puissants, les menacer de tourments pour les dépêcher sur le lieu isolé – qu'est-ce qui était passé par la tête des organisateurs en choisissant ce manoir perdu au milieu de nulle part ? Les portes une fois ouvertes exhalèrent des fragrances innommables. La brume putride fit fuir la plupart d'entre eux. Beaucoup vomirent, d'autres s'évanouirent. Les serviteurs horrifiés mirent plusieurs heures à investir la place. Les meubles avaient été pulvérisés, d'autres, projetés contre les murs. Il ne restait plus grand-chose des vitraux. Ils ne trouvèrent aucun survivant. Trois cadavres manquaient à l'appel cependant...

L'Impératrice, conclurent plusieurs familles endeuillées. La riposte ne se fit pas attendre : elle allait payer.

La citadelle de Dras Leona fut prise d'assaut – de nuit, afin de ne pas affoler le bas peuple – par un groupe de mercenaires sanguinaires. Ils étaient nombreux. Très nombreux. Le Fleuve noir ne dormait pas et les accueillit arme à la main. Ils étaient trop peu. Les vingt-sept membres de la garde impériale qui se trouvaient là cette nuit périrent les uns après les autres. La magicienne Andryane se sectionna la langue et s'étouffa avec son propre sang plutôt que d'accepter d'être faite prisonnière. Les mercenaires cherchèrent leur maîtresse, leurs autres confrères : rien. Ils ne trouvèrent que des flammes. Les appartements impériaux se consumaient depuis une bonne heure déjà. Excepté des notes sans importance ou des verres noircis, ils ne trouvèrent rien de l'Impératrice ici.

Les familles se réunirent en conseils secrets, à deux reprises. On ne savait que conclure que la disparition de la Dame sanglante, de son cavalier mais aussi du comte de Dramantine, connu pour être l'un de ses principaux soutiens. Pas de nouvelle du dragon Yenlui que l'on n'avait pas aperçu récemment. On se mit à redouter la riposte de la souveraine. Après avoir fait tuer ses gardes, on ne pouvait espérer de joyeuses retrouvailles. Dans l'ignorance et l'expectative, tous se mirent d'accord pour que la disparition de l'Impératrice reste secrète. Pendant dix-neuf jours, l'Empire continua donc sa petite vie paisible tandis qu'à la citadelle de Dras Leona, la menace de mort menaçait quiconque parlerait des drames qui s'y étaient déroulés...



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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Jeu 7 Fév 2013 - 13:59


Reddition



Elle réapparut, telle une valkyrie, le premier jour de neige. Un ange vengeur chevauchant les nuages d'argent terni sur une monture d'or chatoyant...

Le dragon les avertit de son arrivée bien avant qu'ils ne fussent clairement visibles. A la façon de l'orage, il fit trembler les cœurs de son terrible cri alors qu'il n'était qu'une lointaine tâche lumineuse. Ce ne fut que plus tard, alors que l'imposante silhouette du reptile se découpait plus nettement sur le sombre firmament, que les cavaliers furent repérés. Deux colonnes de chevaux trottaient vaillamment, le vent fouettant leurs croupes fumantes, la sueur des destriers se confondant avec les flocons qui les assaillaient. Ils étaient une petite vingtaine, la tête courbée cachée par d'épaisses capuches et de chauds foulards. Ils étaient tous vêtus de noir. Un seul d'entre eux ne portait pas de masque. L'Impératrice ? Des rumeurs galopaient d'un bout à l'autre de la cité, la plongeant petit à petit dans une grande effervescence. Ce ne pouvait être l'Impératrice ; qui, alors, serait juché sur la selle de Yenlui ?
La bise sifflait en crachant des grêlons aussi petits que du sable. Les gardes gueulaient pour se faire entendre, les mères hurlaient pour se faire obéir. Tout le monde voulait accéder aux remparts pour les admirer. Il fallut se contenter de se masser aux portes de Dras Leona et de les guetter. Où était-elle partie avec tant de guerriers du Fleuve noir ? Pourquoi n'avait-elle pas laissé Yenlui à la capitale comme elle le faisait parfois ? Qui était l'homme voyageant avec eux ? Les questions fusaient de lèvres craquelées à oreilles rougies sans que quiconque n'aie cure d'être écouté. Chacun braillait en tapant des pieds, et peu leur importait ce qu'on leur répondrait. Le dragon se posa au-dessus de la porte en faisant claquer ses ailes immenses. Des hommes furent soufflés plusieurs mètres plus loin par l'air remué ; des bourrasques brutales dispersèrent la foule qui se reforma aussitôt. Le dragon d'or s'ébroua, de la neige fondue dégoulinant de la pointe de ses cornes jusqu'à ses griffes pâles. Un frisson d'excitation parcourut les citoyens ; se glissant sur la tête de la créature légendaire, leur souveraine leur apparut enfin. Elle portait son habituelle cape de voyage, de solides vêtements de cuir noir agrémentés de fourrure, mais sa capuche était rabattue et ses cheveux lâchement attachés. De nombreuses mèches rebelles s'agitaient en tous sens selon les caprices de la tempête.

« - Ouvrez les portes ! Intima-t-elle d'une voix suffisamment forte pour que ses ordres soient entendus et donc exécutés. »

La compagnie rentra au trot également, assez rapidement pour ne pas s'éterniser au milieu des badauds surexcités, point trop vite pour ne pas les effrayer. Les dizaines de sabot tambourinèrent en rythme le sol détrempé.
Le dragon d'or prit son envol dès que les deux derniers chevaux eurent passé les portes ; il fit basculer les derniers gardes suffisamment étourdis pour s'attarder à proximité. Et il fila vers le bastion, dont il fit le tour plusieurs fois en rugissant. Rappelant leur retour aux rares étourdis qui ne l'auraient pas déjà ouï. Le groupe de cavaliers se dirigea également vers cette direction ; une fois arrivés sur la place toutefois, ils changèrent de formation, avec un naturel et une élégance dignes d'un numéro maintes fois répété. Ils se placèrent en cercle autour de l'homme sans masque, tournant dos à ce dernier, brandissant leurs épées, lances, boucliers. Les spectateurs reculèrent à bonne distance des armes et de ceux qui les maniaient. L'homme ainsi protégé se débarrassa de sa capuche, déclenchant des hoquets de surprise tout autour de lui. On cria son nom. De rares espions reculèrent jusqu'à un coin plus discret, près à mettre les voiles. Certains fuirent directement. Pendant ce temps, l'Impératrice descendait du ciel, sa monture scintillante fendant les tourbillons de neige sans difficulté apparente pour se poser devant l'entrée de la citadelle.
Lorsque, de nouveau, elle se posta debout sur la tête de son dragon, on se permit d'honorer les traditions en hurlant ce que tout un chacun savait déjà.

« - L'Impératrice Myad, maîtresse du Saint Empire Léonien ! »

On salua. Des inclinations que tous, même les chevaliers au masque d'argent et l'homme esseulé, infligèrent à leur échine glacée. La susnommée se contenta de hocher la tête, un mouvement sec, bref, suivi d'une main levée. Elle demandait le silence mais, si elle obtint celui des hommes, elle ne réussit pas à museler le ciel, qui mugit plus fort encore.

« - Léoniens ! Déclara-t-elle, sa voix portant au-delà de la place par quelque magie étrange, peut-être. Me voici de retour, une nouvelle fois ! » Ses joues étaient constellées de flocons fugaces. Ses prunelles rougeoyaient telles des braises éternelles. « Oserais-je dire, une dernière fois ? »

La foule tremblait, ondoyait. On s'agitait, on se dévisageait. Le malaise remplaça l'excitation.

« - Vous, peuple libre, peuple dirigé, peuple fier et guerrier ! Que voulez-vous de vos dirigeants ? La prospérité. C'est ce dont vous rêvez tous, non seulement pour l'Etat, mais surtout pour vous-même. Que les armées soient grandioses ! Ainsi vous serez laissé en paix. Que le commerce soit florissant ! Votre monnaie sera forte, et vous ne saurez plus quel caprice vous octroyer. Que le seigneur soit charismatique ! Car alors vos voisins vous envierons, et vous pourrez les mépriser. N'est-ce pas ce que vous désirez ? Le confort ! Le plaisir ! La sécurité ! Des valeurs simples et pourtant si rares sur cette terre ! »

Elle parcourut les alentours du regard, comme elle savait si bien le faire, un aigle sur son rocher, dominant les chèvres effrayées. Et alors tous redoutaient d'être celui sur qui son œil scrutateur se poserait, puisqu'alors, nul ne pourrait savoir ce qu'elle lui ferait.

« - Pendant toutes ces années, je me suis efforcée de les concrétiser ! Poursuivit-elle, calme et froide. Et c'est un fait, vous en êtes plus proches que jamais. Je vous ai donné ce que j'étais en mesure de vous offrir, à vous de faire le reste. Oui, le bonheur ne se livre pas ! Il ne se boit pas à la source, frais, prêt et illimité à disposition de tous les assoiffés ! Il se recherche, il se travaille, il se forge. Il se respecte. Ceux d'entre vous qui sont en colère, ceux d'entre vous qui veulent ma mort ne seront pas plus heureux avec un autre mentor. Ils sont devenus si nombreux, pourtant, ces enfants ingrats, ces insatisfaits aveugles et gras, que je ne puis dormir sans entendre leurs grognements disgrâcieux. » Yenlui émit un rugissement bref, raidissant ceux qui avaient tendance à somnoler. « Selon les pourceaux, je vous ai mal gouvernés. Je n'ai aucune prétention au trône puisque je ne suis même pas de la même race que mes sujets ! Aujourd'hui je suis lasse de me battre pour des ingrats plus ou moins assumés. Mon règne s'achève ici ! Je rends aux hommes ce qu'ils m'ont donné ! »

Cette fois, le dragon était resté silencieux. Pourtant la foule sembla soudain prise de stupeur. Un bébé pleurait doucement, mais personne ne pensa à le faire taire. Il était le seul autre sinistre son émergeant du vacarme des éléments.

« - Fawst, comte de Dramantine ! » L'homme fit avancer son cheval vers Yenlui, ce qui prit plusieurs secondes, celui-ci étant terrorisé par la bête vers qui on le poussait. « Montrez-leur, à tous, le signe de mon abdication ! » Il glissa la main sous la cape et en tira un diadème. Le diadème. On retenait son souffle. « Qui vous l'a donné ?
- Vous, ma Dame, répondit-il calmement.
- Êtes-vous conscient de ce qui vous incombe à présent que vous l'avez accepté ?
- J'en suis parfaitement conscient, ma Dame, et il en sera ainsi jusqu'à ma mort.
- Jurez que vous protégerez le peuple avant votre personne, envers et contre tous, y compris lui-même.
- Je le jure. » Et il répéta son serment en ancien langage, ainsi que l'Impératrice le lui avait intimé avant leur arrivée.
« - Jurez que vous respecterez les décrets et lois précédemment instaurés, à moins qu'il ne devienne évident et nécessaire de les amender.
- Je le jure.
- A présent, Fawst, vous pouvez porter le diadème. Inclinez-vous tous, et faites honneur au nouvel Empereur ! »

Il enfila le diadème. Ils s'inclinèrent. Elle posa la main retournée sur la poitrine puis inclina la tête. Le comte, conscient de la valeur de ce geste, lui rendit son salut en moins gracieux. Le vent s'était momentanément apaisé. La foule en revanche commençait à gronder de murmures précipités.

« - Puisque vous ne disposez pas encore de votre garde personnelle, mon seigneur, laissez-moi vous honorer de la compagnie de huit de mes fidèles guerriers. » Huit chevaux se déplacèrent silencieusement pour encercler plus près que jamais le nouveau chef d'Etat. « Puissiez-vous n'avoir jamais besoin de leur demander de vous protéger.
- Soyez remerciée pour votre attention. Je ne manquerai pas de vous la retourner.
- Gouvernez sagement et je serai comblée, rétorqua l'Impératrice sortante. A présent, permettez-moi de me retirer.
- Je vous y autorise. Que les dieux vous bénissent, où que vous irez. »

Myad lui adressa un dernier signe de tête avant de retourner sur sa selle. Le dragon secoua ses entrailles et son cou d'un mouvement brusque, surprenant les gens et faisant chuter une bonne quantité de neige fondue. On l'appela. Des voix... De nombreuses voix. Elle entendait leurs voix qui la hélaient désespérément. Elle hésita un très bref instant. Elle savait qu'il y avait eu des fidèles pour l'adorer comme une déité. Que faire d'eux à présent qu'ils la suppliaient ?

« - Je pars au nord de Teirm, clama-t-elle à l'intention de la foule. Que tous ceux qui veulent me suivre s'y rendre dans les trente prochains jours. Ce délai dépassé, mes compagnons et moi partirons construire notre nouvelle destinée. »

Les membres du Fleuve noir qui n'avaient pas été assignés à la garde provisoire de l'Empereur se remirent en mouvement, en deux colonnes à nouveau. Yenlui s'ébroua une dernière fois, ouvrit très grand ses ailes et prit son envol en balayant tout sur son passage. Si Fawst avait prévu de faire un discours à son tour, il n'en eut jamais l'occasion. Les éléments se déchaînèrent avec tant de violence que ses spectateurs comme sa personne furent bien obligés de rejoindre leurs quartiers, le vent beuglant à leurs oreilles des insultes qu'ils ne comprenaient pas.



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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mar 12 Fév 2013 - 16:29


Renaissance




L'invitation fit le tour de l'Alagaesia. Promesse mystérieuse de renouveau et de reconnaissance pour ceux qui n'avaient pas encore fait leurs preuves ailleurs, elle enhardit les timides rêveurs, fouetta les mélancoliques, inspira les bardes. On se moquait de son auteure à la manière d'une diseuse de bonne aventure ou d'une prostituée qui, forcée de quitter le bordel, hélerait ses meilleurs clients en agitant ses jupons. Quelques seigneurs allèrent jusqu'à interdire à leurs vassaux de rejoindre celle qui, désormais, n'avait plus de prétention à réunir qui que ce soit. On ne l'entendit pas de cette oreille ; nombre de curieux à leurs fenêtres virent partir des voyageurs. Par couple, par groupe, seul avec leur chien ou leur cheval. Ils s'en allaient vers, l'espéraient-ils, un avenir meilleur.

Pendant que l'ancienne Impératrice abdiquait à Dras Leona, un certain Kellran établissait leur camp au nord de la cité portuaire du Saint Empire. Delva et lui trouvèrent un terrain adéquat, qu'ils s'ingénièrent à protéger des intrus, tout en se mettant en quête de navires et de marins. Il fut bientôt rejoint par sa compagne, laquelle apportait avec elle les premiers de leurs fidèles, ceux qui n'avaient pas voulu attendre pour répondre à l'appel du dragon doré. Les douze gardes du Fleuve noir qui n'avaient pas été assignés à la protection provisoire de Fawst étaient effectivement suivis par une trentaine de fermiers, menuisiers, écrivains tombés en désuétude, adolescentes ardentes. Quatre hauts gradés de l'armée léonienne avait abandonné leurs places pour rejoindre leur chef militaire. Une demi-douzaine de recrues moins prestigieuses s'étaient senties poussées par le même élan. Quelques hommes et femmes de lettre, qu'ils fusent mages, sorciers ou simples scientifiques, décoraient l'hétéroclite petite troupe de leurs visages parcheminés. Ni Myad ni Kellran ne s'étaient attendus à succès si rapide, eux qui s'étaient imaginés naviguer seuls jusqu'à Vroengard. Ils s'efforcèrent de gérer cette affluence inattendue, tantôt en apaisant les uns, tantôt en dynamisant les autres. Ils traitaient les plus rustres de la même manière que les mieux nés, selon le respect qu'ils leur inspiraient, ce qui plut beaucoup mais ne surprit pas ceux qui avaient déjà rencontré l'Impératrice. Chacun participa à l'installation du camp à sa manière, selon son savoir et ses forces. Les deux dragons s'amusaient comme des petits fous au milieu de cette foule à la fois fascinée et terrorisée selon qu'ils se montraient magnanimes ou capricieux. Ils n'étaient cependant les plus beaux qu'une fois qu'ils étaient réunis, se caressant et se pourléchant sans gêne face aux bouches bées de mortels ébahis. Des abris, des dortoirs, des établis. On tâcha de trouver une place à tout le monde, une utilité à tous. Vingt-sept membres du Fleuve noir avaient péri dans les flammes pendant que les vingt autres s'étaient occupés à fuir avec les biens, les parchemins et l'argent amassés au sein des appartements de la souveraine. Myad put ainsi fournir eau, nourriture mais aussi matériel aux pèlerins de sa cause. Elle ne tolérait toutefois aucune sorte d'abondance ou d'oisiveté, ne sachant pas quand et comment ils seraient en mesure de récolter plus d'argent.

Les jours passèrent. Leur nombre gonfla. A Teirm, ils étaient l'attraction générale : un ramassis de déchets, disait l'un, la crème de la crème impériale, disait l'autre. Tous se trompaient. Ils avaient sous les yeux un maelström en perpétuelle évolution, de fange et de fruits, de soie et de sueur. La Dame noire et le Fils du Soleil y maintenaient une homogénéité qui avait quelque chose de peu naturel. Et pourtant... L'ensemble tint.

Des bagarres eurent lieu ; et plutôt deux fois qu'une. Entre les membres du Fleuve noir, les deux chefs et les dragons, on était toujours certain de recevoir une correction – ou ne serait-ce qu'un sermon – en cas de délit. Le vol était sévèrement sanctionné, la manipulation et le mensonge n'étaient guère plus tolérés. Pour simplifier la vie de ses citoyens quelque peu perturbés, Myad leur fit comprendre qu'ils n'avaient qu'à vivre comme s'ils étaient encore sous son impériale autorité. Cela tranquillisa quelques hères. Ceux-là même qui s'obstinaient à l'appeler Votre Majesté. Ayahantê leur rappela plusieurs fois que ce n'était plus là son titre, puis elle abandonna. Les habitudes sont tenaces. De plus, elle devait reconnaître qu'étant une ancienne souveraine toujours aussi altière et déterminée, il pouvait être incompréhensible de la destituer d'un trône qu'elle paraissait avoir conservé.
On venait les voir, avec méfiance d'abord, avec curiosité ensuite. Les artisans étaient encouragés à produire et à commercer ; on se pliait en quatre pour leur fournir des installations décentes. Les mages étaient ravis de pouvoir côtoyer les dragons et, au commencement, ne fréquentèrent que ceux-ci. Les têtes pensantes traitèrent les autres avec indifférence, voire mépris. Vivre ensemble les poussa à changer de comportement. Petit à petit on observa des comportements inédits ; untel s'intéressant à la sculpture, unetelle suggérant des conseils sur la température du matériau à travailler. D'abord méfiants, les manuels finirent par les écouter. Myad les observait avec grande attention. Elle aussi voyait se profiler des changements à venir. Elle poussa les uns à se mêler aux autres. Elle continuait à dispenser ses conseils ataviques et on l'écoutait plus attentivement que jamais. Car en ces lieux elle se trouvait avec des fidèles uniquement, se souvint-elle. Personne pour la haïr ou la rejeter toute entière ; ceux qui étaient venus l'avaient fait parce qu'ils croyaient en elle, ne serait-ce que partiellement. L'Impératrice déchue réfléchissait.

Au dix-neuvième jour, ils reçurent des voyageurs pour le moins inattendus. Huit elfes noirs, cinq mâles et trois femelles, demandèrent à parler à la fille d'Athor et à « son elfe de la surface. » Déduisant qu'il s'agissait de Kellran, Myad alla à leur rencontre. Elle chargea plusieurs guerriers de maintenir les curieux à distance afin qu'ils restent seuls avec cette étonnante compagnie.

« - Me voici, Myad, fille d'Athor et de Minëria, annonça-t-elle en posant un pied sur une souche fraîchement décapitée, bras croisés. Laissez-moi vous présenter Kellran Anarion, dit le Fils du Soleil. A présent que nous nous sommes nommés, c'est à votre tour.
- Je m'appelle Kveyko, déclara le mâle le plus en avant en s'inclinant brièvement. Et voici mon clan.
- Quelle est votre maison ?
- Nous ne répondons d'aucune maison, rétorqua fièrement Kveyko, plissant ses yeux rouges.
- C'est ce que vous me dites. Et qu'est-ce qui me le garantit ? Vous pourriez très bien être des espions. De plus sachez que j'ai encore moins confiance en les serviteurs de Vhaeraun qu'en ceux de Lolth, ce qui vous donne une idée du degré de méfiance que vous m'inspirez. »

Kellran émit un reniflement dédaigneux. Il était quelque peu tendu. Prêt à mordre, même. Sa récente aventure dans les souterrains l'avait si profondément atteint qu'il n'était plus très civilisé quand on le relançait sur le sujet.

« - Vous vous méprenez, intervint une des femelles, une petite femme aux tresses blancs si longues qu'elles lui atteignaient les genoux. Nous nous sommes enfuis de l'Outreterre pendant l'insurrection, profitant du chaos survenu par la disparition de cette catin de Nyara !
- Et vous allez me faire croire que vous vous promenez depuis ce jour sur la surface, tranquillement, entre vous ? Avant de vous dire que, tiens, ça serait quand même plus amusant de rejoindre la bannière de l'illégitime enfant du trône d'Outreterre, non ? Comme ça, elle nous comprendra sans nous renvoyer dans les tunnels ! »

Un silence courroucé lui répondit. Le plus jeune des mâles paraissait prêt à se mettre en colère, mais quelqu'un lui pinça discrètement le bras et il resta coit. Son regard en revanche continuait à flamboyer d'indignation.

« - J'ai touché juste, visiblement. Combien étiez-vous à votre départ ?
- Quatorze, princesse, répondit Kveyko en reprenant contenance.
- Ne m'appelle pas princesse, feula la demi-drow. Vous avez une autre Reine sur le trône, de sang cette fois, et bénie par Lolth. Ne m'inspire pas l'envie de vous envoyer à elle pour répondre de votre désertion.
- Comme vous voudrez... Myad. » Il avait l'air plus indécis que fâché. « Vous n'êtes plus Impératrice du Saint Empire sur la surface, vous avez laissé votre trône sous celle-ci. Comment devons-nous vous considérer, par conséquent ?
- Vous connaissez mon vrai nom. Vous avez l'autorisation de l'utiliser. En attendant d'autres titres, c'est comme cela que vous devrez me considérer. » Elle sourit, moqueuse et menaçante. Les drows se concertèrent en silence, puis hochèrent la tête.
« - Cela nous convient. Nous vous respecterons en tant que telle. »

Myad connaissait suffisamment les elfes noirs pour savoir que leur notion de loyauté, d'obéissance, de respect était en étroite relation avec leur orgueil. Ils n'obéiraient jamais pour quelqu'un de méconnu, de laid et de faible. Cela les vexerait trop. Ils aimaient se targuer de dépendre d'une personne puissante, tant qu'ils ne l'étaient pas eux-mêmes.

« - Qu'avez-vous à m'offrir ? Demanda-t-elle, s'attirant par là la surprise de Kellran, qui lui lança un regard perçant. »

Elle lui adressa un minuscule clin d'oeil afin de le convaincre de faire comme si tout était normal. Ces drows ne pouvaient être venus qu'avec des paroles en l'air discuter avec une fille de leur peuple ; elle ne serait pas laissée prendre à ce petit jeu sans intérêt. Nullement surpris – soulagés, même – les elfes noirs firent signe à trois mâles qui disparurent dans les bois pour en revenir avec un gros coffre abîmé. Elle le parcourut du regard, intriguée. Yenlui, éloigné et distrait jusqu'à présent, se rapprocha avec la ferme intention de la protéger de son contenu. Delva fit de même, enveloppant son Dragonnier de son ombre rassurante.
Le coffre fut déposé aux pieds de l'hybride. D'un signe du menton, elle demanda aux drows de rejoindre leurs frères. Elle sonda attentivement le récipient... Et l'ouvrit. Après trois secondes d'observation – recherche de sort d'illusion, notamment – la Dame sanglante referma sèchement le couvercle. Sa figure n'exprimait rien.

« - J'accepte votre cadeau, dit-elle finalement, froide et visiblement peu impressionnée. Allez au réfectoire manger pendant que le repas est encore servi, buvez et mangez sans causer de problèmes. Yenlui vous escortera... Ou vous dévorera si vous l'ennuyez. Je vous rejoindrai plus tard pour le reste des formalités.
- Ayahantê, la saluèrent les elfes. »

Et ils s'éloignèrent, Yenlui avec eux. Il ne joua pas avec eux, ne leur proposa pas de monter sur son dos, et fit même mine d'en écraser un. Il avait appris de sa Dragonnière qu'être gentil avec un elfe noir n'était pas la meilleure façon de s'en faire un ami.
Le souffle de Kellran lui chatouilla la nuque.

« - Mon amour, ce cadeau... Était-ce bien ce que je pense ? Murmura-t-il en faisant galoper ses doigts le long de son échine, faisant passer ses chuchotements pour de banales tendresses. »

Elle hocha lentement la tête, encore abasourdie. Puis, peignant sur sa figure une expression plus adéquate, elle lâcha les drows du regard pour mordiller l'oreille de son amant.

« - Si tu penses à l'ébonite, le matériau précieux et capricieux utilisé par les elfes noirs pour leur armurerie, alors oui mon soleil, c'est ce que tu penses.
- Le moins que l'on puisse dire alors, c'est que c'est un beau cadeau, alors...
- Des lingots d'or m'auraient moins ébranlée ; ce métal est rarissime hors des lieux où il est extrait et forgé...
- J'en prendrais grand soin, si tu me permets de m'en occuper. » Les prunelles de l'elfe gris brillaient d'excitation, et d'autre chose également. Un éclat dur, froid lui rappelant les premières fois qu'il avait forgé ce métal à la couleur si fascinante : en captivité. « C'est un rêve de forgeron que tu réaliserais ! »

Myad lui sourit, mais sans conviction. Ses pensées étaient ailleurs et Kellran le vit.

« - A quoi penses-tu ? Demanda-t-il doucement.
- Le temps que tu découvres tous les secrets de l'ébonite, je crains que tout ce beau métal devienne gâchis. Idéalement, il te faudrait un professeur.
- S'ils étaient encore en vie, j'aurais demandé à l'un des jumeaux chargé de la forgeonnerie royale drow, mais je ne suis pas né de la dernière pluie. Avec du temps, j'arriverai à... » Il lut dans les yeux de sa compagne. « L'un d'entre eux ? Tu crois ? »

Cette fois son sourire se fit narquois. Yenlui émit un puissant rugissement d'appel, auquel elle ne prêta pas attention. Il était content ; sans doute devait-il s'amuser à effrayer les drows.

« - A ton avis, comment ont-ils pu voler un tel stock ? » Kellran chercha dans la foule les silhouettes sombres de leurs nouveaux alliés, en vain. « Est-ce ton futur professeur et apprenti que tu désires apercevoir, ou l'une de ces putains noires aux langoureuses chutes de reins ?
- Tu rirais moins si c'était l'une d'entre elles qui devait m'apprendre à forger, ricana l'elfe.
- C'est certain. Je rirais moins, trop occupée à faire jaillir des hurlements d'entre ses vilaines petites dents. Hâtons-nous de cacher ce coffre avant qu'il ne s'envole sous nos yeux.
- Maître, si je puis me permettre... »

C'était Erha. La sorcière salua rapidement, ses cheveux noirs ornés de grelots tintant doucement.

« - Pardonnez-moi de vous déranger ainsi, mais il y a un Dragonnier et un dragon qui approchent. Les patrouilles ont tenu à vous prévenir de sa présence.
- Identifiez-le et cantonnez-le aux abords du campement, je suis occupée pour le moment, rétorqua Myad en se penchant vers le coffre.
- Maître... C'est un jeune dragon vert... Que mes frères et soeurs, ainsi que moi-même, avons reconnu. »

Elle se releva brutalement. Une nouvelle fois, il était impossible de deviner quelle émotion étreignait son coeur, hormis si on la connaissait bien... Et que l'on savait qui s'approchait.

« - C'est pour cela que Yenlui a rugi, supposa Kellran. Que faisons-nous, mon amour ?
- Delva, si tu en as la gentillesse, je serais heureuse que tu caches ce coffre. Cela évitera d'attirer l'attention comme si cela avait aussi compris Kellran et moi.
- De toute façon, je t'accompagne, décida le guerrier. Moi aussi j'ai envie de saluer ton apprenti. »

Myad grimaça. En dépit de sa joie de revoir Oryon après des mois de séparation, elle avait un mauvais pressentiment. Un pressentiment qui n'allait pas tarder à devenir une certitude...



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Dernière édition par Myad le Mer 13 Fév 2013 - 13:11, édité 1 fois
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Myad
Message Sujet: Re: Ères [Monorp] | Mer 13 Fév 2013 - 13:11


Racines



Trente jours après la reddition de la Dame sanglante, le camp du nord de Teirm se vida de moitié. En une nuit. Le terme était abouti : une centaine d'hommes et de femmes embarquèrent donc au secret des heures les plus noires pour le premier voyage. Celui qui déterminerait si, oui ou non, la vision qui avait été communément transmise à Kellran et Myad se concrétiserait en une terre d'accueil. Le couple était étonnamment silencieux. Leur visage fermé, leur ton sec et leurs bouches étrécies en une ligne étaient une invitation à rester à distance, ce que tout le monde s'empressa de faire. Les chefs n'ennuyèrent personne. Ils se tinrent l'un contre l'autre, sur le pont, indifférents à la fois aux bourrasques de vent glacial et au tangage nauséeux du navire crevant les flots. La femme portait son armure, un ingénieux compromis entre l'armure lourde et l'armure légère, entre le métal et le cuir. Pas de cape pour cette fois, même si elle avait enveloppé son cou jusqu'au nez d'un épais foulard doublé de fourrure. Elle portait, comme d'ordinaire, sa dague drow Ujah, son fouet et une dague elfique. Son binôme arborait, avec un naturel déconcertant, une combinaison de son peuple, d'une élégance inimitable et d'une résistance certaine. Ses mains étaient protégées par des gants de fourrure, un bandeau retenait ses cheveux cuivrés. Le bruissement incessant de la mer était régulièrement couvert par les cris des dragons, ceux-ci faisant fi de la bise et des températures hivernales pour jouer ensemble comme des dragonneaux. Un enthousiasme que ne partageait pas leurs Dragonniers ; tendus, inquiets, impatients, ils guettaient.

Et ils la virent. Bien avant les êtres humains.

L'île majestueuse telle qu'elle leur était apparue dans leurs songes... Les lourdes brumes se mouvant avec difficulté au-dessus d'arches brisées, de reliefs de meubles noircis, de lits de fleuves fantômes. Des langues de feu minuscules ou monstrueuses, surgissant hors de crevasses en un éclair mauve, vert, turquoise illuminaient soudainement le brouillard. L'ombre de créatures innommables se dessinait vaguement sans se laisser identifier. Là-bas une silhouette familière, cadavre d'une citadelle vaincue dont les quelques restes épars suffisaient à peine à la situer... Yenlui rasa les flots à côté du navire, ponctuant son passage d'un rugissement qui se voulait admiratif. Il lança un dernier regard langoureux à sa Dragonnière avant de reprendre de l'altitude, arrosant le pont dans un puissant coup d'ailes. Myad sourit, amusée par les facéties du reptile mâle. Elle retrouva rapidement son sérieux ; les doigts enroulés autour du manche de sa dague – empoisonnée par ses soins – elle reprit son attitude de guet. Deux marins qui l'observaient utilisèrent le mot « prédateur. » L'hybride eut envie de ricaner. D'eux, ou de ce qui les attendait, elle n'était pas certaine de savoir qui avait droit à prétendre ce titre...
Les dragons dorés atterrirent sur l'île bien avant que le bateau ne se décharge de ses passagers. Leurs bipèdes se serrèrent la main, tous deux vibrants d'une angoisse contenue. Les reptiles volants, sur leurs gardes, foulèrent précautionneusement le sol aride, surveillant le moindre bruit suspect. Ils explorèrent ainsi les rivages à accoster durant une longue demi-heure avant de déclarer la zone relativement sûre. Ils avertirent toutefois leurs compagnons, par la pensée, qu'ils détectaient de nombreuses formes de vie sur l'île. Des formes de vie qui ne mettraient pas longtemps à les détecter à leur tour... Si ce n'était déjà fait. Delva s'éloigna un peu plus, téméraire, découvrant ainsi le squelette d'un congénère dont une partie des côtes et pattes avait était disséminée. Y en avait-il beaucoup d'autres ? En restait-il... Vivants ? La dragonne céda aux supplications de son mâle et retourna auprès de lui. Il n'était pas temps de jouer les aventurières. Kellran en la voyant trottiner en arrière ne retint pas un soupir de soulagement. Ce lieu était par trop connu pour les macabres événements qui y avaient désunis dragons et Dragonniers... A tout jamais.

Ils débarquèrent donc sur la rive sud. Sous les directives des deux chefs et de la magicienne Magdalena, on monta le camp. Les charpentiers et les menuisiers s'attachèrent à monter les palissades qu'ils avaient préparées avant d'embarquer. Les tailleurs de pierre acheminaient des briques disparates aux quatre coins du site élu afin de commencer une muraille modeste. L'idée était davantage de délimiter des frontières que de protéger de quoi que ce soit : il fallait aller au plus rapide. Il leur fallait se montrer efficaces. Myad s'entretenait régulièrement avec chacun, à qui elle répétait les consignes de sécurité et le comportement à adopter dans un environnement aussi hostile. Travailler de manière régulée pour ne pas s'essouffler, ne pas hésiter à boire sans abus – et ne surtout pas s'enivrer. Ne pas hésiter à prévenir les gardes ou les chefs si problème il y avait. Elle devait surtout faire face à l'effroi de femmes dépassées par la moiteur de l'air, la menace de l'atmosphère, à des hommes découragés par ces grises landes stériles. Kellran s'entretenait surtout avec les elfes noirs. Elfes qui n'étaient guère décontenancés par l'hostilité ambiante. Il faut dire qu'en Outreterre, les tunnels regorgeaient de monstres. Ils étaient habitués à vivre au sein d'une terre qui ne voulait pas d'eux, et à s'y imposer au nez et à la barbe de tous. Cette perspective leur plaisait. Et ils aimaient bien le Fils du Soleil. Surtout les femmes ; au grand dam de Myad qui savait pourtant pertinemment qu'elles insistaient en grande partie pour le plaisir de l'ennuyer. La demi-drow finit par les ignorer totalement. Elle avait d'autres chats à fouetter : dès leur premier soir sur Vroengard, les Diamants se mirent à la harceler.

Ce lieu très hautement magique, chargé d'histoire et de secrets, elle l'avait déjà visité, des années plus tôt. Cependant à cette époque, outre sa très lourde amnésie, elle devait déplorer un refus inconscient et durable de son identité... Ainsi que des messages que les gemmes voudraient bien lui transmettre. Ce n'était que récemment, quelques années plus tôt, que la demi-elfe s'était suffisamment ouverte aux vieux esprits pour que ceux-ci puissent lui dévoiler leur réel potentiel. Le passé de ceux qui l'avaient précédée, notamment, s'était mis à la hanter par intermittence. Une fois la nuit tombée, plusieurs heures après avoir débarquée, elle fut littéralement submergée par les souvenirs. Incapable de revenir à la réalité, Myad erra pendant douze heures, de façon ininterrompues, dans la même bibliothèque, à des années différentes, à des mois différentes, parfois dans une seule mémoire, parfois en vagabondant dans une autre. Elle avait l'impression qu'elle n'en sortirait jamais. Les Diamants étaient si obsédés par ce lieu qu'elle craint de n'en sortir jamais. Finalement, l'hallucination cessa, la laissant pantelante et migraineuse auprès d'un Kellran insupportable d'inquiétude. Il la bombarda de questions, la gava de médications, la recouvrit de couvertures et d'attentions. L'elfe le laissa faire tout en conversant avec Yenlui, qui n'était pas moins soucieux mais s'était contenu. Le dragon n'aimait pas l'idée que les Diamants imposent à leur porteuse une quête aussi louche, dont ils ignoraient même si elle débouchait sur quelque chose... Et surtout, sur quoi déboucherait-elle ? La Gardienne regretta l'absence de son père, ancien Gardien, et si vieil individu qu'il aurait sûrement eu une réponse à ses questions. Il était mort, ainsi que tous ceux qui les avaient précédés, les laissant seuls avec ce pouvoir terrifiant dont elle ne faisait que commencer à comprendre les différents aspects près de soixante-dix ans après qu'on l'a lui ait donnée.

Tandis que le camp prenait forme de manière significative, l'ancienne Impératrice décida de partir à la recherche de cette fameuse bibliothèque. Elle voulut que Kellran reste au village mais c'était compter sans son opiniâtreté. Yenlui n'essaya même pas de convaincre Delva, sage précaution qui lui évita de perdre son temps. Myad, elle, dut admettre qu'elle ne réussirait pas à faire changer son amant d'idée. Ils partirent donc en laissant Magdalena en charge de la surveillance générale. La magicienne était une personne aussi fiable que futée ; ils lui faisaient confiance. Onello avait été laissé auprès de Fawst, auquel cas il l'aurait secondée dans sa tâche. Myad avait grand hâte que le reste de sa compagnie ne la rejoigne ; ils lui manquaient, comme une partie d'elle-même dont elle ne pourrait plus se passer.
Leurs recherches prirent deux bons jours durant lesquels les elfes, le gris et l'hybride, ne furent pas mécontents d'être accompagnés de leurs dragons. Les reptiles subissaient certes l'assaut de la magie ambiante, agressive et méchante comme une grêle invisible, mais ils étaient capable de les porter plus loin et plus longtemps que n'importe quel cheval qui serait sûrement devenu fou, si loin dans les terres maudites. Ils croisèrent de très étranges créatures, inoffensives pour certaines – ces énormes escargots qui faisaient la taille d'un homme adulte les fascinèrent. Ils furent agressés sauvagement par une bande d'humains complètement fous, suffisamment cinglés pour se jeter à mains nus sur un dragon adulte. Delva et Yenlui les réduisirent en charpie mais ne les mangèrent pas, malgré leur faim. La vision de ces êtres en guenilles, rugissant comme des bêtes et roulant des yeux fous, leur coupait l'appétit. Après examen des lieux, leurs Dragonniers conclurent qu'il s'agissait de chasseurs de trésors. Ils auraient succombé à la folie. Ils trouvèrent quelques pièces de vaisselle en or, ternies, salies, mais encore en état d'être vendues. Ou avaient-ils trouvé ça ? Ils découvrirent des outils poussiéreux ou rouillés. Certains encore en état furent empaquetés. Enfin, ils virent une petite tablette de pierre sculptée. Une magnifique gravure si délicate qu'elle paraissait prête à prendre vie. L'elfe gris ne se sentit plus de joie. Il exultait, et sa dragonne avec lui, ensevelie sous l'excitation de son compagnon. Cette tablette, jurait-t-il, avait été sculptée par ses ancêtres. Myad se joignit à sa fièvre. Ils se prirent à espérer. Leurs espoirs ne furent pas déçus.



Ils finirent par mettre la main sur un souterrain à demi défoncé, dont le toit s'était en partie effondré en le rendant inaccessible... Pour des pilleurs traditionnels. Une fois la voie dégagée, les bipèdes se glissèrent dans les ténèbres du sous-sol.
Les Diamants émirent un sifflement accompagné d'une activité magique accrue. Un vacarme qui réussit à couvrir les exclamations d'admiration de leur porteuse. Myad, dont la vision nocturne était excellente, décrivit les lieux à Kellran, qui se hâta de les illuminer. Un bref silence, presque religieux, les unit tous deux. Ils l'avaient trouvé. Mieux que ça ; elle avait été miraculeusement épargnée.
La bibliothèque ne pouvait être déplacée, car sculptée à même le sol. Elle faisait partie de la terre, elle était roc parmi les rocs. En revanche les ouvrages, coffrets, objets qu'elle recelait pouvaient en être retirés. Myad s'étonna qu'ils ne fussent pas protégés par des sortilèges, puis se rappela que Vroengard était saturée d'étrangetés et d'équivoque magie. Ils prirent une partie des trésors pour un premier voyage. Une semaine plus tard, ils avaient respectueusement vidé les lieux. Les transportant avec mille précautions dans leur nouvel écrin, au village.

Les savants, historiens et autres magiciens qui furent présentés aux trésors furent pris de folie. On dut les tenir éloignés de force pour leur éviter de se battre et de risquer de les abîmer. De longues discussions s'amorcèrent ; on finit par calmer les ardeurs de tous. On n'autorisa chacun à accéder à la nouvelle bibliothèque qu'une fois que la sécurité de celle-ci fut mise en place. A partir de ce moment, l'ambiance générale se transforma.
Tout le monde avait quelque chose à apprendre des vestiges. Artisanat, philosophie, techniques de combat. On tremblait d'émotion en découvrant ce qui avait dormi là. Un sentiment général de béatitude, de fierté, de communauté surtout prit naissance entre ses rayons. On commença à demander un nom à Myad, un symbole à Kellran. Le peuple ne se considérait plus léonien, elfique, surdain. On voulait être autre chose. Et quelque chose d'unique !

D'abord indécis, les chefs se réunirent pour discuter longuement. Le Fleuve noir fut invité à prendre la parole à plusieurs reprises, puis certains des fidèles pris au hasard. On se plaignait souvent de ne pas voir les étoiles au-dessus des brumes, sur le rivage, la nuit. Delva proposa la Guilde Astrale. Ce fut le commencement d'un fourmillement d'idées.
Magdalena fut honorée du titre de troisième chef. Elle serait responsable des chercheurs, au sens large. Elle guiderait ceux qui cherchaient de nouveaux systèmes de forgeage, de nouvelles manières de tisser, les nouvelles propriétés d'une plante, de nouvelles pratiques de médecine, et tout ce qui s'ensuivait. On la surnommerait Aigle et représenterait une partie du commandement, nommé La Trinité.
Kellran se proposa naturellement pour chapeauter les artisans, en étant un lui-même. Il avait hâte de connaître le processus de fabrication des cuirs, des poutres, des statues, des outils et tout ce qu'il ignorait encore pour aider les producteurs de l'exceptionnel et du quotidien dans leur tâche. Sa compagne suggéra qu'on le surnomme Lion. Cela fit sourire l'elfe, qui accepta sur-le-champ.
Myad décida de prendre sous son aile les instructeurs de tous bords, ceux qui avaient suffisamment accumulé de savoirs pour le dispenser à d'autres. Elle aiderait les timides à prendre de l'autorité, apaiserait les dominateurs, traduirait les paroles des plus rustres. Et à l'instar de ses deux compagnons de commandement elle apprendrait des autres, elle aussi. Son surnom s'imposa suite à un simple coup d’œil sur le tatouage et le masque du Fleuve noir ; elle fut appelée Serpent.
Chacun des chefs pourraient gérer les membres des autres, l'un n'excluant pas l'autre. Ils prenaient plus un rôle de référent que de section fermée. Ils formaient une Trinité, organe de décision et de gestion générale.
Le symbole fut dessiné par les chercheurs, dans leur envie de s'investir dans le processus de création. Un Ouroboros où figurait une tête de lion, de serpent et d'aigle enserrant un triangle où luirait une étoile flamboyante, rappelant la lune rousse. On les félicita chaleureusement. Des tisserands se hâtèrent de donner des drapeaux à leur ordre naissant.

Le village servirait de base, de lieu de vie en attendant qu'une véritable forteresse ne naisse. Et qui la construirait ? Eux, bien entendu ! L'enthousiasme amenuisait la pesanteur du quotidien. La Trinité exalterait ses membres et tous ensemble, ils construiraient dignement leur fière forteresse. Ceux qui étaient restés au nord de Teirm furent rapidement contaminés une fois qu'ils eurent rejoint les premiers insulaires. Un commerce commença à s'instaurer avec la cité portuaire ; de la terre, de la pierre, des denrées alimentaires... L'argent de l'Impératrice épuisé, on vendit ce que l'on produisait sur place. Des tours furent mis en place ; cinq heures par jour, chacun travaillait pour la communauté à sa manière, le reste du temps, il œuvrait pour lui-même. La terrasse de la forteresse serait de terre fertile, ainsi l'on pourrait cultiver. Des puits furent creusés, l'eau potable fut fêtée.

Des ambassadeurs furent envoyés dans les différentes guildes de marchands, de chercheurs, de guerriers, de savants, afin de leur proposer de se joindre au clan naissant... Des Alfäkyn nostalgiques de leur ancien général rejoignirent sa bannière... D'autres personnes arrivaient, attirées par des rumeurs, des racontars plus ou moins fantaisistes. On commençait en effet à raconter que la guilde n'accueillait que des gens exceptionnels, doués et fous à la fois. Vérité ou mensonge, cela contribua fortement à établir les bases du mythe, amenant plus de monde encore sur l'île inhospitalière. Six mois après que l'Impératrice déchue eut posé le pied sur Vroengard, la Guilde Astrale pouvait s'enorgueillir de sa croissance réussie. Deux cent personnes vivaient sur l'île dans une certaine stabilité, en dépit des attaques régulières de créatures agressives, du climat très lourd et de l'isolement du reste du monde. Une vie, un rôle, un destin, elle le leur avait promis. Et c'était ce qu'elle leur avait donné.

La Trinité proclama l'indépendance de la Guilde Astrale peu avant d'envoyer les ambassadeurs aux chefs d'Etat et de factions pour s'en faire connaître officiellement. L'Empereur pria Myad de reconnaître la bannière impériale, en guise de patriotisme, ce qu'elle refusa en rappelant la neutralité légendaire de l'île. Cela ne plut pas à Fawst. Il remercia les membres du Fleuve noir qu'elle avait laissé à sa garde et les somma de retourner chez leur maîtresse. L'armée croisa par hasard leur chemin ; seul Onello survécut au carnage. Hasard ou volonté de l'Empereur nouveau, il fut le seul à atteindre Vroengard. La Guilde ne retourna aucun message d'amitié, de soumission, de haine ou de guerre à l'encontre du seigneur vexé. En revanche personne sur l'île ne put ignorer le rugissement inhumain qui fit vibrer le cœur des hommes au retour d'Onello. Un cri qui en appela d'autres en écho, le rugissement des dragons d'or, mais aussi bien d'autres grondements et caquètements lointains. La sauvagerie répondant à la sauvagerie ; le sang attire le sang.

Et les monstres... Les monstres se désirent et se déchirent avec une compatissante passion...

~ FIN ~



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Ères [Monorp]

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