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Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen]

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Laïaga
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Message Sujet: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Mer 16 Oct 2013 - 22:24


Spoiler:
 

*Je crois que je ne peux plus mettre un pied devant l'autre...*

La réponse de Yarrock me parvint faible, comme atténuée par la distance :

*Arrête tes conneries. Tu vas pas te ramasser à deux mètres du bol de sangria, hein ?*

Je ne savais pas si c'était dû à ma propre fatigue ou à la sienne. Je poussai un long soupir, et dans un effort, réussis à ne pas m'effondrer, à mettre encore une fois un pied devant l'autre.

*C'est facile de dire ça, tu ne viens pas de passer deux jours entiers à courir !*

Quoi que « courir » était un peu prétentieux maintenant. Clopiner était plus correct.

*Ouais, j'ai juste traversé l'océan de l'ouest sans escale avec trois sacs de sable sur le dos.*

L'ombre des premiers arbres commença enfin à me couvrir, et pour la première depuis des heures d'une marche forcée éreintante, mes pieds foulèrent de l'herbe et non plus des centres et de la terre calcinée.

*On dirait que je quitte enfin les terres mortes.*

Je ne pus m'empêcher d'arborer un petit sourire, fatigué et terne, mais sincère tout de même. J'espérais qu'Ellen' se serait remise de l'incendie et de sa fuite. La forêt, en tout cas, n'avait pas encor réussi à étendre de nouveau son empire sur ces terres, mais bon, c'est le Du Weldenvarden non ? Plus magique que ça tu meurs... elle finirait bien par y arriver.

*Avec ça, les elfes risquent d'être un peu à cran avec les frontières de leur pays.
-Ouais, pas faux.
-Et vu ta gueule, il y a peu de chances pour que le premier truc qu'ils pensent, c'est « tiens, voilà l'amant de la reine qui est rentrée ».
-Ouais ouais.
-Fais gaffe à toi hein ?*

J'eus un petit rire, seul, perdu à la limite diffuse entre les terres mortes et l'orée de la forêt. Et continuai d'avancer. Encore et encore. Toujours plus loin, mais certainement pas plus vite, hein ? J'essayais de puiser dans la force vitale de la nature qui m'entourait, mais j'étais si épuisé que même ça me paraissait une tâche insurmontable.
Je ne sais pas si j'aurais réussi à terminer ma route seul, mais heureusement, les prédictions de Yarrock s'avérèrent rapidement vrai quand une elfe sortit d'un buisson, une lame pointée vers moi. Elle avait le visage fermé, barbouillé de boue et de feuilles, et des habits marrons.

-Halte, Sin'Saïan.

Je fis halte, et de bonne grâce avec ça.

-Salut l'amie, lui répondis-je d'un ton dégagé, et un peu rauque.

*Devine sur qui je viens de tomber ?
-Ta chère et tendre ?
-Non, faut pas déconner non plus... Mais une sentinelle elfe... C'était bien vu de ta part ! En revanche, elle m'a reconnu de suite.*
Mais bizarrement, ça n'avait pas l'air de l'avoir beaucoup détendue.

-Que viens-tu chercher chez les elfes, maintenant, Sin'Saïan ?

Non, décidément, pas détendue du tout. Or j'étais épuisé, vanné, lessivé. On m'avait enfermé dans une cuve pleine d'une espèce de liquide amniotique visqueux, privé de ma magie, on avait essayé de me tuer, puis j'avais traversé un océan à dos de dragon et enfin un pays à pieds.

-Je n'en ai pas encore assez fait pour que les elfes veuillent bien de moi, hein ? Arrête de me...
-DISPARAIS, SIN'SAÏAN !
-ELLENWEN ! criai-je, en balayant d'un revers de main le sabre de l'elfe, qui alla se planter dans un arbre.

Je vis plusieurs autres silhouettes, hommes et femmes vêtus du même camouflage, sortir de leur cachette. Et aucun n'avait l'air plus avenant que l'elfe que je venais de désarmer.

-C'est tout ce que je veux, retrouver Ellenwen. C'est elle que je cherche. Contente ? Je veux juste aller la retrouver à Ellesméra.... laissez-moi passer... s'il-vous-plaît...



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Dim 20 Oct 2013 - 22:06


Sin'Saïan de retour. L'elfe n'en avait pas cru ses yeux ni son esprit lorsqu'elle avait senti pour la première fois l'approche du dragon et de son dragonnier. Elle ne parvenait pas à comprendre la raison de leur retour. Après des mois passés sans nouvelle, après l'abandon de la reine, après la démission de celle-ci et, de ce qu'elle en savait, de la destruction partielle de son esprit, que pouvait-il trouver de bon à revenir auprès d'un peuple qui l'avait difficilement accepté avant qu'il ne détruise leur unité. Suspicieuse, elle suivit son périple sans comprendre. L'homme marchait droit vers la forêt, sans halte ni repos, sur de son chemin comme sûr de son droit. Elle le sentait au bord de l'épuisement. Elle le percevait à chacun de ses micro arrêt, elle le devinait à la respiration haletante et infime qui s'exhalait de sa poitrine et qui venait mourir dans l'air encore épais de poussière et de cendres.

L'elfe se sentait prise au dépourvu. Que devait-elle faire ? Il avait été l'ami des elfes. Il avait partagé leur quotidien trois années durant. Et, plus que jamais, les elfes voulaient ouvrir leurs frontières pour ne pas mourir cloitrés dans une forêt moribonde. Mais lui... Que pouvait-il leur apporter de bien à nouveau ? Maintenant qu'il avait délaissé sa compagne, qu'il avait délaissé son peuple d'adoption, que pouvait-il bien vouloir ? Voulait-il amener la guerre, souffler le vent de la révolte ou réclamer l'asile contre quelque chose qu'elle ne percevait pas ? Particulièrement méfiante, elle n'eut besoin que de partager une pensée avec ses compagnons pour ressentir les mêmes pensées bouillonner tout autour. Il n'avait plus sa place dans une société qu'il avait choisi de délaisser.

Aussi, lorsque le dragonnier posa son pied sur la frontière elfique, l'elfe émergea de la forêt. Son visage était soigneusement neutre, ni agressif ni accueillant. Un masque de cire posé sur des traits splendides.


-Que viens-tu chercher chez les elfes, maintenant, Sin'Saïan ?

L'homme semblait vraiment épuisé. La poussière de ses vêtements étaient ancienne et incrustée. Ses traits étaient figés et ton son être semblait tendu vers un seul but qu'il énonça sans détour, avec une pointe de colère désespérée. Surprise, l'elfe regarda ses compagnons. La situation était si étrange. Un ancien amant qui réclame sa compagne qu'il a délaissé. Le compagnon d'une reine déchue qui veut se rendre au palais. Plus tendue que jamais, l'elfe prit lentement la parole.

- Tu ne la trouveras pas à Ellesméra, Sin'Saïan. Cela fait des mois que Dame Ellenwen ne nous a pas honoré de sa présence.

Elle échangea un nouveau regard avec ses compagnons. L'homme semblait réellement dépassé par la situation. Ou alors, il était un comédien hors-pair, ce qui ne les aurait pas surpris autre mesure. Après tout, Sin'Saïan n'était pas connu pour être tout à fait hors de tout soupçon.




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Laïaga
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Lun 21 Oct 2013 - 12:08


-Tu ne la trouveras pas à Ellesméra, Sin'Saïan. Cela fait des mois que Dame Ellenwen ne nous a pas honorés de sa présence.

Je haussai un sourcil interrogateur.

-Des... mois ? répétai-je stupidement.

L'information mit un moment à se frayer un chemin dans mon esprit embrumé de fatigue. Des mois.... J'étais parti des mois entiers. Peut-être des années ? Je lui aurai volontiers rétorqué que c'était impossible... mais s'il y avait bien une chose que j'avais apprise au fil du temps, c'était qu'en ce monde rien n'était impossible. Enfin, pas grand chose en tout cas.
Je me laissai tomber au sol, le dos à un truc d'arbre, et eus un petit rire sans joie.

-Des mois quelle blague... Et, serait-ce un effet de ta bonté de me dire combien de temps je suis parti ? questionnai-je l'elfe, un peu plus agressivement que je ne l'aurais voulu.

En tout cas, voilà qui expliquait la réaction des elfes. Je ne pense pas qu'ils attendaient quoi que ce soit de moi en tant que peuple, mais pour eux, j'avais abandonné leur reine, ma compagne. A un moment où elle avait plutôt besoin de moi qui plus est... l'ironie du sort, comme on dit.
Mais comment est-ce que cela avait bien pu se passer ? J'étais bien la seule personne vivante à pouvoir manipuler le temps, non ? Alors quoi... Les idées mettaient un moment à s'aligner, comme engluées dans la mélasse. Les sous-sols d'Urû'baen, avec Ynae, le petit mercenaire teigneux ? Non, non bien sûr que non Swan ne m'aurait pas attendu des mois à Teirm... Alors pendant le trajet, après tout la jeune femme avait utilisé un sort que je n'avais absolument pas compris pour nous téléporter, et s'il avait simplement été moins instantané que prévu ? Mais non, ça n'était toujours pas logique, les golems nous attendaient à l'arrivée pour nous escorter... La stase, dans les cuves où l'on nous avait fourrés ? Possible... Je ne savais pas combien de temps ça m'avait pris de m'en échapper. Des mois ? Non...

-Deux semaines, repris-je en relevant les yeux vers l'elfe. C'est ce qu'a duré mon voyage, subjectivement. Alors pourquoi la réalité est différente, j'en sais foutre rien, mais crois-moi, je ne suis parti quinze malheureux jours. Alors...

Je tendis la main vers l'elfe.

-Tu veux bien m'aider à me relever, et me dire où je peux trouver Ellen' ?



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Lun 21 Oct 2013 - 19:12


L'elfe eut un mouvement de recul face au désespoir absolu qui se peignit sur les traits de l'homme et dans son esprit. Quoiqu'il pensât de ces paroles, elles l'avaient réellement touché. Bien plus qu'une information aussi banale, aussi quelconque, ne l'aurait dû. C'était comme si quelqu'un lui avait volé du temps, lui avait volé sa vie, lui avait volé son esprit. Sa façon de répéter si lentement les quelques mois. Des mois. Comme s'il ne les avait jamais entendu de sa vie, comme s'il ne pouvait en comprendre le sens simple et sans intérêt, comme si l'ancien langage avait menti à ses sens et son esprit. Ce qui était impossible. L'elfe le regarda s'écrouler au sol, sur la défensive. Jamais elle n'avait vu ni elfe, ni humain ainsi. Un nouveau regard fut échangé avec ses compagnons avant qu'elle ne reprit la parole, confirmant ses dires.

- De longs mois.

Elle économisait ses mots, craignant une nouvelle explosion qui ne tarda pas. Deux semaines. Ce qui avait été six mois se résumaient dans son opinion comme deux malheureuses semaines. Et l'homme ne mentait toujours pas. L'ancien langage ne ment pas, pas plus que le désespoir absolu qui éclaboussait le monde autour de lui, semblant jaillir de sa peau par tous les pores. L'homme était fou. Cela ne pouvait être autrement. Presque attendrie, l'elfe s'accroupit au niveau de l'homme et le regarda dans les yeux pour lire ses réactions.

- Tu es parti six mois, dragonnier. Pas quinze jours. Il ne peut n'y avoir aucune autre réalité.

La réaction se faisait attendre, pendant que le dragonnier restait figé sur sa quête première. L'elfe sentait presque les rouages de son esprit se tordre vers l'objet de sa quête, celle qui l'avait poussé à marcher jusqu'au bout de ses limites, jusqu'au bout de sa folie, comme s'il avait oublié avoir délaissé celle qu'il avait choisi comme compagne. Comme si les mois de souffrance qu'elle avait enduré, ne lui avait laissé aucun souvenir. A nouveau sur ses gardes, l'elfe se releva lorsque la question fatale fût posée. Elle ne savait que répondre. Elle resta muette, un long moment. Que pouvait-elle répondre ? Que devait-elle répondre à un homme rongé par la folie, presque à demi mort, qui réclame celle qu'il a presque tué. Tout le monde parmi les elfes savait combien l'ancienne reine avait souffert. Chacun avait ressenti les vagues de désespoir sans fond qui la nimbait à chacune de ses apparitions, malgré son visage de marbre et son esprit soigneusement tenu en laisse. Pouvait-elle donner la moindre information à celui qui risquait de détruire ce qui lui restait de raison ?

- Je ne puis te dire où elle est, Sin'Saïan. Dame Ellenwen est libre de voyager à sa guise.

Un demi mensonge, une demi vérité. A vrai dire, si l'elfe ignorait l'exacte position de la dirigeante de l'Equilibrium, elle était presque certaine qu'elle ne devait être loin de l'ancienne école des dragonniers. Elle regarda l'homme, affaissé, affalé dans son propre désespoir et pinça ses lèvres fines et délicates. Elle ne pouvait le laisser là, à l'article du vide, au bord du gouffre. Si elle ne pouvait rien, et ne voulait rien, faire pour sa raison, elle ne voulait pas avoir une mort sur sa conscience. Une éternité de remords n'était pas faite pour elle. Elle tendit la main, lentement, comme on tend la main vers un animal sauvage sur le point de mordre et prononça enfin :

- Tu devrais te reposer. Nos arbres ne sont pas loin. Tu y trouveras du repos pour un temps.




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Laïaga
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Mar 22 Oct 2013 - 20:30


« Il ne peut y avoir aucune autre réalité. »
Si tu savais, petite elfe. Je me rendis compte à ce moment-là qu'elle me prenait pour un fou. Elle me prenait pour un fou, et si son attitude s'était radoucie, c'était parce qu'elle avait pitié de moi, un pauvre hère qui... qui quoi ? Avait oublié qu'il avait abandonné sa compagne et revenait naïvement la voir comme s'il rentrait à la fin de la journée ?
Et bien, en voilà une jeune elfe présomptueuse ! Si seulement tu savais ne serait-ce que l'étendue de ce que tu ne sais pas...
Mais c'était oublier le monde qu'il y avait entre moi et cette femme. En fait, entre moi et le commun des mortels. Je fus tenté un instant de lui montrer qu'on pouvait remonter dans le temps, juste pour voir sa réaction, et si elle était toujours aussi sûre d'elle. Mais outre le fait qu'il était un peu idiot de divulguer ce genre de secrets juste pour épater la galerie, je risquais fort de ne rien réussir de mieux que d'avoir une migraine infernale, et convaincre l'elfe que j'étais définitivement bon pour l'asile.

-Tu devrais te reposer, nos arbres ne sont pas loin, continua l'elfe toujours avec la même exaspérante condescendance. Tu y trouveras du repos pour un temps.
-Oh que non...

J'attrapai la main que l'elfe avait fini par me tendre et tirai dessus pour me relever.

-Tu me crois fou, très bien, j'ai autre chose à faire que de me préoccuper de ce que tu penses de moi. Mais...

Je plongeai mon regard dans le sien, sans lâcher son poignet, et continuai d'un ton beaucoup plus froid.

-Tu me prends aussi pour un idiot, elfe. Tu ne devrais pas.

Je fins par consentir à desserrer l'étreinte de mes doigts, et tirai mon sabre de bois de mon dos, pour m'appuyer dessus comme on le ferait d'une canne.

-Je te le demande encore une fois, où se trouve Ellenwen ?



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Mer 23 Oct 2013 - 18:44



L'elfe serra les dents quand la main de l'homme se resserra comme une serre autour de son poignet. Elle sentait sa colère, sa frustration et elle sentait que son simple geste de bonté allait lui attirer les foudres d'un guerrier reconnu pour sa maîtrise parfaite du combat. A nouveau sur la défensive, elle adopta instantanément une positive défensive. Sa main libre protégeait sa poitrine pendant que ses pieds se déplaçaient pour lui assurer une grande stabilité. Elle ne comprenait pas la colère de l'homme. Elle ne comprenait pas pourquoi tout semblait l'irriter, tout semblait le blesser. Bien sûr, s'il se croyait parti quinze jours... Mais elle n'aimait pas sa condescendance, elle n'aimait pas le pli d'amertume de ses lèvres, elle n'aimait pas qu'on lui parle comme à un animal étrange. Ses lèvres se pincèrent.

- Je ne te crois pas fou, homme. Je crois seulement que tu es parti six mois, abandonnant ta compagne, tes amis et tout un peuple, pour revenir effrayé de ce que tu as manqué.

Ses yeux croisèrent ceux de l'homme et elle y lut une détermination semblable à la sienne. Il voulait savoir et elle refusait de parler. Elle ne pouvait ni ne voulait se mêler de ce qui ne la regardait pas. Elle ne pouvait être celle qui indique à un déserteur le moyen d'achever de détruire ce qu'il avait abandonné. Elle ne se souvenait que trop de la pâleur marmoréenne de l'ancienne reine lors de sa dernière visite au conseil, de ses traits tirés et de ses mains qui tremblaient parfois, sans que personne ne sache pourquoi. Elle n'était pas certain que la Dame Ellenwen puisse tolérer sa présence. Si elle se cachait de lui, si elle le fuyait, alors elle ne devait pas être celle qui allait trahir son secret. Lorsqu'elle reprit la parole, ses mots étaient décidés, presque chuchotés avec force.

- Tu es idiot, Sin'Saïan, si tu crois que je sais exactement où se trouve ta compagne. Tu es idiot si tu crois qu'elle juge bon de me tenir personnellement au courant de ses déplacements. Tu devrais savoir, tu devrais comprendre mieux que personne son indépendance insaisissable. Il y a des quêtes que tu devras mener seul, si tu veux avoir une chance de les réussir. Et toi plus qu'un autre devrait savoir que l'ancien langage ne ment pas.

S'il n'était parti que quinze jours, s'il pensait avoir quitté ces terres depuis quelques semaines, il y avait tant de choses qu'il ignorait. Tant de bouleversements, tant de décisions qu'il n'avait pas connu. Et il allait devoir le découvrir seul. Des mois de retard. Des mois d'absence. Elle sentit l'approbation de ses camarades, sans avoir besoin d'échanger un regard. Elle les entendit se replier silencieusement dans les bois, la laissant seule vers ce qui n'était plus une menace.

- Si tu veux des informations, je ne suis pas la mieux placée pour te les donner, et tu n'es peut-être pas le mieux placé pour les recevoir.




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Laïaga
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Jeu 24 Oct 2013 - 19:28


[Je viens de penser à un truc en écrivant, à propos de cette histoire de mentir en Ancien Langage ou pas... comment elle peut lui dire qu'elle le croit pas fou ? ^^ ]

Les elfes qui nous entouraient disparurent, ne laissant que la fille et moi. Fille à qui je me retenais d'envoyer mon poing dans la figure. Ça n'arrangerait rien, bien au contraire, ça me mettrait les elfes qui restaient encore neutre à mon égard à dos. Et puis ça ne serait pas très urbain.

-Si tu veux des informations, je ne suis pas la mieux placée pour te les donner, reprit l'elfe. Et tu n'es peut-être pas le mieux placé pour les recevoir.
-Si, rétorquai-je avec un calme qui m'étonna moi-même. Ah... tu ne m'aides pas beaucoup, elfe, vraiment. Si tu commençais par me dire ton nom ? Après tout tu connais le mien, et t'appeler « elfe » ce n'est pas très respectueux.

Les gens qui parlaient par énigmes m'avaient toujours tapé sur les nerfs. Cette elfe avait visiblement décidé qu'elle n'allait pas me faciliter la tâche, mais il fallait bien l'avouer : j'avais besoin de son aide. J'en prenais conscience petit à petit, mais les elfes ne devaient pas seulement me prendre pour un lâche. Je devais avoir l'air d'un traître à leurs yeux. J'avais abandonné leur reine, j'avais brisé un serment plus ou moins sacré à leurs yeux, j'avais renié l'affection qu'ils commençaient doucement à me porter.
Bref, un retour à la case départ quant à mes relations avec le beau peuple. Alors celle-là, qui n'était pas ouvertement hostile, même si elle se payait éhontément ma tête, j'avais plutôt intérêt à profiter de sa présence.

-Prenons les choses dans l'ordre. Un, l'ancien langage ment très bien, une demi-vérité c'est un mensonge, un mensonge par omission, c'est un mensonge aussi. Deux, j'ai du mal à croire que la reine des elfes disparaisse sans que quiconque ait la moindre idée d'où elle a pu partir, et j'ai du mal à croire que tu n'aies pas un avis sur la question. Et trois...

J'étendis les bras dans un geste théâtral.

-... si ce n'est moi, qui est bien placé pour les recevoir, tes informations, hein ? Accompagne-moi tu veux ? lui intimai-je.

Je jetai un rapide regard alentour, le temps de me repérer, et repris ma marche, en clopinant comme quand j'avais traversé les terres brûlées. Je ne visais plus Ellesméra mais bien au sud de la ville.
Je me retournai vers l'elfe au bout de quelques pas, elle n'avait pas bougé et me jetait un regard surpris. Elle finit cependant par m'emboîter le pas à travers la forêt, j'eus un petit sourire.

-J'ai dû lui faire énormément de peine, j'en  ai conscience, d'autant que j'ai disparu au pire moment possible, repris-je.

J'attrapai le sabre de l'elfe, toujours planté dans son arbre, quand nous passâmes devant, et le lui tendis.

-Mais je l'apprends là, aujourd'hui, vois-tu ? Alors, ma réaction, ça devrait être de me dire « oh, j'ai été un affreux goujat, mieux vaut disparaître et ne plus jamais essayer de voir la femme que j'aime » ? C'est ce que tu penses que je devrais faire ? Que le désir profond d'Ellen' c'est d'apprendre un jour que je suis rentré en Alagaësia, mais que je n'ai jamais osé aller la retrouver, parce que j'avais peur de lui faire de la peine ? C'est vraiment ce que tu penses ?

Ah... si seulement je lui avais laissé, ne serait-ce qu'un petit mot sur sa table de chevet avant de partir... « Ne t'inquiète pas ma chérie, je suis parti à l'autre bout du monde combattre une guilde maléfique, mais je reviens vite. Remet-toi vite, bisous. »
C'est toujours plus facile à dire, après quoi... Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour pouvoir remonter le temps un petit coup, pensai-je avec amertume.

<><><><><>

-Ah, nous y voilà, enfin !

Je n'avais pas grand espoir de trouver Ellenwen ici, pour la simple raison que l'elfe qui m'accompagnait n'avait pas l'air de savoir où nous allions. Mais ça ne coûtait rien d'essayer ; après tout, elle avait peut-être bien dit la vérité !
En face de nous une cascade se déversait avec fracas dans une cataracte agitée.

-Suis-moi... Aie confiance, lançai-je à l'elfe en lui faisant un clin d’œil.

Et sans attendre je m'enfonçai sous le rideau d'eau, pour pénétrer dans la demeure d'Ellen' dont si peu de monde connaissait l'existence.
Et comme de juste, elle avait l'air totalement vide...



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Jeu 24 Oct 2013 - 23:15



L'homme semblait se calmer, progressivement. L'elfe ne parvenait pas à comprendre pourquoi. Il n'agissait pas comme celui qui abandonne un combat, qui baisse les bras devant l'adversité et renonce à son but. Il semblait au contraire plus que jamais décidé à suivre sa voie, sans se soucier des conseils des autres. Pourtant, sa voix s'était fait presque douce, presque raisonnable et sur son visage, perclus de fatigue et d'épuisement, se dessinait une nouvelle sérénité tranquille. Il lui demandait son nom, dans une étonnante marque d'attention, il tentait de la raisonner. L'elfe se sentit plus mal à l'aise, gênée par ce qu'elle ne comprenait pas. Elle sentait sa condescendance à son égard sans la teinte de mépris qui accompagnait en général ce genre de remarque. Du bout des lèvres, parce que la politesse elfique l'y obligeait, elle laissa tomber :

- Vaï. Mon nom est Vaï, Sin'Saïan. Elle ne put se retenir d'ajouter. Et je ne suis pas là pour t'aider.

L'hostilité qu'elle ressentait commençait à s'atténuer, laissant place à un agacement permanent. L'humain parlait trop, tentait de raisonner, de la convaincre et peut-être de se convaincre lui-même. Depuis qu'il avait admis la longueur de son départ, il semblait vouloir se justifier à tout prix, prouver qu'il n'y pouvait rien, racheter sa conduite de mot vide. Son discours sur le mensonge lui arracha un sourire ironique qu'elle ne chercha pas à dissimuler. Lui, lui faire un cours sur les moyens de mentir en ancien langage. Elle ne mentait pas. Tout au plus jouait-elle avec les mots, comme lui-même le faisait si bien.

- Il n'y a de mensonges que l'absence de vérité.

La phrase avait été marmonnée plutôt que dite, dans un soupir exaspéré. L'homme ne comprenait rien à son peuple, ne parvenait plus à accepter ce qui l'avait bercé des mois durant. Mais elle ne put se retenir de tiquer lorsque le mot reine franchit sa bouche. Elle pinça les lèvres et le nez, inspira plus doucement et ne dit rien. Il n'avait toujours pas compris. Il ne cherchait pas à voir ce qui était sous son nez, à chercher un sens derrière les mots. Il écoutait mais n'entendait pas. Un instant, elle faillit le détromper, lui ouvrir les yeux sur ce qui n'était plus. Mais la tirade avait continué et le moment était passé. Elle ferma la bouche et stoppa le cours de ses pensées. Elle ne voulait pas argumenter avec lui. Pas ainsi, pas comme ça, dans une joute verbale sans fin et sans utilité. Qu'il se débrouille !

Belle résolution qui vola en éclat quand l'homme lui tourna le dos, reprenant sa quête inlassable, et la plantant là. Surprise, elle le regarda se diriger vers le Sud, bien loin d'Ellesméra et de ceux qui, peut-être, auraient pu l'aider dans sa quête. Bon sang ! Elle détestait qu'on lui force la main ! Mais son devoir, elle le savait, était de suivre l'homme jusqu'à être certaine qu'il ne représentait aucune menace. Et il était trop tôt pour pouvoir le dire. Elle lui emboîta le pas, rangeant son arme dans son fourreau avec un grincement de dents.


____________________

Lorsqu'ils parvinrent devant la cascade, elle marqua un temps d'arrêt. Non qu'elle s'étonna véritablement qu'ils dussent la traverser. Mais ce qu'elle devinait être la demeure de l'ancienne reine était toujours demeurée secrète et se retrouver si proche avait quelque chose d'étrange. En silence, elle s'excusa de son intrusion et suivit l'homme à travers le court corridor rocheux qui débouchait sur une vaste terrasse ombragée où se dressait une simple habitation de bois à demi enfoncée dans la roche. Une place vide. Le chagrin qui dévasta un instant les traits de Sin'Saïan lui fit un pincement au coeur. Pour la première fois, elle prenait réellement en pitié cet homme décalé du présent, perdu dans un instant qui n'était plus le sien. Doucement, elle le retint par le bras et, plongeant son regard dans le sien, lui dit :

- Dame Ellenwen...

L'elfe ne continua pas sa phrase. Elle avait voulu annoncer au jeune homme l'abdication de l'elfe, lui expliquer ce qu'elle avait créé pour son peuple - pour son plus grand bien ou son plus grand tord, elle ne savait que le dire. Mais quelque chose lui hurlait qu'elle n'avait pas le droit d'intervenir. Quelque chose qui lui criait que ce qui avait faire perdre six mois de la vie du jeune homme ne pouvait être comblé de quelques phrases. Peut-être la magie était-elle en jeu. Peut-être n'était-ce qu'une forme d'équilibre, comme le prônait si bien Ellenwen. Mais il lui semblait qu'il devait lui-même remplir le vide créé.

- Tu n'as pas encore compris, Sin'Saïan que rien de ce que tu connaissais n'est plus. Je ne sais rien des désirs de Dame Ellenwen, mais, comme beaucoup d'entre nous, je sais que te revoir la tuera plus sûrement que n'importe quelle arme.

Puis, sans bouger, elle le laissa pénétrer dans la demeure. Celle-ci semblait avoir été occupée peu de temps auparavant. L'air embaumait encore les plantes aromatiques et médicinales, comme si une personne avait dû s'y reposer des heures durant, inhalant des tonifiants avant d'être terrassée par des crises de fièvre. Sur la table, trônait encore une tranche de pain à demi mangée et les restes d'une tasse thé dont le parfum était étrange et peu connu. Quelques croquis s'envolèrent doucement lorsque la porte s'ouvrit, créant un courant d'air. Compte-rendu de réunion, ébauches de discours, ils étaient le témoignage de l'implication de l'ancienne reine dans le conseil qui, désormais régentait les elfes. Quelques morceaux abondamment raturés, tachés de gouttes d'eau qui auraient pu être des larmes, retraçaient les grandes son discours de démission.




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Dernière édition par Ellenwen le Ven 25 Oct 2013 - 9:09, édité 1 fois
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Laïaga
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Ven 25 Oct 2013 - 1:49


[Bon ben il faudra ptetre pas attendre lundi finalement Razz]

-Rien de ce que je connaissais n'est plus ?

Je secouai la tête avec un petit sourire.

-Tu as raison, je crois pas que je comprenne où tu veux en venir, Vaï. Mais je vais le découvrir bien assez tôt, pas vrai ?

Je parcourus la demeure vide et triste, d'abord rapidement. Il n'y avait, effectivement, pas âme qui vive, il flottait juste une odeur un peu désagréable, comme un relent de maladie que les parfums de la nature omniprésente en ces lieux ne parvenaient pas tout à fait à couvrir.
Il y avait encore de la nourriture sur la table, le lit était défait, tout semblait indiquer qu'Ellen' avait vécu ici il y a peu de temps encore, après qu'elle ait quitté Ellesméra. Étrangement, cette découverte me serra bien plus le cœur que de ne pas la trouver ici. Je fermai les yeux quelques secondes, le temps de refouler ma tristesse.
Je trempai les lèvres dans la tasse de thé froid, sans rien chercher de particulier, simplement parce qu'Ellen' avait bu à la même tasse, quelques semaines ou quelques mois plus tôt.

-Pas terrible, ton thé, ma chère Ellen', constatai-je dans un murmure.

En même temps, je n'avais jamais aimé le thé. Je fis un second passage et approfondis mes recherches, ouvrant les placards, lisant les papiers qui avaient été laissés en désordre, espérant trouver un indice quelconque sur l'endroit où elle avait pu aller.
Il n'y avait rien de tel, mais ce que je trouvai finalement fut bien plus... inattendu. J'eus le temps de finir la tranche de pain rassis et le thé trop amer, et d'attaquer une autre miche (un peu plus fraîche, celle-là, je l'avais trouvée enveloppée dans un torchon au fond du cellier), avant de m'être fait une idée précise de ce qu'il s'était passé pendant mon absence.
« CR 1ère réunion du conseil des elfes », suivi d'une date, postérieure à mon départ, et qui selon moi aurait dû être postérieure à mon retour aussi. Ordre du jour : intégration de dame Ellenwen comme membre honoraire du conseil. Il y avait aussi des lettres, certaines adressées à des personnes dont je reconnaissais le nom, l'acte de constitution, ou en tout cas un brouillon ou une copie, d'une guilde baptisée l'Equilibrium, et la cerise sur le gâteau fut le discours de démission de la dernière reine des elfes.
« Dame Ellenwen »... pas une seule fois Vaï n'avait dit la reine, son altesse, ou quoi que ce soit, simplement Dame. Mais elle s'était bien gardée de me le dire, elle s'était contentée de jouer avec moi... la petite salope, pensai-je en sentant ma colère à son égard renaître de ses cendres.
Je froissai rageusement le brouillon de discours que j'avais encore à la main et le jetai dans un coin de la pièce, mais j'étais trop las et abattu pour entretenir ma colère bien longtemps. J'avais abandonné Ellen'... elle était sortie d'une première dépression pour gaiement plonger dans  une seconde à cause de moi... et avait abandonné son titre de reine, s'était enfuie dans la nature brisée par le chagrin.
En tout cas, c'est ainsi que les elfes devaient voir les choses. Et ils devaient vraiment m'en vouloir... mais quelque part je commençais à avoir l'habitude.

*Devine quoi Yarrock.
-Tu viens de tomber sur ta chère et tendre ?
-Non, toujours pas, ça risque même d'être un poil plus long que prévu. En fait... *

Je lui résumai rapidement tout ce que je venais d'apprendre, et refusai en riant presque malgré moi sa proposition de venir manger les sentinelles elfes et brûler des petits bouts de forêt pour faciliter les recherches.

*Ça serait pas une solution très diplomatique, je crois.
-Bon d'accord, grommela-t-il. Mais au moins, repose toi un peu, avant de reprendre la route, ok ?
-Oui maman. T’inquiète pas. Je connais mes limites.
-Tu parles...*

Je me levai de la chaise où j'étais assise, allai récupérer le discours que j'avais jeté un peu plus tôt, le récupérai et pris le temps de le lisser avant de le plier en deux et de le glisser dans une poche. J'enlevai le baudrier avec mon sabre en bois, et le posai contre un mur, et déposai aussi la dague à la lame courbe ornée d'une rose, souvenir de Shankaï, que je déposai sur la table.
Yarrock avait raison, même si le jour ne touchait pas encore à sa fin, j'étais trop exténué pour reprendre la marche maintenant. En plus, je n'avais pas d'idée sur le prochain endroit où mener mes recherches. Je n'avais trouvé aucun indice qui puisse m'aiguiller et je ne savais pas où Ellen' pouvait se rendre dans une telle situation. Chez Pierrot ? C'était à l'autre bout de l'Alagaësia. La grotte de la Crête où nous avions échangé un premier baiser ? Peu probable vu que j'étais la cause de sa peine. A part ces endroits, et quelques autres qui étaient à Ellesméra, j'avais du mal à imaginer où elle pouvait se réfugier.

-Bah, j'verrai bien demain, me dis-moi à moi-même en allant vers l'entrée de la maison d'Ellen'.

Vaï était toujours là. Je ne savais pas vraiment ce qui l'avait poussée à accepter de me suivre. Elle aurait du mal à m'empêcher de faire ce que bon me semblait. Ce n'était certainement pas l'envie de m'aider non plus... Et elle n'avait pas l'air de vouloir me piéger ou me tromper. Peut-être qu'elle attendait juste le bon moment pour me fourvoyer dans les grandes largeurs ? Mais j'avais du mal à voir de la fourberie ou de la méchanceté en la jeune femme, bien qu'elle ait l'air d'une emmerdeuse chronique.
Bref, cela restait un mystère.

-Tu as le droit de rentrer si tu veux, lui dis-je en indiquant la pièce principale de la main. En fait, si tu veux continuer de surveiller que je ne fasse pas de bêtise, tu risques de devoir attendre au moins jusqu'à demain matin... Ce serait dommage de rester tout ce temps sur le pas de la porte non ?

Je la précédai à l'intérieur en enchaînant :

-Tu seras sans doute ravie d'apprendre que j'ai maintenant une idée plus précise de ce qu'il s'est passé pendant mon absence, notamment l'abdication d'Ellenwen. Tu ne seras d'ailleurs certainement pas surprise de savoir que ça ne suffit pas à me décourager d'aller retrouver la femme que j'aime.

Je passai la porte de la chambre, jetai mon manteau couvert de poussière par terre, bientôt suivi par ma chemise, ma ceinture et mes bottes.

-Alors si jamais tu finis par convenir que ne jamais venir la retrouver c'est le pire truc que je puisse lui faire, hésite pas à me faire signe demain !

Et je me jetai sur le lit avec délectation.
Je crois que je me suis endormi avant même de toucher me matelas.



   
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Pourtant cela t'interroge
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Lun 28 Oct 2013 - 19:10


Vaï regarda le jeune homme entrer dans la demeure et ferma les yeux. Elle profita du soleil qui jouait sur sa peau. Elle savait que le jeune homme allait au devant de choc. Ou du moins, elle le présentait fortement. Elle savait que la reine avait disparu plusieurs semaines, durant sa longue convalescence, bien avant de créer l'Equilibrium. Aucun de ses gardes n'étaient parvenus à la localiser mais tous étaient sûrs qu'elle n'avait pu quitter la forêt. Il ne lui restait pas beaucoup d'autres endroits que celui-ci pour se dissimuler aux yeux du monde. Sans doute y avait-elle trouvé un refuge loin des yeux inquisiteurs de chacun, un lieu de repos et de calme. Elle avait dû y vivre, laisser des traces de son passage. Y imprimer sa marque et son désespoir. L'elfe ne voulait pas entrer. Elle ne voulait pas voir les découvertes de l'homme. Elle ne tenait pas à être témoin de ses réactions, voir sa tristesse, son incrédulité ou sa colère. Elle ne voulait pas se mêler de ce qui ne la regardait toujours pas. Son rôle était de s'assurer d'une parfaite absence de danger. Et cela lui suffisait. Elle attendit donc ce qui lui parut être des heures, s'interrogeant sur l'incroyable résistance du voyageur. Lorsqu'il repassa la tête par la porte, il semblait d'humeur massacrante. À vrai dire, l'elfe était certaine que, ses yeux eussent-ils été des épées, elle n'aurait pu survivre.

- Tu es bien vindicatif, Sin'Saïan. Je ne suis pas responsable de ce qu'il t'arrive, souviens-t'en.

Et elle ne bougea pas. L'homme semblait épuisé, trop épuisé pour continuer sa route, comme il l'affirmait lui-même. C'était la première fois qu'il se montrait raisonnable, songea l'elfe, presque adoucie. Le poids des nouvelles semblait lui avoir ôté ses forces pour la nuit. Le laissant à son sommeil, à ses rêves et à sa culpabilité, l'elfe s'assit dans la poussière, sous le soleil couchant, et sortit gourde et pain de sa besace. Le dîner fut rapide et frugal mais combla ses besoins. Puis, fermant les yeux, elle reprit son attente. Laissant son esprit glisser sur ce qui l'entourait, elle sentit comme un écho la peine de son compagnon provisoire. Surprise par la lourdeur sans fond de son sommeil, elle effleura son esprit, n'y sentit rien de plus que des bribes de rêves, vite anéanties par l'écrasante fatigue qui le minait. Elle songea, pour la première fois peut-être, au dévouement qui était le sien, lui qui mettait sa vie et sa santé en danger pour retrouver celle qu'il avait détruit. Elle ne comprenait rien à ces gens.


Le matin était depuis longtemps levé lorsque l'elfe ouvrit les yeux à nouveau, au son d'une agitation. L'homme devait se réveiller et commencer à sortir de la transe profonde qui avait été la sienne des heures durant. Le laissant à ses pensées et à ses souvenirs, et à ses fouilles, elle attendit qu'il ne sorte avant de se lever et de le saluer d'un signe de tête minimaliste. Elle lui laissa quelques minutes avant de reprendre la parole.

- Je sais que tu m'en veux Sin'Saïan. Tout ton être le clame. Je ne veux pas m'expliquer, je ne suis pas assez humble pour croire que cela en vaut la peine. Mais je n'aime pas tes insinuations. Je me moque de ce que tu peux apprendre ou ne pas apprendre. Je suis juste consciente que tu dois l'apprendre par toi-même. Quelle serait la valeur de mes paroles si je tentais de t'expliquer les jeux complexes de pouvoir, la décadence et la grandeur du monde ? Tu n'en retiendrais que des bribes, jetant au vent ce que tu ne veux entendre, ce que tu refuses de comprendre. Ici, tu es obligé de faire face, d'enquêter sur la vérité et de comprendre le monde tel qu'il est, non pas tel que tu veux qu'il soit. Tu as découvert l'abdication de dame Ellenwen. Cela est parfait. Mais as-tu lu les textes que je vois par la porte ? As-tu porté attention à chaque mot, analysé son message pour comprendre ce qu'elle a voulu dire, ce qu'elle a voulu faire, ce contre quoi elle a dû se battre ?

Elle pinça les lèvres à nouveau. Elle ne se sentait même plus en colère. Elle ne cherchait même plus à retenir l'homme dans sa quête. Elle ne le pourrait jamais. Il était comme un sanglier qui charge sans savoir où il va. Elle l'avait cru perdu, elle l'avait cru hors de son esprit, si semblable et si différent d'un fou. Elle comprenait seulement maintenant à quel point il était aveugle.

- Ta compagne a dû se battre, Sin'Saïan. Inlassablement. Sans toi. Elle a dû faire face aux changements du monde, à la folie qui s'empare de chaque chose et qui s'est emparé d'elle. Et tu n'étais pas là. Il y a quelque chose de mort en elle. Quelque chose qui n'attend qu'un seul instant pour l'engloutir. Un souvenir, un reflet. Un homme qui revient après six mois d'une absence de quinze jours.




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Laïaga
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Mer 30 Oct 2013 - 15:46


-Bien dormi, Vaï ? lui demandai-je d'un ton gentiment moqueur.

Oui, je sais, les elfes ne dorment pas. Mais elle elle avait porté ça à un tout autre niveau : elle n'avait même pas bougé du pas de la porte, malgré mon invitation à entrer. Ma compagne de route forcée avait l'air légèrement bornée.

-Si le cœur t'en dit il reste de la confiture et du pain à l'intérieur, proposai-je en terminant d'avaler la tartine que j'avais à la main.

J'allai me laver dans le cour d'eau, un peu plus loin, hors de vue de l'elfe. J'y restai de longues minutes, les yeux fermés, plongé dans l'eau trop froide, essayant de décider quoi faire maintenant. J'avais parcouru tous les papiers laissés derrière elle par Ellenwen, j'avais fouillé la petite maison, sans rien trouver pour me mettre sur sa piste.
Le problème était que, quoi que je pense, si elle ne voulait pas être retrouvée, je ne la retrouverais probablement  jamais.  Or mon départ l'avait plongée dans une profonde dépression. Il y avait fort à parier que Vaï avait raison et qu'elle n'avait absolument pas envie de me voir, moi entre tous.
Et paradoxalement le mieux que je pouvais faire pour lui venir en aide était de la retrouver malgré tout. J'aurais le temps pour des excuses et un examen de conscience une fois que je serais en face d'elle. Mais en attendant, je n'avais pas le temps de laisser mes pensées dévier de cet objectif.
Trouver Ellenwen.
TROUVER ELLENWEN BORDEL ! Tu as déjà passé trop longtemps à te tourner les pouces Laïaga. Debout !

*Yarrock ? appelai-je en sortant de l'eau.
-Ouais ? J'suis en route pour te rejoindre, petit homme, répondit le dragon, et cette fois sa voix était claire et forte dans mon esprit.
-Laisse tomber vieux, j'ai besoin que tu ailles vers la Crête plutôt. Tu te souviens la forteresse qui devait servir de QG à la Cam ?*

Je me séchai rapidement en murmurant un « brisingr » et retournai vers la maison et vers Vaï. La veille j'étais épuisé, j'avais pu laisser passer des informations importantes, rater un détail primordial, ce genre de choses. Je n'avais jamais été très fort pour lire entre les lignes, mais cette fois je comptais bien éplucher chaque document jusqu'à la dernière virgule.

*Et bien il faut que tu ailles là-bas et trouver Marek, ou un des autres. Explique leur la situation, demande leur leur aide, d'acc' ?*

Les autres. Morello, Max, Marek,  Leyra et moi. Nous étions les cinq qui avaient formenté l'idée de la Cam, et l'avions doucement faite grandir. Avant que je disparaisse.

*La Cam Serarna devait faire office de police, quel est le rapport...
-Elle a des services secrets. Ma main au feu. Et rien ne nous dit, au final, qu'Ellen' est restée dans la forêt, même si c'est probable.
-Ouais. J'suis déjà en route.
-Super.*

Quitter le Du Weldenvarden... Est-ce qu'elle avait pu faire ça ? Dévorée par le chagrin au point de s'enfuir de chez elle ? Même si elle avait toujours été pour que les elfes s'ouvrent au monde, j'avais du mal à imaginer qu'elle se sente mieux dans les villes des hommes qu'au sein de la forêt gardienne.
Mais il y avait aussi son abdication, peut-être qu'elle avait l'impression d'avoir trahi les siens et préféré s'enfuir ? Ou qu'elle profitait de sa position au sein de cette structure, l'Equilibrium, pour avoir une excuse pour voyager et se faire oublier, en courant après les cas de « déséquilibre », même si je n'avais pas précisément compris de quel genre de déséquilibres il était question.

-Tu ne sais pas ce que tu rates ! dis-je à Vaï dans un petit sourire amusé, quand je revins à la maison et la vis toujours postée devant l'entrée. La confiture était extra.
-Je sais que tu m'en veux, Sin'Saïan, commença-t-elle, apparemment pas très intéressée par mes histoires de petit-déjeuner. Tout ton être le clame.
-Ah ?

Je haussai un sourcil interloqué, mais elle ne me laissa pas le temps de répondre plus avant. En fait, j'eus droit au plus long discours de sa part depuis que je l'avais rencontrée à la frontière des terres mortes. Du plus clair aussi, pas d'énigmes et de demi-vérités cette fois-ci. Il n'en fut pas agréable pour autant.

-Tu me juges sans me connaître, rétorquai-je d'un ton neutre après un silence, assez long pour que je sois sûr qu'elle avait terminé. Tu m'as dit beaucoup de choses sur moi...

J'entrai dans la maison tout en parlant à l'elfe, et commençai de rassembler les innombrables textes pour en faire des piles ordonnées selon leur contenu. Je me mis à tout ranger consciencieusement, pour ne rien rater.

-Que je t'en veux. Que je ne serais pas capable d'accepter la vérité, que je refuserais d'y faire face. Que je n'ai pas compris ce que j'ai lu. Ou ce qu'a ressenti Ellenwen.

Tout en continuant mon travail de rangement j'abaissai les barrières qui entouraient mon esprit. Je laissai ma conscience s'étendre, vagabonder, englober ce qui m'entourait. J'étais assez doué pour compartimenter ma pensée, et faire plusieurs choses en même temps. Les elfes faisaient souvent ça quand ils méditaient pour se détendre, mais je ne cherchais pas la détente. Je cherchais à ressentir sa présence, quelque part, autour de nous, mais il n'y avait rien. Aux animaux près, nous étions seuls au monde, l'elfe et moi.

-Tu as peut-être raison, mais peut-être pas, continuai-je, et c'est ce peut-être pas qui compte. Tu as imaginé une situation et décidé pour moi comment j'y réagirais, ça me paraît un peu présomptueux de ta part, Vaï. Je te dirais bien que tu te plantes, mais tu me croirais pas, pas vrai ?

Je finis bien par ressentir quelques consciences éparses, mais aucune ne ressemblait à celle, bien particulière, d'Ellenwen. C'étaient la conscience d'êtres qui semblaient quelque part entre l'elfe et l'animal, ces elfes qui quittaient leur ville pour se fondre dans la nature et vivre en ermite.
Un peu comme ce qu'avait fait Ellen', quand on y pensait... mais à chaque fois je murmurais son nom, trop bas pour que Vaï m'entende. Delyawel. Et chaque fois rien ne se passait.

-Bien sûr je n'arriverai jamais à vraiment comprendre ce qu'a enduré Ellenwen, pas avant de la retrouver, de la voir, c'est bien trop... personnel, pour que je puisse me mettre à sa place, disons. Mais quoi qu'elle ait traversé elle a survécu, et même si elle est brisée...

J'avais de plus en plus de mal à étendre mes sens. Au centre de l'immense cercle qu'englobait ma conscience, Vaï et moi nous confondions en un unique point brillant. Quand c'était possible, je m'immisçais dans l'esprit des animaux, essayais de le comprendre et de plonger dans leurs souvenirs et leurs pensées pour y trouver une trace du passage de ma compagne.
C'était difficile, et pas très fructueux. L'appartement était maintenant parfaitement rangé et je m'appliquai en même temps à relire chaque lettre qu'elle avait pu envoyer ou recevoir, plusieurs fois, mais il n'y avait rien que des missives officielles qui avaient trait à l'administration de l'Equilibrium, des lettres de soutien de ses ministres devenus membres du conseil des elfes... rien qui me soit utile, en tout cas, excepté pour essayer de me mettre à sa place, dans son état d'esprit, pour imaginer ce qu'elle avait pu faire.

-...la solitude est la pire chose qui puisse lui arriver. La solitude et la tristesse vont très mal ensemble. Je la soutiendrai, je ne la laisserai pas sombrer, je lui redonnerai goût à la vie. Quel que soit l'effet que me retrouver aura sur elle...

Je suis triste, terriblement triste, et abandonnée, j'ai... échoué à protéger mon peuple, peut-être bien ? Je ne vais pas aller chercher mes amis, non, j'ai cette façade à afficher, comme si tout va bien, c'est toujours comme ça : je suis là pour écouter la peine des autres, mais la mienne reste cachée. Et je viens de créer une guilde, garante de l'équilibre dans le monde, donc cette notion d'équilibre est chère à mon  cœur, ça ne fait pas un doute, mais quel équilibre exactement ? Un équilibre que je n'ai pas, ou plus... dans l'état où je suis il ne doit pas y avoir grand chose d'équilibré en moi. L'équilibre de la magie ? L'équilibre entre les hommes et la nature ? Ces derniers temps les catastrophes se multipliaient, est-ce que c'est ça que j'essaye d'enrayer ? Beaucoup de questions, peu de réponses...
Alors je pourrais aller aux terres brûlées, ou même dans le Hadarac, s'il y a un endroit au monde où la magie est branlante c'est là-bas... Mais non, je ne cherche pas à apporter l'équilibre, pas dans l'état où je suis non... Je veux un endroit qui m'apporte l'équilibre, à moi, qui m'empêche de totalement basculer. Mais quel endroit ? Qu'est-ce qui représente l'équilibre ? L'école des dragonniers, c'est un lieu où de tout temps dragons et dragonniers se sont retrouvés et développés, depuis l'époque du pacte. Mais non, ce n'est pas assez intime, intérieur, rien qu'un équilibre entre les races. Vroengard alors ? Plus que l'équilibre entre les races, Vroengard, ça représente l'époque où les dragonniers assuraient encore la paix, c'est le vestige de leur grandeur qui fut... mais ça reste un équilibre au sens de l'Alagaësia, un équilibre politique. Moi, je cherche un équilibre intérieur, entre l'homme et la nature peut-être ? Enfin, les elfes et la nature... Oh oui, voilà qui est bien mieux, et alors, où est-ce que j'ai pu me rendre ? Où est-ce que je me suis rendue par le passé, où est-ce que je me sens protégée ?

L'arbre Menoa, conclus-je finalement.

-...rien n'est pire que la solitude, terminai-je après un long silence qui avait dû sembler étrange à Vaï.

J'attachai les liasses de papier que j'avais triées entre elles avec de la corde, les fourrai avec mon manteau crasseux dans une besace que je me passai sur l'épaule, glissai ma dague à la ceinture et mon sabre dans son baudrier, avant de sortir retrouver Vaï.

-Ah et sache que je ne t'en veux pas, enfin pas vraiment. Tout au plus m'agaces-tu un peu de temps à autre, lui dis-je d'un ton amusé. Allez, direction l'arbre Menoa maintenant !

Je guettai le plus discrètement possible une réaction de l'elfe qui aurait pu confirmer que j'avais vu juste.



   
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Ellenwen
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Dim 3 Nov 2013 - 11:38




Vaï regardait l'humain s'agiter. Apparemment, la nuit avait suffit pour le reposer et lui redonner une énergie nouvelle qu'il semblait vouloir gaspiller dès le réveil. Elle l'avait entendu fouiller à nouveau tous les papiers, relire les dernières notes laissées par sa compagne, se préparer un petit déjeuner et, avant même qu'elle n'ai pu ouvrir la bouche, filer sous la cascade pour prendre ce qu'elle supposa être une douche. Lentement, l'elfe se releva, prenant le soin d'étirer ses muscles un à un, lentement. Lorsqu'il revint, elle avait à peine fini ce qu'elle considérait être des explications essentielles, que l'homme repartit dans la maison, fouillant et farfouillant ce qu'il avait pris le temps de lire si souvent. L'elfe se sentit découragée... et prodigieusement agacée. Elle n'aimait pas ce déferlement d'activité, ce remue-ménage incessant. Et elle n'aimait pas que chaque morceau de phrase qui lui parvenait soit entrecoupé de bruissements de feuilles, de sons de porcelaine entrechoqué. Comme si ses explications ne valaient pas la peine d'une réponse en tête à tête, aussi clair et honnête que ce qu'elle avait tenté de lui offrir.

- Tu ne crois pas mes paroles, Sin'Saïan, pourquoi croirais-je les tiennes ?

L'humain tournait encore autour du pot, noyant tout derrière un déferlement de paroles vides de sens. Des phrases toute faites, qu'il répétait comme un mantra pour ne pas affronter la réalité en face. Tant de façon de réduire sa culpabilité, de chercher un adoucissement à ce qu'il avait fait. Comme s'il savait. Comme s'il pouvait diminuer quelque chose au gâchis qu'il avait provoqué.

- Tu as peut-être raison, mais peut-être pas, et c'est ce peut-être pas qui compte.

C'était bien pratique. Incertain de provoquer une catastrophe, il allait essayer de mettre son plan à exécution. Au moins, Dame Ellenwen ne pourrait que reconnaître la ténacité de son amant, si elle pouvait encore l'apprécier. Et c'était elle qui était présomptueuse ! Lui qui croyait pouvoir guérir quelqu'un, simplement par sa présence. Un raisonnement digne d'un nain aux allures d'intervention divine.

- Je lui redonnerai goût à la vie. Quel que soit l'effet que me retrouver aura sur elle...

C'est sûr que soutenir une morte est la meilleure chose à faire... Vaï garda ses pensées bien encloses derrière ses lèvres pincées. Seul l'éclat de ses yeux montrait sa colère à voir ainsi ses avertissements éparpillés par quelques phrases bien tournées, aussi vides que stupides. Mais que pouvait-elle faire ? L'entêtement de l'homme ne pouvait être stopper, elle ne comprenait. Il allait aller droit à son but, quoiqu'elle dise ou quoiqu'elle fasse. Il n'était plus de son ressort de limiter les dégâts, ou d'essayer de préserver quoique ce soit. Si elle se mettait en travers de son chemin, elle serait piétinée et laisser comme perte de guerre. Ou quelque chose du même goût. Quelque chose qu'elle ne tenait pas à vivre. Elle était même presque prête à lui indiquer le recherche d'Ellenwen pour se débarrasser au plus vite de tout ce mélodrame pathétique. Après tout, c'était à eux de régler leurs problèmes entre eux. Tout au plus, lança-t-elle avec un soupçon de moquerie fatiguée :

- Elle est loin d'être seule, tu sais. Tu n'es pas la seule personne sur qui Dame Ellenwen puisse compter...

Si elle peut encore compter sur toi. La fin de la phrase ne fut pas prononcée mais le petit silence qui flotta un instant dans l'air résonnait de ces quelques mots muets. Parfois, il vaut mieux être seul que mal accompagné.

- Tu n'es pas la seule personne sur cette terre qui se soucie d'elle et de son bien-être et tu serais bien présomptueux de penser que tu es le seul à pouvoir l'aider. Si elle ne peut pas s'en sortir elle-même. Dame Ellenwen a toujours semblé plutôt... solitaire et décidée.

Tous les elfes connaissaient plus ou moins son histoire. Une reine sortie de nulle part... tous s'étaient renseignés sur son passé et les rumeurs avaient eu la part belle, des mois durant dans le Du Weldenvarden. Tous savaient sa condamnation au bannissement et à l'exil, loin des siens, perdue au milieu du néant. Tous connaissaient des bribes de sa vie parmi les humains, sa résolution presque surnaturelle à s'accrocher à la vie après avoir survécu à au moins quatre guerres et vu nombre de ses amis disparaitre ou mourir. Vaï en était persuadée, quelqu'un de cette trempe n'avait besoin d'aucune aide pour trouver un moyen de continuer à vivre. Quand on a vécu plus de 1500 ans de drame, la perte de son compagnon n'est qu'une note de bas-de-page. Elle n'admirait pas particulièrement l'ancienne reine. Celle-ci avait eu son lot de tord et elle ne savait que penser de sa politique. Mais elle savait reconnaitre qu'elle avait été une véritable combattante à tous les instants.

Vaï resta un instant silencieuse, observant les préparatifs de l'homme, sans véritablement les comprendre. Elle sentit son esprit s'ouvrir, observa son débit se ralentir. Sans doute, pour la première fois, se souvenait-il qu'il pouvait la chercher autrement qu'en s'agitant nerveusement. Une première qui lui arracha un semblant de sourire... qui se changea en grimace aux dernières paroles de l'homme. L'elfe semblait avoir mordu à pleines dents dans un citron particulièrement amer. Elle sentit un frisson de colère parcourir son dos, pendant que les mots de l'homme s'envolait dans l'air. A son ton présomptueux, ce sourire sûr de lui-même, s'ajoutait l'insulte des mots qu'aucun elfe n'aurait pu tolérer. La vérité n'était pas toujours bonne à dire, c'était la première leçon elfique et nul ne pouvait proférer de tels mots sans recevoir le courroux de son interlocuteur. L'elfe pinça les narines, expira profondément, tentant de se souvenir que l'humain ne connaissait rien à leur politesse et qu'il n'était probablement pas même capable de comprendre à quel point il se montrait condescendant. Aussi, se contenta-t-elle d'un sourire fortement teinté d'ironie et conclut :


- Bon voyage...

Tout au plus, parvint-elle à réfréner un ricanement. L'envie qu'elle avait brièvement eu d'aider l'homme, de s'écarter de son chemin dans ses recherches et d'éviter à la capitale de voir débarquer un nouveau fléau s'était évanoui comme neige au soleil. L'arbre Menoa... et pourquoi pas la place publique d'Uru Baen ? Elle ne pouvait qu'imaginer ce que deviendraient ses recherches après plusieurs mois à tourner en rond dans la forêt. Elle s'en délectait par avance... Des mois à se heurter au mutisme des elfes, des mois... à s'énerver et à se venger. L'elfe sentit sa rancoeur se muer en inquiétude. Si elle ne parlait pas, elle ne pouvait qu'imaginer des conséquences... inquiétantes. Avec une répugnance visible, elle se décida à donner la seule indication en sa connaissance.

- Tu vas perdre ton temps si tu y vas. Dame Ellenwen a fondé sa guilde à l'école des Dragonniers, pour que tous, humains et elfes, puissent s'y rendre. Si tu dois la trouver quelque part, c'est là-bas.




Devant l'indifférence générale, demain est annulé
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Laïaga
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Message Sujet: Re: Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen] | Jeu 7 Nov 2013 - 14:31


Spoiler:
 

-Bon voyage.

La voix de l'elfe grinça comme un ongle sur un tableau d'ardoise, à tel point que je m'arrêtai dans mes préparatifs de départ, la regardai avec de grands yeux et dus me retenir d'éclater de rire ; je crois que ça n'aurait pas arrangé la situation.

-Bigre... est-ce que tu ne serais pas un peu susceptible, jeune femme ? lui demandai-je avec un sourire en coin, et tant pis pour ce qui était d'arranger la situation.

Je voulais bien être un peu soupe-au-lait moi-même, mais là elle crevait le plafond ! Et continuait même allégrement vers l'étage du dessus. Mais étrangement elle ne réagit pas à ma pique (j'en fus presque déçu), elle sembla perdue dans ses pensées quelques instants, avant de changer totalement de sujet d'une manière plus qu'inattendue :

-Tu vas perdre ton temps si tu y vas.
-Ah.

Bon et bien, moi qui guettais un signe, au moins étais-je servi.

-Dame Ellenwen a fondé sa guilde à l'école des dragonniers, reprit-elle, pour que tous, humains et elfes, puissent s'y rendre. Si tu dois la trouver quelque part, c'est là-bas.
-Vraiment, l'école des dragonniers ? C'est étonnant que je n'en aie pas trouvé de mention dans la masse de ses petits papiers, fis-je d'un air pensif.

En tout cas ma première intuition n'était pas si mauvaise, quant à l'école des dragonniers, je m'étais planté en essayant de me mettre à la place d'Ellenwen, mais je n'étais pas tombé si loin du but que ça.

-En tout cas merci pour cette aide spontanée et désintéressée, Vaï, lui dis-je d'un ton ironique mais en la gratifiant d'une petite révérence parfaitement protocolaire. J'imagine que tu t'en tamponnes, mais j'apprécie, vraiment, repris-je d'un ton plus sérieux. Allez ! En rou... euh...

Je me rendis compte que je ne savais plus par où partir et posai à terre la besace que je m'étais passé à l'épaule et réfléchis quelques secondes. J'avais passé suffisamment de temps dans la forêt pour m'y repérer très facilement, mais l'école des dragonniers, cela faisait des années que je n'y avais pas mis les pieds... Humm... Depuis la disparition de Nadyssim, le successeur de Shaka, si mes souvenirs étaient bons. Il me fallut retourner à l'intérieur le temps de quelques vérifications sur une carte, que je fourrai finalement elle aussi dans la besace.

-C'est plus loin que ce qu'il me semblait, fis-je remarquer. Dis-moi, tu es magicienne, Vaï ? Tu veux essayer un truc que, je suis prêt à le parier, tu n'as jamais fait de ta vie ?

Je lui fis un grand sourire Tout en parlant, j'avais réfléchi, calculé, imaginé. Des lignes blanches commencèrent de se tracer toutes seules au sol, entre l'elfe et moi, d'abord un cercle, puis un second plus petit, du cercle entre les deux, en ancien langage, et des lignes brisées qui venaient émailler le dessin, rajoutant de nouvelles formes, de plus en plus abstraites complexes. C'était comme de faire un fairth, il suffisait d'avoir l'image en tête, de la projeter, et elle se gravait dans la réalité.
Le cercle était inspiré de celui qu'avait tracé Swan, dans le bateau qui nous avait emmené de l'autre côté du monde, en plus simple et plus petit bien sûr, car c'était la première fois que j'essayais de le refaire, même si j'y avais beaucoup pensé depuis. Ça allait être l'occasion de voir si j'avais réussi à comprendre le fonctionnement de son sort, pour satisfaire ma curiosité d'une part... et pour vérifier certaines choses quant à cette absence de plusieurs mois qu'il semblait y avoir dans mes souvenirs.

-Que dirais-tu d'une petite téléportation jusqu'à l'école des dragonniers ? lui proposai-je le plus candidement du monde.

Je me positionnai à l'intérieur du plus petit des deux cercles et tendis la main à la jeune femme



   
L'heure de la faux a sonné
On n'arrête pas la grande horloge
Le vent divin l'a emporté
Pourtant cela t'interroge
N'as-tu rien à regretter ?

Spoiler:
 
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Un kilomètre à pieds... [PV Ellenwen]

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